Robin des Bois et autres aventures

L’Orchestre national de France avait inscrit au programme de son concert jeudi dernier deux oeuvres contemporaines, mais vraiment sans rapport l’une avec l’autre (lire mon papier sur Bachtrack) Sur Alexandre Nevski de Prokofiev, j’ai déjà presque tout dit (Alexandre Nevski et le lac gelé).

En revanche j’ai rarement évoqué un pan considérable de la production d’un compositeur que je chéris de longue date, Erich Wolfgang Korngold (lire Entre Bruges et Toulouse), ses 18 musiques de film pour Hollywood. Le concert de jeudi proposait la suite tirée de la bande originale des Aventures de Robin des Bois.

Les plus grands chefs n’ont jamais dédaigné ces partitions si luxuriantes orchestralement.

Quelle émotion que d’entendre le compositeur lui-même diriger la bande originale d’un autre succès hollywoodien Captain Blood !

On recommande très chaudement ce coffret magnifique (et la lecture de l’article de Classica qui en révèle l’origine !)

André Previn (1929-2019) n’a, lui non plus, jamais cessé de promouvoir Korngold, sans séparer artificiellement sa musique « sérieuse » de sa musique de film.

Korngold s’est aussi révélé un formidable arrangeur, pour les besoins du cinéma, comme ici – c’est encore lui qui dirige et joue du piano !- pour Magic Fire

ou Le songe d’une nuit d’été

Et comme le concerto pour violon (1945) de Korngold a longtemps été qualifié, avec mépris, de hollywoodien, alors qu’il a été créé par Jascha Heifetz en 1947, j’en profite pour remettre en évidence un disque dont je suis particulièrement fier – il a d’ailleurs été salué d’un Diapason d’Or à sa sortie (L’or des Liégeois)

Laurent Korcia y est magistral, mais le compliment s’adresse aussi à Jean-Jacques Kantorow qui est beaucoup plus qu’un accompagnateur à la tête de l’Orchestre philharmonique de LIège

Et mes humeurs et bonheurs du temps toujours dans mes brèves de blog

Mises en boîtes : Copland, Mendelssohn

Le CD est mort, paraît-il, mais les éditeurs continuent de mettre en boîtes leurs fonds d’archives, parfois récentes. Et c’est une opération bien pratique pour qui a des rayons encombrés de trop de galettes individuelles.

Pour une fois, il n’y a pas eu besoin d’anniversaire prétexte pour sortir deux coffrets remarquables.

Copland by Copland

Aaron Copland (1900-1990), mort quelques semaines après son cadet Leonard Bernstein (lire Bernstein ou le génie à vif), est l’archétype du compositeur américain, l’inventeur d’une musique qui plonge toutes ses racines dans la terre américaine. Il est l’un des seuls à avoir bénéficié d’une notoriété mondiale, à défaut d’une vraie célébrité. Même si on connaît mal son oeuvre, on connaît son nom.

J’avais déjà dans ma discothèque plusieurs des CD où le compositeur dirige ses propres oeuvres, le plus souvent à la tête d’orchestres londoniens ! Sony vient de rééditer l’intégrale de ce précieux legs en 20 CD et à petit prix, il faut le relever puisque cela n’a pas toujours été le cas naguère.

C’est évidemment une somme inestimable, qui donne à connaître un créateur plus complexe que ne le laissent deviner ses oeuvres les plus connues (Appalachian Spring, Billy the Kid, Rodeo…) qui sont évidemment les plus descriptives, les plus « natives » !

Quelle chance ont eue les enfants qui, ce jour-là, assistaient à l’un des Young People Concerts animés et présentés par Leonard Bernstein, lorsqu’ils ont découvert le compositeur Aaron Copland jouant son propre concerto pour piano !

A Liège, après la restauration en 2005 de l’orgue Schyven de la Salle philharmonique, j’aurais souhaité programmer la symphonie avec orgue de Copland. Je n’y suis jamais parvenu, et mes successeurs non plus jusqu’à présent !

Mendelssohn sur les ailes du chant

C’est devenu une habitude chez Warner Classics de consacrer de forts coffrets à des compositeurs, certes le plus souvent à l’occasion d’un anniversaire. Dans le cas de Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847), aucun prétexte particulier, sauf pour réunir en 40 CD des versions déjà connues, publiées par les différents labels qui font partie aujourd’hui du groupe Warner : EMI, Electrola, Teldec, Erato, etc.

Les pièces pour piano – pour l’essentiel les cycles de Romances sans paroles – sont dues Daniel Adni avec quelques raretés bienvenues, des Etudes et caprices joués par Annie d’Arco et surtout une Première sonate avec la pianiste argentine Silvia Kersenbaum (grâce à qui j’avais découvert le 2e concerto pour piano de Tchaikovski).

C’est Marie-Claire Alain qui avait jadis gravé une part malheureusement peu connue de la production de Mendelssohn, son oeuvre pour orgue

Pour la musique de chambre, Warner n’a pas eu de mal à trouver les meilleures versions : Frédéric Lodéon (violoncelle), Maxim Vengerov (violon), le trio Fontenay, l’élégant sextuor avec piano capté lors d’un festival Argerich à Lugano, les quatuors sont partagés entre les Berg, Artemis et Cherubini.

Les concertos pour piano sont ceux de Cyprien Katsaris et Kurt Masur, une version plusieurs fois couronnée, celle que nous avions retenue, il y a bien longtemps, dans l’émission Disques en Lice (lire Une naissance) :

Sans surprise, le corpus des « grandes » symphonies est confié à Kurt Masur et à « son » Orchestre du Gewandhaus de Leipzig (qui donnent aussi un magnifique Songe d’une nuit d’été) les symphonies de jeunesse étant dévolues au Concerto Köln.

Deux absolues raretés, deux brefs ouvrages lyriques – Die beiden Pädagogen et Die Heimkehr aus der Fremde – dirigées par Heinz Wallberg avec des stars de l’époque, Peter Schreier, Dietrich Fischer-Dieskau… tout un bouquet de mélodies composite, et tout un récital du grand Fischer-Dieskau accompagné par Sawallisch au piano. L’oeuvre chorale est dévolue à Michel Corboz.

Seul regret, pour les deux grands oratorios, Paulus et Elias, il y a mieux que les honnêtes Conlon et Frühbeck de Burgos proposés ici.

La somme est admirable, ce coffret unique, donc hautement recommandé !