Je l’ai voulu so British, le Festival Radio France est entré samedi de plain pied dans sa thématique, après le succès de la version ténor d’Hamlet… d’Ambroise Thomas (lire l’excellent papier de Clément Mariage sur Forumopera : Être Hamlet), c’était la présence remarquable et remarquée de mon cher Barry Douglas, natif de Belfast, qui inaugurait les diffusions en direct du Festival sur France Musique.
Sur francemusique.fr on peut en effet réécouter un récital dont le programme avait été spécialement composé pour le festival : deux nocturnes de John Field, inventeur d’un genre que Chopin a porté à la perfection, la première française de Clandeboye Overture (2021) du jeune compositeur irlandais Sean Doherty présent au concert, les quatre impromptus D 935 de Schubert, et en seconde partie les dix pièces pour piano reprises par Prokofiev lui-même de son ballet Roméo et Juliette.
de gauche à droite Sean Doherty, JPR, Barry Douglas.
Royaux chanteurs
Les King’s Singers, c’est un mythe. Les spectateurs de Montpellier ne s’y sont pas trompés, on n’était pas loin de la salle comble à l’Opéra Berlioz du Corum lundi soir. Et quelle ambiance !
C’est une chose d’avoir souvent entendu au disque l’ensemble vocal britannique le plus célèbre au monde
c’en est évidemment une toute autre de les entendre – enfin – en vrai (et de pouvoir les réécouter intégralement sur francemusique.fr ! merci France Musique !).
De gauche à droite, Patrick Dunachie, Edward Button, Julian Gregory, Christopher Bruerton, Nick Ashby, Jonathan Howard
Admirables, adorables, ces super professionnels sont d’exquises personnes, généreuses de leur talent, de leur temps consacré au public, et de leur répertoire qui semble sans limite. Ils sont encore ce soir à l’Abbatiale de Saint-Gilles (Gard)…
Hier soir, toujours en direct et en réécoute sur France Musique, un autre événement du #FestivalRF22, le jeune chef anglais Duncan Ward et surtout l’Orchestre des jeunes de la Méditerranée (OJM), formidable rassemblement de musiciens de 16 à 26 ans de 22 nationalités différentes du pourtour de la Méditerranée.
Avant ce concert, un Tea Time auquel on avait convié Lionel Esparza, l’auteur d’un très remarqué Stravinsky. Prélude à la seconde partie du concert qui devait nous offrir un Sacre du printemps plus sauvage que jamais !
L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée et Duncan Ward avaient choisi, en première partie, l’élégant D’un matin de printemps (1917) de Lili Boulanger (1893-1918), puis une surprise, une création collective à laquelle participaient Adriana Bignagni Lesca, mezzo-soprano Jawa Manla, chant, oud, Fabiana Manfredi, chant, Islem Jemaï, chant, oud, Omar Ababji, chant, luth, Panagiotis Lazaridis, clarinette, Matteo Nicolin, guitare.
Adriana Bignani Lesca, l’OJM et Duncan Ward terminaient la première partie par les Cinco Canciónes negras du Catalan Xavier Montsalvatge.
Et puis un Sacre du printemps qui restera longtemps dans la mémoire de cette centaine de jeunes musiciens et d’un public qui les a longuement applaudis.
Avignon, Clermont-Ferrand, Compiègne, Limoges, Marseille, Massy, Metz, Montpellier, Nancy, Nice, Reims, Rouen, Toulon, Tours, Vichy : ce sont les quinze villes françaises où l’on a vu ou verra bientôt ce Voyage dans la Lune. Une impressionnante coproduction initiée par l’ex-Centre français de promotion lyrique, aujourd’hui Génération Opéra, avec le concours du Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française, jamais à court d’une aventure éditoriale. C’est à ce dernier qu’on doit d’avoir entre les mains le 44e livre-disque d’une collection devenue incontournable dans un paysage discographique lyrique où les nouveautés sont rares. Cet opéra-féerie d’Offenbach écrit en 1875, le cinquième et dernier d’une série commencée en 1872 avec Le Roi Carotte, s’inspire plutôt librement de Jules Verne (De la terre à la lune), se déroule en 4 actes et 23 tableaux. Pour ce qui est de l’intrigue et de la féerie, on renvoie aux précieuses Cinq clés pour Le Voyage dans la Lune que Christophe Rizoud et L’Avant-Scène Opéra nous fournissaient ici même au début de ce périple sur les scènes de France. On renvoie aussi aux comptes rendus contrastés qu’en ont donnés les critiques de Forumopera , à Marseille, Nice, Limoges. L’enregistrement de ce Voyage dans la lune résulte… d’une annulation pour cause de crise sanitaire ! En effet, c’est à Montpellier que devait commencer la tournée de ce Voyage en décembre 2020. Représentations en public impossibles ! C’était sans compter sur l’obstination de la directrice de l’Opéra Orchestre national de Montpellier, Valérie Chevalier, qui tenait à ce que le travail des chanteurs et de l’équipe réunie autour du metteur en scène Olivier Freidj et du jeune chef Pierre Dumoussaud (assisté de Chloé Dufresne) aille à son terme et que les générales (deux puisque double distribution) aient lieu… mais sans public ! On imagine que le Palazzetto avait prévu, comme c’est souvent le cas, un enregistrement « live ». Manqué ! Mais personne ne pouvait imaginer renoncer à graver ce « premier enregistrement mondial intégral ». Il fallut attendre la levée des restrictions sanitaires et tout le monde se retrouva début septembre 2021 dans la salle Béracasa du Corum de Montpellier. Comme nous n’avons pas encore vu ce Voyage dans la Lune sur scène, nous nous contenterons de ce que nous entendons sur ce double CD, non sans avoir lu l’avertissement d’Alexandre Dratwicki sur les conditions de l’enregistrement : « Le spectacle élaboré par Olivier Fredj et son équipe fut un temps paralysé puis reformulé à cause du Covid : il a fallu opérer plusieurs coupures dont le désagrément musicologique est relativisé par la nouvelle dynamique des enchaînements. Le présent enregistrement permet d’entendre l’intégralité de la musique et les principales scènes dialoguées, raccourcies pour favoriser la fluidité de l’écoute musicale ». Et ce qu’on entend est fort réjouissant !
Un grand chef Une fois n’est pas coutume dans une critique d’opéra, on va commencer par le chef. Car c’est bien d’abord celui que les Victoires de la musique classique ont désigné, il y a quelques semaines, comme « Révélation chef d’orchestre », le jeune trentenaire Pierre Dumoussaud, qu’il faut saluer comme le maître d’œuvre d’une vraie réussite. On le sait, mais on le répète, rien n’est plus difficile à diriger que la musique dite « légère », d’illustres baguettes ne se sont jamais risquées à l’opérette viennoise ou française. A écouter ce Voyage, où les pages d’orchestre sont tout sauf négligeables – deux ballets tout de même, celui des Chimères, et, plus développé, celui des Flocons de neige, avec moult pièces de genre, mazurkas, valses, variations, polkas, galops – on mesure la formidable capacité du jeune chef à parfaitement restituer l’esprit d’Offenbach, l’humour, la vivacité, la tendresse, l’élégance d’une musique faussement simple. L’orchestre de Montpellier brille de tous ses feux (le Chœur de l’Opéra de Montpellier préparé par Noëlle Gény n’est pas en reste) et répond tout en souplesse aux moindres inflexions de Pierre Dumoussaud. Une leçon de style, une baguette déjà confirmée qui ira loin ! La réussite du chef est d’autant plus probante que la partition qu’il a sous les yeux n’est pas toujours d’un chef-d’œuvre. Offenbach reprend, emprunte, réassemble des thèmes, des idées musicales qu’il a déjà utilisés, sans toujours un souci de cohérence. Dès l’ouverture on reconnaît l’air de Dapertutto « Scintille diamant » des Contes d’Hoffmann, la polka du ballet des Flocons de neige sonnera familièrement aux oreilles des amateurs de la Gaîté parisienne de Manuel Rosenthal, et tout au long de ce Voyage, plus d’une fois on se dira que tel air, tel duo, tel ensemble est du déja entendu dans Offenbach.
Jeunes voix La réussite de cet enregistrement tient aussi à l’homogénéité d’un cast où les jeunes voix sont encadrées par des aînés (relatifs, pas des barbons !) qui sont comme poissons dans l’eau dans ce répertoire. Le prince Caprice est incarné par Violette Polchi : la jeune mezzo parisienne passée par la Maîtrise de Radio France a été repérée par le Palazzetto Bru Zane dès 2018 et s’est déjà frottée à l’opérette française. On la sent parfois embarrassée par un vibrato généreux et une diction qui peut certainement s’améliorer. Son amoureuse, dans Le Voyage, Fantasia, est délicieusement chantée par la jeune soprano bruxelloise Sheva Tehoval, timbre clair et sourire dans la voix. Leur « duo des pommes » à la fin du deuxième acte est irrésistible et devrait figurer dans toute bonne compil d’Offenbach ! Le roi Vlan, le père de Caprice, ne pourrait trouver meilleur interprète que le toujours fringant MatthieuLécroart, tout récemment entendu dans Huldaau théâtre des Champs-Elyséees (tout comme Ludivine Gombert qui chante ici, tour à tour, Flamma, Adja, une bourgeoise ou une forgeronne !). L’autre Belge de la distribution, le ténor namurois Pierre Derhet, confirme, dans le personnage de Quipasseparla (sic), les espoirs que sa promotion comme lauréat de l’Académie de chant de La Monnaie avait fait naître en 2016. Le Microscopedu ténor gracieux de Raphaël Brémard ne déçoit pas ceux qui l’ont déjà entendu dans Offenbach. On ne sera pas étonné que Marie Lenormand, qu’on avait applaudie en irrésistible nonne dans Le Testament de la tante Carolinede Roussel, soit une parfaite Popotte. Compliments à partager avec Thibaut Desplantes, le barytonnant Cosmos, à moins qu’il ne soit le Commissaire ou Cosinus, avec l’expérimenté Christophe Poncet de Solages dans les brefs rôles de Cactus et Parabase. La réussite de cet album tient aussi à la qualité des textes de Jérôme Collomb (Offenbach et la féerie), du spécialiste ès-Offenbach Jean-Claude Yon (Jacques Offenbach et Jules Verne : rendez-vous manqués) et d’Alexandre Dratwicki (Le Voyage… dans la presse).
Auteur d’un remarquable essai, aussi pertinent qu’historiquement étayé (Le génie des Modernes – La musique au défi du XXIe siècle) l’une des voix les plus familières et cultivées (l’un n’empêche pas l’autre !) de France Musique, Lionel Esparza, dresse, en 218 pages, un portrait savoureux du « père de la modernité au XXe siècle », le « flamboyant, complexe, autoritaire, inspiré » Igor Stravinsky (1882-1971). Esparza, l’agrégé de musicologie, n’oublie jamais l’animateur de radio qu’il est depuis plus d’une vingtaine d’années : les mots-valises, les concepts fumeux, le jargon des spécialistes auto-proclamés, ce n’est pas son truc. Mais le sens de la formule, le récit palpitant d’un génie en mouvement perpétuel, toujours à court d’argent et de reconnaissance, la galerie de portraits qui ne s’embarrasse d’aucune prudence, oui ! « Cosmopolite tant dans son art et ses mœurs, Stravinsky, Russe d’origine, adopte la France pendant les Années folles, s’installe aux Etats-Unis à la fin de sa vie… Après les débuts scandaleuxc du Sacre du printemps, il entreprend un itinéraire musical en perpétuelle réinvention, il badine avec les styles, théâtralise sa création, en revendique l’insouciance. » Stravinsky compositeur lyrique ? Le nom même de Stravinsky n’est pas spontanément associé à l’art lyrique ou vocal. Il est définitivement lié aux trois ballets qui firent sa gloire et fondèrent la modernité du XXe siècle : L’Oiseau de feu, Petrouchka et Le Sacre du printemps. Pourtant son premier grand ouvrage, commencé avant l’Oiseau de feu, est un opéra, Le Rossignol, d’après le conte d’Andersen Le Rossignol et l’Empereur de Chine. Esquissé dès 1908, le Rossignol ne sera créé que le 26 mai 1914 à l’Opéra de Paris, sous la direction du fidèle Pierre Monteux, mais ne rencontre pas le succès attendu : Diaghilev, voulant surfer sur le succès des ballets précédents, avait imaginé de placer les chanteurs dans la fosse et de faire danser leurs rôles. Le public et la critique en sont décontenancés. Au début des années 20, Stravinsky fait tout à la fois son deuil de la mère patrie (il a quitté la Russie en 1914 un mois avant le début de la Première Guerre mondiale et n’y retournera qu’en 1962 !) et s’engage, presque à contre-courant de la modernité qu’il incarne, dans une période « néo-classique » qui va durer trente ans. En 1922 il s’attèle à son deuxième ouvrage lyrique, Mavra, un opéra bouffe en un acte inspiré de La petite maison dans la forêt de Pouchkine. Succès d’estime lors de la création à l’Opéra de Paris le 3 juin 1922. Un Don Giovanni petits bras Il faudra attendre 1951 et la création du troisième opéra de Stravinsky – The Rake’s progress, pour que le compositeur renoue avec les triomphes des débuts. Installé aux Etats-Unis depuis 1940, c’est là que l’auteur du Sacre a rencontré le poète et dramaturge Wystan Hugh Auden (plus connu comme W.H. Auden), qui sera, avec son compagnon Chester Kallman, le librettiste de ce Rake’s progress, mais aussi celui de Britten ou Henze, pour ne citer que les plus connus. Le succès de l’ultime ouvrage lyrique de Stravinsky tient aussi aux circonstances et à la distribution de la création : celle-ci a lieu à la Fenice de Venise le 11 septembre 1951, avec Elisabeth Schwarzkopf dans le rôle d’Anne Trulove, Jennie Tourel, Hugues Cuénod entre autres. « Autant un résumé de deux siècles d’art lyrique qu’un adieu à sa période néo-classique » selon Lionel Esparza, « The Rake’s progressest donc un pur opéra à numéros, comme chez Mozart ou Rossini, avec cavatines et cabalettes, et le héros Tom Rakewell n’est rien de plus qu’un Don Giovanni à petits bras égaré dans une comédie de Broadway ».
La voix dans tous ses éclats L’œuvre de Stravinsky consacrée à la voix, en dehors du genre lyrique, n’est pas mince, mais reste largement méconnue, sans doute parce qu’elle ne s’inscrit ni dans un projet déterminé (comme l’était la collaboration avec Diaghilev) ni dans une période donnée, ni surtout dans des catégories reconnues. Ainsi Renard (1916), « histoire burlesque chantée et jouée », ou Les Noces (1917) « scènes chorégraphiques russes avec chant et musique »(et 4 pianos!) témoignent d’abord d’une formidable nostalgie de la terre natale. A l’inverse, les deux oratorios, Oedipus Rex (1927) puis Perséphone (1934) épousent l’air du temps et s’inscrivent dans une lignée d’ouvrages inspirés de l’Antiquité, de la mythologie, où s’illustrent à peu près tous les contemporains de Stravinsky durant l’entre-deux-guerres. Pour ce qui est de l’art choral, la Symphonie de psaumes (1930) est l’arbre qui cache un bosquet de bouleaux. Au gré des commandes et des rencontres, suivront une Messe (1948) d’une aridité qui en rebutera plus d’un, le Canticum sacrum (1955) écrit pour Venise, les Threni de 1958, une cantate pour contralto, ténor et récitant (A Sermon, a Narrative and a Prayer), l’Introitus à la mémoire de T.S. Eliot (1965) et les Requiem canticles de 1966. Et ce Roi des Etoiles de 1904 d’une brièveté inversement proportionnelle à l’effectif orchestral et choral considérable qu’il requiert. Moins important, quantitativement, encore est le répertoire que Stravinsky a consacré à la mélodie : en 1913 les Trois poésies de la lyrique japonaise, puis jusqu’en 1919 Trois petites chansons, Quatre chants russes, toujours la nostalgie et l’inspiration du pays perdu. Et puis plus rien jusqu’en 1953 et les Trois chants de Shakespeare, au début de la période dite « sérielle » du compositeur, qui orchestrera plusieurs de ses mélodies de jeunesse.
Les leçons d’une vie Impossible de faire tenir une vie aussi longue et riche que celle de Stravinsky en deux cents et quelques pages. Ce n’était pas assurément l’ambition de Lionel Esparza, mais celui-ci aura réussi son pari : donner envie à son lecteur, et en particulier à l’auteur de ces lignes, de revenir à ces « Chroniques de ma vie » de Stravinsky lui-même qui commençaient à prendre la poussière, et surtout de réécouter, voire de découvrir des pans entiers d’une oeuvre qui ne se résume pas à quelques « tubes ». On aime, en particulier, le dernier chapitre de ce Stravinsky, « Les leçons d’une vie », où, en une dizaine de pages, Lionel Esparza fait une admirable synthèse des révolutions et évolutions stylistiques opérées par l’un des génies universels du XXème siècle.
Météo capricieuse en cette veille de second tour de l’élection présidentielle. Les colonnes de Buren qui peuplent la cour carrée du Palais Royal à Paris avaient été copieusement arrosées.
L’honneur pour le chef
Nous n’étions qu’une poignée à nous retrouver samedi après-midi dans le salon Joseph Bonaparte du ministère de la Culture à Paris. L’invitation n’était arrivée que la veille : celle qui est encore ministre pour quelques jours, Roselyne Bachelot, nous avait conviés in extremis à la cérémonie de remise de la Légion d’Honneur à Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris de 2009 à 2021 (lire Ce n’est qu’un au revoir).
Joie de retrouver, dans ce cadre intime et propice aux échanges, l’ami Philippe qui, dans son petit discours de remerciement, invoquait l’ombre tutélaire et affectueuse de son père Armin Jordan.
Plaisir d’échanger aussi avec la ministre sortante de la Culture qui, en politique aguerrie, se montrait plutôt optimiste quant à l’issue du second tour, mais plus circonspecte sur les législatives à venir, en raison de la décomposition des forces politiques traditionnelles.
Le vrai ministre
Présent à cette cérémonie, un récent retraité, avec qui, pendant des années, je n’avais souvent échangé que des propos rapides et convenus, un personnage avec qui j’avais construit, en 1995, une belle journée radiophonique (lire Boulez vintage), Laurent Bayle, qui a porté, contre vents et marées, puis dirigé la Philharmonie de Paris (inaugurée le 14 janvier 2015, lire Philharmonie)
La constance de son engagement pour ce projet, sa ténacité et son habileté à déjouer les pressions, les changements de cap des politiques, avaient fait de Laurent Bayle celui que tout le milieu musical et culturel désignait comme le vrai ministre de la Culture.
C’est ce que je lui rappelai samedi, en faisant une gaffe : je l’incitais à écrire ses souvenirs, à raconter par le menu les coulisses de l’exploit, ce à quoi il me répondit qu’il n’avait pu tout dire… dans le livre de souvenirs qu’il avait publié en janvier dernier ! J’avoue que j’avais raté cette parution, et que je n’en avais pas lu de critique ou de présentation dans la presse.
« Des années 1980 à nos jours, le paysage culturel et musical français a connu des métamorphoses puissantes, entre audace artistique et volonté politique. C’est de cette période passionnante et passionnée que Laurent Bayle témoigne dans ce livre éclairant. Son parcours singulier, qui l’a mené à créer et à diriger la Philharmonie de Paris, est celui d’un engagement de plus de quarante ans au service de la musique. Il raconte ici un foisonnement artistique où sont à l’œuvre des personnages exceptionnels, dont il livre des portraits sensibles : de Pierre Boulez à Patti Smith, de Daniel Barenboim à Jean Nouvel, c’est le récit personnel d’un homme qui a bâti, avec d’autres, une certaine vision de la culture. » (Présentation de l’éditeur).
Ce témoignage est d’autant plus passionnant, qu’il restitue une période, que j’ai aussi connue, qui nous paraît rétrospectivement constituer une sorte d’âge d’or pour la création, le foisonnement culturel, le début des années 80. Les jeunes années de Laurent Bayle l’illustrent à merveille.
Un samedi à la Philharmonie
C’est justement dans la grande salle de la Philharmonie que j’ai passé la soirée de samedi, retrouvant avec bonheur l’Orchestre national de France, son chef Cristian Macelaru, et un magnifique violoniste que je n’avais plus entendu en concert depuis mes années liégeoises, Sergey Khatchatryan.
Programme original que Pascal Dusapin et Florence Darel assis à côté de moi n’étaient pas les derniers à apprécier : Amériques de Varèse, le premier concerto pour violon de Max Bruch, et Petrouchka de Stravinsky. De concert en concert, chef et orchestre manifestent une cohésion, une dynamique collective, qui ne cessent de m’impressionner.
J’en suis d’autant plus heureux que l’Orchestre national de France, Cristian Macelaru, ainsi que le Choeur de Radio France, seront les héros de l’une des soirées les plus emblématiques du prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier (FROM pour les intimes), le 21 juillet, avec les Sea Pictures d’Elgar (avec Marianne Crebassa) et la grandiose Sea Symphony de Vaughan Williams (réservation vivement recommandée : www.lefestival.eu)
On n’oublie pas l’Ukraine loin de là (Unis pour l’Ukraine), on a parfois honte de certains débats ou de certaines prises de position (lire à ce sujet l’excellent billet du jeune musicologue Tristan Labouret sur Facebook)
Mais on vient de passer deux soirées bienfaisantes, l’une au théâtre, l’autre à la Philharmonie de Paris. Récit.
L’inconnu d’Agatha C.
Cela fait un moment que j’avais repéré ce spectacle qui se donne depuis le 24 janvier dans un théâtre – une salle moderne du 11ème arrondissement – où je n’avais jamais mis les pieds, l’Artistic Athévains
Je suis depuis mon adolescence un lecteur et un fan d’Agatha Christie, on connaît ses « recettes » pour nouer des intrigues policières et dérouter ses lecteurs jusqu’à la fin. Ses pièces de théâtre sont moins fréquentes. Raison de plus pour assister à ce Visiteur inattendu.
Le « pitch » est simple, trop simple pour être honnête évidemment ! Un soir de brouillard, un homme survient dans une maison isolée, sa voiture ayant versé dans le fossé, il arrive sur une scène de crime, un homme tué par balles dans une chaise roulante et lui faisant face une femme tenant un revolver et expliquant qu’elle vient de tuer son mari. On se doute que, comme dans tous les romans et les pièces d’Agatha Christie, tous les personnages qui vont intervenir ont tous une raison d’être impliqués dans ce crime, on ne dira évidemment pas qui est le coupable !
Je n’avais pas encore eu l’occasion de voir et d’entendre le nouveau directeur musical de l’Orchestre de Paris, le jeune Finlandais Klaus Mäkelä qui vient de fêter ses 26 ans ! Le programme de cette semaine était, de surcroît, d’une originalité rare dans les concerts parisiens : l’Ebony concerto de Stravinsky, le Premier concerto pour piano de Rachmaninov et le Requiem de Maurice Duruflé.
Philippe Berrod ouvre le bal à la clarinette et s’amuse bien avec ses excellents collègues dans ce faux concerto faussement jazz mais vraiment Stravinsky sous la houlette élancée et élégante du jeune chef.
Puis vient le moins joué des quatre concertos de Rachmaninov qui servit – les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître – d’indicatif à la mythique émission de Bernard Pivot Apostrophes (dans la version de Byron Janis).
Quel bonheur de voir entrer, moulée dans une robe jaune (l’Ukraine?), la pianiste chinoise Yuja Wang, une artiste qu’on tient pour véritablement exceptionnelle depuis qu’on l’a entendue notamment en 2014 à Zurich dans le 2ème concerto de Prokofiev, et un an plus tard avec Michael Tilson Thomas dans le 4ème concerto de Beethoven, c’était à la Philharmonie ! (Les surdouées).
Yuja Wang a cette sorte de charisme, de personnalité hors norme, qui emporte l’adhésion et la sympathie immédiates du public, elle manifeste une telle joie de jouer, se défiant de tous les obstacles techniques – son deuxième bis hier soir, les redoutables variations sur Carmen de Vladimir Horowitz, elle s’en amusait, elle s’en régalait, comme si aucune difficulté ne pouvait lui résister -, son contrôle du clavier est proprement sidérant.
Requiem pour la paix
En dehors du disque (Michel Plasson) je n’avais jamais entendu en concert le Requiem de Maurice Duruflé (1902-1986), le chef-d’oeuvre choral de celui qui fut jusqu’à la fin de sa vie l’organiste de Saint-Etienne-du-Mont à Paris. La filiation avec Fauré est évidente (comme le couplage des deux oeuvres au disque). Le requiem de Duruflé a été créé à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1947
Hier, au-delà de la confirmation que Klaus Mäkelä est un chef très inspiré, en osmose avec son orchestre, on a vécu l’un de ces moments forts dans la vie d’un mélomane, dans une vie d’homme tout simplement. La puissance, la beauté, la cohésion des forces musicales – magnifique choeur de l’orchestre de Paris -, la présence de deux solistes ukrainiens, Valentina Plujnikova et Yuri Samoilov, le très long silence recueilli à la fin du requiem, avant que n’éclate un tonnerre d’applaudissements dans le public de la Philharmonie, particulièrement adressés aux deux interprètes ukrainiens, et au-delà d’eux, à tout un peuple martyr.
Reprenons le fil après l’interruption involontaire survenue il y a une semaine (Une expérience singulière) non sans avoir exprimé ma gratitude aux amis et lecteurs de ce blog pour leurs messages de soutien et de réconfort.
J’avais donc reçu un coffret de 36 CD, commandé il y a plusieurs semaines :
Decca a entrepris, semble-t-il, de rééditer, au fil des ans, le legs discographique considérable du chef anglais d’origine hongroise, Georg Solti (né le 21 octobre 1912 à Budapest et mort le 5 décembre 1997 à Antibes). En 2017, un énorme pavé de 108 CD reprenait tous les enregistrements réalisés à Chicago (lire : Solti à Chicago). Normal après tout, puisque Solti a été le patron du Chicago Symphony durant 22 ans, de 1969 à 1991, et directeur musical honoraire jusqu’à sa mort.
Ce nouveau coffret « londonien » couvre une première période de 1949 au début des années 70 – avec le London Symphony, le London Philharmonic et l’orchestre de l’opéra royal de Covent Garden – puis plus tardivement dans les années 90 essentiellement avec le LPO.
Ce coffret est un bon résumé de ce qu’on a aimé… et moins aimé chez ce grand chef.
Les gravures londoniennes des oeuvres qu’il a enregistrées plusieurs fois ou avec plusieurs orchestres sont toujours préférables – c’est vrai pour Bartok et Mahler. L’énergie débordante, la précision rythmique, qui sont la marque du jeune Solti y sont flagrantes, y compris dans des répertoires inattendus : la Gaîté parisienne de Rosenthal d’après Offenbach, gravée en 1958 avec l’orchestre de Covent Garden, est menée à un rythme d’enfer.
Plus les années passent, plus Solti succombe à une sorte de perfection marmoréenne, glacée comme dans les symphonies londoniennes de Haydn, gravée dans les années 80 (quelle lourdeur dans les menuets !). il n’est que de comparer les mêmes symphonies enregistrées avec le même orchestre (le London Philharmonic) avec Eugen Jochum ! Chez Jochum, tout vit, tout pétille… avec Solti on passe complètement à côté de l’esprit même du compositeur.
Les Anglais, Elgar, Walton, réussissent particulièrement à Solti. On se demande ce qu’il aurait fait des symphonies de Vaughan Williams par exemple.
Mozart: Symphony No. 25 in G minor, K183
London Symphony Orchestra
Sir Georg Solti
Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’
London Symphony Orchestra
Sir Georg Solti
Mozart: Piano Concerto No. 20 in D minor, K466
Sir Georg Solti (piano/conductor)
Chamber Orchestra of Europe
Mozart: Piano Concerto No. 24 in C minor, K491
Alicia de Larrocha (piano)
Chamber Orchestra of Europe
Mozart: Piano Concerto No. 25 in C major, K503
Alicia de Larrocha (piano)
London Philharmonic Orchestra
Mozart: Piano Concerto No. 26 in D major, K537 ‘Coronation’
Alicia de Larrocha (piano)
Chamber Orchestra of Europe
Mozart: Piano Concerto No. 27 in B flat major, K595
Alicia de Larrocha (piano)
London Philharmonic Orchestra
Mozart: Concerto for 2 Pianos and Orchestra No. 10 in E flat, K365
Daniel Barenboim (piano), Sir Georg Solti (piano/conductor)
English Chamber Orchestra
Mozart: Concerto for Three Pianos & Orchestra, K242
András Schiff (piano), Daniel Barenboim (piano), Sir Georg Solti (piano/conductor)
English Chamber Orchestra
Haydn: Symphonies Nos. 93 – 104 (the London Symphonies)
London Philharmonic Orchestra
Beethoven: Symphony No. 4 in B flat major, Op. 60
London Philharmonic Orchestra
Beethoven: Violin Concerto in D major, Op. 61
Mischa Elman (violin)
London Philharmonic Orchestra
Mendelssohn: Symphony No. 3 in A minor, Op. 56 ‘Scottish’
London Symphony Orchestra
Mahler: Symphony No. 1 in D major ‘Titan’
London Symphony Orchestra
Mahler: Symphony No. 2 ‘Resurrection’
London Symphony Orchestra, Heather Harper, Helen Watts
Mahler: Symphony No. 3
London Symphony Orchestra, Helen Watts
Mahler: Symphony No. 9
London Symphony Orchestra
Liszt: Les Préludes, symphonic poem No. 3, S97
London Philharmonic Orchestra
Liszt: Prometheus, symphonic poem No. 5, S99
London Philharmonic Orchestra
Liszt: Festklänge, symphonic poem No. 7, S101
London Philharmonic Orchestra
Liszt: Wandererfantasie (Schubert), S366
Jorge Bolet (piano)
London Philharmonic Orchestra
Elgar: Symphony No. 1 in A flat major, Op. 55
London Philharmonic Orchestra
Elgar: Symphony No. 2 in E flat major, Op. 63
London Philharmonic Orchestra
Elgar: Violin Concerto in B minor, Op. 61
Kyung Wha Chung (violin)
London Philharmonic Orchestra
Elgar: Falstaff – Symphonic Study in C minor, Op. 68
London Philharmonic Orchestra
Elgar: In the South (Alassio), Op. 50
London Philharmonic Orchestra
Elgar: Cockaigne Overture, Op. 40 ‘In London Town’
London Philharmonic Orchestra
Elgar: Pomp and Circumstance Marches Nos. 1-5, Op. 39
Holst: The Planets, Op. 32
London Philharmonic Orchestra
Walton: Belshazzar’s Feast
London Philharmonic Orchestra
Walton: Coronation Te Deum
London Philharmonic Orchestra
Bartók: Piano Concertos Nos. 1, 2 & 3
Vladimir Ashkenazy (piano)
London Philharmonic Orchestra
Bartók: Violin Concerto No. 2, Sz 112
Kyung Wha Chung (violin)
London Philharmonic Orchestra
Bartók: Music for Strings, Percussion & Celesta, BB 114, Sz. 106
London Philharmonic Orchestra
Bartók: Music for Strings, Percussion & Celesta, BB 114, Sz. 106
London Symphony Orchestra
Bartók: Dance Suite, BB 86, Sz. 77
London Philharmonic Orchestra
Bartók: Dance Suite, BB 86, Sz. 77
London Symphony Orchestra
Bartók: Concerto for Orchestra, BB 123, Sz.116
London Symphony Orchestra
Bartók: The Miraculous Mandarin, Op. 19, Sz. 73 (suite)
London Symphony Orchestra
Bartók: Duke Bluebeard’s Castle, Sz. 48, Op. 11
London Philharmonic Orchestra, Sylvia Sass, Kolos Kovats
Kodály: Háry János Suite
London Philharmonic Orchestra
Kodály: Psalmus hungaricus, Op. 13
London Philharmonic Orchestra
Kodály: Dances of Galanta
Kodály: Variations on a Hungarian Folksong ‘The Peacock’
London Philharmonic Orchestra
Rachmaninov: Piano Concerto No. 2 in C minor, Op. 18
Julius Katchen (piano)
London Symphony Orchestra
Stravinsky: Oedipus Rex
London Philharmonic Orchestra
Gounod: Faust – Ballet Music
Royal Opera House Covent Garden
Offenbach/Rosenthal: Gaîté Parisienne
Royal Opera House Covent Garden
Rossini: L’Italiana in Algeri Overture
London Philharmonic Orchestra
Rossini: Il barbiere di Siviglia Overture
London Philharmonic Orchestra
Verdi: La forza del destino Overture
London Philharmonic Orchestra
Suppe: Leichte Kavallerie Overture
London Philharmonic Orchestra
Suppe: Dichter und Bauer Overture
London Philharmonic Orchestra
Suppe: Ein Morgen, ein Mittag, ein Abend in Wien Overture
London Philharmonic Orchestra
Suppe: Pique Dame Overture
London Philharmonic Orchestra
Verdi: La forza del destino Overture
Verdi: La traviata: Prelude to Act 1
Offenbach: Barcarolle (from Les Contes d’Hoffmann )
Royal Opera House Covent Garden
Verdi: La traviata: Prelude to Act 3
Rossini: Semiramide Overture
Royal Opera House Covent Garden
Ponchielli: Dance of the Hours (from La Gioconda)
Royal Opera House Covent Garden
Rossini: L’Italiana in Algeri Overture
Royal Opera House Covent Garden
Glinka: Ruslan & Lyudmila Overture
London Symphony Orchestra
Mussorgsky: Khovanshchina – Introduction
London Symphony Orchestra
Mussorgsky: A Night on the Bare Mountain
London Symphony Orchestra
Borodin: Prince Igor Overture
London Symphony Orchestra
Borodin: Prince Igor: Polovtsian Dances
London Symphony Orchestra
On garde pour la fin ce que je considère depuis toujours comme ma version de chevet du Deuxième concerto de Rachmaninov. Julius Katchen et Solti c’est une assurance anti-guimauve et la garantie d’une virtuosité assumée.
C’était annoncé depuis l’été (lire Igor Markevitch et la zarzuela), attendu avec impatience. Deux coffrets reprenant les disques gravés par Igor Markevitch (1912-1983) pour Philips et pour Deutsche Grammophon.
C’est peu dire qu’on est comblé par le travail, une fois de plus remarquable, que le responsable de la collection Eloquence, Cyrus Meher-Homji a effectué d’abord pour rassembler l’intégralité des enregistrements réalisés par le chef d’origine russe pour le label hollandais Philips, et restaurer (« remasteriser » dit-on maintenant) les bandes d’origine, le plus spectaculaire étant la véritable résurrection des captations moscovites de 1962 (cf.ci-dessous)
Le « nettoyage » des bandes a aussi pour effet secondaire de rendre plus audibles les sonorités parfois crues de certaines phalanges – on a tant perdu l’habitude des saveurs parfois acidulées des bois français dans l’orchestre Lamoureux du début des années 60 ! – et, pour ce qui est des troupes espagnoles, chanteurs et orchestre, de défauts d’intonation et de justesse qui ne doivent pas cependant nous faire regretter de disposer enfin de ce patrimoine inattendu de la part de Markevitch.
CD 1 FRANZ JOSEPH HAYDN (1732–1809) 1–4 Symphony No. 103 in E flat major, H.I:103 ‘Drum Roll’* 5–8 Symphony No. 104 in D major, H.I:104 ‘London’* Orchestre des Concerts Lamoureux
CARL MARIA VON WEBER (1786–1826) 9 Preciosa – Overture, Op. 78, J.279 Orquesta Sinfónica de la RTV Española
*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA
CD 2 WOLFGANG AMADEUS MOZART (1756–1791) 1–3 Piano Concerto No. 20 in D minor, KV 466 4–6 Piano Concerto No. 24 in C minor, KV 491 Clara Haskil, piano Orchestre des Concerts Lamoureux
CD 3 LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827) 1–4 Symphony No. 1 in C major, Op. 21* 5–8 Symphony No. 5 in C minor, Op. 67* 9–12 Symphony No. 8 in F major, Op. 93* Orchestre des Concerts Lamoureux *FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA
CD 4 LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827) 1–4 Symphony No. 9 in D minor, Op. 125 ‘Choral’* Hilde Gueden, soprano Aafje Heynis, contralto Fritz Uhl, tenor Heinz Rehfuss, baritone Oratorienchor Karlsruhe Orchestre des Concerts Lamoureux
*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA
CD 5 LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827) 1–3 Piano Concerto No. 3 in C minor, Op. 37 FRÉDÉRIC CHOPIN (1810–1849) 4–6 Piano Concerto No. 2 in F minor, Op. 21 Clara Haskil, piano Orchestre des Concerts Lamoureux
CD 6 ALBAN BERG (1885–1935) 1–2 Violin Concerto ‘To the Memory of an Angel’ Arthur Grumiaux, violin Concertgebouworkest
ZOLTÁN KODÁLY (1882–1967) 5 Psalmus Hungaricus, Op. 13 Irina Arkhipova, contralto (Alto Rhapsody) Róbert Ilosfalvy, tenor (Psalmus Hungaricus) Russian State Academy Choir USSR State Symphony Orchestra
CD 7 GEORGES BIZET (1838–1875) 1–5 Carmen – Suite No. 1 6–10 Carmen – Suite No. 2 11–14 L’Arlésienne – Suite No. 1 15–17 L’Arlésienne – Suite No. 2 Orchestre des Concerts Lamoureux
CD 8 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–4 Symphony No. 1 in G minor, Op. 13, TH.24 ‘Winter Daydreams’ 5–8 Symphony No. 2 in C minor, Op. 17, TH.25 ‘Little Russian’ London Symphony Orchestra
CD 9 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–5 Symphony No. 3 in D major, Op. 29, TH.26 ‘Polish’ London Symphony Orchestra 6 Francesca da Rimini, Op. 32, TH.46 New Philharmonia Orchestra
CD 10 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–4 Symphony No. 4 in F minor, Op. 36, TH.27 5 Hamlet, Op. 67 London Symphony Orchestra New Philharmonia Orchestra
CD 11 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–4 Symphony No. 5 in E minor, Op. 64, TH.29 London Symphony Orchestra
CD 12 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–4 Symphony No. 6 in B minor, Op. 74, TH.30 ‘Pathétique’ London Symphony Orchestra
CD 13 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–4 Manfred Symphony, Op. 58, TH.28 London Symphony Orchestra
CD 14 NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV (1844–1908) 1–5 Capriccio Espagnol, Op. 34 6–9 Scheherazade, Op. 35 Erich Gruenberg, soloviolin London Symphony Orchestra
NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV (1844–1908) 2 Russian Easter Festival, Overture, Op. 36
ALEXANDER BORODIN (1833–1887) 3 Polovtsian Dances (from Prince Igor) Netherlands Radio Chorus (Borodin) Concertgebouworkest
CD 16 IGOR STRAVINSKY (1882–1971) 1–10 Apollon musagète (1947 version) 11–14 Suite No. 1 for Small Orchestra 15–18 Suite No. 2 for Small Orchestra 19–22 Four Norwegian Moods 23 Circus Polka for a Young Elephant London Symphony Orchestra
CD 17 IGOR STRAVINSKY (1882–1971) 1–24 L’Histoire du Soldat Jean Cocteau, Jean-Marie Fertey, Peter Ustinov, narrators Manoug Parikian, violin Joachim Gut, double bass Ulysse Delécluse, clarinet · Henri Helaerts, bassoon Maurice André, trumpet · Roland Schnorkh, trombone Charles Peschier, percussion
25–27 Symphonie de Psaumes Boys’ and Male Voices of the Russian State Academic Choir Russian State Academy Orchestra
CD 18 MODEST MUSSORGSKY (1839–1881) Orch. Markevitch 1 Cradle Song 2 The Magpie 3 Night 4 Where art thou, little star? 5 The Ragamuffin 6 On The Dnieper Galina Vishnevskaya, soprano
NIKOLAI TCHEREPNIN (1873–1945) 7–13 Tàti-Tàti* Olga Rostropovich, piano
LEOPOLD MOZART (1719–1787) 14–16 Toy Symphony (Cassation in G major for Orchestra and Toys)°
GEORGES BIZET (1838–1875) 17–21 Jeux d’enfants – Petite Suite, Op. 22° Children’s Ensemble of the Moscow School of Music (Toy Symphony) USSR State Symphony Orchestra
*FIRST CD RELEASE ON DECCA °FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA
CD 19 GIUSEPPE VERDI (1813–1901) 1 La forza del destino – Sinfonia 2 Macbeth – Ballet Music (Act III) 3 La traviata – Prelude (Act I) 4 Luisa Miller – Overture 5 Aida – Overture 6 Giovanna d’Arco – Overture 7 La traviata – Prelude (Act III) 8 I vespri siciliani – Overture New Philharmonia Orchestra
Messa da Requiem* beginning 9–10 Requiem et Kyrie
CD 20 GIUSEPPE VERDI (1813–1901) 1–19 Messa da Requiem* conclusion Galina Vishnevskaya, soprano Nina Isakova, mezzo-soprano Vladimir Ivanovsky, tenor Ivan Petrov, bass Russian State Academy Choir Moscow Philharmonic Orchestra
*FIRST STEREO CD RELEASE ON CD
CD 21 FEDERICO MOMPOU (1893–1987) 1–8 Los Improperios Peter Christoph Runge, baritone Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
TOMÁS LUIS DE VICTORIA (c. 1548–1611) 9 Ave Maria 10 Vexilla regis Escolania de nuestra Señora del Buen Retiro César Sanchez, Maestro de la Escolanía Coro de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
PADRE JAIME FERRER (1762–1824) 11–16 Lamentación 1a Ángeles Chamorro, soprano Norma Lerer, contralto Julian Molina, tenor Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
CD 22 TOMÁS LUIS DE VICTORIA (c. 1548–1611) 1–8 Magnificat primi toni Coro de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
ÓSCAR ESPLÁ Y TRIAY (1886–1976) 9–12 De Profundis Ángeles Chamorro, soprano Ines Rivadeneyra, mezzo-soprano Carlo del Monte, tenor Antonio Blancas, baritone Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
ERNESTO HALFFTER (1905–1989) 13 Canticum in P.P. Johannem XXIII*
IGNACIO RAMONEDA (1735–1781) 14 Veni Creator* Ángeles Chamorro, soprano Antonio Blancas, baritone Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
*FIRST CD RELEASE ON DECCA
CD 23 MANUEL DE FALLA (1876–1946) 1–7 Siete Canciones populares españolas* Orchestrated by Igor Markevitch
ISAAC ALBÉNIZ (1860–1909) 8 Catalonia°
ERNESTO HALFFTER (1905–1989) 9 Fanfare (a la memoria de Enrique Granados)*
ENRIQUE GRANADOS (1867–1916) 10 Spanish Dance, Op. 37 No. 9 ‘Romantica’° 11 Spanish Dance, Op. 37 No. 4 ‘Villanesca’° 12 Intermezzo (from Goyescas)° 13 Zapateado (from Six Pieces on Spanish Folksongs)° 14 Spanish Dance, Op. 37 No. 8 ‘Asturiana’° Ángeles Chamorro, soprano (Falla) Orquesta Sinfónica de la RTV Española
*FIRST CD RELEASE ON DECCA °FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA
CD 24 MANUEL DE FALLA (1876–1946) 1–3 Noches en los jardines de España Clara Haskil, piano Orchestre des Concerts Lamoureux
4–16 El amor brujo
EMMANUEL CHABRIER (1841–1894) 17 España – rapsodie pour orchestre
MAURICE RAVEL (1875–1937) 18 Boléro Ines Rivadeneyra, contralto (El amor brujo) Orquesta Sinfónica de la RTV Española
CD 25 ANTOLOGIA DE LA ZARZUELA* GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923) 1–3 La Tempranica (excerpts)
GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923) 6 El baile de Luis Alonso: Intermedio
VICENTELLEÓ BALBASTRE (1870–1922) 7 La corte de Faraón: Son las mujeres de Babilonia – ¡Ay ba!
PABLOLUNA (1879–1942) 8–10 El Niño Judio (excerpts)
TOMÁSBRETÓN (1850–1923) 11–13 La Verbena de la Paloma (excerpts) Ángeles Chamorro, Alicia de la Victoria, sopranos · Norma Lerer, contralto Angel Custodio, Gregorio Gil, Carlo del Monte, tenors Rafael Enderis, baritone Julio Catania, Jesus Coiras, José Granados, Antonio Lagar, José Le Matt, basses Coro y Orquesta Sinfónica de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
CD 26 MANUEL PENELLA (1880–1939) 1 El Gato Montés: Pasadoble
FRANCISCOALONSO (1887–1948) 2 La Calesera: Dice el Rey que le debe guardar
RUPERTO CHAPÍ Y LORENTE (1851–1909) 3–4 La Revoltosa (excerpts)
FEDERICO CHUECA (1846–1908) 5 Agua, Azucarillos y Aguardiente: Vivimos en la Ronda de Embajadores
GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923) 6 La Tempranica: Zapateado 7 La boda de Luis Alonso: Intermedio
RUPERTO CHAPÍ Y LORENTE (1851–1909) 8 El tambor de Granaderos: Preludio
FRANCISCO ASENJOBARBIERI (1823–1894) 9–11 El barberillo de Lavapiés (excerpts)
RUPERTO CHAPI Y LORENTE (1851–1909) 12 El Rey que Rabio: Coro de doctores
MANUEL FERNANDEZ-CABALLERO (1835–1906) 14 Gigantes y Cabezudos: Jota Ángeles Chamorro, Alicia de la Victoria, sopranos · Norma Lerer, contralto Carlo del Monte, José Antonio Viñe, tenors · Antonio Lagar, bass Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
IGOR MARKEVITCH *FIRST COMPLETE RELEASE ON CD OF ‘ANTOLOGIA DE LA ZARZUELA’
STEREO RECORDINGS
On attend maintenant avec autant d’impatience le coffret Eloquence Deutsche Grammophon !
Première d’une série limitée à ce mois d’août, des versions inattendues, des rencontres parfois surprenantes entre un chef et une oeuvre/un compositeur, peut-être même des « références » oubliées ou négligées.
Igor Stravinsky est mort il y a cinquante ans. On cite rarement Herbert von Karajan (1908-1989) comme l’un de ses interprètes de prédilection. Et pourtant ! Deux versions de studio et plusieurs « live »du Sacre du printemps, mais ni Petrouchka ni L’Oiseau de Feu.
Mais de sublimes interprétations d’Apollon musagète, du Concerto en ré, de la Symphonie de psaumes, de la Symphonie en ut et même de Circus polka, et un rare Jeu de cartes capté avec le Philharmonia.
Riccardo Muti fête ses 80 ans le 28 juillet prochain.
Pour l’occasion, Warner réédite la totalité de ses enregistrements symphoniques parus sous l’étiquette EMI, 91 CD avec les pochettes d’origine, alors que le chef italien était directeur musical successivement du Philharmonia Orchestra de Londres (1973-1982) et de l’orchestre de Philadelphie (1980-1992)
Je pensais avoir acquis, au fil des ans, la quasi-totalité de ces enregistrements, sans y prêter toujours une grande attention. J’ai redécouvert, voire découvert des disques dont je ne me souvenais pas. Et surtout réévalué des versions que j’avais négligées.
Ce qui ressort, de manière presque caricaturale, de ces vingt et quelques années d’enregistrements, c’est l’évolution d’un jeune chef fougueux, cinglant (il n’a pas gagné pour rien le concours Guido Cantelli !), brillant, qui redonne une pleine jeunesse à une formation qui s’était assoupie sous le règne du vieil Otto Klemperer – le Philharmonia de Londres -, qui, la décennie suivante, tout juste quadragénaire, fait briller de tous ses feux Philadelphie, une phalange héritée en ligne directe de son légendaire bâtisseur Eugene Ormandy.
Chez Riccardo Muti, au fil des ans, la silhouette s’est empâtée comme sa direction. Le lendemain du concert de Nouvel an 2021, je le constatais dans ces lignes : Ces vieux qui rajeunissent…et inversement
La baguette affûtée, l’allure élégante ont laissé peu à peu la place à une sorte d’embourgeoisement confortable*, de perfection formelle un peu vaine. Témoin cette Neuvième de Beethoven, captée à Chicago, sans nerf, sans énergie, sans feu intérieur…
J’ai quelques souvenirs parisiens de concerts dirigés par Muti dans les années 80 et 90, c’était alors la sveltesse, l’allant, parfois l’audace. On retrouve tout cela dans une bonne moitié de ce coffret, quelques symphonies de Mozart, sa première intégrale des symphonies de Schumann, de superbes Mendelssohn 3, 4, 5…
Une intégrale des symphonies de Tchaikovski avec le Philharmonia (Muti reprendra les trois dernières symphonies avec Philadelphie quelques années plus tard) que j’ai redécouverte avec ce coffret : on y retrouve le chef napolitain con fuoco !
Faut-il penser que Muti a toujours été et reste d’abord un chef de théâtre, comme en témoigne d’abondance un legs discographique exceptionnel où dominent Mozart (la trilogie Da Ponte captée à Salzbourg), et bien sûr Verdi (à la Scala notamment) ? Dans ce coffret « symphonique » l’éditeur a glissé la quasi-intégrale des messes et requiems de Cherubini dont Muti s’est fait le héraut, ainsi que deux Requiem de Verdi (avec le Philharmonia et avec la Scala)
Mais s’il y a bien un répertoire où Muti, jeune ou moins jeune, semble ignorer le mouvement de « l’interprétation historiquement informée », c’est bien Vivaldi ou Haendel! Quelle étrange idée d’enregistrer à Berlin cette Water Music engluée dans un legato hors de propos (Kubelik avait fait de même avec les mêmes Berlinois pour DG) !
Et si c’était dans le post-romantisme d’un Scriabine, qu’on retrouvait le grand, l’admirable Riccardo Muti ?
* Riccardo Muti détient – selon Diapason – le record des chefs les mieux payés au monde pour son poste de directeur musical du Chicago Symphony !
Il est né le 8 juin 1671 et mort le 17 janvier 1751 à Venise. Et son nom a acquis une célébrité universelle au XXème siècle grâce à une oeuvre qui n’est pas de lui ! Peut-être même serait-il aujourd’hui oublié s’il n’y avait eu ce célébrissime Adagio et cet inoubliable sketch du couple Bedos-Daumier…
Tomaso Albinoni est honoré par un coffret sorti ce printemps chez Warner, qui n’est jamais désagréable d’écoute, mais qui aurait tendance à confirmer une opinion prêtée à Stravinsky selon laquelle Vivaldi aurait écrit 500 fois le même concerto.
Des versions option tout confort – Claudio Scimone et ses Solisti Veneti sont à leur affaire, avec des solistes de haut vol, dans les séries de concertos pour hautbois (les Français Jacques Chambon et Pierre Pierlot).
Un mot tout de même de cet Adagio d’Albinoni qui n’est pas d’Albinoni. C’est l’oeuvre de Remo Giazotto (1910-1998) qui a établi justement le catalogue des oeuvres d’Albinoni et s’est pris au jeu de faire accroire qu’il avait trouvé un fragment de concerto, qu’il éditera en 1958, avec la postérité que l’on sait (et on l’imagine pour l’auteur des revenus conséquents !).
Je ne suis pas sûr qu’on parviendrait à établir la discographie de cet Adagio et de tous ses avatars. La palme du plus exquis mauvais goût revient sans doute à Herbert von Karajan, avec son orchestre wagnérien.
En tout cas, le thème principal de cet adagio n’est pas l’apanage du seul Albinoni ou de son « arrangeur ». Il n’est que d’écouter le mouvement lent du concerto pour alto (1774) de Carl Stamitz. Ici dans une vidéo émouvante à plus d’un titre : j’y reconnais tant de visages familiers de l’Orchestre de la Suisse romande, tel que je l’ai connu dans les années 80, et la toute jeune altiste Tabea Zimmermann, lors des épreuves du Concours de Genève en 1982. Quel chemin parcouru depuis par cette fabuleuse musicienne !
Il faut écouter à 14’32 :
Pour en revenir à Albinoni, on sait qu’il al aissé environ 300 œuvres. Il a composé environ quatre-vingts opéras dont il ne reste pratiquement rien. En effet, près de soixante-dix de ces partitions furent détruites pendant le bombardement de Dresde en février1945. On sait cependant que ses opéras étaient fréquemment représentés hors d’Italie dans les années 1720, notamment à Munich. Outre une trentaine de cantates, dont une seule a été publiée (Amsterdam vers 1701), c’est son œuvre instrumentale qui nous est parvenue, grâce à une publication imprimée :
Op. 1 : 12 Suonate a tre, publiées à Venise en 1694 ;
Op. 3 : 12 Balletti a tre, publiés à Venise en 1701 ;
Op. 4 : 6 Sonate da chiesa pour violon & basse continue, publiées chez Roger à Amsterdam vers 1709 ;
Op. 5 : 12 Concerti a cinque (& basse continue), publiés à Venise en 1707 ;
Op. 6 : 12 Trattenimenti armonici per camera pour violon, violone et clavecin, publiés à Amsterdam vers 1712 ;
Op. 7 : 12 Concerti a cinque pour un violon solo (no 1, 4, 7, 10), deux hautbois (no 2, 5, 8, 11) ou un hautbois solo (no 3, 6, 9, 12) & cordes, publiés à Amsterdam en 1715 ;
Op. 8 : 6 Balletti e 6 Sonate a tre, publiés à Amsterdam en 1722 ;
Op. 9 : 12 Concerti a cinque pour un violon solo (no 1, 4, 7, 10), un hautbois solo (no 2, 5, 8, 11) ou deux hautbois (no 3, 6, 9, 12) & cordes, publiés à Amsterdam en 1722 ;
Op. 10 : 12 Concerti a cinque pour trois violons, alto, violoncelle & basse continue, publiés à Amsterdam (1735-36) chez l’imprimeur Michel Charles Le Cène
On ne pensait pas que le seul fait d’aller au concert constituerait un événement ! Et pourtant c’est ce que j’ai ressenti jeudi soir en revenant à la Maison de la Radio (et de la Musique!), huit mois après le concert inaugural (lire Inauguration) du chef roumain Cristian Măcelaru, le nouveau directeur musical de l’Orchestre National de France.
Peu de monde dans l’Auditorium de Radio France (jauge à 35 % oblige), un programme sortant vraiment des sentiers battus.
J’ai aimé retrouver cette très belle salle, dont j’ai eu naguère la charge de préparer l’inauguration – en novembre 2014 – .
Le concert – sans entracte – s’ouvrait par le Concerto pour piano et ventsde Stravinsky (1924).Bertrand Chamayou était le soliste – parfait – d’une oeuvre qui n’est jamais parvenue à me passionner, ni même à m’intéresser. On parle de période « néo-classique » pour Stravinsky, comme une manière d’expliquer, d’excuser la baisse, voire l’absence d’inspiration pour l’auteur glorieux, dix ans plus tôt, d’une trilogie fondatrice de la musique du XXème siècle (L’Oiseau de feu, Petrouchka et, plus encore, le Sacre du Printemps). Pupitres de bois et cuivres resplendissants du National.
La deuxième oeuvre au programme est une rareté absolue, peut-être même une première française ? Les Trois pièces pour cordes sont l’oeuvre d’un très jeune homme : le chef d’orchestre roumain Constantin Silvestri (1913-1969) a 17 ans lorsqu’il compose cette partition, qui se situe dans l’orbite d’un Bartok ou d’un Kodaly, d’inspiration populaire, et qui agit en parfait révélateur de la cohésion d’un orchestre. Si Cristian Măcelaru voulait nous prouver que l’entente entre le National et lui est plus que cordiale, alors c’est réussi. Avec un atout-maître pour le chef roumain, la présence au pupitre de premier violon solo de sa compatriote Sarah Nemtanu)
En septembre 2020, pour son premier concert (Inauguration), Cristian Măcelaru avait déjà choisi une symphonie de Saint-Saëns. Jeudi c’était la toute première, oeuvre d’un adolescent, pleine de belles intentions, de mélodies et de rythmes entraînants, pleine aussi de maladresses et de lourdeurs.
À connaître bien sûr, même si le jeune Saint-Saëns en 1853 est loin d’un Georges Bizet qui écrit, lui, son unique Symphonie en do majeur, à 17 ans lui aussi en 1855. La promesse d’un côté, une juvénilité déjà accomplie de l’autre.
Un concert, celui de jeudi soir, à réécouter sur le site de France Musique : Concert en trois temps.
On peut aussi revoir avec plaisir la Symphonie n°2 donnée en septembre dernier :
L’Orchestre National, Bertrand Chamayou et Cristian Măcelaru seront à Montpellier, le 20 juillet prochain, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier. A découvrir absolument : lefestival.eu