Les fraîcheurs du chef (VI) : Sakari en Islande

C’est un chef que j’ai découvert par le disque, Petri Sakari dirigeant l’orchestre symphonique d’Islande dans la 2e symphonie du compositeur finlandais Leevi Madetoja.(1887-1947)

J’avais même repris le début de cette symphonie comme indicatif de France Musique.

J’ai invité Petri Sakari à plusieurs reprises à Liège pour des programmes qui n’ont jamais manqué d’originalité, ainsi en janvier 2008 (Bruckner), le 12 février 2011 (Ledoux, Reger, Lindberg, Strauss).

Le chef a signé une très belle intégrale Sibelius, l’une de mes préférées dans une discographie surabondante.

Mais pour ce sixième épisode de la série Les fraîcheurs du chef, cap sur les autres enregistrements islandais du chef !

Le seul « tube » internationalement connu d’un compositeur suédois Hugo Alfvén qui mérite d’être beaucoup mieux connu : sa 1e rhapsodie suédoise (en suédois : Midsommarvaka / Soir d’été)


Quant à Uuno Klami (1900-1981) ce n’est pas un clone de Sibelius, même si les sources d’inspiration sont les mêmes

La musique islandaise est encore une terra incognita pour moi, mais grâce à Petri Sakari on peut l’approvisoiser.

Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog : conséquences et inconséquences

Les fraîcheurs du chef (IV) : Leonard Bernstein en Scandinavie

Pour n’être pas aussi abondante que celle de Neeme Järvi (voir Neeme Järvi et les valses de Prokofiev), la discographie de Leonard Bernstein est foisonnante et réserve bien des surprises (lire la série Un été Bernstein que j’avais consacrée en 2018 au chef compositeur à l’occasion du centenaire de sa naissance).

Les incursions de Bernstein dans les musiques scandinaves ne sont pas considérables – une intégrale des symphonies et quelques poèmes symphoniques de Sibelius avec New York – mais toutes exceptionnellement réussies, comme ces symphonies de Nielsen gravées avec l’orchestre de la radio danoise (pour la 3e) et New York. Ce sont ces disques qui m’ont amené à Nielsen, et qui sont toujours au sommet de la discographie du compositeur danois.

En même temps que j’écris cet article, je découvre sur YouTube la captation du concert du 17 mai 1965 de Leonard Bernstein dirigeant l’orchestre royal du Danemark dans cette fameuse 3e symphonie…

Plus au nord, Sibelius bien sûr comme cette captation de la 5e symphonie à Londres.

et cette superbe version de Luonnotar

Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog !

Les fraîcheurs du chef (I) : Colin Davis

Pour cet été 2026, je me lance dans une série qui n’a d’autre prétention que d’explorer quelques secrets de la discographie et/ou de la carrière de grands chefs d’orchestre que j’admire. Et comme la canicule menace, mon choix se portera sur des musiques plutôt rafraîchissantes!

J’ai une profonde admiration pour Colin Davis (1927-2013) que j’ai eu la chance d’applaudir plusieurs fois en concert, la dernière fois à Londres en 2012 un an avant sa mort, ou en 2009 à l’Opéra Comique dirigeant l’Orchestre national de France dans un programme tout Berlioz.

Celui-ci s’ouvrait par la première et la moins connue des « ouvertures » de Berlioz : Waverley s’inspire d’un roman de Walter Scott et évoque.. l’Ecosse et ses climats d’ordinaire plus frais que notre continent. Quoique…

La collection Eloquence réédite tous les enregistrements réalisés par le chef anglais à Boston, où on lui avait le poste de directeur musical, qu’il avait refusé au profit d’une nomination comme « principal guest conductor » beaucoup moins contraignante.

Les mélomanes connaissent depuis longtemps le cycle Sibelius qu’il y a enregistré. Il y a vingt ans, j’avais eu le bonheur de parcourir la Carélie, cette longue frontière naturelle de la Finlande avec la Russie, et de visiter la demeure de Sibelius, Ainola.

On sait que Sibelius a puisé l’essentiel de son inspiration dans les paysages qui l’entouraient. J’ai toujours eu une affection particulière pour sa dernière oeuvre symphonique, tout juste centenaire, puisque Tapiola a été écrit et créé en 1926. Colin Davis en donne avec Boston une version de pure splendeur.

Et toujours mes brèves de blog pour le tout venant de mes humeurs

La véridique histoire du grand Nicholas

Longtemps après que le poète a disparu, on ne se remet toujours pas de son départ. Dans une semaine, cela fera quatre ans que Nicholas Angelich est mort au terme de mois de souffrance et de douleur. Il avait 52 ans et nous laisse inconsolables (lire Le piano était en noir et Sur les ailes du chant)

Lorsque j’ai appris, d’abord qu’elle préparait un ouvrage sur lui, puis que ce livre allait sortir ce printemps, j’ai été empli d’une infinie gratitude à l’égard de Nathalie Krafft, une amie de plus de trente ans. Elle présentait son ouvrage mercredi à la Philharmonie. Je n’ai malheureusement pas pu l’y rejoindre, en raison d’un « conflit d’agenda » comme on dit en Suisse, puisque je devais être au théâtre des Champs-Elysées pour un concert (dont je rendrai compte sur Bachtrack).

Je me suis donc précipité chez mon libraire.

L’ancienne rédactrice en chef du Monde de la Musique, auteure de plusieurs ouvrages remarqués (lire Aimer Sibelius) le reconnaît à demi-mot dans ses quelques mots d’introduction. Parviendrait-elle à écrire avec la bonne distance critique sur quelqu’un qu’elle a tant aimé, entouré, secouru, aidé ? Aucune inquiétude à avoir Nathalie ! Tu as écrit l’une des plus admirables biographies que j’aie jamais lues sur un musicien, l’une des plus sensibles et pudiques à la fois, parce que nous sommes quelques-uns à savoir combien avec quelques proches tu étais devenue la vraie famille de Nicholas.

Je n’ai pas encore terminé la lecture de ce livre. C’est parfois un trop plein d’émotion qui surgit au détour d’une page, l’envie d’écouter, de réécouter Nicholas. Alors on repose l’ouvrage, on se nourrit de tous ces détails magnifiques sur l’enfance du pianiste né à Cincinnati, qui a vécu le plus clair de sa vie à Paris et qui pourtant n’a jamais été naturalisé français, sur ses formidables parents, les racines d’un art unique.

Je reproduis ici ce qu’on appelle « la présentation de l’éditeur »

« Devant un piano, Nicholas Angelich avait tout. Héritier des traditions musicales serbe, russe, hongroise, slovaque, française, grâce à son père violoniste et à sa mère pianiste, il les avait assimilées jusqu’à les transmuer en un or qui n’était qu’à lui : un son irremplaçable, une puissance titanesque doublée d’une douceur confondante, une virtuosité combinée à l’inspiration d’un poète. Il fait ses premières gammes aux Etats-Unis où il est né, et donne son premier concert à sept ans. A treize, il part en France, à Paris, où de bonnes fées se penchent sur son destin : Aldo Ciccolini, Yvonne Loriod, Michel Béroff. De là, il mène une carrière de soliste brillante et réfléchie. Cette première biographie de Nathalie Krafft dresse le portrait en clair-obscur de cet artiste absolu, mort en 2022 à l’âge de cinquante et un ans.« 

Mais ce bouquin est indispensable, nous est indispensable, bien sûr par la qualité d’écriture et les souvenirs qu’il convoque sous la plume de Nathalie Krafft, mais surtout parce qu’il nous raconte ce grand Nicholas que nous avons de si près connu et tant aimé. Sans vouloir divulgâcher la fin de l’ouvrage, Nathalie a rassemblé une sorte de petit dictionnaire du parler « Angelich », à la fois désopilant et si touchant.

Elle cite l’un des souvenirs les plus forts que j’ai de la présence de Nicholas Angelich sur une scène. C’était en octobre 2010, quelques mois avant la disparition d’une autre inégalable amie, Brigitte Engerer. Je n’ai plus jamais entendu La Valse de Ravel jouée avec le feu qu’y mettaient ce jour-là Nicholas et Brigitte.

Brigitte Engerer et Nicholas Angelich jouent la Valse de Ravel (Salle Philharmonique de Liège, octobre 2010)

Je reproduis ici ce que j’écrivais le 19 avril 2022 (Le piano était en noir)

« Ce matin, je n’ai pas de mots, je ne veux pas mettre de mots, sur la disparition prématurée autant que redoutée de Nicholas Angelich. Tant de ses collègues, de journalistes, auront dit en quoi il était, il est, unique, immense, magnifique.

Je suis dévasté parce que, de tous les musiciens qu’il m’a été donné de croiser, de rencontrer, Nicholas était comme le frère que je n’ai pas eu, doté de toutes les qualités que j’admire chez un artiste et chez un être humain. Les larmes me viennent en même temps qu’affluent tant de souvenirs.

Nicholas est sans doute – je n’ai pas fait de comptabilité macabre – le pianiste que j’ai le plus invité lorsque j’étais à Liège, le plus écouté en concert. J’avais enfin trouvé une date en juillet 2021 pour l’inviter au Festival Radio France à Montpellier, et son agent avait dû annuler parce que Nicholas était malade. Je savais que, malheureusement, ce n’était pas une maladie « diplomatique »… 

En vrac, quelques images. 

Une première rencontre à la fin des années 90, au café en face de l’Hôtel d’Albret dans le Marais, alors siège de la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris. France Musique avait investi la cour de ce lieu magique au coeur de Paris pour une émission estivale en direct chaque jour. Arièle Butaux avait convié deux jeunes pianistes dont on commençait à parler : Jérôme Ducros.. et Nicholas Angelich. Ils avaient même improvisé un quatre mains. Je les avais invités l’un et l’autre à se désaltérer et les avais interrogés sur leurs projets de l’été : Jérôme avait déroulé un beau calendrier de concerts, tandis que Nicholas, grillant cigarette sur cigarette, annonçait, de son air lunaire, une seule date…

Quelques mois plus tard, je retrouverais étonnamment les deux mêmes pianistes à Deauville, dans le cadre d’un festival pascal voué à faire éclore les jeunes talents. Jérôme Ducros et un quatuor formé pour la circonstance jouaient le quintette « La Truite » de Schubert, et Nicholas Angelich aux côtés – si ma mémoire ne me fait pas défaut – d’Augustin Dumay et du tout jeune Renaud Capuçon, jouait dans les profondeurs du clavier la plus dense des versions que j’aie jamais entendues en concert… du Concert de Chausson.

Je découvre, bouleversé, cet extrait d’un concert de janvier 2019 à la Philharmonie

Puis il y aura Liège, où dès 2001, je crois que j’aurai invité Nicholas Angelich chaque saison, en commençant par un 2ème concerto de Rachmaninov avec Alexandre Dmitriev, et puis surtout en chaque occasion importante, où il me semblait que la présence de ce musicien était aussi indispensable que l’est celle d’un frère, d’un cousin, lorsque la famille se rassemble.

Je ne puis, ce matin, reparler de toutes ces aventures, je vais tenter de rassembler mes souvenirs, pour les livrer par-delà le chagrin et le deuil.« 

Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog (11.04.2026)

Karajan Live

J’ai hésité avant de commander d’abord ce coffret qui couvre la période 1971-1979, puis le précédent – 1953-1969 -. Le prix fait réfléchir (puisque j’achète tous mes disques !) mais le travail éditorial et l’objet même sont remarquables.

Tout semble avoir été déjà dit, écrit sur le chef d’orchestre salzbourgeois : Karajan est né dans la ville natale de Mozart le 5 avril 1908 et mort dans sa maison d’Anif, à 8 km de Salzbourg le 16 juillet 1989. Ici même les occurrences ne manquent pas : lire Mon Karajan

Alors pourquoi revenir à Karajan et à ces captations de concert ? D’abord en raison de quelques raretés, pas toujours indispensables, mais surtout parce qu’une fois de plus le concert, le « live » révèlent l’artiste tel qu’en lui-même le studio, trop léché, trop poli – surtout à cette période-là – le corsètent.

Avant ces coffrets réalisés à l’initiative et sous le contrôle des Berliner Philharmoniker eux-mêmes, on avait déjà les documents d’archives mis au jour par Yves St.Laurent (lire La collection St Laurent : les bons plans)

CD 1 25/09/1971

>Vivaldi, sinfonia « al san sepolcro »/ Sibelius concerto violon – Christian Ferras / Stravinsky Le sacre du printemps

CD 2 12/02/1972

>Mendelssohn symph 3 / Debussy prélude à l’après-midi d’un faune / Ravel Daphnis suite 2

CD 3 31/12/1972

>Bruckner symph 5

CD 4 8/09/73

>Mozart symph 41 / Tchaikovski symph 5

CD 5 17/02/74

>Schubert symph 8 / Penderecki capriccio violon – Leon Spierer / Moussorgski Les tableaux d’une exposition

CD 6 25/09/74

>Mozart concerto piano 23 – Jean-Bernard Pommier / Schoenberg Pelleas und Melisande. *

CD 7 8/12/74

>Bartok musique cordes / Dvorak symph 9

CD 8 20/05/75

>Berg suite lyrique / Bruckner symph 4

CD 9 25/09/75

>Richard Strauss Métamorphoses / Also sprach Zarathustra

CD 10 16/10/76

>Mozart symph conc vents – Karl Steins, Karl Leister, Gerd Seifert, Manfred Braun / Sibelius symph 5, Finlandia

CD 11 12/12/76

>Bruckner symph 5

CD 12 31/12/76

>Mozart symph 41 / Richard Strauss Ein Heldenleben

CD 13 25/06/77

>Wimberger Plays für 12 Solo-Violoncelli, Bläser und Schlagzeug / Berlioz symph fantastique

CD 14 25/09/77

>Thärichen Batrachomyomachia / Stravinsky Le sacre du printemps

CD 15 21/10/77

>Brahms double concerto – Thomas Brandis, Ottomar Borwitzky / Brahms symph 2

CD 16 04/01/78

>Mahler Das Lied von der Erde – Agnes Baltsa, Hermann Winkler

CD 17/01/78

>Sibelius symph 4. / Beethoven symph 7

CD 18 4/01/79

>Bach conc brandebourgeois 3 / Berg pièces op 6 / Dvorak symph 8

CD 19 27/01/79

>Webern pièces op 5 / Schumann symph 4 / Tchaikovski conc piano 1 – Mark Zeltser

CD 20 25/11/79

>Bach conc brandebourgeois 1 / Beethoven symph 3

*J’ai raconté le souvenir très particulier que j’ai gardé du concert que donnaient Karajan et ses Berliner à Lucerne, trois semaines avant ce concert, le 31 août 1974, avec au programme ce Pelleas de Schoenberg (L’été 74).

Les surprises d’un coffret

Les textes et les photos qui font une grande partie de la valeur de ce coffret – en allemand et en anglais seulement ! – dressent des portraits contrastés du chef, surtout lors de cette décennie 70 où la recherche du beau son va sembler l’emporter sur les considérations purement musicales. On sort en réalité des clichés, des postures, par le témoignage de musiciens, de preneurs de son, de collaborateurs qui n’étaient pas, n’ont jamais été de simples faire-valoir. Mais on admire ce qui a fait la légende Karajan – et que m’avait rapporté jadis l’un de ses rares « élèves », le chef allemand Günther Herbig, invité plusieurs fois à Liège – la fabrication, la construction d’une interprétation, avant même la recherche du son d’ensemble. Tous les documents – rares jusqu’à maintenant – qui montrent Karajan en répétition l’attestent.

On comparera donc avec intérêt les doublons qui figurent dans ce coffret (‘Le Sacre du printemps, la 5e de Bruckner, la 41e de Mozart), on ne s’attardera pas longtemps sur les rares « créations » – on imagine bien pourquoi Karajan dirige une oeuvre de Werner Thärichen, l’indéboulonnable timbalier et surtout délégué des musiciens des Berliner (!) – mais on relèvera un art consommé de la programmation. On a sans doute choisi les concerts les plus originaux pour ce coffret, mais on reste rêveur devant ce qui était proposé au public berlinois.

Il faut aussi relever que le système mis en place par Karajan et Berlin de contrôle absolu de tout ce qui était enregistré, produit, pour le concert et pour le disque, est encore très largement en vigueur aujourd’hui. On ne trouve quasiment pas trace sur internet, a fortiori sur YouTube, d’un « live » qui n’ait pas été formellement approuvé par la firme !

Exception avec ce Chant de la Terre, capté en janvier 1978 (cf. ci-dessus), avec Agnes Baltsa et Hermann Winkler :

Je rappelle que le fameux Grand Echiquier qui réunissait l’orchestre philharmonique de Berlin et Herbert von Karajan le 24 juin 1978 est visible ici : Grand Echiquier 1e partie et Grand Echiquier 2e partie.

Et toujours mes brèves de blog en fonction de l’actualité et de mes humeurs.

Actualisation

Collectionneur impénitent je suis et je reste. Je ne parviens pas à me contenter d’une discothèque tout numérique. Tant qu’il y a encore des CD et des DVD, surtout lorsqu’ils sont rassemblés en coffrets (avant disparition ?), je suis preneur.

J’ai fait ces derniers temps quelques achats – neufs ou occasion – qui me semblent induire une actualisation de certains articles.

Etudes

Il y a plus de deux ans, j’avais écrit un article – Hautes études – en relation avec une discographie établie par la revue Gramophone des deux cahiers d’Etudes de Chopin. Entre temps de nouveaux disques sont parus et j’en ai découvert d’autres que j’ignorais, comme celui que le festival d’Auvers-sur-Oise faisait enregistrer à Jean-Frédéric Neuburger à tout juste 20 ans en 2006

Et chemin faisant, je trouve ceci de prodigieux sur YouTube, Daniil Trifonov, 20 ans lui aussi, à l’époque du concours Rubinstein de Tel Aviv

Et puis il y a eu ce disque de Yuncham Lim, dans sa vingtaine triomphante lui aussi)

Ce disque a obtenu toutes les récompenses possibles. Une première écoute rapide ne m’avait pas vraiment passionné : tout me paraissait un peu « trop », trop vite, trop uniforme, trop purement virtuose. Et à la réécoute je lui trouve finalement de très belles qualités.

Il y a aussi cette réédition – enfin – des Chopin du pianiste chinois naturalisé britannique Fou Ts’ong (1934-2020)

Saint-Saëns

À l’occasion du centenaire de sa mort, en 2021, j’avais consacré une série d’articles à Saint-Saëns, en particulier à ses concertos pour piano (lire Saint-Saëns #100)

J’y parlais déjà du premier volet des concertos enregistrés par le fils – Alexandre – et le père – Jean-Jacques Kantorow.

Ce n’est que récemment que j’ai pu acquérir les 2 CD. Indispensables évidemment !

Il y a surtout un disque que j’avais oublié dans ma recension, mais mentionné en bonne place en rendant hommage à Nelson Freire (1944-2021)

Des nouvelles de Carl

C’est un chef, violoniste à l’origine, dont j’ai quelquefois parlé ici avec admiration, Carl von Garaguly (1900-1984) pour les seuls enregistrements que j’avais trouvés de lui, Sibelius… et Johann Strauss !

Je viens de trouver sur IStore, en téléchargement uniquement donc, une formidable 2e symphonie de Nielsen enregistrée à Copenhague (avec un orchestre qui n’existe pas, sans doute l’orchestre de la radio danoise sous un pseudonyme !)

Puisque nous sommes encore dans l’année Strauss (Un bouquet de Strauss), rappelons cette merveille. Il faut écouter la liberté, la souplesse, dont use sans économie le chef qui n’a pas oublié ses racines hongroises.

Chansons tristes

Il y a tout juste un mois, j’évoquais les chansons tristes que j’aime écouter pour leur effet bienfaisant, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Je dois y ajouter une séquence qui m’émeut profondément quand je la revois, cette dernière rencontre entre deux amis, Serge Lama et Nana Mouskouri autour d’une chanson – Une île – que j’aurais dû ajouter à ma première liste

Et puis comme toujours mes humeurs, bonnes ou moins bonnes, dans mes brèves de blog

Le centenaire de Sir Charles

Question pour un champion : je suis né le 17 novembre 1925 dans l’état de New York aux Etats-Unis, je suis mort un 14 juillet (2010) à Londres, je suis Australien, j’ai étudié à Prague, je suis Commandeur de l’Ordre de l’empire britannique ? Je suis le chef d’orchestre Charles Mackerras, dont on célèbre aujourd’hui le centenaire de la naissance.

Warner a eu la très bonne idée de regrouper tous les enregistrements parus sous les différents labels de la galaxie Warner ex-EMI (Classics for Pleasure, EMInence, Virgin Classics…) de ce chef au long parcours emblématique d’une certaine tradition britannique.

J’ai déjà relevé ici la qualité exceptionnelle de son intégrale Beethoven captée à Liverpool.

En 1969, il grave un Messie de Haendel qui se démarque nettement de la pompe victorienne de ses prédécesseurs Beecham, Boult ou Sargent, mais n’atteint pas à la même réussite que son collègue Colin Davis qui trois ans plus tôt a vraiment révolutionné l’interprétation de ce chef-d’oeuvre.

Toujours chez Haendel, Mackerras a été l’un des premiers à graver la version « plein air » des Royal fireworks et de Water Music avec une grande formation de vents, cuivres et percussions. Et ces versions n’ont rien à envier aux « baroqueux » qui viendront ensuite…

Il y a plein d’autres pépites, musiques de ballet, arrangements à la sauce Mackerras, et en fait très peu de ce qui a fait la réputation du chef dans sa maturité : Haydn, Mozart et Janáček. Il faut aller chercher chez Decca, Telarc ou Supraphon, des témoignages inestimables de l’art de ce grand chef

Dohnányi suite et fin

On a appris le 7 septembre dernier la mort du grand chef allemand Christoph von Dohnányi. Decca avait publié – il était temps ! – à la veille de son 95e anniversaire, un coffret reprenant ses enregistrements à Cleveland, et avait annoncé une suite avec les disques enregistrés à Vienne.

La plupart des enregistrements ont été réalisés avec le Philharmonique de Vienne, quelques-uns, marginalement, avec le Symphonique de Vienne (deux concertos de Mozart avec Ingrid Haebler, des ouvertures de Beethoven) et on y a glissé les concertos de Grieg et Schumann avec Claudio Arrau captés.. au Concertgebouw d’Amsterdam ! Peu d’inédits, comme cette Burleske de Richard Strauss avec Rudolf Buchbinder.

Le legs Sibelius de Segerstam

Au moment où j’évoquais le premier coffret Dohnányi (lire Authentiques), j’avais appris la mort de Leif Segerstam. C’était le 11 octobre 2024.

Coïncidence : au moment de signaler la parution du coffret Dohnányi/Vienne, je reçois un beau. coffret hommage au chef finlandais regroupant ses enregistrements parus chez Ondine.

Le coffret est d’autant plus précieux qu’il dépasse l’oeuvre de Sibelius : 4 CD sont consacrés à d’autres compositeurs finnois.

Deux fois Lalo

Lalo Schifrin (1932-2025)

Comme tout le monde, j’ai découvert Lalo Schifrin grâce au générique d’un feuilleton dont je n’aurais pas voulu rater un épisode :

Comme tous les grands compositeurs de musiques de film ou de séries, Lalo Schifrin, a eu une formation tout ce qu’il y a de plus classique (rappelons ici qu’à ses débuts Maurice Jarre était un compositeur plus radical encore que son contemporain Pierre Boulez !). C’est assez sympathique de découvrir qu’en 1952, Lalo Schifrin, au consulat de France à Buenos Aires, passe le concours d’entrée au Conservatoire de Paris. Il étudiera auprès d’Olivier Messiaen (qu’il écoutera régulièrement à la tribune de l’orgue de la Trinité) et fréquentera les clubs de jazz.

Il faut écouter les hommages que France Musique a rendus au compositeur, avec Max Dozolme par exemple

Lalo par Beecham

J’ai, à plusieurs reprises, raconté ma découverte de l’unique symphonie en sol mineur d’Edouard Lalo (Lalo ou l’éternel second) grâce à un disque de Thomas Beecham et de l’Orchestre national à l’époque de la RTF ! C’est d’ailleurs avec le même disque que j’avais découvert la symphonie de Bizet (lire Le jeune homme et l’orchestre).

Warner vient de rééditer l’ensemble des enregistrements stéréo du chef britannique après un « remastering » très réussi, réalisé par Art et Son à Annecy (*)

Ne me demandez pas pourquoi mon admiration pour Thomas Beecham (1879-1961) n’a jamais baissé, et qu’au contraire, plus je l’écoute, plus j’aime son art si singulier fait d’une élégance rare, d’une justesse stylistique absolue en particulier dans la musique française dont il est l »un des serviteurs les plus exceptionnels. C’est tout de même celui qui nous a laissé la version de référence de Carmen de Bizet (malgré toutes les difficultés qu’a connues cet enregistrement : lire L’impossible Carmen). Tout est à entendre, à aimer dans ce coffret, à part peut-être des Haendel un peu surannés, mais les rares Beethoven et Mozart, les « Londoniennes » de Haydn, les trois symphonies de Schubert d’une grâce inouïe (exception faite du scherzo inexplicablement lent de la 3e symphonie) sans parler des Delius juste parfaits..

Ce qui frappe aussi chez Beecham – c’est bien la caractéristique des plus grands ! – c’est la capacité de saisir l’architecture d’une oeuvre, les rapports de tempo entre les mouvements, la manière unique qu’il a de faire vivre la musique de l’intérieur. Un très bel exemple nous en est fourni par la 5e symphonie de Schubert : Beecham prend son temps dans l’énoncé du 1er mouvement, y crée une atmosphère pastorale, qui n’est pas pour autant placide et molle.

Que dire de l’excitation, de l’exaltation qui nous saisit à l’écoute de la 7e symphonie de Beethoven, le vivace du 1er mouvement est pure folie ! Et quel sens des transitions !

On voudrait aussi citer un Peer Gynt de Grieg d’anthologie :

Contenu du coffret Warner (enregistrements stéréo de 1955 à 1959)

Sibelius: The Oceanides, Op. 73

Sibelius: Symphony No. 7 in C major, Op. 105

Sibelius: Pelléas and Mélisande

Schubert: Symphony No. 6 in C major, D589

Grieg: In Autumn, Op. 11

Grieg: Old Norwegian Romance with Variations, Op. 51

Balakirev: Symphony No. 1 in C major

Borodin: Prince Igor: Polovtsian Dances

Handel: Samson

Brahms: Schicksalslied, Op. 54

Brahms: Academic Festival Overture, Op. 80

Liszt: Psalm XIII 3 “Herr, wie lange willst du » lange willst du”

Mozart: Symphony No. 41 in C major, K551 ‘Jupiter’

Mozart: Divertimento No. 2

Mozart: Die Entführung aus dem Serail

Beethoven: Symphony No. 2

Beethoven: Incidental music to The Ruins of Athens

Bizet: L’Arlésienne Suites 1 & 2

Sibelius: Tapiola

Fauré: Pavane

Delius: Summer Evening

Delius: Irmelin Prelude

Dvořák: Legend in B flat major, B. 117

Grieg: Symphonic Dance, Op. 64 No. 2

Delius: Brigg Fair

Delius: A Song Before Sunrise

Delius: Marche Caprice

Delius: Pieces (2) for Small Orchestra

Delius: Sleigh Ride

Delius: Intermezzo

Delius: Florida Suite

Delius: Dance Rhapsody No. 2

Delius: Over the hills and far away

Delius: Songs of Sunset (John Cameron, Maureen Forrester)

Grieg: Peer Gynt

Haydn: The Seasons

Handel: Love in Bath (suite on Handel arias by Sir Thomas Beecham)

Rimsky Korsakov: Scheherazade

Lollipops

Fauré: Dolly Suite

Bizet: Carmen Suite No. 1

Franck: Symphony in D minor

Liszt: A Faust Symphony

Liszt: Orpheus, symphonic poem No. 4

Strauss, R: Ein Heldenleben

Beethoven: Mass in C major

Handel: The Gods go A’Begging (Ballet Suite)

Handel: Amaryllis Suite arr. By Beecham

Handel: Arrival of the Queen of Sheba (from Solomon)

Mozart: Die Entführung aus dem Serail, ouv.

Rossini: Semiramide our.

Haydn: Symphony No. 99

Haydn: Symphony No. 100

Haydn: Symphony No. 103

Haydn: Symphony No. 101

Haydn: Symphony No. 102

Haydn: Symphony No. 104

Schubert: Symphony No. 3

Schubert: Symphony No. 5

Mozart: Bassoon Concerto (Gwydion Brooke)

Mozart: Clarinet Concerto (Jack Brymer)

Bizet: Carmen

Beethoven: Symphony No. 7

Brahms: Symphony No. 2

Rossini: La gazza ladra Overture

Rossini: La cambiale di matrimonio Overture

Mendelssohn: A Midsummer Night’s Dream Overture, Op. 21

Mendelssohn: The Fair Melusine

Delibes: Le roi s’amuse

Berlioz : Symphonie fantastique

Bizet : Symphonie

Lalo : Symphonie

*Apparemment, la remasterisation n’a pas permis d’effacer un téléphone intempestif qu’on entend très nettement (au casque) sonner dans le 2e mouvement « Un bal » de la Symphonie fantastique de Berlioz (à 0’56 du début du mouvement) !)

Et toujours les bonnes ou moins bonnes nouvelles des jours sur mes brèves de blog

Dix ans après

Il y a dix ans je quittais la direction de la Musique de Radio France, il y a dix ans Mikko Franck entamait son premier mandat de directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Radio France. Mais pendant le temps où j’eus la responsabilité de piloter, entre autres, les deux orchestres de Radio France, c’est avec Mikko Franck que j’eus finalement la relation la plus forte, la plus compliquée souvent, mais au fond la plus intéressante.

Mercredi soir, pour ces raisons-là et d’autres, amicales, personnelles, je tenais à assister au bouquet final – c’est ainsi que Radio France avait présenté le programme du dernier concert à Paris du chef finlandais ès-qualités de directeur musical. Malheureusement, je n’ai pas pu écrire pour Bachtrack autre chose que ce à quoi j’ai assîsté, ce que j’ai entendu : Pas de feu d’artifice pour Mikko Franck à Radio France

On peut réécouter ici ce concert capté par les micros de France Musique.

Etrange tout de même ce programme qui commence avec un hymne funèbre (la pièce de Holst) et qui se conclut par la mort de Don Juan (de Richard Strauss). Pas de bis, malgré les applaudissements répétés du public et des musiciens !

Une sortie ratée, mais je reprends ce que j’écrivais ici même il y a deux ans (Nés un 1er avril) :

L’énigme Mikko

Quoique l’intéressé en pense – nous eûmes à nous confronter, sinon à nous affronter, durant quelques mois il y a déjà presque neuf ans – j’ai toujours eu de l’estime et de la considération pour Mikko Franck, le chef finlandais qui fête aujourd’hui son 44ème anniversaire. J’en ai même écrit du bien (Ainsi parlait Zarathoustra).

Les responsables de Radio France font régulièrement l’expérience de la difficulté qu’il y a à « gérer » un artiste aussi imprévisible. Qui annule répétitions et/ou concerts sans préavis, qui parfois atteint au grandiose. dans une oeuvre où on ne l’attendait pas et d’autres fois semble tourner en rond, comme désintéressé par ce qu’il dirige (c’est le cas dans ses derniers disques, Franck ou Stravinsky). Chef incroyablement doué, formidable musicien, Mikko Franck l’est assurément. Ce serait bien qu’il continue à nous en convaincre plus souvent. (JPR, 1er avril 2023).

Pour Bachtrack, puis sur ce blog, j’avais chroniqué « le fascinant parcours de Mikko Franck dans les paysages de Sibelius« .

Mais chacun, parmi les musiciens, dans le public, ou chez les responsables de Radio France, pourrait nourrir la légende noire du chef d’anecdotes, de souvenirs de ses absences, de ses faux bonds de dernière minute (en 2016, une Ville morte de Korngold en version de concert, qui n’est pas le plus simple des opéras à diriger, confiée la veille du concert à sa jeune assistante Marzena Diakun, idem avec un concert Ravel en mai 2017). Et puis il y a d’autres souvenirs que je garde pour moi – secret professionnel oblige – même si certains sont. difficiles à digérer (parce que je connaissais les vraies raisons d’une annulation alors que la responsabilité m’en fut à tort attribuée).

Bon vent à Mikko Franck !

Et toujours mes brèves de blog

Les meilleures notes de 2024

Oublier l’encombrant, le navrant, l’accessoire, ne garder que l’exceptionnel, le singulier, l’essentiel. C’est ainsi que je fais mon bilan d’une année musicale dont je ne veux retenir que les moments de grâce.

Ces souvenirs de concert, j’ai la chance de les avoir consignés pour Bachtrack.

La Chauve-Souris de Minkowski

« Marc Minkowski dirige d’une main de maître l’opérette de Strauss, dans une version portée par une distribution idéale. »

Bon c’était encore en décembre 2023, mais la dernière représentation a eu lieu le 31 !

Le triomphe d’Anna Netrebko dans Adriana Lecouvreur

L’Agrippina impériale d’Ottavio Dantone à la Seine musicale

Les tableaux symphoniques d’Esa-Pekka Salonen

Esa-Pekka Salonen et Sarah Connolly avec l’Orchestre de Paris

La Didon bouleversante de Joyce DiDonato

L’Heure espagnole délurée de Louis Langrée à l’Opéra Comique

Le fascinant parcours de Mikko Franck dans les paysages de Sibelius

Mikko Franck et l’orchestre philharmonique de Radio France

Martha Argerich réinvente le concerto de Schumann

Le marathon Beethoven de Dinis Sousa à la Philharmonie

Le bonheur d’avoir entendu le jeune chef portugais Dinis Sousa – découvert à l’été 2023 au Portugal – diriger une quasi intégrale des symphonies de Beethoven

Klaus Mäkelä et Oslo voient double dans Brahms

Ouverture de fête à Colmar avec Alain Altinoglu

Retrouvailles avec la double casquette d’Alain Altinoglu, directeur du festival de Colmar et chef de son excellent orchestre de la Monnaie

Avec Julian Rachlin au festival de Zermatt

Marianne Crebassa bouleversante dans Picture a day like this

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Le génial Don Giovanni de Julien Chauvin à l’Athénée

I got rhythm avec Bertrand Chamayou et Antonio Pappano

L’admirable Nelson Goerner

Le retour de la musique à Notre Dame de Paris

Pas de toccata de Widor pour la réouverture de Notre Dame, mais je la livre ici dans la version jubilatoire du légendaire Pierre Cochereau, pour conclure cette année en beauté.