Methamorphoses

Cadeau

À la fin de chaque billet, quelqu’en soit le sujet, je proposerai désormais un cadeau musical, original, inattendu, ou tout simplement parce qu’il me touche.

Puisque je vais évoquer aujourd’hui un dernier coffret consacré à Zubin Mehta, un extrait d’une oeuvre peu connue d’un compositeur qui est rarement joué de nos jours, Ernest Bloch : Voice in the Wilderness (Voix dans le désert) écrite en 1936

Mehta #90

Le chef d’origine indienne Zubin Mehta, 90 ans bien sonnés, fait partie de ces chefs qui ont beaucoup enregistré (trop ?) au point de brouiller les cartes pour le mélomane. Decca fait paraître un dernier coffret qui regroupe après ceux réalisés à Los Angeles, les enregistrements de Zubin Mehta faits à Vienne, Tel Aviv ou Londres (voir liste ci-dessous)

Auparavant il y avait déjà eu tout cela :

Dans le nouveau coffret, quelques raretés comme la Messe n°2 et le Te Deum de Bruckner

ou la Philadelphia Symphony du compositeur autrichien Gottfried von Einem (1918-1996)

Surprise aussi de découvrir cette intégrale de la musique de ballet de Beethoven pour Les créatures de Prométhée, enregistrée à Rome en 1969

Peut-être pas indispensable, mais digne d’écoute, le « live » de 2013 des concertos de Brahms et Bruch capté à Tel Aviv avec un violoniste – David Garrett – qui n’est pas que la star de la pop allemande qu’il est devenu. J’ai un souvenir de quelques concerts avec lui, notamment celui dont il avait été le soliste avec l’orchestre philharmonique de Liège dirigé par Louis Langrée au Théâtre des Champs-Elysées en 2004.

Je crois bien que c’est par cet enregistrement que j’ai découvert la 7e symphonie de Dvořák. Depuis, j’ai trouvé plus enthousiasmant, plus idiomatique surtout (comme Pierre Monteux !) mais Mehta sait faire chanter son orchestre

Très bonne idée aussi de rééditer ce concerto n°1 de Paganini avec l’ami Boris Belkin. Et pour une fois la direction avance, chante, et ne se contente pas d’un accompagnement banal.

J’avais oublié que Zubin Mehta avait lui aussi gravé une intégrale des symphonies de Schubert.

On imagine que sur scène le dispositif devait impressionner. En 1982 pour un festival d’hommage à Bronislaw Huberman, l’un des fondateurs de l’orchestre philharmonique d’Israël, Zubin Mehta avait réuni une belle brochette de stars. Cela donne une version des Quatre saisons de Vivaldi, avec comme violon solo successivement Isaac Stern, Pinchas Zukerman, Shlomo Mintz et Itzhak Perlman, puis un concerto pour 4 violons, tiré de L’estro armonico, avec Isaac Stern, Ivry Gitlis, Ida Haendel et Shlomo Mintz

Plusieurs rééditions d’opéras qui ne sont peut-être pas, dans la discographie même de Zubin Mehta, le tout premier choix.

CD 1 Bartok : Concerto orchestre, Esquisses hongroises / IPO*

CD 2-4 Beethoven : Concertos piano / Ashkenazy / VPO*

CD 5-8 Beethoven : Concertos piano / Lupu / IPO

CD 9 Beethoven : Les créatures de Prométhée / IPO

CD 10 Berlioz : Symphonie fantastique / NYPO*

CD 11 Berlioz : Harold en Italie / Benyanimi / IPO

CD 12 Bloch : Schelomo, Voice in the Wilderness / Starker / IPO

CD 13 Brahms : Symphonie 1, Ouverture tragique / VPO

CD 14 Brahms : concerto piano 1 /Rubinstein/ IPO

CD 15 Brahms : concerto piano 2 / Ashkenazy / LSO*

CD 16 Brahms, Bruch : concertos violon / Garrett / IPO

CD 17-18 Bruckner : Symphonie 9, Te Deum, Messe n°2 / VPO

CD 19 Chopin : concertos piano /Lang Lang/ VPO

CD 20 Dvorak : symphonie n°7 / IPO

CD 21 Dvorak: concerto violoncelle, R.Strauss : Don Quichotte / Maisky / BPO*

CD 22 Lalo: Symphonie espagnole, Vieuxtemps: concerto n°5 / Mintz / IPO

CD 23 Liszt Préludes, Wagner: ouv Maîtres Chanteurs, Parsifal, Lohengrin / VPO

CD 24 Mahler Symphonie n°1 / IPO

CD 25 Mahler: Symphonie n°2 / Cotrubas, Ludwig / VPO

CD 26 Mahler : Symphonie n°4 / Hendricks / IPO

CD 27 Mendelssohn : Octuor / IPO

CD 28-29 Mozart : Symphonies 34, 39,40, Petite musique de nuit / IPO

CD 30 Paganini : Concerto violon n°1 / Belkin / IPO

CD 31 Paganini, Chausson, Waxman, Milstein / Shoji / IPO

CD 32-33 Puccini : La fanciulla del West / Neblett, Milnes, Domingo / Covent Garden

CD 34-35 Puccini : Turandot / Sutherland, Pavarotti, Caballé, Ghiaurov / LPO*

CD 36 Sarasate, Chausson, Saint-Saëns, Ravel / Perlman / NYPO

CD 37 Schmidt : Symphonie n°4, Von Einem : Philadelphia Symphony / VPO

CD 38-42 Schubert : Symphonies / IPO

CD 43-45 Schumann : Symphonies / VPO

CD 46-47 Tchaikovski : Symphonie n°5, suites Casse Noisette, Le lac des cygnes / IPO

CD 48-49 Verdi : le Trouvère / Nucci, Banaudi, Verrett, Pavarotti / Mai florentin

CD 50-51 Verdi : la Traviata / Kanawa, Mazzoni, Borodina, Kraus, Hvorostovski / Mai florentin

CD 52 Verdi / Leontyne Price / IPO

CD 53-54 Rossini, Tchaikovski, Rimski-Korsakov, Verdi, Weber / IPO

CD 55-56 Vivaldi, Mozart / Stern, Mintz, Zukerman, Perlman, Gitlis, Haendel

CD 57 Hommage à Solti / LPO

IPO = Israel Philharmonic Orchestra

VPO = Vienna Philharmonic Orchestra

NYPO : New York Philharmonic Orchestra

BPO = Berlin Philharmonic Orchestra

LPO = London Philharmonic Orchestra

Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs du moment (Rentrée)

Retour du Brésil

C’est mon troisième séjour au Brésil. La première fois c’était en février 2006 pour le carnaval de Rio, un cadeau d’anniversaire. La deuxième c’était pour la tournée sud-américaine de l’Orchestre philharmonique de Liège et trois concerts, deux à Sao Paulo, un à Rio de Janeiro. Cette fois vacances pures que je n’ai pas eu à organiser, juste à suivre sans tracas, dans une région très particulière au nord de ce pays-continent, les Lençóis Maranhenses.

Une immensité de dunes et de lagons vue d’avion

9 août. Vol Paris-Fortaleza à l’heure, sans perturbation. Deux ou trois films français, des comédies que je ne serais jamais allé voir au cinéma, ou n’aurais même regardé à la télévision. Déception relative pour le dernier Toledano-Nakache Juste une illusion.

Fortaleza est une cité de près de 3 millions d’habitants. Un bord de mer qui ne peut que rappeler Rio, en nettement plus réduit. Foules familiales le soir, dans une température tropicale, foule de joggers tôt le matin. L’hôtel est apprécié des Français manifestement, l’équipage d’Air France y loge. Dîner bon sans être exceptionnel. On s’endort tôt. Le décalage horaire est de 5 heures.

10 août. Le lendemain vol pour Sao Luis, jadis port français. Hôtel impersonnel en bord de mer. On nous a déconseillé une balade dans le centre un peu historique. Je ne sais quoi penser de ces réputations faites à l’avance de « villes les plus dangereuses du monde ». Dîner assez typique, plutôt original : une sorte de hochepot de crevettes dans une citrouille évidée. Après une caipirinha lentement dégustée au bord de la piscine.

Les choses sérieuses commencent le 11 août. Levé aux aurores, départ en voiture à 7h pour Barrineira, aux portes du fameux désert blanc et ses lagons verts. Il faut être arrivé avant 11h30 sur le petit aéroport local pour un tour en avion au-dessus du Parc national. Le Cessna antique de la compagnie Fly Lençois qui héberge le pilote et trois passagers, nous deux et une jeune guide touristique, n’est pas très rassurant. Jorge nous rassure, ce sera un peu « bumpy » au départ. Ce sera « bumpy » tout du long à cause de quelques coups de vent. Je n’aime pas ça mais je n’éprouve plus ce stress, cette peur parfois irrationnelle qui me saisissaient lorsqu’un avion, petit ou grand, est pris dans des turbulences, l’effet des médicaments que je prends sans discontinuer depuis mon « accident » ?

Le spectacle est extraordinaire, véritablement unique, et on n’a pas encore la pleine mesure de son caractère exceptionnel qu’on mesurera ensuite en parcourant le parc.

L’après-midi on nous lâche à un petit embarcadère dans une grosse barque à moteur qui doit nous conduire à Atins, un ancien village de pêcheurs entièrement construit sur le sable. Pas de route, pas de chemin goudronné. On va loger quatre nuits dans un petit ensemble de huttes simplement mais joliment aménagées, et expérimenter tous les moyens de découvrir le village, ses petites plages et surtout ses environs de dunes et de lagons. Le soir même on entreprend d’aller à pied au Beach Bar qui dépend de la « villa » où nous logeons (propriétaire de trois établissements dans la localité) : objectif crevettes et langoustes. Portions trop importantes pour mon petit appétit du soir. Retour à pied. Excellent pour les cuisses et les mollets que cette progression dans le sable.

Photos : Lever de soleil et Coucher de soleil dans les dunes des Lençois Paranhenses

Les ânes du Brésil et autres petites ou grosses bêtes

Déjà dans le jardin de l’hôtel, puis dans l’une des rues, on va croiser des ânes de petite taille, d’un très beau pelage, qui sont sauvages, et on en verra plusieurs dizaines pendant tout notre parcours, au milieu du désert ou dans les villages à la recherche de nourriture

En moins grand nombre et surtout pour transporter les touristes on voit de très élégants chevaux

Au bord de certaines pistes des chevêches des terriers pas du tout revêches !

Une iguane se désaltérant dans le courant d’une onde pure

12 août. Un chauffeur guide qui ne parle que portugais – tant mieux, que ce Brésil si accueillant évite le plus longtemps possible de s’angliciser pour les touristes ! – nous fait faire en 4×4 une première longue balade dans les dunes et les lagons des Lençóis Maranhenses. Il nous arrête auprès de deux lagons différents. Sensation tellement incroyable de se baigner dans une eau douce si pure, si transparente, si chaude, au milieu de ces dunes blanches.

Les quelques transats de l’hôtel sont pris d’assaut. Les Français sont en majorité, et étrangement plutôt des familles avec de jeunes enfants. Nous dînons dans l’un des autres restaurants propriété de l’hôtel, Casa Viva. Pas mal du tout, beaucoup de monde et un chanteur tellement discret qu’on n’entendra pas un traître mot de ses chansons. Au moins on n’est pas abrutis par la sono. Retour à pied à l^hotel.

13 août. Levés à 4h30, pour un début de balade à cheval à 4h50. Il s’agit d’aller voir le soleil se lever dans les dunes. Je n’avais plus fait de cheval depuis le Kirghizistan en 2024. J’ai du plaisir à monter un cheval blanc moins têtu que celui qu’on m’avait fourgué il y a deux ans. Le spectacle est à la hauteur de ce qu’on espérait.

Retour à l’hôtel pour un petit déjeuner correct sans être exceptionnel. Personnel gentil, dévoué. Le même soir sortie prévue pour une dégustation de « mousseux » brésilien et de fruits dans les dunes sous la lune. Sauf que la lune n’est pas là, et que ça ressemble à une soirée fantôme.

14 août Matinée tranquille. Lecture. Sudoku. Cette fois la tournée des dunes et des lagons est prévue à partir de 15 h selon un parcours différent de l’avant veille.

Baignade obligée dans deux lagons, pour être arrivé à l’heure voulue au sommet d’une dune pour un coucher de soleil qui autorise des photos et des vidéos un peu spectaculaires. Dîner pantagruélique dans un restaurant… japonais !

15 août Transfert vers Parnaiba, et son immense delta. Longtemps on longe la mer, le 4×4 roule sur le sable – j’aimerais être à la place du chauffeur – puis sur une piste qui passe au milieu d’un gigantesque parc d’éoliennes qu’on aperçevait déjà du petit avion. Puis c’est une route « normale » plutôt bien revêtue même si les nids de poule sont visibles. Quelques maisons, quelques villages, sans âme qui vive. Et on arrive pour deux nuits dans un hôtel très particulier puisque logé dans une belle maison du début du XXe siècle. Dans le centre historique absolument désert de Parnaiba dont on ne découvrira l’étendue moderne qu’à l’occasion d’un dîner le dimanche soir dans un restaurant chic à 6 kilomètres de notre hôtel. (Album photo : Parnaiba centre historique). Le soir même on nous conduit vers un petit embarcadère – on traverse ce faisant un faubourg de Parnaiba où une fête bat son plein – pour un tour en bateau dans le delta du Rio do Parnaiba. Le pilote sait où trouver les animaux à photographier. Retour et dîner – très correct – à l’hôtel, où les tables voisines parlent toutes français !

16 août. Longue balade de jour cette fois dans le delta, halte de deux heures dans une taverne qui propose… des huîtres froides ou grillées, absolument délicieuses. Confusion entre deux (dois) et douze (doze), nous attendions chacun une douzaine, nous en aurons chacun deux…L’attraction de la sortie c’est le vol de milliers d’ibis rouges, espèce endémique de cette partie de l’Amérique du Sud, qui convergent au coucher du soleil vers une petite île du delta où ils passent la nuit. Magique.

Voir mes photos : Delta du Rio do Parnaiba

17 août. Transfert pour une sorte de retraite de quatre jours loin de tout, du bruit et du monde. La Casa Daia est située au milieu d’une immense propriété qui borde à la fois l’océan et le « Rio »… Ici ce sont les femmes qui dirigent, les hommes qui sont aux travaux des jours. On vit en autarcie, ce qu’on mange est produit dans une « agroferme » in situ, ou vient de la pêche du jour, poissons ou coquillages. Le chef qui s’exprime très bien en français – je le verrais bien chanter le Brésilien dans la Vie parisienne d’Offenbach – a passé un an à Bordeaux. Il fait des merveilles de ces produits locaux. A noter que tous les jus, les sorbets, les confitures sont issus de fruits d’ici (açai, bacuri, cupuaçu…) sans sucre rajouté. Idem pour les cocktails.

Quatre jours, quatre nuits dans une totale quiétude.

Le 21 août, on quitte à regret la Casa Daia pour rejoindre Jericoacoara. Qui comme Atins est bâtie sur le sable. Quel bonheur de déambuler dans le village ou à la plage pieds nus dans un sable d’une douceur et d’une propreté exceptionnelles. Le soir on pourrait se croire dans la neige dans un village de montagne !

On retrouve dunes et lagons, comme un rappel des Lençois Maranhenses. Aussi beaucoup de Français, surtout des familles. Les photos parlent d’elles-mêmes.

Voir mes albums : Jericoacoara plages et dunes,

Quelques détails supplémentaires dans mes brèves de blog !

Les fraîcheurs du chef (IX) : Eugene Ormandy en Suède

On connait le tropisme sibélien du chef américain d’origine hongroise Eugene Ormandy. Le légendaire chef de l’orchestre de Philadelphie n’était pas peu fier des clichés pris en 1951 lors de sa visite à Ainola, la résidence du compositeur à quelques encablures au nord d’Helsinki

Sibelius et Ormandy à Ainola (1951)

Un coffret témoigne des affinités du chef pour le Finlandais.

Sa version avec choeurs de Finlandia est restée à juste titre fameuse

Mais dans l’abondance des enregistrements effectués par Eugene Ormandy avec Philadelphie, on trouve d’autres pépites « nordiques ».

Comme cette 1e rhapsodie suédoise du compositeur Hugo Alfvén (1872-1960).qui porte comme sous-titre : La nuit de la Saint-Jean

Ormandy n’a jamais résisté à ces showpieces que le public américain adorait comme cette marche des boyards du Norvégien Johan Halvorsen (1864-1932)

Pour l’abondante discographie d’Eugene Ormandy, on se réfèrera aux deux articles consacrés aux deux rééditions des enregistrements stéréo réalisés pour Columbia (CBS) : Les années Ormandy et Les années Ormandy (suite).

Et dans mes brèves de blog le contraste tragique entre des actualités qui se percutent…

Une boucle de vie

En pénétrant en ce début d’après-midi du 13 juillet dans le cimetière de Poitiers, une évidence m’a sauté aux yeux, et un peu à la gorge que j’avais serrée. La boucle se bouclait, et désormais j’allais vivre le reste de ma vie sans plus personne qui me précède.

Nous étions réunis, avec quelques membres de ma famille, pour, au sens littéral du terme, inhumer ma mère, l’urne contenant ses cendres, dans le caveau où mon père repose depuis le 9 décembre 1972. C’est ce qu’elle avait souhaité quand elle pouvait encore faire part de ses dernieres volontés. La crémation d’abord – qui eut lieu le 6 janvier dernier à Nîmes où elle résidait depuis 1982 – puis le dépôt de ses cendres auprès du seul amour de sa vie, mon père, auquel elle a survécu 53 ans…

Ce ne fut pas triste, chacun dissimulant sans doute le sentiment, l’émotion qui l’étreignaient à ce moment-là. Mais désormais j’ai conscience d’être ce qu’en d’autres pays, d’autres civilisations, on nomme « chef de famille », comme la figure tutélaire des générations montantes.

Ce matin, avec mon second fils tout juste arrivé en gare de Poitiers, j’ai refait une sorte de parcours dans le passé. Il n’était pas revenu à Poitiers depuis l’enterrement de mon oncle en 1995 et ne se rappelait plus guère ni les lieux, ni la ville.

La célèbre façade de Notre Dame la Grande fermée pour travaux jusqu’en 2027

Avec lui j’ai pu visiter le baptistère Saint-Jean, l’un des plus anciens bâtiments chrétiens d’Europe : voir mes photos sur Facebook!

D’autres humeurs, d’autres impressions à suivre dans mes brèves de blog

L’exception

Facebook peut être cruel quand il vous rappelle des moments du passé qui ne sont plus… et qui ne reviendront plus.

Il y a sept ans, le 10 juillet 2019, on accueillait à Montpellier, pour l’ouverture du festival Radio France l’immense Neeme Järvi, l’orchestre national d’Estonie et le déjà fabuleux violoniste Daniel Lozakovich – 18 ans.

Et chaque année de 2015 à 2022, ce festival, jusque là unique en France, par la conjugaison des forces d’une métropole, d’une région et d’une radio publique, offrait l’exceptionnel, l’extraordinaire.

Une région irriguée

Il y a dix ans, c’était aussi le début de la grande région Occitanie, l’élargissement à l’ancienne région Midi-Pyrénées d’un festival que Georges Frêche avait déjà voulu intégré au Languedoc-Roussillon. J’en avais fait la promesse à Carole Delga, la nouvelle présidente de la grande région, et principale contributrice financière du festival Radio France. En 2017, on ouvrait le festival à Pibrac avec Hervé Niquet et la messe à 16 voix d’Orazio Benevolo. En 2018, on irriguait toute la région et les lieux les plus insolites des 555 sonates pour clavecin de Scarlatti.

Et chaque année, le grand festival supporté par la région Occitanie se déployait là où la musique est attendue, sans que jamais Montpellier, son barycentre, soit un tant soit peu oublié ou négligé, chiffres à l’appui.

Pourquoi des regrets ? parce qu’aujourd’hui on cherche en vain l’originalité, la découverte, les nouveaux talents promus au rang de stars. N’importe qui remplit une salle avec les noms qui sont à l’affiche de l’actuelle édition. La région a abandonné du jour au lendemain une ambition née en 2016 et confortée chaque année jusqu’en 2022.

À l’inverse un festival comme celui de Colmar fait le pari d’inviter une quasi-inconnue à ouvrir son édition 2026 avec l’opus ultime de Richard Strauss, ses Quatre dernièrs Lieder, et on n’en est toujours pas revenu.

Il y a dix ans

2016 a marqué tous les esprits et tous les visiteurs du Festival Radio France de cette année-là. Les souvenirs reviennent en pagaille.

Rappelons-nous, le 14 juillet 2016, l’effroyable attentat terroriste de la promenade des Anglais à Nice. Le lendemain, apercevant Raphaël Pichon, je lui demande comment se sont passées les répétitions de Zoroastre de Rameau qu’il doit présenter le soir même en version de concert ? et je l’interroge sur sa position : jouer ou ne pas jouer ? Il ne comprend pas ma question et je vois que visiblement il n’a pas entendu parler de la tragédie de la veille. Je l’informe et nous décidons que le concert aura lieu et que lui dira un mot en début de soirée.

Le 16 juillet 2016, une rencontre et un mini-récital sont prévus avec Menahem Pressler, 93 ans, dans la salle Pasteur du Corum de Montpellier (lire La réponse de la musique) La parole de celui dont la famille a été décimée par les nazis, à qui l’Allemagne vient de restituer sa nationalité allemande, les souvenirs qu’il évoque, dégagent une émotion considérable dans le public venu en nombre l’écouter.

Ce même été il y eut aussi à Montpellier l’orchestre des jeunes Américains dirigé par Valery Gergiev, la présence radieuse de Sonya Yoncheva et de son mari Domingo Hindoyan pour Iris de Mascagni, et puis Ba-Ta-Clan d’Offenbach quelques mois après la tuerie du 13 novembre 2015.

Et puis il y eut le premier récital d’Alexandre Kantorow.

Bref il y eut profusion, abondance, jusqu’en 2022, de moments rares, de rencontres inédites, de beaucoup de musique jouée par des centaines de musiciens de tous âges.

N’était-ce pas cela l’essence, l’esprit même d’un festival digne de ce nom?

Quand toutes les structures artistiques regrettent le désengagement de l’Etat et des collectivités locales de la culture, on a le droit, le devoir même, de rappeler que la Culture n’est pas une variable d’ajustement et qu’on doit mériter le beau nom de Festival, et pas se contenter de remplir (?) des salles avec des têtes d’affiche et des programmes rebattus.

C’est peut-être à Colmar – entre autres – qu’on trouve l’audace et l’imagination : Les promesses tenus d’Alain Altinoglu

Et dans mes brèves de blog les humeurs et les réactions du moment !

Les fraîcheurs du chef (II) : Grieg et les Anglais

J’ai eu la chance d’entendre ce lundi soir à Colmar une magnifique version de concert du chef-d’oeuvre de Grieg, Peer Gynt, dirigée par Alain Altinoglu à la tête de son formidable orchestre de la Monnaie (lire sur Bachtrack : Les promesses tenues d’Alain Atinoglu à Colmar).

Ce n’est pas la première fois, loin de là, que j’évoque dans ce blog, la discographie de Peer Gynt.

Il y a un tropisme particulier des chefs britanniques pour Grieg.

à commencer par le plus jeune, Edward Gardner, qui a été dix ans aux commandes de l’orchestre de Bergen, chez Edvard Grieg donc, Ed Gardner que j’ai été si heureux d’inviter à Liège dans ses premières années

Et puis il y a celui qui m’a révélé cette partition dans sa presque totalité, l’admirable Thomas Beecham

Et encore John Barbirolli et sa version presque « authentique » (Hardanger compris)

Et puis il y a cette découverte récente, un chef que je trouvais de second rang, Jeffrey Tate, à qui on avait confié rien moins que l’orchestre philharmonique de Berlin pour une version qui, de bout en bout, captive et surprend

Et toujours à suivre mes brèves de blog (abonnez-vous pour n’en manquer aucune, c’est gratuit !)

L’Amérique de Porgy

Independance Day

A lire les journaux français et même américains, on n’a pas l’impression que les Etats-Unis célèbrent à leur juste mesure le 250e anniversaire de leur Déclaration d’indépendance. Tout ce qui a été prévu par Trump fait plutôt fuir le public, les exposants et les artistes.

Je relis avec autant d’amusement que d’amertume deux articles qui datent de novembre 2020 : America is beautiful et La Nuit américaine.

La force de Porgy and Bess

L’Amérique que célèbre Trump n’est à l’évidence pas celle que voulait promouvoir George Gershwin dans les années 30. Mardi dernier le Théâtre des Champs-Elysées accueillait une production étonnante du seul opéra de l’auteur de Rhapsody in blue, Porgy and Bess (lire ma chronique sur Bachtrack : Un Porgy and Bess de toutes les couleurs)

C’est un ouvrage qui mérite, à l’évidence, d’être mieux connu que par ses seuls extraits symphoniques ou ses quelques airs célèbres. Les bonnes versions ne sont pas légion.

Deux tiennent le haut du pavé : Lorin Maazel très « classique » mais avec un cast de rêve, Simon Rattle plus démonstratif mais la meilleure version récente.

On n’a toujours pas bien compris pourquoi Nikolaus Harnoncourt s’était sur le tard entiché de Gershwin…

Tendresse évidente pour ce disque d’extraits avec les plus grands Porgy et Bess

Impossible d’envisager en revanche une discographie exhaustive des autres chefs-d’oeuvre de Gershwin, l’incarnation du rêve américain.

Dans ce coffret, si on arrive à le trouver encore, il y a, en plus du Porgy de Maazel, pas mal de pépites comme cette version électrique de Rhapsody in blue pour 2 pianos !

Et pour finir ce pied-de-nez à celui qui n’aura finalement pas réussi à inscrire son nom au fronton du Kennedy Center à Washington !

Les humeurs du moment c’est toujours dans mes brèves de blog : la mort du chanteur des Village People, aventures et mésaventures en rase campagne, etc.

L’été 2026

A défaut d’échapper à la canicule qui envahit tout le pays, on pourra essayer de se rafraichir les idées, l’esprit ou le coeur, au choix, avec ces quelques musiques et/ou versions qui ont le mérite de l’originalité, sinon de l’inspiration, tirées de ma discothèque personnelle.

Feu d’artifice tiré de la prairie de Butry-sur-Oise le 20 juin 2026

Gabriel Dupont : Jour d’été

Extrait du tout dernier disque enregistré par notre cher et si regretté Patrick Davin

Glinka : Nuit d’été à Madrid

Honegger : Pastorale d’été

Par l’un de nos plus grands chefs français, Serge Baudo, auteur d’une magnifique intégrale des symphonies d’Honegger avec les si belles couleurs de la Philharmonie tchèque

Kodaly : Soir d’été

Le compositeur dirige lui-même son « Soir d’été » à la tête de l’orchestre philharmonique de Budapest

Lire : L’éloquence des Hongrois

Jacques Leduc : Ouverture d’été

Un disque rare republié dans le coffret anniversaire de l’Orchestre philharmonique royal de Liège

Michel Legrand : Un été 42

Vincent d’Indy : Jour d’été à la montagne

Josef Suk : Conte d’été

Ambroise Thomas : Le songe d’une nuit d’été, extrait

Pour rendre hommage à notre si chère Jodie Devos, bien trop tôt disparue (lire Jodie dans les étoiles) cet extrait du Songe d’une nuit d’été d’Ambroise Thomas

Prokofiev : Nuit d’été

Cette « nuit d’été » est extraite de l’opéra de Prokofiev : Les fiançailles au couvent

Et dans mes brèves de blog les dernieres nouvelles du moment à propos de la fête de la musique et de la fête des pères : 21 juin 2026.

La légende de la Grange

J’étais passé par hasard devant il y a quelques mois (voir Mémorables), cette fois j’y suis entré et j’ai vérifié que la Grange de Meslay est à la hauteur de son mythe (lire ma brève de blog : Mythique).

Sviatoslav Richter tombe amoureux de cette grange qui se relève tout juste des injures de la guerre, au début des années 60 et décide d’y fonder quelque chose comme un festival. La suite elle est racontée sur le site de la Grange de Meslay. Enfant puis adolescent, étudiant au conservatoire de ma ville de Poitiers, j’étais déjà fasciné par cette histoire, à laquelle je pensais ne jamais avoir accès. Et le fait est qu’il m’a fallu attendre juin 2026 pour enfin découvrir les lieux et vérifier la réalité de la légende. A lire sur Bachtrack : Tiberghien et Arielle Beck entrent dans la légende de la Grange de Meslay

La légende du lieu elle s’est construite bien sûr d’abord avec Richter et ses amis (voir ci-dessous), mais elle a prospéré avec cette cohorte d’artistes, de pianistes essentiellement, qui nous laissent de précieux témoignages, le plus émouvant d’entre eux étant celui de Nicholas Angelich, lors de l’un de ses derniers concerts, en août 2020

Leif Ove Andsnes est un habitué de la Grange

Quand Warner se décidera-t-il à consacrer un coffret au grand György Sebök qui jouait en 1991 à Meslay ?

Trouvé sur YouTube ce film sur Richter à Tours, mais à réserver à ceux qui comprennent l’allemand (la langue maternelle du pianiste russe)

Sur place à Meslay, ou en d’autres lieux tout proches, Sviatoslav Richter a enregistré plusieurs disques Bach et Haendel, réédités au hasard des coffrets publiés en 2015 à l’occasion du centenaire de l’artiste

Richter Bach

Richter Oistrakh

Et toujours mes brèves de blog sur les sujets du moment… et mon week-end à la Grange de Meslay !

Dispensables

« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » ! Tout le monde connaît la célèbre citation extraite du Mariage de Figaro de Beaumarchais.

Sur ce blog, l’éloge flatteur a très nettement l’avantage sur le blâme, je fais la part belle à l’indispensable. Alors pour une fois faisons exception avec quelques déceptions, des parutions ou des manifestations qui ne me paraissent pas pertinentes, donc tout à fait dispensables !

On sait l’admiration que j’ai pour Cyrus Meher-Homji, l’infatigable animateur de la branche australienne d’Universal et surtout redécouvreur des trésors des labels Philips, Decca, Deutsche Grammophon et associés.

Je regrette toujours le prix payé en France pour ces rééditions de grande qualité, mais dont les coûts sont amortis depuis longtemps.

C’est dire si j’étais impatient de découvrir ce dernier coffret du jeune Lorin Maazel – le chef américain disparu le 13 juillet 2014 ayant été l’objet de multiples articles sur ce blog, au fur et à mesure des rééditions d’une discographie abondante.

C’est dire aussi la déception à l’écoute notamment de ce qui forme l’essentiel de ce coffret : de Bach les concertos brandebourgeois, les quatre « suites » pour orchestre, l’Oratorio de Pâques et la Messe en si.

Sans tomber dans la caricature, en dehors de l’alternance vif-lent parfois exacerbée, ces Bach sont d’une raideur obsolète malgré une distribution séduisante (Teresa Stich-Randall, Anna Reynolds, Ernst Haefliger, John Shirley-Quirk).

Les quatre symphonies – 38 à 41 – de Mozart sont tout aussi dispensables.

Seul le duo inattendu Evelyn Lear / Christa Ludwig sauve un Stabat mater de Pergolese hors sujet.

Le reste du coffret est déjà bien connu, parce que déjà publié dans le coffret DG, et lui fait partie des indispensables avec la Symphonie de Franck, la suite de L’Oiseau de feu et le Chant du rossignol de Stravinsky, et surtout d’admirables Falla (L’amour sorcier, Le Tricorne)

Quand je feuillette le dernier numéro de Diapason (mais les précédents n’étaient guère mieux fournis) et que je vois la part des critiques consacrées aux nouvelles parutions discographiques, je ne peux que constater une sorte d’inéluctable raréfaction dans ce qu’il est convenu d’appeler le grand répertoire, au profit de quelques découvertes dans des répertoires dits « de niche ».

Il y a des engouements que je ne partage pas, des disques dont je me demande quelle est la valeur ajoutée à une discographie pléthorique – comme la floraison de Variations Goldberg, le dernier tube à la mode ? –

Mais pour ne pas terminer sur une note pessimiste, quelques-unes de mes récentes « bonnes affaires » et des réussites à saluer :

Justement pour les Variations Goldberg, quelle extraordinaire idée que celle qu’ont eue Thibaut Garcia et Antoine Morinière de cette véritable recréation pour deux guitares !

Cette critique dans le BBC Music Magazine : « Angioloni delivers a compelling, energetic account of a score that should be better known »

D’un pianiste qui se fait trop discret, ce disque de sonates de Beethoven (2, 9, 14 et 31) que je n’avais pas repéré à sa sortie

Et cela juste une petite réparation, des disques perdus au cours d’un déménagement et que j’avais le plus grand mal à retrouver même d’occasion à des prix raisonnables. Hier au cours d’une visite chez Gibert, je tombe directement sur ce coffret si précieux des symphonies de Brahms enregistrées par le grand Kurt Sanderling à Dresde !

Et toujours humeurs et bonheurs sur mes brèves de blog