Dispensables

« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » ! Tout le monde connaît la célèbre citation extraite du Mariage de Figaro de Beaumarchais.

Sur ce blog, l’éloge flatteur a très nettement l’avantage sur le blâme, je fais la part belle à l’indispensable. Alors pour une fois faisons exception avec quelques déceptions, des parutions ou des manifestations qui ne me paraissent pas pertinentes, donc tout à fait dispensables !

On sait l’admiration que j’ai pour Cyrus Meher-Homji, l’infatigable animateur de la branche australienne d’Universal et surtout redécouvreur des trésors des labels Philips, Decca, Deutsche Grammophon et associés.

Je regrette toujours le prix payé en France pour ces rééditions de grande qualité, mais dont les coûts sont amortis depuis longtemps.

C’est dire si j’étais impatient de découvrir ce dernier coffret du jeune Lorin Maazel – le chef américain disparu le 13 juillet 2014 ayant été l’objet de multiples articles sur ce blog, au fur et à mesure des rééditions d’une discographie abondante.

C’est dire aussi la déception à l’écoute notamment de ce qui forme l’essentiel de ce coffret : de Bach les concertos brandebourgeois, les quatre « suites » pour orchestre, l’Oratorio de Pâques et la Messe en si.

Sans tomber dans la caricature, en dehors de l’alternance vif-lent parfois exacerbée, ces Bach sont d’une raideur obsolète malgré une distribution séduisante (Teresa Stich-Randall, Anna Reynolds, Ernst Haefliger, John Shirley-Quirk).

Les quatre symphonies – 38 à 41 – de Mozart sont tout aussi dispensables.

Seul le duo inattendu Evelyn Lear / Christa Ludwig sauve un Stabat mater de Pergolese hors sujet.

Le reste du coffret est déjà bien connu, parce que déjà publié dans le coffret DG, et lui fait partie des indispensables avec la Symphonie de Franck, la suite de L’Oiseau de feu et le Chant du rossignol de Stravinsky, et surtout d’admirables Falla (L’amour sorcier, Le Tricorne)

Quand je feuillette le dernier numéro de Diapason (mais les précédents n’étaient guère mieux fournis) et que je vois la part des critiques consacrées aux nouvelles parutions discographiques, je ne peux que constater une sorte d’inéluctable raréfaction dans ce qu’il est convenu d’appeler le grand répertoire, au profit de quelques découvertes dans des répertoires dits « de niche ».

Il y a des engouements que je ne partage pas, des disques dont je me demande quelle est la valeur ajoutée à une discographie pléthorique – comme la floraison de Variations Goldberg, le dernier tube à la mode ? –

Mais pour ne pas terminer sur une note pessimiste, quelques-unes de mes récentes « bonnes affaires » et des réussites à saluer :

Justement pour les Variations Goldberg, quelle extraordinaire idée que celle qu’ont eue Thibaut Garcia et Antoine Morinière de cette véritable recréation pour deux guitares !

Cette critique dans le BBC Music Magazine : « Angioloni delivers a compelling, energetic account of a score that should be better known »

D’un pianiste qui se fait trop discret, ce disque de sonates de Beethoven (2, 9, 14 et 31) que je n’avais pas repéré à sa sortie

Et cela juste une petite réparation, des disques perdus au cours d’un déménagement et que j’avais le plus grand mal à retrouver même d’occasion à des prix raisonnables. Hier au cours d’une visite chez Gibert, je tombe directement sur ce coffret si précieux des symphonies de Brahms enregistrées par le grand Kurt Sanderling à Dresde !

Et toujours humeurs et bonheurs sur mes brèves de blog

Doráti : l’aventure Haydn

C’est sans doute l’aventure discographique la plus extraordinaire du XXe siècle. Nul autre grand chef n’a voué une telle part de sa vie et de son activité à un seul compositeur comme ce fut le cas pour Antal Doráti avec Haydn.

Aujourd’hui reparaît un somptueux coffret, auquel on aurait pu/du ajouter – et c’eût été vraiment complet – les opéras de Haydn enregistrés à l’époque pour Philips à Lausanne. L’intégrale des symphonies a toujours été disponible, sous différentes présentations, les Menuets d’une part, les trois oratorios – La Création, Les Saisons, et Le retour de Tobie d’autre part, étaient plus ou moins disponibles séparément.

J’ai toujours partagé avec le chef américain d’origine hongroise une passion pour « papa Haydn » et, en particulier son corpus symphonique unique dans l’histoire de la musique.

Outre l’intégrale Dorati, j’ai, dans ma discothèque, celles d’Adam Fischer, d’Ernst Märzendorfer (dont j’ignorais l’existence jusqu’à une reparution récente), de Thomas Fey complétée par Johannes Klumpp, celle chez Decca qui réunit et mêle les gravures de Christopher Hogwood, Frans Brüggen et Ottavio Dantone (pour les symphonies 78 à 81)

Le finale fugué de cette 13e symphonie de Haydn (1763) en rappelle irrésistiblement un autre qui lui est postérieur de quinze ans, celui de l’ultime symphonie de Mozart, la Jupiter (1788) ! (lire mes brèves de blog)

Mais aucun de ces chefs n’a jamais égalé Antal Dorati qui a véritablement posé les jalons modernes de l’interprétation de ce corpus unique dans l’histoire de la musique. Il suffit de se promener dans ce coffret, voire de procéder à une écoute comparative à l’aveugle, c’est presque toujours Dorati qui l’emporte.

L’autre attraction de ce coffret, c’est la réunion des trois oratorios, jusqu’alors dispersés et parfois indisponibles séparément.

Affaires d’hiver

A intervalles réguliers, j’évoque ici les bonnes affaires que je fais, soit dans l’unique magasin classique encore un peu garni à Paris, soit par correspondance. Cette période de l’année s’y prête particulièrement entre soldes et déstockage.

Habilement, et utilement, le rayon classique de Gibert – qui a repris ses quartiers d’antan au rez-de-chaussée du magasin du 34 bd. St Michel, mêle disques neufs et occasions.

Entre Gibert et le site allemand jpc.de,, avec des prix bradés, j’ai eu l’embarras du choix

Chopin / Amir Katz

Je ne sais quasiment rien de ce pianiste israélien, Amir Katz, dont j’ai déjà entendu le beau piano dans les cycles de Lieder de Schubert qu’a enregistrés Pavol Breslik, et comme j’ai une passion singulière pour les Etudes de Chopin, je n’ai pas résisté.

Chostakovitch rime avec Rostropovitch

Encore un de ces clichés qui veut que le génial violoncelliste ait été un piètre chef d’orchestre… sans doute Mstislav Rostropovitch (1927-2007) n’était-il pas le technicien le plus sûr de la baguette, mais diable est-ce ce qu’on attend d’un interprète? Je réécoutais récemment les symphonies de Tchaikovski enregistrées par Rostro, quel souffle ! quelle ardeur ! et puis il chante tout de même dans son arbre généalogique. Dans cette intégrale Chostakovitch que j’avais négligée, ignorée, même – elle est proposée à 35 € sur jpc.de) on a tout de même affaire à l’ami du compositeur, à celui qui, jusqu’à son exil, a vécu la Russie tragique du XXe siècle. Je découvre, à petites doses, cette intégrale, et je m’en veux d’avoir tant tardé à le faire

Les invitations de Mireille Delunsch

Comment ai-je pu ignorer ce disque majeur, moi qui aime tant Duparc et son sublime corpus de mélodies ?

Le Bach de Tharaud

Je n’ai pas toujours été tendre avec Alexandre Tharaud mais je peux comprendre qu’Alain Lompech le défendre contre des contempteurs qui ne prennent pas toujours la peine même de l’écouter.

Ces concertos de Bach gravés il y a une quinzaine d’années ne manquent pas de séductions…

Gerstein transcendant

Toujours du piano – on en profite ! – avec Kirill Gerstein qu’on applaudissait la semaine dernière à la Philharmonie de Paris (lire sur Bachtrack : Les ascensions de Gerstein et Bychkov), et ce disque – encore un que je n’avais pas repéré ! – des Etudes d’exécution transcendante de Liszt

Hommage à Helmuth Rilling (1933-2026)

On a appris le décès d’un pilier de la vie musicale allemande, qui a été, bien malgré lui, victime de cette loi invisible des frontières, que je dénonçais ici il y a plus de dix ans. Qui, en France, connaît et/ou a entendu en concert le chef Helmuth Rilling qui vient de disparaître ?

Les discophiles ne peuvent l’ignorer, tant il a donné de son art et de son talent à servir Bach en tout premier lieu, avec cette monumentale édition

Tout cela est disponible en disques et/ou coffrets séparés à petits prix.

Je conseile à ceux qui connaîtraient mal ce chef, un coffret très intéressant qui est une sorte d’auto-portrait et qui en surprendra plus d’un par son contenu :

Ils ne sont pas si nombreux les grands chefs qui ont enregistré les Béatitudes de César Franck !

À suivre humeurs de la semaine sur mes brèves de blog !

23 mai 1927 – 24 décembre 2025

Je l’espérais autant que je le redoutais, cet appel de ma sœur ce matin tandis que j’étais sur la route pour les dernières courses de Noël. Ma mère est morte paisiblement, dans la nuit, à une heure du matin, sans que l’une ou l’autre d’entre nous ait eu le temps de la rejoindre à Nîmes où elle résidait.

Ma mère le jour de son 95e anniversaire, en mai 2022.

Le 26 décembre 2024, j’écrivais : Ce matin je n’ai pas été réveillé par le coup de fil matinal qui me rappelait ma naissance un 26 décembre dans une clinique de Niort. Pas plus que l’an dernier. Je ne suis ni le premier ni le dernier à éprouver l’inexorable éloignement de celle qui m’a donné le jour et qui désormais me reconnait à peine, quand elle ne me confond pas avec un fantôme du passé…Puisse-t-elle être bientôt délivrée ! C’est le seul voeu que je puisse désormais formuler pour elle…

Délivrance

Autant on ne se remet jamais vraiment du choc d’une disparition brutale, celle de mon père en décembre 1972 (Il y a cinquante ans), autant, dans le cas de ma mère, j’ai eu tout le temps de me préparer à cette nouvelle, depuis qu’elle m’avait confié, en juin 2023, ses dernières volontés, son souhait de partir rejoindre au plus vite le seul amour de sa vie, mon père.

Mais il ne faut pas regretter le chemin parcouru, par elle, par nous ses enfants (essentiellement l’une de mes soeurs qui a été d’une présence exceptionnelle), depuis ces temps incertains, où le lent travail de dégénérescence, l’extrême vieillesse, ont commencé à faire leur oeuvre.

En novembre dernier, j’ai pensé qu’elle me reconnaissait encore quand elle s’est accrochée à mon bras pour un tendre câlin, un geste que je ne lui avais jamais connu.

Nous allons maintenant faire le tri dans nos souvenirs, les petits-enfants et arrière-petits-enfants aussi. Effacer ce qu’il ne sert à rien d’encombrer nos mémoires, ne laisser à la surface des souvenirs que les bribes de bonheur, les plus importantes.

Et puisque ma mère se rappelait si fort la période qu’elle a passée à Londres entre 1949 et 1954 (lire L’eau vive), elle sera peut-être heureuse, là où son âme s’est envolée, de réentendre Elisabeth Schwarzkopf (entendue au Wigmore Hall); Peter Pears et Benjamin Britten (aperçus quelques dimanches chez les personnes qui l’hébergeaient à Londres en tant qu’étudiante infirmière et nurse des enfants), ou encore les musiques jouées à l’occasion du couronnement d’Elizabeth II, auquel elle se rappelait avoir assisté en 1953.

et le mouvement lent du concerto pour clarinette de Mozart, qui émouvait tant mon père.

À 96 ans, elle était fière de pouvoir encore fêter son anniversaire avec ses arrière-petits-enfants…

Merci Maman !

La musique pour rire (XI) : Victor encore

On n’oublie ni les tragédies du monde, ni les turpitudes de l’actualité, mais il faut – en tout cas moi j’en ai besoin ! – s’en délester à intervalles réguliers en riant de bon coeur aux saillies de talents aussi exceptionnels dans le sérieux que dans l’humour. J’ai déjà évoqué ici la figure de Børge Rosenbaum, plus connu sous le nom de Victor Borge (1909-2000). Depuis mon précédent billet il y a plus de cinq ans, on a vu apparaître nombre d’extraits de concerts, de « performances » d’un artiste qui semblait doté de tous les dons.

Cette interview nous en apprend beaucoup sur un destin hors norme.

Cette compilation en donne une large idée, mais comme toutes les vidéos présentes sur le Net, elles peuvent avoir une durée de vie variable…

Pure virtuosité

Une chanson de circonstance

Il faudra qu’un jour j’évoque plus longuement la figure de Robert Merrill (1917-2004), le baryton star du Met.

L’opéra pour les nuls

La star des Boston Pops

J’aurais pu ajouter à mes articles sur Fiedler et les Boston Pops cet extrait d’une soirée de 1986, mais c’était alors John Williams qui la dirigeait.

Je n’ai malheureusement pas trouvé beaucoup d’extraits qui témoignent de l’art du pianiste qu’était Victor Borge, en dehors de quelques séquences… acrobatiques !

Au lendemain de la tuerie de Sydney, ces pièces jouées par un artiste qui n’a jamais oublié ses origines ni les raisons de son exil aux Etats-Unis en 1940, m’emplissent d’une émotion immense

J’ai en vain cherché la trace d’un biopic annoncé en 2017 sur Victor Borge. Je serais reconnaissant à ceux qui pourraient m’en dire plus sur ce projet.

Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog

Actualisation

Collectionneur impénitent je suis et je reste. Je ne parviens pas à me contenter d’une discothèque tout numérique. Tant qu’il y a encore des CD et des DVD, surtout lorsqu’ils sont rassemblés en coffrets (avant disparition ?), je suis preneur.

J’ai fait ces derniers temps quelques achats – neufs ou occasion – qui me semblent induire une actualisation de certains articles.

Etudes

Il y a plus de deux ans, j’avais écrit un article – Hautes études – en relation avec une discographie établie par la revue Gramophone des deux cahiers d’Etudes de Chopin. Entre temps de nouveaux disques sont parus et j’en ai découvert d’autres que j’ignorais, comme celui que le festival d’Auvers-sur-Oise faisait enregistrer à Jean-Frédéric Neuburger à tout juste 20 ans en 2006

Et chemin faisant, je trouve ceci de prodigieux sur YouTube, Daniil Trifonov, 20 ans lui aussi, à l’époque du concours Rubinstein de Tel Aviv

Et puis il y a eu ce disque de Yuncham Lim, dans sa vingtaine triomphante lui aussi)

Ce disque a obtenu toutes les récompenses possibles. Une première écoute rapide ne m’avait pas vraiment passionné : tout me paraissait un peu « trop », trop vite, trop uniforme, trop purement virtuose. Et à la réécoute je lui trouve finalement de très belles qualités.

Il y a aussi cette réédition – enfin – des Chopin du pianiste chinois naturalisé britannique Fou Ts’ong (1934-2020)

Saint-Saëns

À l’occasion du centenaire de sa mort, en 2021, j’avais consacré une série d’articles à Saint-Saëns, en particulier à ses concertos pour piano (lire Saint-Saëns #100)

J’y parlais déjà du premier volet des concertos enregistrés par le fils – Alexandre – et le père – Jean-Jacques Kantorow.

Ce n’est que récemment que j’ai pu acquérir les 2 CD. Indispensables évidemment !

Il y a surtout un disque que j’avais oublié dans ma recension, mais mentionné en bonne place en rendant hommage à Nelson Freire (1944-2021)

Des nouvelles de Carl

C’est un chef, violoniste à l’origine, dont j’ai quelquefois parlé ici avec admiration, Carl von Garaguly (1900-1984) pour les seuls enregistrements que j’avais trouvés de lui, Sibelius… et Johann Strauss !

Je viens de trouver sur IStore, en téléchargement uniquement donc, une formidable 2e symphonie de Nielsen enregistrée à Copenhague (avec un orchestre qui n’existe pas, sans doute l’orchestre de la radio danoise sous un pseudonyme !)

Puisque nous sommes encore dans l’année Strauss (Un bouquet de Strauss), rappelons cette merveille. Il faut écouter la liberté, la souplesse, dont use sans économie le chef qui n’a pas oublié ses racines hongroises.

Chansons tristes

Il y a tout juste un mois, j’évoquais les chansons tristes que j’aime écouter pour leur effet bienfaisant, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Je dois y ajouter une séquence qui m’émeut profondément quand je la revois, cette dernière rencontre entre deux amis, Serge Lama et Nana Mouskouri autour d’une chanson – Une île – que j’aurais dû ajouter à ma première liste

Et puis comme toujours mes humeurs, bonnes ou moins bonnes, dans mes brèves de blog

Une journée à Paris

Durant ma diète des festivals, j’ai passé deux jours à Paris. Sans raison, sans obligation. Juste pour le plaisir de me livrer à mon exercice favori : parcourir la ville à pied.

Fashion victims

La rue où j’habite est déserte, sauf à son extrémité où dès 9 h du matin une file s’est formée à l’approche de l’un de ces magasins éphémères qui ont remplacé quasiment toutes les enseignes classiques.

Il y a quelques semaines, un dimanche matin, à quelques mètres, c’était une autre file constituée exclusivement de jeunes femmes voilées qui attendait de pouvoir acheter des abayas dans une boutique tout aussi éphémère…

Je ne vais plus au Café Charlot surtout depuis la réponse inepte qu’on avait faite à ma remarque sur TripAdvisor. J’ai repris mes habitudes au Progrès, malgré les échafaudages qui enserrent le bâtiment et recouvrent la terrasse, mais le petit soleil du matin parvient à s’y glisser.

Le figaro du boulevard Beaumarchais

Je vais boulevard Beaumarchais chez mon figaro habituel (!) me faire rafraîchir la tête en prévision des vacances. Et j’emprunte le bus 96 pour rejoindre le secteur de l’Odéon. Du monde en ce milieu de matinée, pas mal de personnes âgées (il faudra quand même que je me résolve à me compter parmi elles !) et de familles de touristes. Un petit garçon anglais que son père a assis à côté de moi se réveille à la vue de Notre-Dame.

Je descends au carrefour de l’Odéon et vais faire une petite visite chez Gibert. rayon classique d’abord. Tout un bac bien rempli de CD à 6,99 €, avec un paquet de parutions récentes. Je m’en fais un bouquet :

Je ne suis pas très convaincu du caractère « vendeur » de disques programmes avec des titres passe-partout (comme celui de Nathanaël Gouin) ou énigmatiques (comme celui de Pontier), mais l’un et l’autre sont très intelligemment composés. Quant au Brahms de Laloum, il manquait à ma collection de 3e sonates de Brahms 🙂

Le Debussy/Satie de Fazil Say n’est pas récent, mais il manquait à ma discothèque. Quant au CD d’Edgar Moreau – qui lui aussi succombe à la manie des titres (mais quand même plus originaux que la collection de son confrère Gautier C. que Warner ne cesse de recycler !) – il vaut pour un programme remarquable dont on comprend le fil rouge : de Bloch Schelomo et From Jewish Life, le concerto pour violoncelle de Korngold, Kol Nidrei de Bruch et une transcription des deux mélodies hébraïques de Ravel. Et ce sont les Lucernois chers à mon coeur qui l’accompagnent.

Je passe ensuite du côté librairie, où comme d’habitude, je choisis un peu au hasard, quitte parfois à me retrouver avec des bouquins en double. Je me dis que ces trois-là iront bien pour lire dans l’avion ou sur un transat.

J’ai réservé une table chez Lipp. Le maître d’hôtel qui m’accueille a toujours ce faux air de Paul Meurisse. Il m’avait prévu à l’intérieur, je préfère la terrasse. Autour de moi presque exclusivement des touristes, les « habitués » ont pris leurs quartiers d’été.

Du melon, une tranche de pâté en croûte comme on n’en fait plus.. que chez Lipp, une salade et un verre de saumur feront l’affaire. En revenant des toilettes, j’avise un vieillard décati sur une banquette faisant face à un homme plus jeune : Gabriel Matzneff a vraiment tout perdu de la superbe qu’il affichait effrontément quand il était encore fréquentable et fréquent sur les plateaux de télévision. Je n’ai jamais lu aucun de ses livres, ni aimé le personnage. Une répulsion originelle.

Je reprends ma déambulation en passant devant le porche de Saint-Germain-des-Prés

La rue Bonaparte, puis la rue Jacob – je ne sais plus à quel numéro il est indiqué que Wagner a séjourné quelques mois en 1847 – pour rejoindre la rue de Seine.

la fameuse coupole de l’Institut

En débouchant sur le parvis de l’Institut, j’avise une exposition à entrée libre d’oeuvres de l’académicien Pierre-Yves Trémois (1921-2020). Le nom ni la « signature »graphique de ce dessinateur/peintre ne me sont inconnus, mais je découvre ces toiles que je ne connaissais pas.

L’exposition « L’anatomie du trait » est visible jusqu’au 25 septembre.

Je franchis la passerelle des Arts, d’ordinaire noire de monde. Pour la première fois depuis longtemps, je prends place sur un banc et durant de longues minutes, je regarde la Seine et les bateaux-mouches qui s’y croisent. Dans aucune autre capitale au monde on n’a cette proximité avec le fleuve qui traverse la cité, a fortiori ces deux îles (Saint-Louis et la Cité) qui rendent plus bucolique encore la promenade du piéton.

Je traverse la majestueuse Cour Carrée du Louvre, dont les abords ont enfin été débarrassés des cabines de chantiers qui les encombraient depuis des lustres. J’emprunte la rue Jean-Jacques Rousseau, si penaude et étroite que je me demande à chaque fois pourquoi une telle différence de traitement avec ses camarades de l’époque, Diderot et Voltaire (celui-ci ayant droit, à Paris, à une rue, un quai et un boulevard !). Je vais faire un tour à la FNAC, dans ce qui reste du rayon classique, surpris par l’affluence juvénile et féminine : en fait l’agitation se fait devant tout un mur dédié au K-Pop (j’ignorais le phénomène jusqu’à ce que j’en découvre des adeptes au sein de ma propre famille !)

Je ressors assez vite du forum des Halles, pour rejoindre les rues plus familières du Marais. Le ciel menace mais j’aurai encore le temps de boire un thé à la terrasse des Marronniers. Je cherche un bon moment le nom de l’acteur qui vient de s’asseoir à deux chaises de moi. Je l’ai souvent vu dans des seconds rôles, mais j’ai surtout le souvenir de ses « stand-up » vraiment très drôles il y a une trentaine d’années. Je découvre sur YouTube une série désopilante « Marguerite et François »Laurent Spielvogel joue alternativement Marguerite Duras et François Mitterrand.

Je poursuis mon chemin dans le dédale de petites rues que je connais par coeur, comme la rue des Rosiers, où je trouve l’affluence inhabituelle pour un mardi après-midi. Tout un groupe d’enfants et d’adolescents vêtus comme pour aller à la synagogue s’affaire autour de deux stands que je ne prends pas le temps d’examiner. Un jeune garçon m’aborde : « Pardon Monsieur, êtes-vous de confession juive ? » Je lui réponds par la négative dans un sourire. Je le sens comme gêné.

Mais j’aurais pu lui raconter les origines de ma famille maternelle, d’un patronyme – Zemp – qui n’a rien de germanique, mais qui puiserait plutôt ses racines du côté de juifs hongrois qui auraient trouvé refuge et accueil bienveillant en Suisse orientale il y a quelques siècles.

Je regagne mes pénates en passant par la rue de Thorigny, où le musée Picasso ne semble pas attirer la foule habituelle.

Je vais retourner dîner chez Nicolas Flamel – une adresse dont j’avais parlé il y a plus de deux ans dans un article, dont il faudrait que je révise plusieurs paragraphes Bonnes Tables). Troisième chef en moins de trois ans, mais le jeune Italien Marco Sergiampietri qui est aux manettes depuis janvier semble bien reparti pour regarnir sa table d’une étoile Michelin.

Humeurs et réactions à suivre sur mes brèves de blog

Les chevaux de Kirghizie

Les voyages forment la jeunesse, dit-on, c’est vrai aussi pour les plus vieux comme moi. Quand on lit sur le programme d’un voyage qui ne peut qu’être organisé à l’avance – dans les pays que je visite cette année – des mentions comme : Fabrication d’une yourte, ou Visite d’une coopérative d’artisans du feutre, on s’attend à des démonstrations toutes faites pour les touristes.

Touristes nous sommes bien sûr, mais la gentillesse naturelle, spontanée, de tous les Kirghizs, grands et petits, croisés jusqu’à présent, n’est pas sans étonner. Avant-hier, dans le centre de Kotchkor, près des étals d’un petit marché, je reçois une tape dans le dos, aussitôt suivie d’une chaleureuse poignée de main de la part d’un homme entre deux âges, le visage buriné, le sourire édenté, qui me demande en russe d’où je viens : la France ! Et le voici de redoubler de serrements de main, me félicitant… pour les Jeux olympiques et la fête à Paris. Dans la rue proche de l’hôtel, tout un groupe d’enfants de 2 à 7 ans se presse pour me serrer la main, se faire photographier avec un large sourire…

La fabrication des yourtes

Arrêt donc dans le village de Kyzyl Tuu, où la majorité des habitations est constituée d’ateliers de fabrication de yourtes, l’arbre servant à la structure de cet habitat traditionnel nomade, le saule, poussant en abondance près de la rivière.

La yourte traditionnelle, artisanale, est sans doute l’habitat le plus écologique au monde, puisque constituée uniquement de produits de la nature, le bois de saule, la peau de vache pour faire les joints (aucun boulon ou vis), et le feutre pour le toit et le revêtement des parois. Le coût d’une yourte est d’environ 5000 dollars, l’artisan qui nous a reçus nous confiait que le marché était de plus international, et que rien qu’en France il en avait déjà exporté plus de 500 !

Le feutre des femmes

Le feutre, la feutrine, ont presque disparu de nos environnements d’Europe, à l’exception des porteurs de chapeaux…

J’avoue que j’ignorais jusqu’à la visite de la coopérative des femmes de Kotchkor comment était fabriquée cette matière si naturelle, et si précieuse dans les régions exposées à des températures extrêmes, le feutre.

La tradition de fabrication centenaire nous a été présentée de manière plutôt amusante. Après avoir superposé deux couches de laine de mouton brute, non cardée, non tissée, notre hôtesse l’arrose d’eau chaude, l’enroule dans un fétu de paille, puis durant 15 minutes, assène des coups de pied au rouleau (évidemment le visiteur est prié de se plier à l’exercice !), de manière à essorer l’ensemble. Aucun élément mécanique n’intervient à aucun moment. Puis, une fois le carré de feutre – c’est donc uniquement l’eau qui « lie » la laine brute – réalisé, d’autres femmes prennent le relais pour imaginer des dessins, superposer différentes couleurs. Sans aucun usage de produit artificiel. Ecolo en diable !

Les chevaux du lac Son Kul

Le plus impressionnant, en tout cas les souvenirs les plus forts qui me resteront de ce voyage en Kirghizie, est la découverte du lac Son Kul, situé à 3000 m d’altitude, au sud de Kotchkor. Aucune photo, aucune vidéo, ne parviendra jamais à restituer l’immensité silencieuse, la beauté changeante des eaux et des rives du lac, et le compagnonnage de milliers de chevaux, vaches et moutons en apparente liberté – les bergers, parfois très jeunes, les surveillent de loin.

Ici, aucune construction touristique, pas d’électricité, sauf celle que produisent des générateurs une ou deux heures par jour, pas de connexion internet ou même téléphonique. La nuit dans une yourte est une expérience à vivre, tant le différentiel de température entre plein midi et minuit est saisissant. Et partout, tout le temps, un silence absolu, à peine rompu par le cri d’un aigle, le hennissement d’un cheval ou un meuglement de jeune veau.

Toutes les photos à voir sur Facebook : Les chevaux du lac Son Kul

Je ne peux décrire le plaisir que j’ai pris à parcourir ces paysages à cheval. Expérience unique !

Signes de vie

Ne pas parler ici ou sur les réseaux sociaux des tragédies qui frappent le monde, en Israel ou en Palestine, comme toujours en Ukraine, ne pas commenter les horreurs proférées par des responsables politiques qui font honte à leurs fonctions, lorsqu’ils sont parlementaires, ne signifie pas qu’on est indifférent ou sans opinion. La retenue, le silence sont meilleurs conseillers.

La musique de Sheku

J’ai de l’affection et de l’admiration pour ce garçon depuis que je l’ai vu jouer lors du mariage de Harry et Meghan en 2018, affection et admiration confirmées depuis que j’ai l’entendu à l’auditorium de la Maison de la radio en 2019 et que j’ai dîné avec lui après le concert. Sheku Kanneh-Mason n’avait pas encore 20 ans, et n’avait pas encore achevé son cycle d’études supérieures, il était tel qu’il apparaît sur scène, presque timide, conscient des risques d’une soudaine notoriété.

C’est avec le 1er concerto pour violoncelle de Chostakovitch qu’il avait remporté le concours des jeunes musiciens de la BBC en 2016.

Sept ans après, Sheku a encore approfondi sa vision, plus lyrique qu’exubérante.

C’est ainsi qu’on l’a entendu jeudi dernier à la Philharmonie de Paris, avec l’Orchestre de Paris dirigé par Nathalie Stutzmann, comme je l’ai écrit sur Bachtrack : La jeunesse triomphante de Sheku Kanneh-Mason.

Renaissance

C’est peut-être un détail sans importance pour vous lecteurs, mais pour moi ça veut dire beaucoup. La maison historique de la famille maternelle, que j’avais trouvée en si piteux état lorsque j’étais passé à Entlebuch, au coeur de l’Emmental, en 2020 (lire Été 69), a retrouvé tout son lustre au terme d’une rénovation respectueuse de la tradition typique de cette vallée suisse, les murs d’écailles en bois.

J’ai pu en informer ma mère avec qui je peux encore échanger brièvement en vidéo lorsque l’opportunité se présente. À son âge, dans la maison de retraite où elle vit désormais, parfois absente à ce monde, il faut saisir le bon moment, celui où elle se reconnecte à ses souvenirs, où un sourire éclaire son visage lorsqu’elle reconnaît ses proches.

Encore

Cadeau pour finir que ce bis capté il y a quelques semaines à Stresa : toute la vie, l’ardeur, la jeunesse s’y trouvent exaltées. Yuja Wang et Tarmo Peltokoski (Retour à Colmar) et la pure joie de jouer :

La vie en rose

Titre provocateur en ces jours où la guerre et la terreur font l’actualité du Proche-Orient ?

Sans doute mais devrais-je, à mon tour, commenter, dans le confort de mon salon, l’horreur absolue qui frappe tant d’innocents ? Je sais que les réseaux sociaux se prêtent à ces mouvements automatiques de compassion. Raison de plus pour ne pas les alimenter.

Elie Barnavi a écrit dans Le Monde : « L’attaque du Hamas résulte de la conjonction d’une organisation islamiste fanatique et d’une politique israélienne imbécile » On doit lire son article. Pour comprendre ce qui se passe, condamner sans réserve le terrorisme à l’oeuvre, mais aussi entrevoir ce qui peut advenir.

Déception

Des amis liégeois se sont étonnés que je me sois montré si peu disert dans ma relation du concert de samedi dernier (Anniversaires etc.)

Quand on a passionnément aimé et servi un très bel orchestre comme celui de Liège, il vaut mieux se taire que d’exprimer sa déception et de dire des choses désagréables.

La vie en rose

Edith Piaf est morte il y a soixante ans, en réalité 60 ans et un jour. Tout le monde sait maintenant qu’elle a fini ses jours dans le sud de la France, mais qu’on l’a rapatriée en catimini à Paris, pour pouvoir annoncer sa mort le 10 octobre 1963.

L’une de ses chansons les plus célèbres, l’une de ses plus émouvantes aussi, est devenu un classique intemporel, que je ne me suis jamais laissé d’écouter. Et son succès planétaire reste étonnant…

J’ai eu le privilège il y a une trentaine d’années de dîner à côté de Grace Jones, dans un restaurant parisien aujourd’hui disparu…

J’ai côtoyé quelques années à Radio France Louis Bozon. Il me parlait toujours de Marlene Dietrich avec une émotion non feinte.

Je rêvais d’inviter Melody Gardot à Montpellier. Cela ne s’est jamais fait… reste une admiration intacte.

Pas sûr qu’elle comprenne grand chose à ce qu’elle chante…

Louis Armstrong

Même Véronique Gens s’y est abandonnée, en roulant les « r » !

Et bien sûr ce souvenir du Festival Radio France 2018 avec Isabelle Georges