Demandez le programme !

C’est une question rituelle des journalistes : comment faites-vous la programmation du Festival* ?  C’était la même lorsque je dirigeais l’Orchestre et la Salle philharmonique de Liège.

Sur les réseaux sociaux, quelques amis à la plume bien pendue et au caractère bien trempé ne ratent pas une occasion de s’écharper sur la programmation de certaines grandes institutions ou de certains festivals, sur l’influence des agents, le rôle et l’organisation des concours… Débats qui ne sont pas sans intérêt, même si la réalité est souvent plus simple.

Le public a aussi le droit de savoir comment on programme une saison de concerts ou un festival. Après tout, c’est lui qui en assure le succès… ou l’échec.

J’avais une formule, à Liège, que je servais à la presse un peu comme une provocation : « Je ne programme que ce que j’ai envie d’entendre ». Je n’ai pas changé de point de vue en prenant la direction du Festival Radio France.

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Petite explication de texte : La programmation d’une saison de concerts ou d’un festival se prépare plusieurs mois, voire plusieurs années à l’avance. Pour allécher, convaincre, intéresser le(s) public(s) auxquels on s’adresse, je ne connais pas d’autre formule que la curiosité, l’enthousiasme, le désir de faire partager, découvrir des répertoires, des artistes. Autrement dit, je ne programme que des événements auxquels j’aurai envie d’assister, je prendrai du plaisir… comme le public dont je fais partie !

Mais la prudence, la bonne gestion, ne requièrent-elles pas qu’on tienne compte des goûts du « grand public », qu’on fasse appel aux têtes d’affiche, aux stars du moment, pour remplir les salles ? Questions évidemment souvent posées et pas nécessairement stupides …

Sur le « grand public« , je me suis déjà longuement expliqué ici il y a quatre ans (Le grand public) Extraits :

« Le public vraiment mélomane, très connaisseur, est très minoritaire au concert comme à l’opéra.. et il est plutôt curieux, ouvert, amateur de découverte et de rareté. Frileux sûrement pas.

L’essentiel d’une salle de concert ou d’opéra est constitué d’amateurs – étymologiquement « qui aiment » – plus ou moins éclairés, informés, formés, et qui ne demandent qu’à être agréablement surpris, émus, instruits. Ce public, majoritaire, n’a pas d’a priori, il n’est ni conservateur, ni particulièrement aventurier. Il doit être conquis, considéré, respecté 

On doit toujours parier sur l’intelligence du public, jamais sur les habitudes d’une minorité.

Autre remarque d’évidence : la musique classique et son public sont encore souvent présentés comme un bloc immuable, donc voué à disparaître, puisque non régénéré.

Là encore, le conservatisme n’est pas du côté du public, mais chez les organisateurs, qui n’ont pas fait évoluer la forme, le rituel, l’apparat du concert classique, qui l’ont laissé se déconnecter de la vie, des usages, des pratiques du public. Au moins à l’opéra, le spectacle, ce qu’il y a à voir, a de quoi attirer, séduire. Au concert, c’est la notion même de spectacle qui est absente, éclairage uniforme et peu travaillé de la scène, musiciens oublieux du regard des auditeurs/spectateurs sur eux, composition et durée invariables du programme… »

Une fois affirmé cela, il n’est pas interdit d’être habile… pour être convaincant. Ainsi, avec mes équipes à Liège, à Paris ou à Montpellier, nous avons toujours essayé de mettre en oeuvre quelques principes, qui se rapprochent assez fortement de ceux d’un grand chef… de cuisine. Un concert, c’est un menu, un festival une suite de menus.

La seule vue du programme – du menu – doit mettre le lecteur/auditeur en appétit. S’il ne comprend pas ou mal ce qu’on lui propose, il y a peu de chances qu’il y adhère; à l’inverse si on aligne du fois gras en entrée, un tournedos Rossini et un Paris-Brest, il y a de fortes chances qu’il redoute l’indigestion.

Traduit en musique, c’est éviter deux écueils : un programme composé d’oeuvres inconnues par un artiste tout aussi peu connu – c’était parfois une spécialité de certaines programmations de musique contemporaine ! – ou aligner trois oeuvres très connues du répertoire avec les stars du moment censées remplir les salles sur leur seul nom (non, je ne citerai personne !)

J’ajoute une autre notion, moins facile à définir, compte-tenu de l’évolution des comportements du public. Nous constatons, tous, organisateurs, que la décision d’assister  à un concert se prend de plus tard, que le temps où l’on organisait à l’avance son agenda est quasi révolu, le « dernier moment » est devenu la règle. Ce qui a – ou pas ! – modifié considérablement les règles de communication et de marketing. Observation empirique de ma part : si l’on veut capter l’attention et attirer l’auditeur/spectateur au concert, il faut que celui-ci soit perçu comme un événement, comme quelque chose d’exceptionnel, d’incontournable. Sûrement pas comme un « produit » de consommation courante : des oeuvres et/ou des artistes qu’on a déjà souvent (trop?) entendus…

Bref, on aura compris que je ne me suis jamais fait dicter mes choix par la mode, les agents, le marketing, ou même ce qu’on croit être des obligations institutionnelles (il faut engager tel artiste, tel ensemble, parce qu’il est « recommandé », « protégé » par tel ou tel).

Oui, il y a des artistes que je n’ai jamais engagés à Liège, pendant les quinze ans où j’ai eu la responsabilité de l’Orchestre et de la Salle philharmonique – ce qui m’a valu mon lot de critiques (« Rousseau n’invite que ses copains, que des Français »…), toujours démenties par la réalité (voir la liste de ces artistes : Merci). 

Un souvenir me revient à ce sujet : Invité à un déjeuner par le Concours Reine Elisabeth, une année de piano, en présence des membres du jury et de la reine Fabiola, je me trouve assis, par les hasards du protocole, à côté de l’épouse d’un célèbre pianiste qui, à l’époque, enseigne à la Chapelle musicale Reine Elisabeth. Je pense qu’elle ne sait pas, elle, qui je suis, tout au plus que je suis français. Et pendant tout le déjeuner de se plaindre du sort fait à son pianiste de mari, qui serait blacklisté en France par une conjuration d’agents et d’organisateurs qui n’ont jamais pris la mesure de son talent, ou, pire encore, qui redouteraient l’impact sur le public d’un nom à consonance non européenne ! Complotisme quand tu nous tiens… Je n’ai évidemment pas réagi à ces jérémiades, ni indiqué que, sans prendre mes ordres auprès de la dite conjuration, je n’avais jamais non plus envisagé d’engager ce pianiste, qui, les quelques rares fois où je l’ai subi en concert, m’avait toujours profondément ennuyé…

Aujourd’hui, je suis un homme heureux, puisque j’ai la charge d’un Festival qui, dès l’origine, a fait de la découverte, de l’audace.. et du respect du public, sa marque de fabrique. La programmation de l’édition 2019 du Festival Radio France Occitanie Montpellier parle pour elle : #FestivalRF19.

Puisqu’il est dans l’actualité – Alexandre Kantorow est en finale du Concours Tchaikovski de Moscou, il passe cet après-midi les dernières épreuves – on peut rappeler qu’il était déjà l’invité du Festival… il y a trois ans !

 

71mqyjcDIXL._SL1417_Même parallèle avec le magnifique Lukas Geniusas, en récital dans la grande salle de l’Opéra Berlioz le 18 juillet.

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Top départ

Le soleil de printemps inonde Montpellier cette semaine.

Et ça tombe bien pour commencer à dévoiler ce que sera le prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier (que tout le monde ici, dans la région, nomme simplement « Festival Radio France« … alors qu’à Paris, dans la Maison ronde même, on continue d’appeler « Festival de Montpellier » !!)

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Le vieux chat noir un peu cabossé du coin de ma rue ne se départ jamais d’une sérénité éprouvée !

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L’Esplanade Charles de Gaulle est en fête ! N’était la fraîcheur matinale, on s’imaginerait presque en été.

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Cette semaine donc, à l’usage des Montpelliérains, on a commencé à feuilleter le programme des soirées du #FestivalRF19En essayant de sortir des habitudes qui prévalent pour ce genre de présentation – conférence de presse « officielle », invitations VIP -. Ce qui me plaît, et ce pour quoi finalement toute l’équipe du Festival travaille, c’est de rencontrer le public, notre public, de lui réserver la primeur du programme que nous lui avons concocté avec amour, d’échanger avec lui, de prendre les compliments et de répondre aux critiques. C’est ce que nous avons fait déjà mardi soir devant une salle Pasteur archi-comble, c’est un exercice que nous rééditons en fin d’après-midi au foyer de l’Opéra Comédie. Et cela en musique, avec la participation exceptionnelle, mardi, de l’Orchestre National Montpellier Occitanie et de Magnus Fryklund, ce soir, de Marina Chiche et Félicien Brut, tous artistes qui, bien évidemment, seront de l’aventure du Festival en juillet prochain.

Mais on ne déballe pas tout d’un coup, les 150 concerts, les 70 lieux de toute l’Occitanie où se déploiera la 35ème édition d’un festival qui n’a pas d’équivalent dans la sphère musicale : musique de chambre, chorale, jazz, musiques électroniques, événements symphoniques, etc…

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Ceux qui me suivent et me lisent ne seront pas surpris du choix des rivages de la Baltique  comme cadre de nos prochaines nuits blanches…

« Deux souvenirs : en juin 1998, l’immense place du Palais à Saint-Petersbourg, devant l’Hermitage, traversée à 3 heures du matin, la douceur indicible de la voûte céleste ni jour ni nuit ; en juillet 2016, à Montpellier, Valery Gergiev me citant le Festival Radio France Occitanie Montpellier comme modèle des Nuits blanches qu’il organise chaque été dans la ville de Pierre le Grand.

C’était décidé, la 35ème édition du Festival serait consacrée à ces légendaires musiques du Nord, des rives de la  mer Baltique, à l’incroyable foisonnement créatif de générations de compositeurs et d’artistes exceptionnels. » (Suite à lire sur lefestival.eu)

Je me suis promis de ne pas répondre à la question que les journalistes ne manqueront pas de me poser : « Quels sont vos coups de coeur » ?  Je n’y répondrai pas, parce que cette programmation n’est qu’une suite de coups de coeur, ceux de l’équipe de programmation, les miens…

J’éprouve une fierté particulière et personnelle à ouvrir ce Festival 2019 avec une personnalité que j’admire infiniment, Neeme Järvi, et l’orchestre national d’Estonie.

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Une communauté heureuse

Nikolaus Harnoncourt écrivait, le 6 décembre dernier : « Cher Public, nous sommes devenus une communauté heureuse de découvreurs » (Wir sind eine glückliche Entdeckergemeinschaft geworden). La maladie l’obligeant à quitter la scène, le vieux chef rendait au public le plus vrai et chaleureux des hommages (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/06/pour-leternite/).

Tous les hommages rendus à Nikolaus Harnoncourt soulignent  « cette qualité unique, qui impressionnait tellement ceux qui avaient la chance d’échanger longuement avec lui : cette absolue disponibilité, cette passion dialectique qui l’animait, et lui faisait prendre avec le plus grand sérieux les interlocuteurs pourtant bien modestes que nous étions à son échelle. Un Maître au sens littéral du terme, de ceux qui vous font grandir, reconsidérer vos préjugés, bref, qui changent votre vie » (Vincent Agrech sur Facebook).

Lire  l’admirable texte de Sylvain Fort : http://www.forumopera.com/actu/nikolaus-harnoncourt-lhomme-qui-disait-non

Dit autrement, Harnoncourt n’aurait pas eu la place et le rôle qu’il a eus dans la vie musicale, s’il n’avait rencontré un public, des auditeurs, curieux, avides de le suivre dans ses explorations, ses découvertes, ses remises en question.

Cette question du public est essentielle, et centrale dans ma propre démarche professionnelle, j’en ai souvent parlé ici.

Je l’évoquais encore, la veille de la mort de Nikolaus Harnoncourt, vendredi, devant la presse puis devant une salle comble à Montpellier pour présenter l’édition 2016 du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon Midi Pyrénées (promis l’an prochain le titre sera plus bref !).

Faire confiance au public, l’inviter au voyage, à la découverte, c’est ce qui devrait guider tous les programmateurs, tous les responsables qui opèrent dans le domaine de la musique  classique. Le festival montpelliérain en a fait depuis plus de trente ans la démonstration : l’audace, l’imagination paient. Une preuve encore pour cette édition 2016 ? d’aucuns craignaient qu’en programmant un ouvrage lyrique inconnu le 26 juillet, en semaine, pour la dernière soirée du festival, on n’attire pas la grande foule. Verdict après une première soirée de vente de billets : c’est cette soirée qui est en tête des ventes ! Il est vrai que l’équipe de musiciens que nous avons réunie est de tout premier ordre et que la notoriété du rôle titre n’est pas étrangère à ce succès. Mais si Sonya Yoncheva a accepté de chanter cette Iris de Mascagni (qui précède de quelques années Madame Butterfly de Puccini), c’est peut-être aussi parce qu’elle fait partie de cette « communauté heureuse de découvreurs » qu’évoquait Nikolaus Harnoncourt…

 

Le grand public

Ce n’est pas d’hier que je dénonce les clichés, les stupidités qu’on colporte sur le public en général, sur le public de la musique classique et de l’opéra en particulier. À commencer par l’expression toute faite de « grand public » : il y a le répertoire, les disques, les spectacles « grand public« , n’est-ce pas ? Ce que recouvre cette notion ? Nul ne le sait, ou plus exactement chacun a sa petite idée, qui ne repose sur aucun critère statistique ou artistique.

Je postule, de conviction et d’expérience, que le « grand public » n’existe pas !

Dans une semaine, l’Association française des orchestres organise une rencontre sur « Les publics de l’orchestre » : sans préjuger de ces travaux, on peut légitimement penser en termes optimistes que les clichés habituels seront battus en brèche.

Je lis coup sur coup ce matin deux interviews de deux professionnels éminents, l’un est le big boss du Metropolitan Opera de New York, Peter Gelb, l’autre est le directeur sortant du Capitole de Toulouse, Frédéric Chambert. L’un et l’autre disent en réalité la même chose sur le public, alors que leurs propos semblent se contredire.

Peter Gelb proclame : http://www.forumopera.com/actu/peter-gelb-a-lopera-cest-une-grave-erreur-de-sadresser-uniquement-aux-connaisseurs).

Tandis que Frédéric Chambert dit : On m’avait dit, avant mon arrivée effective dans cette ville, que le public toulousain était extraordinairement conservateur… je me suis rendu compte que c’était totalement le contraire. Ce public est non seulement cultivé mais aussi tout sauf sclérosé, dans ses goûts comme dans ses habitudes. Et je tiens à souligner que les spectateurs les moins conservateurs sont les plus âgés.  »

La contradiction n’est qu’apparente et aboutit au même constat.

Le public vraiment mélomane, très connaisseur, est très minoritaire au concert comme à l’opéra.. et il est plutôt curieux, ouvert, amateur de découverte et de rareté. Frileux sûrement pas.

L’essentiel d’une salle de concert ou d’opéra est constitué d’amateurs – étymologiquement « qui aiment » – plus ou moins éclairés, informés, formés, et qui ne demandent qu’à être agréablement surpris, émus, instruits. Ce public, majoritaire, n’a pas d’a priori, il n’est ni conservateur, ni particulièrement aventurier. Il doit être conquis, considéré, respecté (comme le disent Gelb et bien d’autres).

On doit toujours parier sur l’intelligence du public, jamais sur les habitudes d’une minorité.

Autre remarque d’évidence : la musique classique et son public sont encore souvent présentés comme un bloc immuable, donc voué à disparaître, puisque non régénéré.

Là encore, le conservatisme n’est pas du côté du public, mais chez les organisateurs, qui n’ont pas fait évoluer la forme, le rituel, l’apparat du concert classique, qui l’ont laissé se déconnecter de la vie, des usages, des pratiques du public. Au moins à l’opéra, le spectacle, ce qu’il y a à voir, a de quoi attirer, séduire. Au concert, c’est la notion même de spectacle qui est absente, éclairage uniforme et peu travaillé de la scène, musiciens oublieux du regard des auditeurs/spectateurs sur eux, composition et durée invariables du programme…

On se pince le nez, dans les milieux « autorisés », à la vue des spectacles d’un André Rieu, tout est contestable, le contenu musical, le violoniste lui-même, mais il a compris que le public, son public, qui n’est pas plus méprisable que le cercle des initiés du classique, veut voir autant qu’entendre, partager autant qu’écouter passivement.

Heureusement, les initiatives se sont multipliées partout dans le monde, pour enrayer ce déclin qui n’a rien d’inéluctable du concert classique. Avec de bonnes et de moins bonnes idées. Le « pédagogisme » qui tient lieu de politique à beaucoup d’acteurs de la sphère musicale est le type même de fausse bonne idée : ce n’est pas en remplissant les salles de répétition de milliers d’enfants non préparés, sortie scolaire obligatoire, qu’on forme « le public de demain », et d’ailleurs on le forme à quoi ? à être, adulte, un spectateur passif, ennuyé, d’un concert codé, guindé, coincé ? Ce n’est pas non plus en reproduisant à l’infini les Pierre et le loup et autres Carnaval des animaux qu’on donne aux enfants le goût, la curiosité de la musique.

En revanche, varier les approches, les formats, les horaires, guider l’écoute, faire pénétrer au coeur de la musique, parler à l’intelligence, répondre à la soif de savoir, tout cela renouvelle et régénère autant le public que le concert classique.

Je resterai longtemps reconnaissant au public et aux musiciens de Liège de nous avoir permis d’essayer, de tester, de rater parfois, de réussir souvent de nouvelles formules, de nouvelles approches. Je pense en particulier à la série lancée à l’automne 2013 Music Factory, qui a fait salle comble, de 7 à 97 ans, dès le début, grâce à un médiateur hors pair, Fayçal Karoui (qui fait des prodiges à Pau). Cette vidéo captée sans public ne donne qu’une idée partielle de cette formule : 

On pense aussi aux séances multimédia du samedi après-midi « en famille », aux concerts d’une heure du dimanche après-midi.

Le grand public il est là !

Un conseil de lecture pour finir (provisoirement), cette monographie de l’auteur de l’opéra français le plus célèbre, Carmen, par Jérôme Bastianelli. Bizet est mort plus jeune que Mozart (à 37 ans) et sans avoir profité du succès de son ultime ouvrage.

« Georges Bizet (1838-1875), malgré ses facilités artistiques, passa son existence à chercher la clé de la réussite, écartant plus ou moins inconsciemment celles que la vie lui tendait. Articulé en quatre chapitres, le portrait que l’on va lire reprend, avant d’analyser l’avènement des chefs-d’oeuvre que sont L’Arlésienne et Carmen, chacune de ces possibilités avortées, classées par genre musical : symphoniste de génie, pianiste virtuose, compositeur lyrique indécis. A chaque étape de ce parcours, on verra apparaître des signes semblant annoncer Carmen. Méfions-nous pourtant d’une lecture a posteriori, qui ne verrait dans la vie de Bizet qu’un tortueux cheminement vers le chef-d’oeuvre. Cherchons-y au contraire les traces de ce qu’auraient été les oeuvres géniales qui seraient venues après Carmen si Bizet n’était pas mort si tôt. »

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La fête

http://www.lexpress.fr/actualites/1/actualite/radio-france-inaugure-son-nouvel-auditorium-en-fanfare_1622296.html

Daniele Gatti et l’Orchestre National de France, finale du Boléro de RavelIMG_1526

Myung Whun Chung, le Choeur et l’Orchestre Philharmonique de Radio France, finale de la 2e suite de Daphnis et Chloé de Ravel IMG_1529

10628127_10152505016832602_3835310733522032256_n L’Arche de Noé de Britten, avec, entre autres, la Maitrise de Radio France, et Sofi Jeannin

13146_10152505017032602_539105188024550837_nFinal d’enfer de la soirée Tribute to Nina Simone au Studio 104 dimanche soir

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La foule partout pour tous les concerts et émissions.10301278_1532753783630285_9045956419483804601_n

Trois jours et trois nuits de fête immense, une réussite artistique, technique, collective, un succès public phénoménal. La Maison de la Radio rouverte, accueillante pour tous les publics.

Paroles de star

C’est quand même étrange que même ceux qui vivent de et pour la musique classique – je veux dire les organisateurs, les agents, les éditeurs de disques – passent leur temps à s’excuser de leur activité coupable et à courir après ce qu’ils croient être trendy ou hype ou in !

Puisque le public du concert classique est vieillissant, élitiste et conservateur, essayons d’attraper un autre public, plus jeune, plus populaire, avec les bonnes vieilles recettes de la télé, du cross over, de la variété ! Patrick Sébastien présentant la Grande Battle sur France 2 avec Roberto Alagna, œil de braise et voix de stentor, susurrant O sole mio aux ménagères de moins de cinquante ans…ce serait le nec plus ultra du « classique » à la télé non ?

Trève de plaisanterie, partout, dans les maisons d’opéra, dans les orchestres, on est sorti – même si on a mis du temps – de ce faux débat. Je ne voudrais pas qu’on me reproche de l’auto-satisfaction, mais quand je vois ce qui a été fait à Liège depuis plus de dix ans, j’ai plutôt un sentiment de fierté. C’est bien en assumant clairement ce que nous sommes, un orchestre symphonique, dans une salle de concert, en jouant le répertoire – immense – qui est écrit pour nous, que nous avons gagné et continué de gagner de nouveaux publics.

J’en étais là de mes vitupérations, lorsque je suis tombé, un peu par hasard, sur la page 100 du Nouvel Observateur de cette semaine. Une interview, une de plus, de la star des contre-ténors, Philippe Jaroussky…Pas vraiment ma tasse de thé, j’ai toujours eu un problème avec ce type de voix (allô Docteur Freud ?), au mieux je supporte, au pire cela m’insupporte presque physiquement. Mais quand je vois que l’interviewer est Jacques Drillon, je me dis que l’échange entre les deux mérite lecture.

Florilège :

Complexe de supériorité : « Les chanteurs lyriques, à un certain point de leur carrière, font un complexe de supériorité »

Cecilia Bartoli et moi : « Pour le marché du disque classique, il y a un avant, et un après Bartoli…Elle a prouvé qu’on pouvait faire des succès faramineux avec des inédits…En somme, ma carrière est à l’inverse de celle de Cecilia : elle a fait ce qui était connu au début et s’est tournée vers les raretés ensuite, j’ai procédé dans l’autre sens… »

Le modèle Edith Piaf : « Pendant des années, j’ai plus pensé en notes qu’en mots… Depuis cinq ans, je réussis à partir du ressenti du texte, que je retrouve chez Ella Fitzgerald qui ne surarticule jamais ou Edith Piaf : elles pensent tellement ce qu’elles disent que le mot sort comme il faut. Elles ne chantent jamais « amour » de la même manière, tout dépend de la phrase où il est placé »

En lisant cela de la part de Philippe Jaroussky, je pense immanquablement à une chanson de PiafLa foule, où l’auditeur ressent physiquement l’arrachement, la séparation exprimés par l’étirement de ces simples mots  « Emportés par la foule qui nous traîne et nous entraîne.. »

Le contact direct avec la musique : « En musique classique, un artiste est toujours un peu militant. Il doit entraîner les autres, lutter contre les a priori, les clichés. …Rien ne vaut le contact direct : la radio, la télévision, c’est bien, mais entrer dans le bâtiment (l’opéra, la salle de concert), voir de ses yeux la scène, les coulisses… Le spectacle vivant se porte bien, c’est enthousiasmant ».

Renouvellement : « Je n’aime pas ce mot de renouveler (le public). Il ne faut pas dresser une génération contre une autre… Lors d’un débat devant une assistance plutôt du 3e âge, on parlait forcément « renouvellement du public » et je trouvais cela insultant…Privilégier les jeunes, c’est agaçant à la fin. J’ai demandé à ces gens s’ils allaient  à l’opéra ou au concert quand ils avaient 30 ans. Evidemment non. Pas le temps, pas l’argent.. Il faut attendre un peu, attendons-les ! »

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Dernière parution en date, le célèbre Stabat Mater de Pergolese :

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Aussi talentueux et intelligent que soit Philippe Jaroussky – je me reconnais dans pas mal de ses propos – je préfère les voix de femmes, au risque même de l’ambiguïté, dans Pergolese justement, plutôt Nathalie Stutzmann ou Cecilia Bartoli

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