J’ai déjà raconté le choc, le déclencheur que fut le film de François Reichenbach, sorti en 1970, L’Amour de la vie, dont le héros et le personnage principal est Artur Rubinstein. Ce film m’avait tellement bouleversé que j’étais allé le voir trois fois dans une petite salle de cinéma, adjacente à l’Hôtel de Ville de Poitiers.
Depuis, j’avais en vain cherché à le revoir en VHS ou en DVD, et on m’avait dit que pour des raisons complexes de droits (le réalisateur étant mort en 1993), ce document était introuvable.
Dînant jeudi soir avec Daniele Gatti et Nikolai Znaider, la conversation arriva sur Israël, et les souvenirs que nous avions, les uns et les autres, de la découverte ou du retour dans ce pays. Et j’évoquai certains passages de ce film qui m’avaient tant marqué, ce moment magique où Rubinstein répète le 1er mouvement du 3eme concerto de Beethoven avec le jeune Zubin Mehta et l’orchestre philharmonique d’Israël.
Et voilà que je viens de trouver sur Youtube une copie – pas très bonne – de ce film mythique, et que me reviennent comme des vagues de nostalgie et de bonheur mêlés tous ces souvenirs d’adolescence.
Tout le film est à voir, mais à 1h13′ il y a cette fameuse séquence qui m’a marqué à jamais et fait aimer pour la vie ce concerto de Beethoven : ce moment suspendu, comme seul Beethoven sait les créer, avant l’embrasement final. Et Rubinstein qui demande au chef de le reprendre pour le parfaire….Emotion !
Semaine pour le moins contrastée. Beaucoup d’avancées, les choses qui bougent enfin, les promesses tenues, des idées nouvelles qui bousculent les routines, tout ce que j’aime. Une énergie intacte malgré les inerties. La vie en somme…
C’est ce que je retiens du dernier – que je n’espère pas ultime – ouvrage de l’ami Jacques Chancel, que je suis inquiet de ne pas avoir revu depuis un bon bout de temps.
« L’âge est venu et mon appétit redouble, je ne vois que des soleils jusque dans les jours les plus sombres, je ne sais toujours pas d’où me vient cette résistance à l’ennui, ce bonheur de vivre, cette irrésistible envie de rester auprès de tous les miens. Pourquoi partir en effet ? » . Du pur Chancel, mais moins de ces phrases toutes faites, des fragilités, des nostalgies émouvantes dans ce journal 2011-2014.
Radio France et l’INA ont la bonne idée de rééditer en CD les grandes heures de cette émission légendaire qu’était Radioscopie
C’était aussi un temps où les grands compositeurs du moment ne rechignaient pas à écrire les indicatifs des émissions de radio. Ici Georges Delerue :
Semaine assombrie par des disparitions de gens qu’on a aimés ou côtoyés. Le nom de Jacques Barrot n’a jamais été très populaire, malgré une très longue carrière, l’homme qui occupa à peu près toutes les fonctions politiques, n’a jamais été (ni voulu être) aux avant-postes. Maire, Député d’Yssingeaux (Haute-Loire), plusieurs fois ministre de Giscard et Chirac, vice-président de la Commission Européenne (c’est entre autres à lui qu’on doit le projet européen de GPS Galileo), et depuis 2010 l’un des neuf Sages du Conseil Constitutionnel. Dans mes jeunes années, j’ai partagé nombre de combats d’idées et de convictions à ses côtés, puis la vie nous a séparés, sans que se réduisent l’attachement et l’affection que je lui portais. Je l’avais revu à Liège au cours d’une cérémonie un peu protocolaire au Palais provincial l’an dernier, nous avions rattrapé le temps perdu à nous raconter tout ce que nous étions devenus, et nos familles, et nos vies. Il m’avait fait promettre de venir déjeuner avec lui à Paris au Palais Royal (où siège le Conseil Constitutionnel). Je l’avais furtivement aperçu l’été dernier. J’ai manqué ce dernier rendez-vous.
Une image résume Jacques Barrot, ce reportage du 1er tour de la présidentielle de 2002
(On aura reconnu le grand type à côté de Jacques Barrot… dommage qu’il n’ait pas suivi la voie de son maître)
La Belgique, quant à elle, a perdu coup sur coup deux personnalités pour jamais associées à la vie musicale et à un concours de réputation mondiale : « le » Reine Elisabeth. Son président, Jean-Pierre de Launoit, et aujourd’hui la reine Fabiola qui en a été si longtemps la bienveillante gardienne. Souvenirs, souvenirs…
Et puis, ce 6 décembre, comme chaque année depuis 42 ans, je constate que le temps qui passe n’efface rien, qu’il ravive au contraire la présence de ceux qui ne sont plus…