Faut-il être sexy pour avoir du talent ?

J’avais choqué bien des beaux esprits en titrant Faut-il être sexy pour être un grand chef ? à propos d’un coffret consacré à Karl Böhm (Bestofclassic). L’humour n’est pas toujours la chose la mieux partagée…

Je récidive – en espérant plus convaincre que choquer ! – après la lecture d’un article au titre autrement plus aguicheur Les pin-up du classique de Fabrice Pliskin dans le dernier numéro de L’Obs.

En cause nombre de récentes pochettes de disques, petit échantillon…

71FKSa7nu7L._SL1200_51+Dp95A0CL71cx9U4mcAL._SL1200_71ONsQMP3SL._SL1500_

Mais le phénomène n’est pas exclusivement féminin.

51ow38HLcDL81tlveismNL._SL1200_

Sur ses disques, rien ne transparaît des tenues de scène de la pianiste chinoise Yuja WangEn concert, c’est autre chose…

Sa consoeur géorgienne Khatia Buniatishvili n’est pas en reste quand il s’agit de mettre en valeur une plastique hollywoodienne

La jeune femme dit au journaliste de L’Obs assumer son côté « femme glamoureuse » et dénonce une « forme de sexisme qu’il y a à parler de la robe de la musicienne plutôt que de son jeu ». Est-ce parce qu’elle a fini par être lassée de ces sous-entendus macho sur son physique que la pochette de son nouveau disque donne dans une sobriété presque déprimante ?

81uk-kaS-DL._SL1500_

Isabelle Lafitte – qui forme avec sa soeur jumelle Florence un formidable duo pianistique  (comme les soeurs Labèque ou les soeurs Önder, elles n’ont rien à envier à leurs plus jeunes collègues en matière de canons esthétiques !) commente dans L’Obs : « C’est Wang qui en 2006 a cassé les codes traditionnels de la musique classique. Sur scène, dans les concours internationaux, elle jouait avec des longues robes fendues sur le côté, des décolletés vertigineux, mais on ne peut pas le lui reprocher : c’est une superbe musicienne ». La pianiste française Vanessa Wagner dénonce cette érotisation, choisie ou subie : « Quand on le déplore, on passe pour réac ou ringard » et y voit de « vieilles recettes ».

Cette mode en réalité ne date pas d’hier. Je me rappelle l’un des premiers disques du pianiste  américain Tzimon Barto qui donnait à admirer son physique de bodybuilder, allongé sur un Steinway de concert, ou, plus ridicule si c’est possible, un harpiste suisse posant nu de profil sur un quai de New York…

Va-t-on reprocher au clarinette solo de l’Orchestre philharmonique de Berlin, Andreas Ottensamer d’être aussi agréable à entendre qu’à regarder ?

Il arrive parfois que la beauté et le talent soient héréditaires…

clarinotts-home(De gauche à droite, Daniel Ottensamer qui a rejoint son père Ernst, à droite sur la photo, au pupitre de clarinette  de l’Orchestre philharmonique de Vienne, et Andreas qui est à Berlin !)

Bref on l’aura compris, un physique avantageux ne nuit pas au talent, dès lors qu’il n’est pas utilisé comme un argument de promotion. Les fausses idoles ne font pas longtemps illusion. Et puis il y a eu, et il y aura toujours ce quelque chose d’indéfinissable qui s’appelle le charisme, la présence, qui font qu’un artiste captive immédiatement son auditoire. Je me rappelle encore un concert d’été en plein air, devant la Maison des arts de Thonon-les-Bains – c’est ainsi qu’elle s’appelait alors – j’avais invité l’Orchestre de la Suisse romande et un jeune flûtiste qui n’avait pas encore la célébrité qui est la sienne aujourd’hui à jouer un concerto de Mozart. Les conditions acoustiques étaient loin d’être idéales, le concert était gratuit. Et j’ai vu des dizaines, des centaines de spectateurs très jeunes, affluer vers l’esplanade, s’asseoir à même le sol, tout près du soliste, captivés par une musique et un musicien dont ils ignoraient tout, et l’applaudir à la fin comme une rock star. 

Autre preuve que le talent et la beauté peuvent se rejoindre, le cas de Dinu Lipattiné il y a cent ans, le 19 mars 1917, et mort précocément en 1950.

Je ne connais pas de version plus miraculeuse du 21ème concerto de Mozart que cette captation réalisée à Lucerne le 23 août 1950 quelques semaines avant sa mort…

71v2r6LvbAL._SL1500_71pk0iJ8G-L._SL1200_

 

 

 

 

Quand la musique est bonne

Quand la musique est bonne
Quand la musique donne
Quand la musique sonne, sonne, sonne
Quand elle ne triche pas
Quand elle guide mes pas

Une chanson qui n’a pas vieilli, son message non plus…

Quand la musique est bonne, elle transcende non seulement ses interprètes, mais aussi ses auditeurs. C’est la réflexion que je me faisais une fois de plus hier soir, à l’Auditorium de la Maison de la radio.

IMG_8128Tout – le programme, la soliste, l’orchestre, le chef – était une promesse. Et les grincheux, ceux qui vous expliquent ce qui plaît au « grand public », les « experts » de la chose culturelle qui ne mettent jamais les pieds dans un théâtre ou une salle de concert, en ont été pour leurs frais. Oui, on peut remplir l’Auditorium de Radio France avec un programme « exigeant », de la musique française (sans Ravel, Debussy ou Berlioz) et même une création ! : Concert du 16 mars 2017, Un bateau ivre de Karol Beffa, Schelomo de Bloch – une oeuvre centenaire – , la 2ème symphonie « Le Double » de Dutilleux et la 2ème suite de Bacchus et Ariane de Roussel.

Altinoglu Alain(Alain Altinoglu)

Ceux qui me suivent (lire Les Français enfinAu diapason) savent que ce n’est pas une marotte, une obsession de ma part, aussi nobles soient-elles, mais que c’est un enjeu stratégique. Ne rouvrons pas le débat, mais constatons, une fois de plus, que quand on s’adresse à l’intelligence du public, il répond présent !

Un concert à réécouter de bout en bout : Anne Gastinel, Alain Altinoglu et l’Orchestre national de France.

Bonheur pour moi de retrouver des artistes que j’aime et connais depuis longtemps, le chef Alain Altinoglu, la violoncelliste Anne Gastinel

IMG_8132

Souvenir du tout premier disque réalisé à Liège, en juin 2001…

51jJS-4XlEL

Quand la musique est bonne… c’est encore ce que je me suis dit en écoutant ces deux disques tout récents.

Un programme audacieux pour le tout jeune Ismael Margainla dernière sonate et les Klavierstücke de Schubert, captés live à Deauville.

7126OIq3PJL._SL1044_

Vanessa Wagner signe un disque miroir hors des sentiers battus : le Mozart de la complexité (Sonate K 570 et Fantaisie en ré min K 397), et un compositeur, Muzio Clementi, injustement négligé, qu’un Vladimir Horowitz admirait.

61Imix0sUIL._SL1000_

Et alors ?

Et alors ? La réplique restera dans les annales !

Le petit côté rebelle, le « je fais ce que je veux » de l’adolescent pris en défaut, prêteraient à sourire si les circonstances n’étaient aussi sérieuses. Laissons le candidat Fillon à ses démêlés…Comme l’écrivait Françoise Giroud, dans un article d’une cruauté acérée (lire : L’Express 24 avril 1974à propos d’un autre candidat à la présidentielle, qui se réclamait lui aussi du général de Gaulle : « On ne tire pas sur une ambulance » !

Et alors ? C’est une formule que j’emploie souvent, non comme une bravade, mais pour ne jamais considérer une opinion, un avis, comme définitifs, surtout dans le domaine de la musique, de la culture en général. Il suffit qu’une plume « autorisée » ait émis un jour un jugement péremptoire sur tel interprète, tel enregistrement, pour que la simple contestation de cette position passe pour outrecuidante.

Et alors ? je n’ai jamais aimé qu’on m’impose du prêt-à-penser, ce n’est pas maintenant que je vais me mettre à la « conformité ».

Par exemple, une discussion sur Facebook il y a quelque temps sur le pianiste suisse Karl Engel m’a convaincu de racheter ses enregistrements des sonates et des concertos de Mozart, dont je m’étais séparé, lors d’un déménagement, les considérant comme non indispensables – ils n’étaient jamais cités comme des « références » -.

719GecmSDCL._SL1483_71FmpZga6eL._SL1500_

Au cours de cette « discussion », je vois réapparaître le cliché sur le bon pianiste desservi par un accompagnement au choix terne, poussif, banal… Remarquez j’avais lu ou entendu la même chose – un avis expédié en deux lignes – sur la première intégrale des concertos de Mozart réalisée par Geza Anda avec la formation salzbourgeoise soeur, qu’on appelait alors Camerata academica. 

81ll7Wj6szL._SL1200_

C’était le temps où la critique ne jurait que par Murray Perahia, paré de toutes les vertus de l’interprète mozartien par excellence. Moi je n’ai jamais osé dire que ce Mozart gracieux et perlé m’indiffère, et que je lui préfère de cent coudées le piano charnu, charnel, humain de Geza Anda ou Karl Engel…

Autre « vérité »établie : Otto Klemperer est un chef lent, désespérément lent. On évoque donc à son sujet une vision marmoréenne, granitique, hiératique – on a le choix -. Et puis on s’avise de réécouter sa Missa solemniset on entend l’une des interprétations les plus incandescentes de l’histoire du disque !

81MRrLYkwoL._SL1200_

Pour en revenir à Mozart, pourrait-on imaginer que cette version toute de fougue et de fièvre de la 25ème symphonie est due au vieux Klemperer, en 1956, bien des années avant la révolution harnoncourtienne ?

51YRqO954iL

Autre certitude : Karajan, à la fin de sa vie, n’était qu’hédonisme sonore, legato moelleux, au détriment du respect de la partition. Et alors ? que dire de cette gravure de 1982 de la 94ème symphonie de Haydn ? en particulier le deuxième mouvement (à 9’30), un andante presque allegro. 

Frans Brüggen, en comparaison, semble avoir des pieds de plomb !

Et alors donc ? Ne jamais rien tenir pour acquis, et écouter d’une oreille neuve et fraîche même ce qu’on croit connaître par coeur. C’est la différence entre musique et politique : il y a souvent de bonnes surprises !

Performance

Gainsbourg, Brassens, BrelBarbara c’est la nostalgie d’un âge d’or de la chanson française, exploitée avec plus ou moins de bonheur par les interprètes d’aujourd’hui (au risque même de la trahison dans le cas de Patrick Bruel).

Quand Lambert Wilson a conçu l’idée d’un hommage à Yves Montand, certains ont dû penser qu’il s’y mettait à son tour. L’ambition était tout autre, comme l’exprime ce texte :

« Pourquoi Yves Montand? Pourquoi aujourd’hui? Vingt-cinq ans après sa disparition, que nous reste-t-il de lui?

Une silhouette longiligne et souple, vêtue de noir, les échos d’une voix reconnaissable entre mille, un vibrato particulier, un répertoire considérable, des rencontres avec les plus grands poètes et compositeurs de son temps, une longue carrière d’acteur de cinéma, un engagement politique, des femmes, Simone Signoret, Edith Piaf, Marilyn Monroe, une popularité immense.

J’ai demandé à Christian Schiaretti, le directeur du TNP de Villeurbanne de concevoir et de mettre en scène un spectacle en chansons autour de cette icône du XXème siècle. À partir des personnages qui l’auront accompagné, des rencontres qu’il aura faites pendant toute sa vie, nous tenterons d’esquisser, entre textes, poésies et musique, le portrait d’un homme qui, issu du monde ouvrier, et par la seule force de son ambition et de son talent, a su laisser derrière lui une réelle oeuvre : ce répertoire, précisément, dont il a été à l’origine.

Une trentaine de chansons arrangées par Bruno Fontaine, six musiciens sur scène, et un acteur qui chante évoquant, sans jamais vouloir l’imiter, un chanteur devenu acteur ». (Lambert Wilson, mars 2016)

J’étais dimanche soir à la première des trois soirées parisiennes de la tournée Wilson chante MontandDans la salle mythique du Trianon au pied de la butte Montmartre.

img_8026img_8028img_8029img_8030

Salle comble pour deux heures sans pause d’une performance époustouflante. Performance scénique d’un chanteur/acteur capable de tout, jouer, chanter, danser, dire (les beaux textes de Semprun sur Montand) à un rythme qui ne lui laisse aucun répit.

img_8031

Performance artistique, à aucun moment Wilson ne singe, n’imite Montand, il l’interprète, l’incarne, le fait vivre. La performance est aussi celle certes du metteur en scène Christian Schiaretti mais plus encore de l’homme-musique qu’est Bruno Fontaine (qui récidive après ses hommages à Barbara – Des histoires d’amour – et Bécaud – Nathalie et ses guides)

Chapeau bas les artistes ! Un spectacle à voir encore ce soir à Paris, puis en tournée.

img_8037img_8041

L’aristocrate et le moujik

Presque simultanément Deutsche Grammophon nous livre deux beaux coffrets sur l’art de deux des plus grands violoncellistes du XXème siècle, qui ont fait les riches heures de la marque jaune (et accessoirement de Philips et Decca) : Mstislav Rostropovitchet Pierre Fournier.

81zx9an3eol-_sl1500_51lgnwizmpl

Deux immenses personnalités, deux styles pour le moins opposés (pour user de clichés un peu faciles, l’élégance aristocratique du Français, l’intensité contagieuse du Russe). On peut aimer l’un et l’autre, et s’amuser au jeu des comparaisons lorsque le même chef (Karajan) les accompagne dans la même oeuvre (Don Quichotte de Richard Strauss).

Le coffret Rostropovitch ne contient rien qui n’ait été déjà réédité, mais regroupe tout ce qui est paru sous les labels DGG, Decca et Philips (et par Melodia pour ce qui est des séances de trios avec Kogan et Gilels), et inclut – à la différence du coffret EMI/Warner – les prestations du violoncelliste comme chef d’orchestre (et d’opéra) et pianiste accompagnateur de son épouse Galina Vichnievskaia. Plusieurs doublons, voire triplons (le Quintette à deux violoncelles de Schubert avec les Taneiev, les Melos et les Emerson) Détails ici : Rostropovitch l’intégrale Deutsche Grammophon.

Dans le cas de Pierre Fournier, on attendait depuis longtemps pareil hommage (après le coffret Warner). La longue carrière du violoncelliste français y est richement documentée, depuis les premières gravures avec Clemens Krauss et Karl Münchinger en 1953, jusqu’à une ultime séance en 1984 deux ans avant sa mort avec son fils Jean Fonda. Deux versions du Don Quichotte de Richard Strauss. Deux intégrales magnifiques des sonates piano-violoncelle de Beethoven avec Friedrich Gulda et Wilhelm Kempff, et de celles de Brahms  avec Rudolf Firkusny et Wilhelm BackhausEt ce qui reste pour moi une référence des Suites pour violoncelle de BachDétails à lire ici : Pierre Fournier, l’aristocrate du violoncelle

De Pierre Fournier, Rostropovitch*, jamais avare d’un superlatif, avait dit qu’il était son « dieu », son « maître ».

*Sur l’orthographe et la prononciation de Rostropovitch, lire Comment prononcer les noms de musiciens

Etincelles suédoises

Je me pensais pas trop ignorant de la musique suédoise (Le Mozart suédois). À défaut de connaître leurs oeuvres en détail, les noms que je cite dans ce dernier article, et d’autres plus contemporains, me sont familiers.

Sauf un dont je n’avais pas entendu une seule note  jusqu’à ce que je mesure ma bévue, aucune excuse valable, pas d’alibi autre qu’un préjugé stupide : oui je pensais qu’avec un prénom et un nom pareils Kurt Atterberg devait être allemand ou autrichien. Voici que, depuis une semaine, comme les garnements qui ont quelques larcins à se faire pardonner, j’ai mis les bouchées doubles pour combler mes lacunes, et rattraper des décennies d’ignorance.

Parce que la musique de ce contemporain suédois de Sibelius le Finlandais est tout simplement magnifique, admirable, même si elle n’épouse aucune des audaces du siècle (le vingtième). Romantique elle demeure, et pourtant elle existe d’elle-même sans recourir à l’imitation ou au plagiat. Nordique elle se proclame à l’évidence, les vastes étendues sont exaltées, sans que jamais les longueurs n’ennuient.

De Stockholm j’ai commandé et reçu au début de la semaine dernière la seule intégrale complète au disque des neuf symphonies menée par l’excellent chef finnois Ari Rasilainen

81hs7fgmuol-_sl1397_71fbcatmpql-_sl1434_

Chez Chandos, le vétéran Neeme Järvi semble en passe d’avoir bouclé le cycle des oeuvres orchestrales d’Atterberg.

81i-9jgdggl-_sl1200_

Des amis violoncellistes m’ont signalé le beau concerto écrit pour leur instrument, ici dans une interprétation historique dirigée par le frère du grand chef allemand Eugen Jochum

Quant au concerto pour piano, il a un furieux air de cousinage avec celui de Grieg dès les premières mesures :

Atterberg n’est pas un révolutionnaire, mais il fait la preuve qu’à rebours des modes et des chapelles, un créateur peut construire une oeuvre impressionnante, personnelle, extrêmement attachante.

En guise de conclusion, la plus fraîche, la plus « petite » des symphonies de Kurt Atterberg

ici dans la version récente de Neeme Järvi avec l’orchestre de la ville natale du compositeur.

81fwdmkd8al-_sl1426_

Viennoiseries

Pour ceux qui, comme moi, ont manqué la diffusion en direct le 1er janvier, on trouve sur Youtube l’intégralité du concert de Nouvel an dirigé par Gustavo Dudamel

Une bonne manière de refermer la discussion sur les mérites comparés des chefs invités à cette célébration annuelle, comme le défunt Georges Prêtre.

J’assistais hier soir à un autre concert très viennois… à Montpellier. L’Orchestre national de Montpellier donnait, sous la direction de son chef Michael Schønwandt, un copieux programme composé de Schelomo d’Ernest Bloch (sous l’archet éloquent de Cyrille Tricoire) et la Cinquième symphonie de MahlerJe n’avais pas été aussi passionné de bout en bout par une interprétation depuis la version qu’en avait donnée Andris Nelsons à la Philharmonie de Paris en novembre 2015. Michael Schønwandt privilégie la modernité de l’écriture de Mahler, ne surjoue pas, comme Bernstein, les langueurs viennoises, et démontre surtout la formidable qualité d’ensemble de la phalange qu’il dirige depuis septembre 2015 et à laquelle il a redonné confiance et ambition. Mention spéciale pour le nouveau cor solo Sylvain Carboni, 28 ans, impérial dans le périlleux 3ème mouvement.

c1hmhwgxcaakorp-jpg-largeEt pour finir en beauté cette séquence viennoise, ce coffret commandé pendant mon séjour suédois et trouvé dans ma boîte aux lettres, qui a toutes les chances de passer inaperçu dans le flot des nouveautés. Une intégrale de plus des concertos de Beethoven, un petit label allemand, un pianiste/chef peu connu en France, mais authentique Viennois, Stefan VladarUn artiste qui avait fait le bonheur de plusieurs soirées liégeoises – Festival Mozart de janvier 2006, Festival Brahms en mai 2008, les deux fois sous la baguette de Louis LangréeEn tout cas, ce coffret a conquis l’un des critiques les plus exigeants du magazine Gramophone (« an exceptional set »). La très bonne affaire de ce début d’année !

51glrfadxl71opumrkrxl-_sl1200_

 

Les soeurs aimées

Autant l’ouvrage consacré à Felicity Lott (voir Il nous faut de l’amourm’avait laissé sur ma faim, autant celui que signe Renaud Machart relève le défi d’une biographie-interview documentée, qui évite l’anecdote futile.

41pyohvwul

Le célèbre duo des soeurs pianistes Katia et Marielle Labèque fait pour la première fois l’objet d’une biographie… Il y a en effet beaucoup à dire sur ce singulier parcours double : les Labèque se produisent avec les plus grands orchestres internationaux, jouent des pianos anciens avec leurs amis baroqueux, Katia a un « band », fait des duos avec le chanteur Sting ou son compagnon David Chalmin (du groupe Red Velvet), Marielle s’en tient au duo avec sa grande soeur et à sa vie de couple avec son mari, le chef d’orchestre Semyon Bychkov.
Elles pourraient se contenter d’accumuler les cachets en jouant le Concerto de Poulenc et celui de Mozart, mais elles ne cessent, depuis leurs débuts, de commander des oeuvres. Leur coeur balance entre concertos avant-gardistes et oeuvres grand public. Mais l’essentiel est cette quête, cette envie farouche de nouveauté, ce constant renouvellement.
Illustré par des photographies rares, l’ouvrage de Renaud Machart nous fait entrer dans l’intimité de ce duo détonant (Présentation de l’éditeur)

Renaud Machart a l’honnêteté de reconnaître, dans sa préface, que sa relation avec les deux soeurs avait très mal commencé. Agacé par les extravagances du duo, il avait signé un papier méchant dans Le Mondejusqu’à ce que, quelques années plus tard, il se ravise et leur découvre bien des talents cachés.

Bref, ce nouveau bouquin est passionnant, d’abord par la liberté de ton revendiquée par Katia et Marielle, la curiosité, l’appétit de découverte qui les caractérise depuis… si longtemps.

J’en ai encore eu deux magnifiques preuves ces dernières années. Lorsque j’avais interrogé le grand Philippe Boesmans dans la perspective du cinquantenaire de l’Orchestre philharmonique de Liège – la dernière commande faite par l’orchestre au compositeur belge remontait à…1980 ! – il m’avait spontanément dit vouloir écrire pour les soeurs Labèque. Et ce fut un petit bijou concertant qui fut créé le 5 mars 2011 !

Nous nous étions alors promis, Katia, Marielle et moi, de refaire très vite d’autres projets. Le 14 juillet 2015, les 30 ans du Festival de Radio France nous en offrirent l’occasion…

Erreur
Cette vidéo n’existe pas

Deutsche Grammophon publie un joli coffret constitué d’enregistrements récents, où les soeurs Labèque paraissent comme assagies, moins tentées par la pure virtuosité, d’autant plus émouvantes en particulier dans une Fantaisie de Schubert toute de retenue.

81Xb7MLzgVL._SL1400_.jpg

Clavier pas tempéré

Je connaissais le nom bien sûr, j’avais dû l’écouter distraitement une ou deux fois mais cette pianiste ne faisait pas partie de mon univers discophilique. Pas d’explication à cette ignorance.

Il a fallu qu’à nouveau Jean-Charles Hoffelé signale une très belle parution pour que je m’intéresse à Yvonne Lefébure et que je sois captivé d’emblée par un art et une personnalité qui ne donnent pas dans la tiédeur. Un clavier tout sauf tempéré !

cl-1007209889

Il faut d’abord saluer le magnifique travail éditorial du label Solstice/FY fondé en 1972 par François et Yvette Carbou. Certes c’est l’éditeur historique de la pianiste française, mais le coffret, le livret, et surtout le contenu de ces 24 CD sont impressionnants. Nombre d’inédits puisés dans les archives de l’INAEt le tout pour un prix très modeste.

La musique française se taille la part du lion, et on a du bonheur à écouter ce son franc et direct, d’une puissance qui n’est jamais brutale (passionnante comparaison entre trois versions du Concerto en sol de Ravel, dirigées par Auberson, Ansermet et Paray). En concert, Yvonne Lefébure n’est jamais à l’abri de quelques dérapages, mais qu’importe quand l’esprit souffle à ce point.

Ses Bach, ses Mozart ne sont jamais corsetés, tandis que les romantiques, Brahms, Chopin, Schumann, Schubert (comme une jolie suite de valses et de danses allemandes arrangée par la pianiste) évitent les minauderies. Quant à ses Beethoven – les derniers opus – ils appartiennent depuis longtemps à la légende.

Contenu du coffret (les inédits sont indiqués en italiques)

CD 1 MOZART Concerto 20 (Casals), 21 (Oubradous), Sonate 457

CD 2 SCHUMANN Concerto (Dervaux), Papillons, Fantaisie

CD 3 BACH Prélude et fugue 543, Fantaisie et fugue 542, 2 chorals / MOZART Concerto 20 (Furtwängler)

CD 4 BEETHOVEN Sonates op.109 & 110, Variations Diabelli

CD 5 RAVEL Concerto sol (Auberson), Le tombeau de Couperin, DEBUSSY La boîte à joujoux

CD 6 BACH Fantaisie et fugue 542, Concerto 1052 (Oubradous), Prélude et fugue 848, Partita 830

CD 7 MOZART Concerto 466 (Dervaux), Sonate violon 379 (J.Gautier), Fantaisies 396 & 475, Variations 265 / HAYDN Variations fa m

CD 8 BEETHOVEN Sonates op.2 & 111, Concerto 4 (Skrowaczewski), Bagatelles op.119 extr.

CD 9 BEETHOVEN Sonate op.106, Variations Diabelli

CD 10 BEETHOVEN Sonates op.109,110,111, Bagatelles op.126, Lettre à Elise

CD 11 DEBUSSY Préludes (II) / RAVEL Valses nobles et sentimentales / FAURE Nocturnes 6,13, Barcarolle 6 / SCHUBERT 15 valses

CD 12 DEBUSSY Préludes (I), Etudes / RAMEAU Gavotte et six doubles / COUPERIN Les barricades mystérieuses / DUKAS Variations, Interlude et Finale

CD 13 RAVEL Concerto sol (Ansermet), Valses nobles et sentimentales, Le tombeau de Couperin, Jeux d’eau / FAURE Thème et variations op.73, Nocturne 13

CD 14 SCHUBERT Sonate D 958, 15 Valses / SCHUMANN Concerto (Sebastian) / WEBER Konzertstück

CD 15 BRAHMS Intermezzi / LISZT Ballade, chant des fileuses, la gondole funèbre / CHOPIN Barcarolle, Scherzo 2, Ballade 3, 5 Mazurkas

CD 16 BEETHOVEN Sonates violon op.12/3, op.23, op.96 (Vegh, violon)

CD 17 RAVEL Concerto sol (Paray) / SCHUMANN Concerto (Paray), Scènes d’enfants

CD 18 FAURE Thème et variations op.73, Nocturnes 1,6,7,12,13, Impromptus 2,5 / DUKAS Variations, interlude et finale, Prélude élégiaque

CD 19 EMMANUEL Sonatines op.19,20 &23 / DEBUSSY Images, Masques, L’Isle joyeuse

CD 20 RAVEL Le tombeau de Couperin, Valses nobles et sentimentales, Jeux d’eau, Ma Mère l’Oye (+G.de Sabran)

CD 21 SCHUBERT Sonate D 960 / SCHUMANN Davidsbündlertänze, Variations op.13 posthumes

CD 22 BARTOK 6 Danses / BARRAUD Concerto (Rosenthal) / MARTELLI 5 Danses / EMMANUEL Sonatines op.11 & 20 / ROUSSEL 3 pièces op.49

CD 23 BACH Prélude et fugue 543, Fantaisie chromatique, Toccata 912, Partita 825, 3 chorals, Clavier bien tempéré extr.

CD 24 Entretiens avec Bernard Deutsch (1981), Laurent Asselineau (1978), Radioscopie avec Jacques Chancel (1976)

PS Qui pourrait oublier ce qui s’est passé il y a tout juste un an ? Ces lignes nous le rappellent : Le chagrin et la raison

12249829_10153268492087602_4381973205204254142_n

 

 

 

Zoltan le bienheureux

Son coeur a lâché ce dimanche. Zoltan Kocsis en était malade depuis plusieurs années.

J’aimais beaucoup ce grand musicien, que j’ai vu trop rarement sur scène, mais il occupe depuis longtemps une place essentielle dans ma discothèque, et comme pianiste et comme chef d’orchestre. J’ai trouvé un grand nombre de ses disques à Budapest, l’essentiel de sa production pour le label hongrois Hungaroton ayant été peu ou mal distribué en Europe occidentale. Heureusement Philips en avait fait un de ses artistes « maison », ce qui nous vaut des intégrales de haut vol. Qui restituent l’acuité, la vigueur, la subtilité, l’élan d’un jeu de piano débarrassé de toute fioriture inutile. Tom Deacon l’avait justement retenu dans sa collection des Grands Pianistes du XXème siècle.

41vvx1q0e0l

Dans l’ordre de mes préférences, d’abord l’une des plus alertes visions de Rachmaninov, des concertos et une Rhapsodie à la pointe sèche.

51roxtjlydl

Une formidable intégrale Bartókun Debussy lumineux.

51y2wlv9iql713zx92p1yl-_sl1500_

Les mêmes qualités se retrouvent dans Chopin, Haydn, Mozart, Brahms, tous ses disques méritent plus que l’intérêt.

5136kpmrbwl51ulh3kupll71ufjxl-7al-_sl1272_

51niur1zg-l

Mais le chef d’orchestre Kocsis est tout aussi passionnant que le pianiste, et il applique au traitement du grand orchestre la même palette de couleurs et de transparences qu’au clavier.

81v2eqzmkll-_sl1500_71zxqcalfql-_sl1050_51kwyhuwmxl

Peut-on espérer que Decca – qui a repris l’exploitation du catalogue Philips – rende au musicien disparu l’hommage qui lui est dû ? Peut-on espérer que les labels hongrois qui ont de splendides références à la fois du jeune pianiste et du chef dans sa maturité nous restituent cet impressionnant catalogue en mémoire de l’un de leurs plus illustres musiciens ?71xb6ydj3l-_sl1500_