Stephen Kovacevich 1940-2026 : souvenirs et hommage

Un soir à Genève

C’est un souvenir que je ne suis pas près d’oublier : en décembre 1986, je fis en même temps la connaissance de Martha Argerich, de sa troisième fille Stéphanie (11 ans à l’époque) et du père de celle-ci, Stephen Kovacevich.

J’avais commencé en septembre à travailler à la Radio suisse romande à Genève, chargé, entre autres, de la production de certains concerts de l’Orchestre de la Suisse romande. En l’occurrence, la saison de concerts de l’OSR était le fruit d’une « coproduction » entre l’orchestre, la Radio et la Ville de Genève, chacun gérant les aspects pratiques de « ses » concerts. C’est ainsi que pour le concert du 19 décembre 1986, il me revint de m’occuper du chef – Okko Kamu* – et du soliste, Stephen Bishop-Kovacevich… qui faisait alors ses débuts avec l’Orchestre de la Suisse romande ! J’étais allé chercher le pianiste à l’aéroport la veille du concert et dans la voiture il me posa d’emblée une colle : où pourrait-il faire nettoyer et repasser son frac ? Je ne me rappelle plus la solution finalement trouvée. Lorsque je l’interrogeai sur sa carrière qui m’impressionnait beaucoup, il m’avoua que c’était la première fois qu’il jouait à Genève alors que, me dit-il, « je viens souvent ici voir ma fille et Martha ». Le soir du concert, il me proposa d’aller dîner « chez Martha » qui habitait un bel hôtel particulier à quelques centaines de mètres du Victoria Hall. C’est ainsi que je rencontrai pour la première fois la pianiste argentine, dans son univers, une sorte de phalanstère, du monde à tous les étages, un joyeux désordre, des pianos et des discussions animées. Lorsque Stephen me présenta à elle, elle me demanda aussitôt : « Vous jouez du piano » ? Je m’entends encore lui faire cette réponse : « À vous je ne dirai jamais que je sais jouer du piano »… La suite avec Martha je l’ai racontée dans plusieurs épisodes de ce blog.

Quant à Stephen Kovacevich, je l’ai entendu par la suite en concert, pas aussi souvent que je l’aurais souhaité, mais plus jamais eu l’occasion de partager un moment plus privé avec lui.

Il me reste, il nous reste un héritage discographique exceptionnel.

Le pianiste oublié

A l’occasion de son 75e anniversaire, Decca avait publié la totalité de ses enregistrements réalisés dans les années 60 et 70 pour Philips (voir le détail sur bestofclassicfr.wordpress.com)

« Il va fêter ses 75 ans le 17 octobre, un an avant celle qui est la mère de leur fille Stéphanie, Martha Argerich. Il s’est appelé Stephen Bishop, puis Bishop-Kovacevich, et enfin Kovacevich (Stephen_Kovacevich).

C’est un formidable, magnifique pianiste, qui n’a jamais eu la célébrité, ni même la notoriété de sa compagne. En quelque sorte, un pianiste pour connaisseurs.

Decca réédite heureusement ce que Stephen Kovacevich a enregistré pour Philips dans les années 60/70. Puisse ce coffret permettre au plus grand nombre de (re)découvrir un artiste vraiment exceptionnel. Ses Beethoven et ses Brahms sont tout simplement des références, éloquence, clarté, virtuosité, il les reprendra, piano seul et concertos, avec presque autant de réussite pour EMI dans les années 90 (cf. ci-dessous).

Depuis toujours, ses Variations Diabelli sont mon disque de chevet pour cette oeuvre.

Mais Mozart, Bartok, Chopin, toute une discographie qui, au fil des ans, était devenue quasiment introuvable, nous sont enfin restitués.

CD1
Beethoven: Diabelli Variations op.120

CD2
Beethoven: Piano Concerto No.1 & Piano Sonata, op.10/1
BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis

CD3
Beethoven: Piano Concertos Nos. 2 & 4
BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis<
br> CD4
Beethoven: Piano Concerto No.3 & Piano Sonata, op.13 “Pathétique” BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis

CD5
Beethoven: Piano Concerto No. 5 BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis

CD6
Beethoven: Piano Sonatas opp.101 & 109

CD7
Beethoven: Piano Sonatas opp.110 & 111

CD8
Beethoven: Piano Sonatas op.31/2 & 3

CD9
Beethoven: Bagatelles op.33, 119, 126

CD10
Chopin: Polonaise No.7, Impromptu No.3, Mazurka No.39, etc.

CD11
Dvořák: Piano Quintet op.81 & String Quintet op.97

Mozart: Kegelstadt Trio*
Members of the Berlin Philharmonic Octet
* With Jack Brymer and Patrick Ireland

CD12
Brahms: Piano Concerto No.1 London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis

CD13
Brahms: Piano Concerto No. 2 London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis

CD14
Brahms: Scherzo in E Flat Minor op.4, 4 Ballades op. 10, 8 Klavierstücke op.76

CD15
Brahms: Klavierstücke Op. 116, 117 & 119

CD16
Brahms: Variations and Fugue on a Theme by Handel op.24, Klavierstücke op. 117 & 119 [Analogue]

CD17
Brahms: 16 Waltzes, Op.39, 2 Rhapsodies, Op.79, Klavierstücke op.118

CD18
Mozart: Piano Concertos Nos. 21 & 25
London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis

CD19
Mozart: Piano Concertos Nos. 20 & 23
London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis

CD20
Grieg & Schumann: Piano Concertos
BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis

CD21
Bartók: Mikrokosmos Nook 6* / Out of Doors / Sonatina [*first international CD release]

CD22
Stravinsky: Concerto for piano and wind
Bartók: Piano Concerto No. 2
BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis

CD23
Bennett: Piano Concerto No. 1 & Jazz Calendar
London Symphony Orchestra, Sir Alexander Gibson

CD24
Bartók: Piano Concertos Nos.1 & 3
London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis

CD25
*Bartók: Sonata for 2 Pianos and Percussion
Andante and Five Variations for Piano duet in G, K.501
Debussy: En blanc et noir
With Martha Argerich,
*With Martha Argerich, Willy Goudswaard and Michael De Roo » (13 septembre 2015)

Le duo

Tout comme le duo que Martha Argerich forma longtemps avec Nelson Freire au concert et au disque, il faut chérir les plus rares occasions où Martha Argerich et Stephen Kovacevich se retrouvaient pour des moments d’une poésie infinie.

Ici il y a dix ans à la Philharmonie de Paris

Plus tard pour EMI, il enregistra le corpus des sonates et des bagatelles de Beethoven, les concertos de Brahms à nouveau avec Wolfgang Sawallisch, et les Valses de Chopin qui lui donnèrent, paraît-il, beaucoup de mal, parce que le compositeur lui « résistait » !

Je m’en veux encore aujourd’hui d’avoir manqué le tout dernier concert que Stephen Kovacevich donna en France – c’était à quelques kilomètres de chez moi, dans les écuries de Chantilly, en avril 2026 – Ces images si tendres de ce duo avec Martha Argerich ne cessent de me bouleverser. Hommage !

Les fraîcheurs du chef (I) : Colin Davis

Pour cet été 2026, je me lance dans une série qui n’a d’autre prétention que d’explorer quelques secrets de la discographie et/ou de la carrière de grands chefs d’orchestre que j’admire. Et comme la canicule menace, mon choix se portera sur des musiques plutôt rafraîchissantes!

J’ai une profonde admiration pour Colin Davis (1927-2013) que j’ai eu la chance d’applaudir plusieurs fois en concert, la dernière fois à Londres en 2012 un an avant sa mort, ou en 2009 à l’Opéra Comique dirigeant l’Orchestre national de France dans un programme tout Berlioz.

Celui-ci s’ouvrait par la première et la moins connue des « ouvertures » de Berlioz : Waverley s’inspire d’un roman de Walter Scott et évoque.. l’Ecosse et ses climats d’ordinaire plus frais que notre continent. Quoique…

La collection Eloquence réédite tous les enregistrements réalisés par le chef anglais à Boston, où on lui avait le poste de directeur musical, qu’il avait refusé au profit d’une nomination comme « principal guest conductor » beaucoup moins contraignante.

Les mélomanes connaissent depuis longtemps le cycle Sibelius qu’il y a enregistré. Il y a vingt ans, j’avais eu le bonheur de parcourir la Carélie, cette longue frontière naturelle de la Finlande avec la Russie, et de visiter la demeure de Sibelius, Ainola.

On sait que Sibelius a puisé l’essentiel de son inspiration dans les paysages qui l’entouraient. J’ai toujours eu une affection particulière pour sa dernière oeuvre symphonique, tout juste centenaire, puisque Tapiola a été écrit et créé en 1926. Colin Davis en donne avec Boston une version de pure splendeur.

Et toujours mes brèves de blog pour le tout venant de mes humeurs

Vu de dos

Dimanche dernier, j’ai visité le nouveau centre culturel de Deauville, installé dans un ancien couvent, Les Franciscaines, inauguré en 2021. Jusqu’au 31 mai, on peut y voir une exposition remarquable dont le titre est explicite : Vu(e)s de dos : une figure sans portrait

Gustave Moreau, Promenade dans un parc (1885)

Félix Vallotton, Intérieur, Femme en bleu fouillant dans une armoire (1909)

Eugène Boudin, Scène de plage (1872)

Eugenio Lucas Velazquez, La diligence sous l’orage (1856)

Charles Angrand, Couple dans la rue (1887)

Henri de Toulouse-Lautrec, Le jockey (lithographie)

Marc Desgrandchamps, Sans titre (2016)

Vladimir Veličković, Exit Figure IX (1980)

Et puis au début de l’exposition, une toile qui m’a aussitôt interpellé :

Felix Philippoteaux, Les gentilshommes du duc d’Orléans (1839)

Mozart Edition

Pour l’année du bicentenaire de sa mort, en 1991, Philips avait publié une « complete edition« , actualisée en 2006. Sur les couvertures et sur toute la pub faite autour de cette édition, des personnages vus de dos…qui ressemblaient fort à ces gentilshommes…puisque c’est cette toile de Philippoteaux qui a manifestement inspiré les publicitaires.

Et toujours dans mes brèves de blog humeurs et bonheurs du temps…

Pavés de printemps

Quand on pense que c’est fini, il y en a encore. Il y a une vague de printemps pour les rééditions en coffrets, on ne s’en plaint pas, même s’il faut régulièrement faire de la place dans sa discothèque… et faire la chasse à quelques doublons.

Haitink le Londonien

Il y a trois ans, Decca publiait un somptueux coffret au titre explicite : Bernard Haitink l’intégrale Concertgebouw (voir les détails sur le site bestofclassic), 113 CD et DVD

Dans notre mémoire collective de mélomanes chef et orchestre amstelldamois sont liés à jamais. Bernard Haitink a été le chef de l’orchestre du Concertgebouw de 1961 à 1988. Mais cette position éminente a un peu occulté les autres fonctions du chef, comme celle de Principal Guest conductot de l’Orchestre philharmonique de Londres de 1967 à 1979.

Ce sont les enregistrements réalisés à Londres durant cette période que Decca ressort aujourd’hui :

CD 1-6 Beethoven / Symphonies, ouv.Egmont, Coriolan, Les créatures de Prométhée, Leonore III, Triple concerto (Beaux-Arts Trio-

CD 7-9 Beethoven / Concertos piano (Alfred Brendel), Fantaisie chorale

CD 10 Dvorak / Concerto violoncelle, Le silence des bois, Rondo (Maurice Gendron)

CD 11 Holst / Les Planètes, Elgar / Variations Enigma

CD 12-15 Liszt / Poèmes symmphoniques (14)

CD 16 Liszt / Concertos piano + Totentanz (Alfred Brendel)

CD 17-18 Mendelssohn / Symphonies 1-5, Mer calme et heureux voyage, Les Hébrides, Méphisto valse 1

CD 19 Mozart / Ouvertures

CD 20 Rimski-Korsakov / Shéhérazade, Rachmaninov / Rhapsodie Paganini (Vladimir Ashenazy)

CD 21-26 / Chostakovitch Symphonies 1, 2, 3, 4, 7, 9, 10, 15, L’âge d’or

CD 27-28 Stravinsky / Le Sacre du printemps, L’Oiseau de feu, Petrouchka

CD 29-31 Verdi / Don Carlo (Margison, Scanduzzi, Hvorostovsky, Lloyd, D’Arcangelo, Gorchakova, Borodina

Un beau coffret certes, mais de nouveau vendu trop cher, même si on n’a jamais fini de redécouvrir l’art d’un grand chef, longtemps considéré comme un bon faiseur sans grandes inspirations.

Je ne connaissais pas toutes les symphonies de Beethoven de cette première intégrale. Clarté, éloquence, équilibre en sont les caractéristiques et, preuve que le chef hollandais ne s’est jamais cantonné à des certitudes initiales, la comparaison avec les « live » réalisés avec l’autre orchestre londonien dans les années 2000, le London Symphony, est passionnante. Entre les deux séries londoniennes, il y a l’intégrale avec le Concertgebouw la plus classique, la moins mobile aussi.

On retrouve évidemment avec bonheur l’intégrale des poèmes symphoniques de Liszt, même si on préférer tel autre chef plus dramatique et flamboyant (Karajan dans Mazeppa ou Tasso)

J’avais déjà en disque séparé les symphonies 3 et 4 de Mendelssohn. Je redécouvre littéralement la splendeur et l’énergie de la vision de Bernard Haitink dans les cinq symphonies (je n’ai pas encore eu le temps de comparer avec la récente parution d’Andris Nelsons (Mendelssohn chez lui).

Et pour couronner le tout une version que je ne connaissais pas de Don Carlo, avec le si regretté Dmitri Hvorostovsky

On peut supposer qu’il y aura un dernier coffret avec les enregistrements réalisés avec Vienne, Berlin, Boston (pour Decca)

Harnoncourt revival

Pour ce qui est de Nikolas Harnoncourt, disparu il y a dix ans, il y a aussi une salve de rééditions – on est d’ailleurs étonné qu’elle ne soit pas apparue plus tôt. Une première il y a quelques semaines avec l’Orchestre de chambre d’Europe, une seconde qui arrive bientôt avec l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam.

Je n’ai jamais été un admirateur inconditionnel du comte de La Fontaine et d’Harnoncourt-Unverzagt – puisque c’est le nom complet du chef d’orchestre ! – Les quelques concerts auxquels j’ai pu assister – les trois dernières symphonies de Mozart par exemple, au Victoria Hall de Genève – m’ont plus souvent agacé que conquis, tant les maniérismes du chef pouvaient être dérangeants. J’ai déjà commencé par réécouter le coffret avec le COE, notamment les symphonies de Beethoven… et de Mozart.

Je ne suis pas sûr que tout cet héritage ait bien vieilli et que l’effet de nouveauté, de surprise, que suscitaient les enregistrements d’Harnoncourt, dans un répertoire classique et romantique qu’il « revisitait » parfois avec un aplomb qui dépendait plus de sa fantaisie que d’une recherche d’une prétendue « authenticité, que cet effet donc se soit émoussé au fil des ans.

Quoi qu’il en soit, pour le mélomane, ces pavés de printemps sont un trésor précieux.

Et toujours humeurs et bonheurs du temps sur mes brèves de blog (en présence de Céline, Véronique, Rima et même Pierre B.)

L’éloquence des Hongrois

On sait l’admiration que j’ai pour l’infatigable Cyrus Meher-Homji qui a l’art de dénicher les trésors des archives des labels Philips, Decca, Deutsche Grammophon et associés et de les rééditer dans sa collection Eloquence

J’ai parfois des doutes quant à la pertinence voire l’utilité de ces rééditions (lire Dispensables), mais le coffret qui vient de paraitre (que j’ai acheté beaucoup moins cher que le prix français sur un site danois) est une formidable surprise :

Qui, dans la jeune génération de mélomanes, connait encore ne serait-ce que les noms de János Ferencsik et de György Lehel ?

Je me souviens de la fièvre qui me gagnait quand il y avait encore des magasins de disques à Budapest où l’on pouvait rafler les pépites du label national Hungaroton, je me rappelle aussi quelques rares vinyles ou CD où les noms de ces deux chefs étaient moins rares qu’aujourd’hui.

Mais là, c’est le bonheur intégral, et le plaisir de retrouver ces prises de son du début ou du milieu des années 60 si caractéristiques des pays de l’Est, qui restituent l’acoustique des salles où les orchestres (et choeurs) ont été enregistrés, sans traficotage inutile, et surtout un son d’orchestre si reconnaissable !

Le chef en son pays

János Ferencsik a été le chef hongrois le plus éminent de la seconde partie du XXe siècle, en tout cas de ceux qui sont restés en Europe. Au-delà des répertoires « locaux » qui sont regroupés dans ce coffret, il a imposé sa marque dans le répertoire classique et romantique et connu une carrière internationale remarquée.

C’est par sa version qui n’a jamais quitté le catalogue que j’ai découvert les Gurre-Lieder de Schoenberg

C’est aussi mon premier disque Kodály avec les Danses de Galánta et les Danses de Marozzsék

György Lehel à redécouvrir

Quant à György Lehel, la relative brièveté de sa carrière – il est mort à 63 ans – l’a sans doute empêché d’avoir une carrière plus internationale et les quelques disques de lui distribués en Occident l’ont cantonné au répertoire hongrois. Alors que, de nouveau, en cherchant bien chez les disquaires, on pouvait trouver un éventail beaucoup plus large de son art.

C’est avec lui que le jeune Zoltan Kocsis grave les concertos 1 et 2 de Bartók !

Kodály par Kodály

Quelle joie de retrouver dans ce coffret cet incunable de Zoltán Kodály dirigeant lui-même en 1961 son bien peu connu Concerto pour orchestre et cet admirable Soir d’été !

Un indispensable, vraiment indispensable de toute discothèque !

Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog : les suites d’élections, un nouveau rôle, la mort de Jospin

Les mots et les notes

Du pipeau et du sérieux

C’est en furetant chez Gibert que j’ai découvert – et acheté – une somme dont le titre accrocheur ne traduit qu’imparfaitement le contenu.

300 pages que je vais déguster comme il se doit, et qui sont, à ma connaissance, une première en ce qu’elles peuvent intéresser aussi bien les mélomanes – et les musiciens – que les amateurs de langue française. Où l’on prend conscience de l’influence de la musique dans notre langue de tous les jours…

Trop de Chosta ?

On a frisé l’indigestion mardi soir à la Philharmonie lors du concert de l’orchestre philharmonique d’Oslo dirigé par son chef, Klaus Mäkelä : deux symphonies de Chostakovitch dans la même soirée, c’était une performance autant pour les musiciens que pour l’auditeur. Ma critique à lire sur Bachtrack !

Le jeune Maazel : cherchez l’erreur ?

Finalement j’ai commandé ce coffret – même si je continue de trouver prohibitifs les prix de cette collection, dont le travail éditorial est admirable et souvent loué ici –

On connaissait déjà une grande partie des enregistrements du tout jeune Lorin Maazel – 27 ans – (lire L’Américain de Paris), mais il manquait ceux qui avaient été publiés par Philips au début des années 60, dans des répertoires où l’on n’attend vraiment pas le chef, et qu’il n’a plus jamais touchés dans la suite de sa longue carrière

CD 1
J.S. BACH Orchestral Suites Nos. 1–3

CD 2
J.S. BACH Orchestral Suite No. 4
Brandenburg Concertos Nos. 1–3

CD 3
J.S. BACH Brandenburg Concertos Nos. 4–6

CD 4
J.S. BACH Oster-Oratorium
Helen Donath ∙ Anna Reynolds
Ernst Haefliger ∙ Martti Talvela
RIAS-Kammerchor 

CDs 5-6
J.S. BACH Mass in B minor
Teresa Stich-Randall ∙ Anna Reynolds
Ernst Haefliger ∙ John Shirley-Quirk
RIAS-Kammerchor

CD 7
HANDEL Music for the Royal Fireworks
Water Music

CD 8
PERGOLESI Stabat Mater
Evelyn Lear ∙ Christa Ludwig
RIAS-Kammerchor

CD 9
MOZART Symphonies Nos. 38 & 39

CD 10
MOZART Symphonies Nos. 40 & 41

 CD 11
DVOŘÁK Symphony No. 9 ‘From the New World’

 CD 12
FRANCK Symphony in D minor

 CD 13
STRAVINSKY The Firebird: Suite
Le Chant du rossignol

 CD 14
FALLA El amor brujo
El sombrero de tres picos
Grace Bumbry

Amateurs de baroque « historiquement informé » passez votre chemin ! Mais il y a déjà ici un péché mignon de l’Américain : l’étirement des tempos lents et la vitesse parfois mécanique pour les rapides, comme cette Water Music

On ne va se priver du bonheur d’entendre Teresa Stich-Randall dans une Messe en si qui, pour n’être pas philologique, se laisse écouter.

Et toujours humeurs et bonheurs dans mes brèves de blog

Robert Massard #100

On fête aujourd’hui le centième anniversaire de Robert Massard, né à Pau le 15 août 1925.

Deux souvenirs m’attachent à ce grand monsieur du chant. 

Le premier ce devait être une Tribune des critiques de disques sur France Musique autour de Carmen de Bizet. Le rôle d’Escamillo n’est pas le plus facile à chanter, et beaucoup de ceux qui l’ont enregistré sont à la peine soit à cause de la tessiture – profondeur des basses et éclat dans l’aigu – soit à cause d’une prononciation souvent exotique (les fameuses diphtongues si difficiles de la langue française). Et soudain Robert Massard m’apparut comme un Escamillo idéal dans la célèbre version de Callas (où je découvris par la même occasion la Micaela elle aussi idéale d’Andrea Guiot)

En matière d’exotisme, la version du Faust de Gounod, dirigée par Richard Bonynge, qui aligne Corelli, Ghiaurov, Sutherland (on reste en famille!), sort du lot grâce à Robert Massard, absolument éblouissant dans l’air de Valentin. Il n’est que d’écouter un peu plus loin l’intervention de Nicolai Ghiaurov…

Tout aussi admirable, Robert Massard l’est dans la version de référence de Benvenuto Cellini de Berlioz dirigée en 1972 par Colin Davs

On aura compris qu’il faut rechercher et chérir tout ce que Robert Massard a pu enregistrer notamment dans l’opéra et l’opérette français.

Entretiens 

Dans cet entretien de 2021, Robert Massard évoque ses débuts à Aix et sa relation avec Carlo-Maria Giulini

Version 1.0.0

Mais c’est évidemment à mon cher Benoît Duteurtre qui aurait adoré célébrer ce centenaire, que je pense en évoquant Robert Massard, et aux émissions qu’il a consacrées au grand baryton.

Il faut réécouter ces « grands entretiens » entre Robert Massard et Benoît Duteurtre, réalisés il y a moins de deux ans..: Robert Massard sur France Musique.

Mes humeurs du jour toujours à suivre dans mes brèves de blog

Alfred Brendel, le modeste géant

Ce n’est pas la tristesse qui me vient, lorsque j’apprends le décès, à 94 ans, d’Alfred Brendel (1931-2025), mais la gratitude, la reconnaissance envers celui qui m’a introduit dans l’univers de Bach, Beethoven, Schubert, qui a pour beaucoup fait mon éducation à la musique.

J’aime tellement cette photo du gros coffret que Decca lui avait consacré, reprenant l’intégralité de ses enregistrements pour Philips.

Je n’ai entendu le pianiste autrichien qu’une seule fois, à Montpellier, dans les années 90 : il jouait Haydn et Mozart. Haydn était étrangement crispé, Mozart sublimement détendu.

Avant que Philips ne grave sa légende, le jeune Brendel avait confié ses débuts discographiques à des labels comme Vox, Vanguard, qu’on trouve facilement sur les sites d’écoute en ligne ou en coffrets très bon marché

Le coeur de ce qui sera le répertoire de prédilection de Brendel s’y trouve déjà : une première intégrale des sonates de Beethoven, des Schubert, mais aussi des Chopin que j’aime beaucoup :

J’aurais du mal à choisir dans ma discothèque ces disques qui m’ont éduqué à la musique, comme ceux de Wilhelm Kempff

Revue de détail non exhaustive :

D’abord l’île déserte, le compagnon de toute une vie

Puis les concertos de Mozart avec Marriner – que la critique regardait parfois de haut.

Des impromptus de Schubert insurpassés pour moi.

Pour Beethoven, c’est l’embarras du choix, tant pour les sonates que les concertos. Peut-être une préférence pour la première intégrale Philips (sonates) et pour l’alliage inattendu avec James Levine et Chicago pour les concertos.

On ne peut oublier cette rencontre avec un autre géant, dont on célébrait il y a peu le centenaire de la naissance, Dietrich Fischer-Dieskau

Le même Alfred Brendel est présent, comme piano obbligato, dans deux enregistrements de l’air de concert de Mozart Ch’io mi scordi di te, avec Elisabeth Schwarzkopf (et George Szell) puis Jessye Norman (et Neville Marriner)

Il faut aussi lire Alfred Brendel.

Je suis très troublé, parce que cinq minutes avant d’apprendre sa mort, j’étais en train de ranger une partie de ma bibliothèque, et j’étais tombé sur ce livre… que je croyais avoir perdu dans un déménagement.

Ce soir, on peut méditer cet aphorisme que nous laisse Alfred Brendel :

The word LISTEN contains the same letters as the word SILENT

Fantastique

Je dois régulièrement faire des diètes de Fantastique – oui la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz – parce que, si comme moi on aime l’oeuvre, on ne peut pas, on ne doit pas l’écouter trop souvent, distraitement. Ni au disque, ni au concert. Pour quelques bonnes surprises, combien de déceptions ! Je me rappelle ainsi les débuts avec l’Orchestre philharmonique de Berlin de Yannick Nézet-Séguin en 2010. Si j’avais eu une quelconque influence sur le choix du programme pour ces débuts, je l’aurais dissuadé de proposer la Fantastique. J’étais dans la salle, placé un peu de côté, et c’était assez spectaculaire de voir le hiatus entre la gestique et les intentions pourtant très claires du chef et le rendu d’un orchestre qui semblait comme « résister » à sa baguette.

Je prends le souvenir le plus spectaculaire, mais par charité je tairai les mauvais, pour ne retenir que les meilleurs, comme le plus récent : La Fantastique révolutionnaire de Klaus Mäkelä et de l’Orchestre de Paris (Bachtrack, 3 mars 2023). Impressions plus que confirmées par mon excellent confrère Alain Lompech en décembre 2024 : Klaus Mäkelä retrouve le vrai visage de la Fantastique.

Le disque vient de sortir. Si je devais faire une toute petite réserve par rapport à l’enthousiasme éprouvé il y a deux ans en concert à la Philharmonie de Paris, ce serait justement qu’il manque un peu de l’excitation du « live ». Mais qu’on prenne vraiment le temps d’écouter mouvement par mouvement. Les premières mesures de la Marche au supplice, le phrasé des cordes est en soi un programme, quand les cuivres prennent place, on entend – enfin -les grincements du trombone basse (le seul autre chef chez qui on a cette même présence est Igor Markevitch, voir ci-après).

Je me suis demandé, en écrivant cet article, si je devais citer les prédécesseurs de Klaus Mäkelä qui ont enregistré la Symphonie fantastique de Berlioz. Il y a des comparaisons cruelles… mais je laisse au lecteur le soin de se faire une opinion…

Paavo Järvi (2010-2016)

Christoph Eschenbach (2000-2010)

Semyon Bychkov (1989-1998)

Daniel Barenboim (1975-1989)

Herbert von Karajan (1969-1971)

Karajan enregistre la Symphonie fantastique avec l’Orchestre de Paris le 25 juin 1970. Tout est daté dans ce film à la gloire du chef autrichien, mais l’interprétation n’est pas inintéressante

Charles Munch (1967-1968)

Historique, cet enregistrement l’est parce que c’est Charles Munch, grand berliozien devant l’Eternel, et parce que c’est le premier qu’il réalise avec le tout nouvel Orchestre de Paris, qui prend la succession en 1967 de la vénérable Société des Concerts du Conservatoire.

Ce n’est pas avec l’Orchestre de Paris, mais avec les Concerts Lamoureux qu’Igor Markevitch enregistre en 1960 une version que je tiens toujours pour l’une des plus parfaites illustrations de l’imaginaire berliozien, puisque – faut-il le rappeler – ce n’est pas une symphonie comme une autre, mais bien un vaste poème symphonique en cinq « épisodes » largement autobiographiques.

Pour moi le choix aujourd’hui est clair : la grande version moderne c’est Klaus Mäkelä, qui ne craint pas la confrontation avec ses glorieux aînés Charles Munch et Igor Markevitch.

Rencontres et émotions du jour à lire sur : brèves de blog

Schubert vaut bien une messe

On n’en a jamais fini avec Schubert (lire Le retour à Schubert). Le programme que proposaient, mardi soir à la Philharmonie de Paris, l’Orchestre national d’Ile-de-France et le Choeur de Radio France, était suffisamment rare pour qu’on s’y précipite : après l’ouverture Leonore III de Beethoven, une rareté, une cantate due à la soeur de Mendelssohn, Fanny Hensel, et surtout la Messe n° 5 de Schubert.

Pas de critique à ‘rédiger ce soir, donc pas de pression. Je n’avais pas beaucoup aimé le dernier concert de Case Scaglione (voir Bachtrack), je suis d’autant plus à l’aise pour dire le bien que j’ai pensé de sa direction, surtout dans la messe de Schubert. Certes il n’était pas gâté – et nous non plus – par les stridences de la soprano soliste, mais le Choeur de Radio France était à son meilleur dans une pièce où il peut s’investir complètement.

Les six messes de Schubert

En dehors de la sixième et dernière messe de Schubert, qui a parfois les faveurs d’une programmation et de quelques disques, le répertoire sacré du compositeur viennois, mort à 31 ans (!) reste largement méconnu.

Première recommandation, cette intégrale magnifique due à Bruno Weil

Pour la 6e messe, j’ai souvent exprimé ici mon admiration pour la version d’Armin Jordan, qui comprend le plus émouvant Et incarnatus est de toute la discographie, avec les voix lumineuses et recueillies des ténors Aldo Baldin et Christoph Homberger et surtout la merveilleuse Audrey Michael

En regard de. cette version, toutes les autres me paraissent trop démonstratives, avec des solistes qui se croient plus souvent à l’opéra qu’à l’église.

Comme dans cette version de 1987 de Claudio Abbado :

Et voici que je trouve sur YouTube cet extrait d’un concert de 2012 à Salzbourg – Abbado n’a plus que quelques mois à vivre, et cet Incarnatus est, comme celui d’Armin Jordan, me trouble et me bouleverse :

S’il y a un grand chef qui a tout au long de sa carrière voué au répertoire choral de Schubert une dévotion sans faille, c’est bien Wolfgang Sawallisch (lire Les retards d’un centenaire). Des deux dernières messes, il a donné deux versions, l’une pour Philips, l’autre pour EMI.

J’ai une nette préférence pour les versions de Dresde (orchestre, choeurs, solistes superlatifs)

Karl Böhm n’a jamais enregistré de messe de Schubert, mais on trouve sur YouTube une étonnante version de concert, enregistrée en juillet 1976 dans une église de Vienne… avec les Petits Chanteurs de Vienne (Wiener Sängerknaben). Un témoignage intéressant.

Dans ma discothèque, j’ai aussi ceci, qui mérite l’écoute à défaut d’être des références pour la Messe n° 5.

Et sur l’actualité récente, toujours mes brèves de blog (14.05.2025)