Retour de Bucarest

J’aurais bien prolongé mon trop bref séjour à Bucarest. À propos de la Roumanie, j’ai employé l’expression de « pays cousin », c’est flagrant à Bucarest, où pourtant plus personne ne parle le français.

La langue roumaine est une langue… romaine, latine, pour l’essentiel, même si lexicalement elle emprunte beaucoup au russe.

Douceur de vivre

On ne peut pas – ce serait ridicule et déplacé – porter un jugement sur la qualité de vie d’une ville après y avoir passé quelques jours. Je constate simplement que Bucarest, que j’ai vue pour la première fois il y a 46 ans, puis deux mois après la révolution de décembre 1989 qui a destitué Ceaucescu, puis à nouveau en 2003 et en 2017, est une ville extrêmement attachante, où la douceur de vivre semble naturelle. Les nombreux parcs, jardins, étangs, promenades au coeur de la cité, des pistes cyclables parfaitement aménagées sur toutes les grandes avenues (la maire de Paris et ses adjoints responsables des « mobilités » pourraient utilement s’en inspirer), une jeunesse omniprésente, des terrasses de cafés accueillantes, confortent cette image.

La gastronomie a retrouvé tous ses droits dans une capitale qu’on a connue très pauvre en bonnes tables. Dans le restaurant « L’Atelier » installé dans l’hôtel Belle époque, j’ai pu déguster les meilleures cuisses de grenouille que j’aie jamais mangées depuis… 1973 et une très longue et silencieuse balade en barque dans le delta du Danube avec un pêcheur de grenouilles qui s’était conclue par une succulente fricassée préparée par la femme du pêcheur !
Le Théâtre National

Il ne faut pas redouter les contrastes architecturaux, l’héritage des années communistes, mais aussi celui de l’entre-deux-guerres où Bucarest était surnommée le Petit Paris.

Le palais du Parlement ou Maison du Peuple

On peut continuer de se désoler du projet pharaonique conçu par Ceaucescu qui abrite aujourd’hui le Parlement et nombre d’institutions démocratiques roumaines. On peut regretter que plusieurs quartiers, qui n’étaient pas forcément les plus anciens ni les plus agréables de Bucarest aient été rasés pour édifier ce palais mégalomaniaque et le quartier qui l’entoure. On peut aussi – ce qui est mon cas – trouver que l’ensemble a de l’allure et que les aménagements sont plutôt réussis.

Et contrairement à ce qui a pu être dit, les églises sont restées nombreuses, bien préservées ou restaurées, dans la capitale roumaine.

L’élégante église Kretzulescu qui a été aux premières loges de la Révolution de décembre 1989.

Une ville-musique

L’Athenaeum de Bucarest est une salle de concert mythique, construite en 1889.

Mais, comme je l’ai écrit – Bucarest en fête – c’est pour la musique, et le Festival Enesco, que je suis venu en ce mois de septembre.

C’était assez émouvant, pour lui, pour le public, de revoir l’enfant du pays, Cristian Măcelaru, diriger deux concerts de l’Orchestre national de France.

Sarah Nemtanu, premier violon de l’ONF, est d’origine roumaine par son père Vladimir, né et formé à Bucarest.
Maxim Vengerov en forme éblouissante, soliste du concert du 13 septembre.

Et Bucarest est une ville où on trouve encore des disques : dans le hall de la Sala Palatului, pas moins de trois stands mieux garnis que n’importe quel rayon classique d’une FNAC parisienne. Et à l’extérieur, j’ai repéré au moins deux magasins bien fournis.

Electrecord était – je pense devoir en parler au passé – le grand label classique roumain (un peu à l’instar de Medodia en Russie), et cela faisait des années qu’on ne trouvait que très partiellement ses galettes. La radio roumaine a ses propres éditions. C’est évidemment avec bonheur que j’ai trouvé, et acheté, ceci :

Enregistrements introuvables en France ou sur les sites de téléchargement ! Soit dit en passant, le CD a encore du bon !

Et puis aussi ceci, l’intégrale de l’œuvre orchestrale d’Enesco par un chef aujourd’hui septuagénaire, Horia Andreescu qui n’a pas, en Europe de l’Ouest, la notoriété que son talent devrait lui valoir.

Musikverein 150

S’il est un événement que le monde musical ne risque pas d’oublier en cette année 2020, c’est le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven le 15 décembre 1770 (Beethoven 250).

Un autre anniversaire me paraît être, lui, passé inaperçu (à moins qu’il n’ait été évoqué lors du Concert de nouvel an à Vienne le 1er janvier ?), c’est l’inauguration, il y a 150 ans,  le 6 janvier 1870, de la grande salle dorée du Musikverein, qui sert de cadre précisément au concert le plus regardé dans le monde.

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Au programme du concert inaugural, la 41ème symphonie Jupiter de Mozart – la critique loue unanimement l’acoustique de la salle, qui donne une dimension nouvelle à l’ultime symphonie de Wolfgang -, et, centenaire de Beethoven oblige, l’ouverture d’Egmont et la Cinquième symphonie de ce dernier. Et puis des airs de Bach, Haydn, Mozart. Il ne saurait y avoir d’inauguration à Vienne sans un grand bal : pour l’occasion Johann Strauss compose son opus 340, sa valse Freuet Euch des Lebens.

Andris Nelsons l’avait logiquement mise au programme du concert du 1er janvier 2020.

 

C’est Johann von Herbeck (1831-1877), un nom quasi oublié aujourd’hui, qui dirige ce concert à la tête de l’orchestre de la Gesellschaft der Musikfreunde (la Société philharmonique de Vienne). 

En 1857, l’empereur François-Joseph décide de faire démanteler le mur d’enceinte de la capitale autrichienne, pour agrandir la ville trop à l’étroit dans son coeur historique, et lui donner le visage qu’on lui connaît aujourd’hui. Les remparts sont remplacés par un boulevard circulaire, le Ring, le long duquel vont être construits tous les palais et bâtiments publics (Parlement, Opéra, Théâtre, Hôtel de Ville, etc.) qui font la fierté de Vienne (voir les photos : Chez Sissi). 

En 1863, le même François-Joseph donne un terrain en face de la basilique Saint-Charles-Borromée pour y édifier une grande salle de concert.

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C’est à l’architecte d’origine danoise Theophil Hansen qu’est confié le projet de la nouvelle Maison de l’Union musicale de Vienne / Haus des Wiener Musikvereins qu’on appellera vite par son abrégé, le MusikvereinC’est au même architecte qu’on doit le Parlement néo-classique.

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Que dire de la grande salle dorée du Musikverein qui n’ait été déjà dit et répété ? J’ai eu la chance d’y aller souvent et d’éprouver, à chaque fois, le même choc, la même émotion.

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Voici par exemple ce que j’écrivais, en 2014, dans Soirées de Vienne : Je me rappelle, comme si c’était hier, l’émotion qui nous avait tous saisis, des plus chevronnés aux plus jeunes musiciens de l’Orchestre philharmonique – qui n’était pas encore Royal ! – de Liège, lorsqu’en octobre 2005 nous étions entrés dans les coulisses, puis sur la scène de la grande salle du Musikverein. Pour un concert dirigé par Louis Langrée – le concerto en sol de Ravel avec Claire-Marie Le Guay, et bien évidemment la Symphonie de Franck. Je n’imaginais pas alors que l’OPRL reviendrait en 2011 puis en 2014, trois fois en moins de dix ans !.

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Comme pour Beethoven 250je compte égrener, au fil de l’année, les grands souvenirs que j’ai dans cette salle. Premier indice :

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Quand les sondages ont tort

Les soirées électorales se suivent… et se ressemblent.

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À entendre la grande majorité des intervenants sur les plateaux de télévision, c’est toujours la même musique : les électeurs ont quand même un culot incroyable, puisqu’ils démentent les sondages !

Et toutes les analyses de se faire non pas à partir de la réalité sortie des urnes, mais en rapport avec les sondages. On parle ainsi de victoire « inespérée », « inattendue » des Verts – mais par rapport à quoi? à ce qu’annonçaient les fameux sondages ! -, d’effondrement des Républicains – mais, pire encore, par rapport aux espérances trompettées par les soutiens de M. Bellamy, avec le soutien de médias importants !

Et puis bien sûr le « triomphe » de Marine Le Pen, « l’échec » d’Emmanuel Macron, etc. Résultat final, l’écart entre les deux listes n’est que de 0,9 % !

En politique, il vaut mieux éviter d’avoir la mémoire courte. La comparaison des résultats de 2014 et 2019 est édifiante et devrait inciter les responsables politiques et ceux qui font profession de journalisme à un peu plus d’exigence et de rigueur :

2014 :
François Hollande est président de la République
Abstention 57,57 %
Votants 42,43%

Front National 24,86%  24 sièges
UMP 20,81    20
Union de la Gauche 13,98  13
Union du Centre 9,94 7
Europe Écologie – Les Verts 8,95 6
Front de Gauche 6,33 3
Divers gauche 3,18 1
Total sièges 74

2019
Abstention 49,27 %
Votants 50,73

Rassemblement national 23,31% 23 sièges
La République en marche, Modem  22,41 23
Europe Écologie – Les Verts 13,47 13
Les Républicains (LR) 8,48 8
La France Insoumise (LFI) 6,31 6
Parti socialiste 6,19 6
Total sièges 79 (après que le Royaume-Uni aura quitté l’Union européenne !)

De même, lorsqu’on voit la composition du prochain parlement européen, il y a de quoi se réjouir que, dans la plupart des pays européens, les électeurs aient déjoué les prévisions des sondages… Les pro-européens ont gagné cette élection, les extrêmes sont loin de triompher !

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Il y a cinq ans, j’écrivais ceci : Changer

Je n’ai pas reconnu ma France hier soir.

Mais je ne me sens pas le droit d’insulter ces compatriotes qui ont mis beaucoup d’ombre sur le bleu de notre drapeau tricolore. Ni d’insulter qui que ce soit d’autre d’ailleurs. À un choc pareil, très largement irrationnel, dé-raisonnable, on n’oppose pas l’invective ou le mépris. On essaie de comprendre, et je ne suis pas loin de penser, comme plusieurs analystes l’ont fait remarquer hier soir, que depuis le 21 avril 2002 – pour rappel, l’élimination du candidat socialiste Lionel Jospin au 1er tour de l’élection présidentielle, et la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen face au président sortant Jacques Chirac –  on n’a tiré aucun enseignement, on n’a rien changé au logiciel politique français. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, comment s’étonner que triomphe la seule parole qui s’adresse à ces millions d’électeurs déboussolés, désarçonnés, révoltés, en leur promettant des lendemains qui chantent ? L’invocation de l’Histoire, la mémoire de ses horreurs, n’ont aucun poids, quand on n’a pour horizon que son malheur quotidien.

La parole publique doit changer, les hommes et les femmes de culture doivent changer, les politiques doivent  changer. Sortir de leur entre-soi, de leurs conventions, de leurs lamentations.

Il y a bientôt 25 ans, tous nos frères d’Europe orientale ont cru de toutes leurs forces que la liberté était possible, pour peu qu’on la veuille, que le changement était possible, pour peu qu’on le veuille. A-t-on déjà oublié la dernière Révolution du siècle passé ? (26 mai 2014)

Le seul changement intervenu depuis cinq ans, c’est effectivement l’éparpillement façon puzzle – pour paraphraser Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs – qu’a provoqué l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. Mais les raisons du succès de l’extrême droite, elles, n’ont pas changé…

 

 

 

Alexandre Nevski et le lac gelé

Ma récente visite de Tallinn (voir Tallinn en mai et Tallinn au printemps) m’a permis de rafraîchir une mémoire historique un peu effacée depuis mes années d’étude.

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La cathédrale Alexandre Nevski, inaugurée en 1900, domine la vieille ville de Tallinn, face au château de Toompea, siège du Riigigoku, le Parlement estonien.

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IMG_2906L’intérieur et la façade de la cathédrale orthodoxe.

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En visitant le château de Catharinenthal, aujourd’hui Kadriorg,construit en 1718 par le tsar Pierre le Grand en l’honneur de sa seconde épouse, Catherine, j’ai retrouvé le lien entre Alexandre Nevski et l’Estonie.

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C’est en effet sur le lac Peïpous, qui fait aujourd’hui la frontière entre l’Estonie et la Russie,

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qu’a eu lieu la fameuse « bataille sur la glace » qui opposa, le 5 avril 1242, les chevaliers teutoniques aux troupes menées par Alexandre Nevski

Une bataille illustrée – et avec quel génie ! – par Sergei Eisenstein (1898-1948) dans son film Alexandre NevskiOn comprend bien pourquoi Staline et le pouvoir soviétique avaient passé commande d’un tel sujet à Eisenstein : le héros national et sacré, Alexandre Nevski, avait stoppé en 1242, par son courage et son sens tactique, l’avancée qui paraissait inexorable des troupes germaniques et danoises vers le coeur de la Russie – à l’époque Novgorod -. Le signal envoyé à Hitler serait éclatant, et le peuple soviétique galvanisé par ce rappel d’une date et d’un héros historiques. Le film allait sortir le 25 novembre 1938 à Moscou… quelques mois avant la signature du Pacte germano-soviétique

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Prokofiev compose la musique du film et la transforme, en 1939, en une Cantate pour mezzo soprano, choeur et orchestre, l’une de ses partitions les plus réussies, les plus bouleversantes aussi.

La dernière fois que j’ai eu la chance de l’entendre en concert, c’était en juin 2016, à l’occasion des adieux de Daniele Gatti à l’Orchestre National de FranceLe chef italien, le Choeur de Radio France et l’orchestre s’étaient couverts de gloire !

Au disque, je pourrais citer nombre de versions admirables (Reiner, Previn, Chailly, etc.) qui ont pour seul défaut d’avoir des ensembles choraux qui ne sont malheureusement pas idiomatiques dans leur prononciation de la langue russe. Alors autant privilégier des versions qui chantent dans leur arbre généalogique slave.

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Extraordinaire Ancerl !

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Svetlanov rugueux, douloureux, immense

Gergiev plus lyrique mais tout aussi engagé !

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Attaché parlementaire

J’ai un, peut-être deux points communs avec François FillonJ’étais son voisin d’étage entre 1980 et 1981 dans le bâtiment annexe de l’Assemblée Nationale : il était l’assistant parlementaire de Joël Le Theuleplusieurs fois ministre, député de la Sarthe, décédé brutalement en décembre 1980. J’étais celui de Jean-Pierre Abelin, député de la Vienne.

Je peux attester que, nous étant croisés et salués plusieurs fois, lui comme moi n’occupions pas un emploi fictif, et qu’entre les circonscriptions de nos députés et nos bureaux parisiens, nous ne manquions pas d’activité, surtout à l’approche de l’élection présidentielle et des élections législatives de 1981 !

J’ai déjà raconté (Réhabilitationces premières années d’activité professionnelle comme attaché parlementaire auprès d’un sénateur et de deux députés. J’y ai appris plus qu’un métier, une expérience de la vie et des réalités, à nulle autre pareille.

Déjà, à « mon » époque, les postes d’assistant parlementaire – de création récente – pouvaient servir à rémunérer les collaborateurs des groupes politiques du Sénat ou de l’Assemblée Nationale, voire des partis eux-mêmes. Déjà à « mon » époque, les enveloppes de frais mis à disposition des parlementaires étaient utilisées par ces derniers comme bon leur semblait, et possiblement pour arrondir leurs fins de mois. Mais j’ai connu de nombreux cas de députés qui n’étaient pas maires d’une commune importante et qui ne pouvaient donc s’appuyer sur les services et moyens de cette collectivité, et qui parvenaient tout juste à assumer les frais de leurs permanences et de leur secrétariat.

Je n’ai jamais connu de parlementaire de terrain, d’attaché parlementaire comme nous étions des centaines à Paris ou en province, qui se soit enrichi par ses fonctions. Les salaires étaient corrects, mais loin d’être mirifiques pour la charge de travail qui était notre lot commun, soirées, week-ends, campagnes électorales, etc.

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Dans le cas qui défraie la chroniquec’est moins la régularité des contrats dont Madame Fillon aurait bénéficié que la réalité de leur contenu qui est en cause (mais l’enquête préliminaire dira ce qu’il en est).

C’est évidemment beaucoup plus grave sur le plan politique pour un candidat qui se targuait de n’avoir jamais été condamné (Juppé) ni mis en cause par la justice (Sarkozy)… et d’incarner la probité dans un univers où les coups bas et les « boules puantes » pour reprendre son expression sont légion. Le Point suggère une hypothèse réaliste sur l’origine de l’affaire révélée par le Canard EnchaînéQuand Dati demandait à Fillon de s’expliquer

(Mal)traité

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La une de Libé ce matin pour amusante qu’elle soit donne accroire que les Belges francophones se font une publicité d’enfer sur le dos de l’Europe et du Canada.

Honnêtement, je n’ai pas lu le contenu du traité proposé entre le Canada et l’Union européenne, ce fameux CETA, mais j’ai du mal à comprendre que les mêmes qui trouvent finalement le TAFTA (avec les Etats-Unis) insignable, ne voient aucun inconvénient à signer avec le Canada, dont je ne sache pas qu’un mur infranchissable borde sa frontière avec les Etats-Unis !

Il doit bien y avoir quelques bonnes dispositions dans ce traité, mais là n’est pas la question soulevée par le brillant président du gouvernement wallon, Paul Magnette. 

Son intervention vaut d’être écoutée de bout en bout. Une leçon de pédagogie politique. Enfin un discours qui rappelle que la démocratie suppose, impose, de tenir compte du peuple, de la vox populi. Quelque chose me dit que la leçon vaut aussi pour bien d’autres pays européens, à commencer par la France.

 

Refonder l’Europe

Et si finalement le vote des Britanniques était salutaire pour l’Europe !

Je me rappelle la campagne et l’enthousiasme de toute ma génération lors de la première élection au suffrage universel du Parlement européen en 1979. Rappelez-vous c’était la doyenne Louise Weiss qui avait cédé son siège de présidente de séance à Simone Veil, première présidente élue de cette nouvelle Europe démocratique.

Depuis plus de vingt ans, chaque élection européenne a marqué le lent et inéluctable déclin de l’idéal européen, la montée des peurs, des populismes, l’abstention croissante des électeurs. En 2014, lorsque les partisans de Marine Le Pen sont arrivés largement en tête d’un scrutin où les abstentionnistes étaient majoritaires, les médias, les commentateurs, la classe politique ont parlé de séisme, de tournant, de choc sans précédent. Et que s’est-il passé depuis ? RIEN.

L’Europe est en panne. On est heureux d’entendre le Président de la République déclarer aujourd’hui : « L’Europe est une une grande idée, et pas seulement un grand marché. C’est à force de l’avoir oublié qu’elle s’est perdue… » Fallait-il attendre le Brexit pour qu’on s’aperçoive de cette tragique déconnexion entre les peuples, les citoyens, et les eurocrates qui font la loi à l’abri des regards indiscrets (relire Rule Britannia) ?

On aura beau rappeler aux Européens, les fondateurs comme les nouveaux arrivés, avec force chiffres et statistiques, tout ce qu’ils, tout ce que nous devons à l’Europe, tant que les décisions de Bruxelles paraîtront aussi éloignées des préoccupations des citoyens (tant de directives ridicules et inutiles sur les us et coutumes, la gastronomie, les particularités régionales, culturelles, et tant de soumission aux grands lobbies sur des sujets autrement plus importants pour l’avenir du continent et de la planète), les extrêmes, les populistes pourront prospérer sans vergogne. N’est-ce pas en Autriche que l’élection d’un président de la République d’extrême droite s’est jouée à quelques centaines de voix ?

Deux conseils de lecture, pour comprendre et retrouver des raisons d’espérer :

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« Comment l’idée rationnelle par excellence, celle de la construction européenne, pourra-t-elle jamais tenir tête à la jouissance fusionnelle des foules manipulées et aux tendances irrationnelles que sont le nationalisme et la haine de l’étranger ? » (Stefan Zweig)

La ville des ours

(https://lemondenimages.me/2016/04/15/la-ville-des-ours/)

Les villes qui portent des noms d’animaux sont plutôt rares dans le monde, encore plus lorsqu’il s’agit d’une capitale fédérale. C’est le cas de Berne, en Suisse (Bern en allemand qui se prononce comme Bär(e)n, le pluriel de Bär = ours) (https://fr.wikipedia.org/wiki/Berne)

L’une des attractions touristiques de la petite ville perchée sur les bords de l’Aar fut longtemps sa fosse aux ours (Bärengraben), étendue depuis quelques années aux pentes de  la rivière et laissant ainsi les deux pensionnaires actuels s’épanouir en milieu protégé.

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Berne garde de beaux témoignages de son histoire.

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L’un des joyaux de la capitale helvétique est sa cathédrale : (https://fr.wikipedia.org/wiki/Collégiale_Saint-Vincent_de_Berne)

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Particularité des rues du centre (Kramgasse, Gerechtigkeitgasse), les fontaines ornées de figures multicolores, et les imposantes horloges.

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Et on achève la visite par la place du Palais fédéral, où siègent le gouvernement et le parlement de la Confédération helvétique. C’est l’un de mes ancêtres maternels, Josef Zemp, qui l’inaugura en 1902 ! (https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Zemp).

Réhabilitation

On sait que je m’intéresse depuis toujours à la chose publique, à la politique en un mot. Je lis beaucoup d’ouvrages plus ou moins intéressants ou documentés sur le sujet. Trait commun à beaucoup d’entre eux, la critique d’un système de « l’entre-soi » qui serait à l’origine de tous les maux dont souffre la France.

Sur un point au moins, je ne peux souscrire aux arguments des journalistes, politologues et autres commentateurs. Ils citent nombre d’hommes politiques qui n’ayant pas connu la vraie vie des vraies gens, parce qu’ils ont toujours évolué dans les appareils des partis, des groupes politiques, travaillé comme assistants parlementaires ou membres de cabinets, seraient incapables de comprendre le monde « normal », celui du travail, du chômage, de la précarité, bref les difficultés de millions de citoyens.

J’ai été au presque début de ma vie professionnelle, assistant ou attaché parlementaire d’un sénateur, puis de deux députés. Non seulement je n’en éprouve aucune honte, mais j’ai beaucoup plus appris de la vraie vie des vraies gens pendant ces huit années en exerçant ces fonctions aussi bien à Paris qu’en province, que par n’importe quel autre métier plus classique. Et j’ai connu aussi les affres du chômage, les angoisses du lendemain…Je n’ai jamais eu de statut protégé, au contraire !

Je me rappelle, notamment pendant mes années thononaises, où j’étais « sur le terrain » comme on dit, avoir souvent expliqué aux amis ou à ceux qui m’interrogeaient sur mon étrange métier, que c’était probablement le seul où dans une même journée on devait être capable, avec la même qualité d’attention,  d’aider et de répondre  à un chômeur en fin de droits, à une mère célibataire qui ne pouvait plus payer son loyer, et à un ministre qui sollicitait le député pour qui je travaillais. Le seul métier où, dans une même journée, il fallait pouvoir traiter un dossier de voirie dans une petite commune de montagne, un projet de loi sur les appellations d’origine d’un vin ou d’un fromage (l’abondance !), une campagne électorale qui se dessinait, un coup de main à un maire un peu paumé, un amendement à un texte en discussion au Parlement. Bref être ouvert à toutes les situations, et surtout répondre vite et bien à des urgences humaines.

Bien sûr, j’en ai rencontré, côtoyé, de ces types qui ne vivaient que pour et par les petites intrigues de pouvoir (souvent au détriment d’une vie privée inexistante ou catastrophique), j’ai même été voisin de bureau dans l’annexe du Palais Bourbon d’ex ou futurs candidats à l’élection présidentielle (question de génération !)

Mais d’avoir parfois tutoyé les puissants, d’avoir même été sollicité pour entrer  dans un cabinet ministériel, ou embrasser une carrière de maire ou de député; ne m’a jamais fait perdre le sens des réalités, de la vie tout court. Et ne m’a jamais fait désespérer ni de la condition ni de la nature humaines.

Je n’ai jamais regretté d’avoir bifurqué, il y a trente ans, vers la radio et la musique, mais je n’ai jamais perdu le goût de l’action publique. Je pense que je continue, là où je suis, où je travaille, à faire de la politique, dans la seule acception qui convienne : le service des autres, le service d’un idéal.

Un jour, à mon tour, je raconterai ceux qui m’ont inspiré, que j’ai admirés (souvent) ou détestés (rarement).

 

 

Sursaut

Il y a des jours où l’on n’est pas très fiérot, quand une élue caricature la pensée de celui dont elle dit s’inspirer, quand certains prétendus progressistes s’abritent derrière les vieilles lunes d’un conservatisme ranci.

Et puis il y a des jours où le sursaut s’exprime par la voix forte, indignée, d’un homme d’Etat qui rappelle l’enjeu, le défi, qui dit pourquoi tant sont tombés au champ des convictions et des libertés. Qui tout simplement redit l’honneur d’être français, l’honneur d’être européen.

http://www.francetvinfo.fr/economie/crise/crise-europeenne/video-l-ovation-des-deputes-europeens-a-hollande-contre-les-nationalismes-populismes-et-extremismes_1117239.html