Mardi, c’est l’Harmonie de la Garde Républicaine qui ouvrait le bal des 150 concerts programmés (!). La demi-finale de la Coupe du monde de football avait un peu réduit l’affluence attendue dans le magnifique amphithéâtre de plein air du Domaine d’O, mais la victoire des Bleus avait dopé musiciens et public.
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Mercredi, traditionnelle soirée d’ouverture « officielle » en présence des deux co-présidentes du Festival, Sibyle Veil, la nouvelle présidente de Radio France et Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie.
Avec une Péricholeendiablée, comme seul Marc Minkowskien a le secret, à la tête d’une formidable troupe, les choeurs de l’opéra de Bordeaux, les Musiciens du Louvre, Aude Extremo, Philippe Talbot, Alexandre Duhamel, Eric Huchet, Romain Dayez, Enguerrand de Hys, Olivia Doray, Julie Pastouraud, Mélodie Ruvio, Adriana Bignani Lesca, et plus qu’une « mise en espace », une vraie mise en scène de Romain Gilbert.
La troisième soirée du Festival prenait un tour plus intime, quoique présentée dans le grand vaisseau de l’opéra Berlioz : sublime récital de deux « enfants » du Festival, Fazil Say et Marianne Crébassa.
Bonheur sans mélange de retrouver ces deux artistes qu’on aime tant…
Je n’étais pas sûr d’être rentré à temps de Montpellier pour assister au concert de l’Orchestre National de France, hier soir, à la Maison de la Radio, dirigé par un vétéran, le vénérable Neeme Järvi, 80 ans depuis le 7 juin dernier.
J’ai donc écouté la seconde partie du concert sur France Musique (disponible en réécoute ici), la 12ème symphonie « L’année 1917 » de Chostakovitch, que j’évoquais dans mon billet d’avant-hier (Octobre en novembre, la Révolution). Contraste assurément avec la vision du jeune Andris Poga l’été dernier à Montpellier avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse. Comme si le vieux chef s’attachait à gommer les aspérités, les rudesses d’une symphonie qui n’est vraiment pas la meilleure de son auteur (en tous cas bien inférieure à la 11ème symphonie, elle aussi évoquant la Révolution russe, la première, celle de 1905). Mais quelle puissance d’évocation, comme si Neeme Järvi racontait sa propre histoire !
Me sont revenus d’anciens souvenirs de ce chef charismatique, qui m’était apparu fatigué lors d’un concert très inégal en 2011 au Théâtre des Champs-Elysées (Martha Argerichy avait créé un très médiocre concerto du dernier compositeur « officiel » russe, Rodion Chtchedrine.
Lorsque j’étais producteur à la Radio Suisse Romande (entre 1986 et 1993), j’avais la responsabilité de programmer une bonne partie des concerts de l’Orchestre de la Suisse romande, sous l’égide d’un comité de programmation présidé par Armin Jordan. Dans ce cadre, j’avais obtenu que Neeme Järvi, qui n’avait jamais dirigé à Genève, alors que sa réputation, et sa discographie, étaient déjà considérables, , vînt diriger deux programmes différents. Tout fier de moi, je rendis compte de ma prospection à la direction de l’orchestre, à son administrateur de l’époque, l’inamovible Ron Golan, ancien alto solo de l’OSR. L’engueulade ne se fit pas attendre : « Mais comment peux-tu inviter un inconnu à diriger l’OSR et lui confier deux semaines? » Il ne fréquentait pas beaucoup les disquaires..
Après une première journée de répétitions, j’invitai Neeme Järvi à boire un verre pour avoir ses impressions. Il me dit d’emblée : « Avec cet orchestre, je veux enregistrer Stravinsky. Pouvez-vous m’arranger cela ? Mon producteur est d’accord. » (Chandos). J’en fis part immédiatement à Ron Golan, revenu entre-temps à de meilleurs sentiments à l’égard de cet « inconnu ». Deux ans plus tard, cinq CD avaient été mis en boîte.
Autre souvenir : première répétition au studio Ansermet de la maison de la radio à Genève de la 7ème symphonie de Dvořák
L’OSR ne passant pas pour être l’orchestre le plus discipliné, je m’attendais à une mise en route un peu laborieuse. Järvi fila d’une traite le premier mouvement, puis enchaîna avec les trois autres. Concentration maximum, orchestre parfaitement en place et attentif aux moindres inflexions du chef. Au fond de la salle, j’étais soufflé ! Järvi dit simplement à la fin: Merci Messieurs, c’est parfait. Nous en resterons là !
On a ensuite beaucoup reproché à Neeme Järvi de ne pas assez travailler avec ses orchestres, notamment lorsque, bien plus tard, il est devenu directeur musical de l’OSR – de 2012 à 2015.
Je n’oublie pas non plus cette soirée d’après-concert, en juin 1993, à laquelle Neeme Järvi et sa femme étaient présents. Les Amis et l’administration de l’OSR avaient voulu me témoigner leur attachement, alors que je m’apprêtais à quitter la Radio Suisse romande pour rejoindre France Musique.
Entre-temps, j’ai appris à connaître et apprécier l’art et la personnalité de ses deux fils, Paavo et Kristjan. Belle dynastie de chefs !
Le hasard des publications a fait que j’ai acheté en même temps deux coffrets qui, l’un de manière avouée, l’autre dans une discrétion regrettable, honorent deux grandes chanteuses françaises.
Voyant annoncé le coffret Warner « Régine Crespin, a Tribute », on se disait qu’on aurait peut-être enfin rassemblée une discographie très dispersée, hors intégrales d’opéras, de la cantatrice française disparue il y a dix ans, Régine Crespin, dont je n’ai jamais été un admirateur inconditionnel. Raté !
Pourquoi les concepteurs de ce coffret qui y ont intelligemment placé des récitals parus sous étiquette Decca (comme les incontournables Shéhérazade et Nuits d’été avec Ansermet), se sont-ils arrêtés en chemin, privant l’acheteur d’autres enregistrements Decca, airs d’opérettes avec Lombard et Sebastian – de très loin le meilleur disque de Crespin ! – extraits de Wertherde Massenet, d’Ascanio de Saint-Saëns ?
En remplissant mieux les galettes, un ou deux CD de plus auraient fait l’affaire, et on aurait eu un portrait complet d’une artiste, dont la discographie reste finalement modeste.
Je n’ai jamais osé dire ni écrire, n’étant pas un spécialiste de la chose lyrique, que la voix de Régine Crespin m’a plus souvent irrité que comblé, même si je lui ai toujours reconnu une supériorité incontestable dans l’art de dire, de chanter le français. J’ai un peu moins de complexes à l’avouer depuis que j’ai lu le texte d’André Tubeuf dans le nouveau coffret : « en ce début d’années 60 qui étaient celles de sa splendide jeune trentaine… la voix encore dans sa première splendeur soyeuse et lumineuse, capable de liquidités » et, plus loin « jusqu’au moment où ce surmenage lié au fait de n’être chez soi nulle part… altéra sensiblement la beauté purement physique de sa voix, et son aigu, lui, irrémédiablement. »
La vraie révélation vient d’un autre coffret de 10 CD qui pourrait passer inaperçu à cause de la banalité et de l’ambiguïté de son titre : Jacques Mercier conducts French Masterworks.
Jacques Mercier, pour nos amis belges, c’est une sorte de Bernard Pivot, la star du Jeu des dictionnairesde la RTBF. C’est l’un de ses homonymes, le chef d’orchestre français Jacques Mercier, qui est ici à l’oeuvre, et ce n’est pas lui faire injure que de constater qu’il n’a pas la notoriété de plus illustres confrères, français ou étrangers. Ensuite le concept de « French masterworks » ? Inadapté pour le moins, s’agissant d’oeuvres rares, trop rares, dont ce sont, pour la plupart, les seuls enregistrements. On va y revenir, pour recommander très chaleureusement l’achat de ce coffret à tout petit prix.
Mais, quand j’évoquais dans mon incipit une « discrétion regrettable », c’est de celle qui est l’héroïne de cinq des dix CD de ce coffret, qu’on a souvent présentée comme l’héritière, à défaut d’en être l’élève ou la disciple, de Régine Crespin, la soprano française Françoise Pollet.
Pas plus que de Régine Crespin, je n’ai jamais été un inconditionnel de Françoise Pollet, mais elle ne mérite en rien l’oubli d’une carrière, d’une personnalité, d’une voix singulières, même si elle partage sans doute avec son aînée des traits de caractère qui ne l’ont pas toujours servie. Il faut lire ce bel entretien en toute liberté donné à Camille de Rijck sur Forumopera : J’ai souvent dit tout haut ce que les autres pensaient tout bas
J’ai quant à moi un souvenir très fort de l’ouverture du trop bref mandat de LouisLangrée à l’Opéra national de Lyon, en octobre 1998, Ariane et Barbe-Bleue de Dukas: Françoise Pollet y était impériale dans le rôle-titre.
Ce coffret Sony redonne ainsi à entendre la cantatrice dans un récital d’airs sacrés très original (CD 1, 1996), le Requiem et le Psaume XVIII de Saint-Saëns(CD 2, 1989), le Requiem d’Alfred Bruneau (CD 7, 1994), La Lyre et la harpe, Le Déluge, La Nuit de Saint-Saëns (où elle partage l’affiche avec une toute jeune Natalie Dessay – CD 8 & 9, 1993).
Mais, outre l’intérêt de retrouver Françoise Pollet dans ce répertoire français qu’elle a magnifiquement servi, il faut re…mercier (!) Jacques Mercier d’avoir défriché des répertoires oubliés, même d’un Michel Plasson qui a tant fait (et tant enregistré !) pour la musique française. C’est une aubaine de voir reparaître des enregistrements depuis longtemps disparus, dans des versions sans concurrence, où se déploient la fine fleur du chant français des années 90 et un Orchestre national d’Ile-de-France qui a fait oeuvre de pionnier sous la direction de son infatigable animateur durant vingt ans, de 1982 à 2002.
Je l’écrivais hier (La maison de George) les magasins de disques semblent avoir disparu de Roumanie, à moins que je les aie mal cherchés. Dans l’une des boutiques du château de Bran (L’horreur Dracula) j’ai trouvé un seul et unique CD du label roumain Electrecordd’un compositeur dont j’ignorais le nom comme l’oeuvre : Ciprian Porumbescu
La photo de couverture n’a rien de très séduisant, le détail des plages et des interprètes m’interpellait déjà plus favorablement. Ce Ciprian Porumbescu a toutes les caractéristiques du compositeur maudit, romantique et romanesque.
Né en 1853, il meurt la même année que Wagner (1883) à 29 ans d’une tuberculose qu’une santé fragile dès l’enfance et une vie mouvementée sur le plan personnel et politique n’ont évidemment pas arrangée.
Ciprian a cependant laissé près de 250 oeuvres. Né en Bucovine ukrainienne, il étudie à Suceava et Cernăuți(aujourd’hui Tchernivtsi en Ukraine, arrosée par une rivière au doux nom de Prout!). Mais c’est à Vienne auprès d’AntonBruckner et Franz Krenn que le jeune homme se perfectionne en même temps qu’il étudie la philosophie. Il enseignera brièvement le chant choral à Brașov. À Vienne il observe avec intérêt le succès des opérettes d’Offenbach, Strauss, Suppé, Porumbescu écrit la première opérette roumaine, sur des thèmes moins frivoles que celles qu’il a entendues à Vienne, la création à Brasov en 1882 de Crai Nou/La Nouvelle lune est un triomphe. Ci-dessous un extrait délicieusement vintage d’un film à la gloire du jeune compositeur.
Mélodies et rythmes traditionnels roumains font revivre la légende populaire de la fête de la Nouvelle Lune censée exaucer les voeux de bonheur des amoureux.
L’inspiration populaire est tout aussi évidente dans cette charmante Ballade pour violonet orchestre datant de 1880.
Lorsque la version orchestrale de sa Rhapsodie roumaine – initialement écrite pour piano – fut créée, sous sa direction, en 1882, on ne manqua pas de trouver des parentés avec le Lisztdes Rhapsodies hongroises.
Porumbescu est un fervent nationaliste, membre d’une assemblée d’étudiants en pointe dans la résistance à la domination austro-hongroise, Arboros. En 1877, pour avoir soutenu publiquement une manifestation à la mémoire du prince Ghica, exécuté un siècle plus tôt par l’occupant ottoman, le jeune compositeur subit trois mois de cachot, qui seront fatals à sa santé.
L’amateur de raretés lyriques est gâté en ce mois de juin à Paris. Entre Versailles, le Théâtre des Champs Elysées, l’Opéra Comique, impossible (pour moi) de céder à toutes les tentations.
On attendait évidemment avec curiosité l’ouvrage de jeunesse de Saint-Saëns Le Timbre d’argent, exhumé par François-Xavier Roth et son orchestre Les Siècles, à l’instigation du Palazzetto Bru Zane.
On avait déjà eu la chance de redécouvrir la Salle Favart, l’Opéra Comique, dans sa splendeur retrouvée. La fosse nous semble plus sonore que par le passé, parfois à la limite de la saturation.
LE TIMBRE D’ARGENT drame lyrique en quatre actes de Camille Saint-Saens livret de Jules Barbier et Michel Carre cree en 1877 au Theatre National Lyrique de Paris derniere version creee en 1914 a La Monnaie de Bruxelles direction musicale Francois-Xavier Roth mise en scene Guillaume Vincent decors James Brandily creation video Baptiste Klein costumes Fanny Brouste lumieres Kelig Le Bars choregraphie Herman Diephuis magicien Benoit Dattez assistant direction musicale Jordan Gudefin assistant mise en scene Celine Gaudier assistant decors Pierre-Guilhem Coste assistante costumes Peggy Sturm chef de chant Mathieu Pordoy chef de choeur Christophe Grapperon Circe / Fiammetta Raphaelle Delaunay Conrad Edgaras Montvidas Helene Helene Guilmette Spiridion Tassis Christoyannis Benedict Yu Shao Rosa Jodie Devos danseurs Aina Alegre, Marvin Clech, Romual Kabore, Nina Santes choeur accentus orchestre Les Siecles production Opera Comique coproduction Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique francaise
Que dire de ce Saint-Saëns de jeunesse ? Ce Timbre d’argent a précisément les qualités et les défauts d’un premier jet. Trop long sans doute, une histoire à dormir debout – que le metteur en scène Guillaume Vincent transforme habilement en spectacle de music-hall -, plein de jolies trouvailles d’orchestration – même si l’ouverture est un tunnel – et, ce qui explique sans doute l’oubli qui a recouvert l’ouvrage, quasiment pas d’air, de mélodie ou d’ensemble facile à mémoriser. Une équipe de chanteurs inégale, mais parfaitement francophone. Et un maître d’oeuvre tout à son affaire avec un orchestre pulpeux, s’adaptant avec une souplesse époustouflante aux incessants changements d’atmosphères et de rythmes d’une partition patchwork, sans oublier l’excellent choeur Accentus.
Autre soirée, autre bonheur dans le mélange des timbres de deux belles artistes, dans le cadre du 37ème Festival d’Auvers-sur-Oise, samedi dans la bibliothèque du château de Méry-sur-Oise.
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Bonheur d’entendre Karine Deshayes, comme un prélude au #FestivalRF17 – l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier – dans lequel elle chantera le 15 juillet, le rôle-titre des Puritains de Bellini, puis le 24 juillet dans L’Opéra imaginaire conçu par Hervé Niquet ! Bonheur d’entendre sa voix mêlée à celle de Delphine Haidan, dans un magnifique programme de duos de Mendelssohn, Schubert, Offenbach, Humperdinck…
Et puisque j’évoque les timbres, plaisir toujours renouvelé de retrouver ceux, uniques, doux et soyeux, du Philharmonique de Vienne, capté par les micros de Decca dans les années 60, dans une quasi-intégrale bien oubliée des Symphonies de Schubert. due à Karl Münchinger.
Et puisque j’évoque l’or et l’argent, je ne résiste pas à donner à entendre ici la célèbre valse de Lehar, dans l’enregistrement que le grand Rudolf Kempeconsidérait comme son plus réussi, avec les sonorités capiteuses (ces cors de légende !) des Wiener Philharmoniker. L’esprit viennois à son plus subtil !
Rien n’avait été laissé au hasard au soir du 7 mai et de la victoire d’Emmanuel Macron, notamment le choix de la musique qui a accueilli le président élu sur l’esplanade du Louvre (lire Quelle histoire ! )
Le choix des musiques jouées lors de la cérémonie d’investiture à l’Elysée, ce matin, ne doit non plus rien au hasard.
Puis l’air du champagne de Don Giovannide Mozart. On n’a pas manqué de gloser sur ce choix, pas très orthodoxe selon les tenants d’une tradition guindée. Un appel à faire la fête… trop osé ?
Tant que le vin
Leur échauffe la tête,
Fais préparer
Une grande fête.
Si tu trouves sur la place
Quelque fille,
Tâche de l’amener
Elle aussi avec toi.
Que la danse n’obéisse
À nulle ordonnance,
Tu feras danser
À l’une le menuet
À l’autre la contredanse,
À celle-ci l’allemande.
Et moi pendant ce temps,
De mon côté À celle-ci et à celle-là
Je veux faire la cour.
Ah ! demain matin
Ma liste devra
Être plus longue
D’une dizaine. (Air du champagne, Don Giovanni, Mozart)
Et tandis que le nouveau président saluait ses invités dans la Salle des Fêtes de l’Elysée, retentissait l’ouverture d’Orphée aux Enfers d’Offenbach, et son célèbre cancan, qui n’engendre pas précisément la tristesse !
Je ne garde aucun souvenir musical marquant des précédentes cérémonies d’investiture, à l’exception de 2007, lorsque l’épouse d’alors du nouveau président, Cécilia Sarkozy, avait fait jouer Asturias de son arrière-grand-père Isaac Albeniz
Comme je l’ai écrit ici – Ratages officiels – les cérémonies d’investiture, d’installation, ou de couronnement, ont rarement donné lieu à des chefs-d’oeuvre. Il y a quelques exceptions, dans la musique britannique en particulier. De Haendel à Walton, les couronnements, jubilés des monarques britanniques ont été autant d’occasions de célébrations en musique. Comme les Coronation Anthems de Haendel.
Deux oeuvres de Mozartportent le sous-titre de Couronnement, sa Messe KV 317qui n’a rien à voir avec un couronnement royal ou impérial, mais avec une commémoration religieuse du Couronnement de la Vierge, et son 26ème concerto pour pianoqui n’a pas été écrit en vue d’un couronnement, mais joué un an après sa création, en 1790 à Francfort à l’occasion – mais pas pendant – du couronnement de Leopold II.
En France, il était depuis plus de deux siècles considéré comme acquis que c’était Méhull’auteur de la Messe du Sacre de Napoléon. France Musiquea révélé, il y a quelques mois, que ce n’était pas le cas !
Quant aux musiques royales françaises, ce n’est pas en un billet, ni même en deux ou dix, que je pourrais les éovquer…
En cette journée d’installation du nouveau président de la République, je veux faire entendre ici le Chant des partisans, qui a résonné sous la voûte de l’Arc de Triomphe le 8 mai dernier, en présence des deux présidents Hollande et Macron, et qui a manifestement ému le nouvel élu, comme j’avoue l’être à chaque fois que j’entends cet hymne à la Liberté.
Olivier Manteipoursuit sur la même lancée victorieuse, il espérait inaugurer le théâtre rénové par ce Fantasiodont nous avions parlé il y a plus de deux ans. Raté pour la salle Favart – mais y a-t-il jamais eu, en France, un chantier terminé à temps ? – mais pari formidablement relevé pour cette nouvelle production qui a trouvé un beau refuge sur la scène du Châtelet (qui doit aussi fermer bientôt pour rénovation, vous suivez ?).
Les spectateurs du Festival de Radio France et les millions d’auditeurs qui, grâce à France Musique, ont pu entendre, dans le monde entier, le concert du 18 juillet 2015, avaient déjà admiré une partition du meilleur Offenbach, reconstituée par le grand spécialiste Jean-Christophe Keck, donnée dans une distribution éblouissante…
(Julie Depardieu en récitante, Marianne Crébassa en Fantasio, Omo Bello en Elsbeth le 18 juillet 2015 à Montpellier).
Sur la scène du Châtelet, on retrouve la révélation de cette version de concert, MarianneCrébassa, dans le rôle titre, ainsi que Jean-Sébastien Bou qui chantait déjà le prince de Mantoue, Loic Felix (Marinoni), Enguerrand de Hys (Facio) et toute une fine équipe de chanteurs, admirablement mis en scène par l’inventif et facétieux Thomas Jolly. Dans la fosse, Laurent Campellone tire des sortilèges de poésie de l’orchestre philharmonique de Radio France.
Mention spéciale pour le programme vendu au public. Un parfait exemple de pédagogie intelligente, comme on aimerait en lire plus souvent. D’abord toute l’aventure de la « fabrication » de ce Fantasio, le making of (Chroniques d’un opéra), des textes clairs, sans jargon pour spécialistes, très documentés sur le compositeur, l’ouvrage, Musset, l’Opéra comique, les interprètes… Exactement ce qu’il faut pour enrichir l’expérience du spectacle.
Il faut donc courir voir ce Fantasio, ou le repérer sur CultureBoxet sur France Musique !
Le 1er janvier prochain, serons-nous devant nos postes de télévision et/ou à l’écoute de France Musique ? Le d’ordinaire si traditionnel concert de Nouvel an des Wiener Philharmoniker devrait prendre un sérieux coup de jeune avec la présence au pupitre de Gustavo Dudamel. Une bonne surprise en perspective ?
(Avec Gustavo Dudamel, à la Philharmonie de Paris, le jour de son 34ème anniversaire !)
Ces musiques, d’apparence légère, sont en réalité si difficiles, comme si leur « viennitude » échappait à de grandes baguettes peu familières de ce qui fait le caractère unique de la capitale autrichienne, la ville de Klimt, Freud, Schoenberg, Mahler… et des inventeurs de la valse pour la Cour et le peuple, les Lanner, Strauss, Ziehrer & Cie…
J’écrivais ceci il y a un an dans Diapason à propos du très beau coffret publié par Sony :
« Mit Chic » (titre d’une polka du petit frère Strauss, Eduard) au dehors – pochettes cartonnées, papier glacé au blason de l’orchestre philharmonique de Vienne, mais tromperie sur le contenu : « The complete works », une intégrale de la famille Strauss ? des œuvres jouées en 75 concerts de Nouvel an ? Ni l’une ni l’autre.
Mais le double aveu de l’inamovible président-archiviste de l’orchestre, Clemens Hellsberg, nous rassure : l’origine peu glorieuse – 1939, les nazis, un chef Clemens Krauss compromis – est assumée, le ratage, en 1999, du centenaire de la mort de JohannStrauss fils (et les 150 ans de celle du père) aussi. En 60 ans, les Viennois n’avaient jouéque 14 % des quelque 600 opus des Strauss père et fils. Quinze ans après, le pourcentage s’est nettement amélioré : 265 valses, marches, polkas, quadrilles des Strauss, Johann I et II, Josef et Eduard, quelques Lanner (10), Hellmesberger (9), Suppé(5), Ziehrer (4), épisodiquement Verdi, Wagner, Brahms, Berlioz, Offenbach.
Un oubli fâcheux : les rares versions chantées de polkas (Abbado 1988 avec les Petits Chanteursde Vienne) et de Voix du printemps (Karajan 1987 avec Kathleen Battle),
Rien cependant qui nuise au bonheur de cet orchestre unique, sensuel, miroitant, tel quele restitue l’acoustique exceptionnelle de la grande salle dorée du Musikverein, le chic, lecharme, une élégance innée.
Les chefs, c’est autre chose : Carlos Kleiber, en 1989 et 1992, a placé si haut la référence– heureusement la quasi-totalité de ces deux concerts est reprise ici. Les grands habitués, Zubin Mehta, formé à Vienne (à lui Le Beau Danube bleu ) et Lorin Maazel se taillent la part du lion, Harnoncourt est insupportable de sérieux (une Delirien Walzer anémiée), Muti impérial, Prêtre cabotinant, Karajan réduit à la portion congrue (du seul concert de Nouvel an qu’il dirigea le 1er janvier 1987 l’anecdotique Annen Polka) et Boskovsky indétrônable pilier de 25 ans de « Nouvel an » (1955-1979) confiné aux compléments. Pourquoi tant de place pour les plus récents invités ? Barenboim empesé et chichiteux, Ozawa hors sujet, Jansons artificiel à force d’application, et l’anesthésique Welser-Moest.
Je me suis longtemps demandé pourquoi, d’abord, j’étais irrésistiblement attiré par ces musiques – à 20 ans, c’était une passion inavouable ! – ensuite toujours plongé dans un état de nostalgie avancé, la nostalgie étant le regret de ce que l’on n’a pas connu…
L’explication est d’abord musicale. Johann Strauss puis Lehar après lui, à la différence d’un Offenbach ou d’un Waldteufel en France, ne laissent jamais libre cours à la joie pure, au trois-temps allègre et débridé. Dans leurs valses – qui sont en réalité des suites de valses enchaînées – les frères Johann et Josef Strauss ne peuvent s’empêcher, soit dans l’orchestration, soit dans les figures mélodiques, d’assombrir la perspective, de décourager l’optimisme qui devrait normalement gagner l’auditeur ou le danseur.
Cette phrase initiale si douce-amère du hautbois et de la clarinette reprise par les violoncelles est une parfaite signature de la nostalgie viennoise…
Dans une autre valse, beaucoup moins connue, Le Papillon de nuit (Nachtfalter), toute l’introduction puis le lancement de la valse sont d’une tristesse infinie. Ce n’est plus une valse à danser, mais les échos d’un bonheur révolu…
Ce sentiment atteint des sommets dans La Chauve-Souris (Die Fledermaus), lorsqu’à la fin du bal chez Orlofsky, au deuxième acte, les convives entonnent Brüderlein, Schwesterlein
(Un extrait de la version mythique de Carlos Kleiber avec Brigitte Fassbaender en faux prince russe)
Et que dire du célébrissime duo valsé de La Veuve joyeuse (Die lustige Witwe) ? Ici dans l’incomparable version de Karajan avec Elizabeth Harwood et René Kollo.
Un passage moins connu de la même opérette (Comme un bouton de rose) prend presque des airs du fin du monde, de fin d’un monde en tout cas :
Le même ténor Waldemar Kmentt rejoint l’une des plus voix les plus authentiquement viennoises, Hilde Gueden – mélange de sensualité, de douceur et de ce je ne sais quoi de tristesse – dans une autre opérette de Lehar, Le Tsarévitch
Dix ans avant la mort de Johann Strauss (1825-1899), Gustav Mahlercrée sa Première symphonie. Ecoutez à partir de 20’45 » – l’imparable rythme de valse du second mouvement :
Et pour rester dans cette atmosphère Mitteleuropa, un petit bijou triste à souhait, cette valse lente du compositeur tchèque Oskar Nedbal :
Pour finir, un regret en forme de coup de gueule. N’ayant encore jamais trouvé d’ouvrage sérieux en français sur la dynastie Strauss et leurs amis, je me réjouissais de découvrir une nouveauté parue chez Bernard Giovanangeli Editeur : Johann Strauss, la Musique et l’esprit viennois.
L’auteur se présente comme germaniste, maître de conférences, avec plusieurs ouvrages à son actif sur Sissi, Louis II de Bavière, Mayerling, Vienne, etc. Le problème est que ce livre hésite constamment entre plusieurs approches, la biographie plutôt people, les poncifs sur l’esprit du temps et des lieux, des anecdotes sans grand intérêt à côté d’un chapitre plutôt original sur la judéité revendiquée de Johann Strauss, un catalogue a priori complet des oeuvres du roi de la valse – mais à y regarder de près, truffé d’erreurs ! – tout comme une discographie complètement cahotique (Le Baron Tzigane d’Harnoncourt est daté de 1972 chez EMI (!) tandis que la version d’Otto Ackermann de 1953 est datée de 1988, tout le reste à l’avenant… Le pompon est détenu par la préface d’un illustre inconnu que l’auteur présente comme un grand chef d’orchestre et de choeurs, qui ne manque d’ailleurs pas de citer tous ses titres de noblesse qu’on ne poussera pas la cruauté à citer ici. Disons que sa notoriété est circonscrite à un périmètre qui va d’Angoulême à Limoges et que l’art d’enfiler les perles n’a plus de secrets pour lui : « Il suffit d’écouter Le Beau Danube bleu, que j’ai eu le plaisir de diriger, pour percevoir toute la richesse mélodique et la construction symphonique de la reine des valses célèbre dans le monde entier… »
La critique s’est montrée unanimement favorable à cette production (lire Le triomphe des mezzos).
Je partage l’enthousiasme général : mise en scène (et en regard) des deux ouvrages avec une rare pertinence, excellentes incarnations, une réserve peut-être sur la direction un peu fruste de Cavalleria, nettement plus impliquée dans Hindemith. Bref un spectacle à voir et tant pis pour ces spectateurs indélicats qui ont quitté la salle à la fin du Mascagni…
Juste pour le plaisir cette version de référence du célébrissime intermezzo de Cavalleria rusticana
Hier c’était, à l’Opéra Comédie de Montpellier, un tout autre genre de ce qu’on ne peut pas vraiment appeler un opéra. Le titre du spectacle en a fait frémir plus d’un, et suscité maintes réactions hostiles, surtout de la part de ceux qui n’ont pas vu et ne viendront pas le voir. Je n’y allais pas non plus sans appréhension, je dois l’avouer.
Il y a bien un peu de provocation de la part de la direction de l’Opéra de Montpellier à proposer comme spectacle de fêtes une Soupe pop qui n’a rien, mais vraiment rien à voir avec les habituelles opérettes d’Offenbach, Strauss ou Lehar. Le pari de l’auteure de ce spectacle (à mi-chemin entre expérience théâtrale et comédie musicale) Marie-Eve Signeyrole était audacieux : il est réussi ! J’ai passé, hier soir, dans une configuration inhabituelle pour une salle d’opéra, deux riches heures de poésie douce-amère à partir d’un sujet qui pouvait prêter à tous les excès, mention spéciale pour les choeurs de l’opéra, dont plusieurs éléments se sont révélés de fabuleux acteurs/comédiens, pour les Tiger Lillies. Et comme le montre la courte vidéo ci-dessous, un sujet grave n’engendre pas nécessairement la mélancolie, même si plus d’une fois l’émotion nous gagnait, comme dans un bouleversant Send in the clowns entonné en fin de spectacle par le chanteur des Tiger Lillies
Je ne sais pas quel visage aura l’emblème de notre République dans six mois (Primaire : effets secondaires), je sais que, lundi soir, c’est une Mariannerayonnante qui nous a enchantés salle Gaveau à Paris.
L’essentiel du programme de Marianne Crebassa reprenait les airs mozartiens de son premier disque.
Marianne Crebassa est une fidèle du Festival de Radio France Montpellier, où elle a fait ses débuts à 21 ans. En 2015, elle était « le » Fantasio d’Offenbach (lire : Le Fantasio de Montpellier), qu’elle sera à nouveau pour la réouverture de la saison de l’Opéra Comique en 2017.
Sa récente interview dans Le Mondetémoigne, s’il en était besoin, de l’intelligence et de la réflexion de la jeune musicienne sur son métier, son avenir. On souhaite à notre Marianne une longue et belle vie !