Le prince Igor et la reine Lear

Le grand art d’Evelyn Lear

Commençons par un petit bijou, une fois de plus signalé par J-C.H. sur Facebook. Aucune actualité particulière, mais, pour ce qui me concerne, une découverte.

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Je l’avoue, j’avais une connaissance relative de cette grande soprano américaine (1926-2012°

Evelyn Lear naît dans l’arrondissement de Brooklyn à New-York sous le nom d’Evelyn Shulman dans une famille juive originaire de Russie. Elle étudie le piano, le chant.. et le cor à la Juilliard School.

Après un premier mariage avec le physicien Walter Lear dont elle divorce, elle découvre l’opéra pour la première fois à Washington D.C. avec Down in the Valley de Kurt Weill. 

Elle se remarie avec le baryton-basse américain Thomas Stewart (1928-2006), rencontré à la Juilliard School. Ils décrochent une bourse Fulbright qui permet au couple de s’envoler pour l’Europe à la « Hochschule für Musik » de Berlin où la chanteuse étudie avec Maria Ivogün. C’est en Allemagne que sa carrière dans l’opéra décolle. En 1958, elle est engagée au Städtische Oper Berlin où elle chante Ariadne auf Naxos de Richard Strauss

Entre 1959 et 1992, elle va chanter plus de quarante rôles différents, interprétant même les trois rôles féminins (La Maréchale, Sophie, Octavian) du Chevalier à la rose de Richard Strauss. E n1955, tout juste sortie de la Juilliard, Evelyn crée le rôle de Nina, dans Reuben, Reubende de Marc Blitzstein. La légende raconte que Leonard Bernstein a prénommé sa fille Nina en référence à cette œuvre. En 1961, elle crée le rôle-titre de Alkmene de Giselher Klebe à Berlin. À la même époque, elle aborde Lulu d’Alban Berg, son rôle fétiche, au Theater an der Wien, sous la baguette de Karl Böhm, dont elle sera une interprète d’élection

En 1963, à l’occasion de la réouverture du Théâtre National de Munich, elle est la première Jeanne dans Die Verlobung in San Domingo de Werner Egk.

En 1965, à Covent Garden, elle est Donna Elvira dans Don Giovanni. L’année suivante, elle fait ses débuts à l’Opéra lyrique de Chicago dans Le Couronnement de Poppée

Puis elle intègre le Metropolitan Opera de New-York et chante Lavinia Mannon lors de la première de Mourning Becomes Electra, opéra de l’américain Marvin David Levy. En dépit de problèmes vocaux qui affectent la clarté de sa voix, elle continue de créer des rôles jusque dans les années 1990. Elle meurt le dans une maison de repos à Sandy Spring, dans le Maryland, à l’âge de 86 ans.

La discographie d’Evelyn Lear est bien pauvre, en dehors de quelques albums DGG et de « live » heureusement récupérés par le label américain VAI. Celui que je salue aujourd’hui illustre la versatilité d’un art que j’ai eu bien tort de méconnaître jusqu’à ce j’écoute, fasciné, ce disque où Berlioz côtoie Berg et Strauss !

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Extrait des Nuits d’été, dirigé par Dean Dixon à Francfort en 1972

Troisième des Vier letzte Lieder de R. Strauss, capté à Vienne en 1964, Karl Böhm dirigeant les Wiener Philhamoniker !

Le Prince Igor à l’assaut de Bastille

Double première hier soir à l’Opéra Bastille : l’entrée du Prince Igor de Borodine au répertoire de l’Opéra de Paris (!) et première de la nouvelle production mise en scène par Barrie Kosky et dirigée par Philippe Jordan.

On est un tout petit peu moins enthousiaste que Laurent Bury sur Forumopera (Fais moi mal, Barrie !sur la direction du maître des lieux.

Rien à redire à la formidable qualité d’ensemble de l’orchestre et des choeurs (qui auraient pu être mieux coachés pour la prononciation du russe), mais quelque chose de l’ordre de la couleur si profondément russe de la musique de Borodine m’a manqué, comme si Philippe Jordan s’en tenait à distance.

Pour le reste, je souscris complètement à la critique de Laurent Bury. Cette « actualisation » du Prince Igor est tellement téléphonée, qu’on n’en est même pas surpris.

On avait évidemment gardé un tout autre souvenir lorsque Valery Gergiev était venu donner au Théâtre des Champs-Elysées toute une série d’opéras russes, dont Le Prince Igor, en février 1996.

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La grande Sophie

Mercredi soir, à l’Auditorium du Louvre, Julien Chauvin et son Concert de la Loge nous conviaient à un de ces programmes dont ils ont le secret : une des symphonies « parisiennes » de Haydn – la 84ème – entrecoupée d’airs, de scènes, d’extraits de ballets de quelques contemporains de l’illustre Viennois, habitués du Concert de la Loge olympique.

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Avec une invitée de grand luxe, la soprano belge, ma très chère Sophie Karthäuser.

(Extrait de l’opéra Phèdre de Jean-Baptiste Lemoyne, donné en bis à la fin du concert du 9 octobre 2019, à l’auditorium du Louvre)

Je connais Sophie Karthäuser depuis mon arrivée à la direction de l’Orchestre philharmonique de Liège il y a vingt ans (lire Liège à l’unanimité).

Dès le printemps 2001, elle chante ses premières Nuits d’été de Berlioz aux côtés d’un jeune chef français Stéphane Denève  (lire Les Nouveaux modernes), en décembre de la même année, avec Louis Langrée devenu directeur musical de la phalange liégeoise en septembre, elle forme avec une autre toute jeune soprano belge, Céline Scheen, un duo de rêve, dans la Messe en ut mineur de Mozart.

Sophie retrouvera Louis Langrée un an plus tard dans le Requiem de Mozart, puis, en décembre 2004 à Bruxelles et à Liège, pour une Création de Haydn, restée dans toutes les mémoires (Werner Güra et Reinhard Hagen complétaient la distribution. Une Création restée dans la mémoire du public liégeois pour une autre raison : nous avions pris le parti d’illustrer l’oeuvre de Haydn au premier degré, et soumis à cette fin à un jeune photographe liégeois une idée simple. Pouvait-il trouver un homme et une femme jeunes qui accepteraient de poser, de dos, dans la tenue d’Adam et Eve ? Il en résulta une très belle photo qui s’afficha dans tout Liège. Qui me valut une ou deux lettres de vieux ronchons qui trouvaient que, tout de même, ce n’était pas « convenable », et, à l’inverse, un nombre considérable de félicitations. Certains s’étaient même demandé si le chef (Louis Langrée) et la soprano (Sophie Karthäuser) avaient servi de modèles, leurs noms étant imprimés sur l’affiche juste sous les pieds d’Adam et Eve !

Sophie Karthäuser revient à Liège fin mai 2006 pour un concert dont ni elle ni moi ne pouvions supposer que ce serait l’un des derniers que dirigerait Armin Jordan – disparu le 20 septembre 2006. Un programme prémonitoire, composé tout exprès pour la soprano et le chef suisse: Les Illuminations de Britten et la Quatrième symphonie de Mahler qui se conclut par cette mélodie, tirée du Knaben Wunderhorn, intitulée… la Vie céleste. La seule remémoration de cette soirée me bouleverse encore (Une soirée magique).

Dans les années qui suivront, les présences de la soprano s’espaceront un peu, en raison de ses engagements de plus en plus nombreux sur les grandes scènes d’opéra, mais le fil ne se distendra jamais entre l’OPRL et elle. Témoin ce concert de 2018 avec Christian Arming.

Je n’oublie pas que Sophie était présente à la soirée que les Liégeois avaient organisée, le 3 octobre 2014, pour mon départ de l’orchestre (Merci). 

Je n’oublie pas non plus cette représentation du Freischütz de Weber, dans la version française de Berlioz, que dirigeait John Eliot Gardiner à l’Opéra comique à Paris en mai 2011, où Sophie chantait admirablement le rôle d’Agathe. Ce fut la dernière fois que je vis Pierre Boulez, déjà très fatigué, mais la curiosité toujours en éveil.

On l’aura compris, j’ai pour Sophie Karthäuser une profonde affection, doublée d’une admiration sans bornes pour son art bien sûr, la sûreté et la sagesse avec laquelle elle mène une carrière exemplaire depuis plus de vingt ans. Sa discographie en témoigne éloquemment. Petit échantillon non exhaustif.

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Ouvertures

A Radio France, comme ailleurs, on « rentre ». Il y a des sortes de pré-rentrées, l’Orchestre National de France s’est déplacé à Bucarest (Festival Enesco), à Lucerne, mais à Paris c’était hier le soir de rentrée.

Berlioz Krivine

Rentré trop tard de Montpellier, j’ai manqué la soirée. Emmanuel Krivine dirigeait un programme tout Berlioz. A réécouter ici : France Musique : concert de rentrée de l’Orchestre National de France.

J’eusse aimé entendre, dans l’acoustique chaleureuse de l’Auditorium de Radio France, le velours corsé de la chanteuse québecoise Marie-Nicole Lemieux dans Les Nuits d’été, le plus beau cycle de mélodies avec orchestre jamais écrit par un compositeur français.

La voix de Marie-Nicole Lemieux

Surtout après avoir écouté le tout récent disque qu’elle signe avec Paul Daniel et l’Orchestre national Bordeaux-Aquitaine, une authentique réussite qui tient autant à l’originalité du couplage qu’au somptueux mariage de la voix de Marie-Nicole Lemieux et des moirures orchestrales que le chef britannique dessine amoureusement.

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On se demande bien pourquoi nul n’a jamais songé auparavant à un couplage qui tient pourtant de l’évidence entre les Sea Pictures d’Elgar (1899) et le Poème de l’amour et de la mer de Chausson (1892). La rareté ici est La Mer, cycle de quatre mélodies, de Victorin de Joncières (1839-1903), un compositeur dont, grâce aux travaux du Palazzetto Bru Zane, on redécouvre l’oeuvre.

Nuits d’été

Un disque à écouter et réécouter absolument. J’en profite pour remettre en lumière un autre beau disque, passé malheureusement un peu inaperçu à sa sortie. Là aussi un couplage très original, un chef – Paul Daniel – complètement à son aise dans les trois partitions à la tête d’une phalange idéale dans ces répertoires, l’Orchestre philharmonique royal de Liège, et une chanteuse, Anne-Catherine Gillet, qui trace un chemin sûr sur les meilleures scènes d’opéra.

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Ce soir, c’était une autre ouverture, celle de l’Orchestre de chambre de Paris, avec Don Giovanni de Mozart. On en reparle demain !

Un début en catastrophe

Le dimanche 17 août 2008 au petit matin, lorsque les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Liège aperçurent par les hublots de l’avion qui les amenait de Roissy, une colonne de feu qui s’élevait du centre de São Paulo, ils ne pouvaient imaginer que la tournée qu’ils entreprenaient dans le continent sud-américain, sous la direction de Pascal Rophé, allait commencer en catastrophe.

J’étais arrivé la veille à Rio de Janeiro pour rencontrer les organisateurs de la tournée et nos agents locaux et j’allais rejoindre l’orchestre à São Paulo lorsque, juste avant le départ de mon avion, je reçus un message du directeur de production de l’orchestre : « Vol bien passé mais la salle de concert a brûlé, infos suivent » Tout juste le temps de fixer une réunion de crise en fin de matinée avant que le vol Rio-Sao Paulo ne décolle.

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Pour ne pas affoler les musiciens, le grand patron de la Societa et du Teatro Cultura Artistica, Gerald Perret, un Suisse installé au Brésil depuis la fin des années 70, était venu en personne accueillir l’orchestre, alors que son beau théâtre finissait de se consumer. Lorsque j’arrivai à mon tour à l’hôtel où l’OPL était hébergé, Gerald était reparti sur les lieux du drame. Consigne de silence absolu avant une rencontre en tout petit comité en début d’après-midi.

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(Les restes de la Sala Cultura artistica le 17 août 2008)

L’OPL devait donner deux concerts dans cette salle les 18 et 19 août ! J’avais eu le temps depuis le matin d’envisager tous les scénarios possibles : le plus probable était l’annulation pure et simple, un scénario catastrophe pour un début de tournée dans la plus grande ville du Brésil… à moins que l’un des deux concerts puisse être déplacé dans une autre salle ?

C’était sans compter sur la personnalité et l’influence de Gerald Perret. Tout autre que lui, après avoir vu son théâtre disparaître dans les flammes, aurait baissé les bras, surtout pour un orchestre étranger. Etonnamment calme lors de notre première réunion,   il demanda à notre petite équipe de ne pas nous inquiéter, de ne rien dire aux musiciens, promettant qu’il allait sauver la situation ! Il me confia avoir reçu des dizaines de témoignages des plus hautes autorités de l’Etat, de la ville, de ses collègues et confrères, tellement choqués par ce drame. De retour à l’hôtel en fin d’après-midi ce dimanche 17 août 2008, Gerald nous annonça que le concert du 18 aurait lieu à l’Opéra municipal de Sao Paulo – la direction et toute l’équipe technique avaient proposé d’ouvrir le théâtre exceptionnellement un lundi et d’accueillir le concert de l’OPL – et que celui du 19 se déroulerait dans la merveilleuse Sala São Paulo, construite dans une ancienne gare, siège de l’Orchestre symphonique de Sao Paulo, dotée d’une des meilleures acoustiques du monde.

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Un pot d’accueil pour les musiciens était prévu dimanche en fin d’après-midi. La plupart d’entre eux s’étaient égayés en ville ou reposés dans leurs chambres. Nous avions décidé de mettre leurs délégués dans la confidence des événements du jour. Rien n’avait filtré jusqu’à cette fin de journée, et le récit que Gerald Perret fit devant une assistance ébahie et admirative. Longue ovation bien méritée pour celui qui, en moins de 24 heures, avait enduré le pire cauchemar qui puisse arriver à un directeur de salle de concert, et sauvé les débuts de la tournée de l’Orchestre philharmonique de Liège.

Ce lundi 18 août 2008, il y a tout juste dix ans, je crois avoir entendu, à l’Opéra municipal de Sao Paulo, sans doute le concert le plus chargé d’émotion de l’OPL. Le très vieux et respectable président de la Societa Cultura Artistica, 95 ans, était monté sur scène, devant une salle comble et un parterre garni de tous les officiels de la ville, affirmer qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu son théâtre renaître de ses cendres. Je ne sais pas s’il a pu tenir sa promesse – le théâtre a été reconstruit à partir de 2010 et rouvert en 2012.

Pascal Rophé dirigeait l’ouverture Le Corsaire, suivie des Nuits d’été de Berlioz – sublime Susan Graham ! – et, comme il se devait, la Symphonie de Franck

Le français chanté

Je n’ai pas recensé les chroniques de ce blog, où j’évoque le français, la langue française, mon amour des langues, et de cette langue en particulier. Et même si je peste contre cette  mode contemporaine des « journées », je dois reconnaître que la Journée internationale de la Francophonie ce 20 mars, couplée à une Semaine de la langue françaisea été illustrée de belle manière, en particulier par le président de la République sous la coupole de l’Académie française.

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Comme le relève ce matin un ami journaliste belge, à propos du discours d’Emmanuel Macron : Enfin un dirigeant français qui a compris ce qu’est la francophonie.

Je n’ai pas pu suivre l’allocution présidentielle. J’étais au même moment retenu au cimetière du Père-Lachaise par les obsèques d’une belle personne, la grand-mère maternelle de mes petits-enfants, née au Cambodge, victime avec sa famille des persécutions de Pol Pot, atterrie un jour de 1976 à Roissy alors qu’elle pensait rejoindre les Etats-Unis. La France devient sa nouvelle patrie, le français la langue qu’elle partagera exclusivement avec son mari et ses trois enfants, puis ses petits-enfants, la langue de l’amour familial.

Oui le discours du président dit bien la vraie puissance du français : lire  La francophonie est une sphère dont le France n’est qu’une partie.

L’édition 2018 du Festival Radio France Occitanie Montpellier (voir lefestival.eu) consacrera une large place au chant français, à la mélodie, à la chanson française, au français chanté dans tous ses éclats.

Parmi quantité de concerts où le chanté français sera mis à l’honneur, une soirée qui promet d’aussi belles émotions que ce disque, avec Marianne Crebassa et Fazil Say :

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Mais pour illustrer le propos présidentiel, faut-il rappeler que le « bien chanter » français n’est pas l’apanage des seuls artistes francophones ? Nous en avons eu encore la preuve lors de la Table d’écoute de Musiq3 du 25 février dernier consacrée aux Quatre poèmes hindous de Maurice Delage. Les deux chanteuses « vainqueuses » de l’écoute anonyme sont… Felicity Lott et Anne-Sofie von Otter !

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J’ai encore un souvenir très lumineux de la tournée qu’avait faite il y a dix ans, en août 2008, l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud, sous la direction de Pascal Rophé, avec une soliste magnifique, dans un répertoire qui n’allait pas de soi même devant les publics cultivés de Sao Paolo, Montevideo ou Buenos Aires : Susan Graham chantait les Nuits d’été de Berlioz. À la perfection, et si j’osais, mieux quant à la précision du texte, de la diction, que nombre de ses consoeurs francophones ! Car, en dehors de la scène, Susan Graham ne parlait pas un mot de français…

Dans une riche discographie, où tout est à écouter, je retiens, pour les conseiller vivement, ces deux albums

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Autre preuve de la qualité du français chanté par une non-francophone, ce célèbre air de Louise de Charpentier – le plus érotique de la littérature lyrique française – chanté par celle qui fit les beaux soirs mozartiens d’Aix-en-Provence, l’inoubliable Sophie du Rosenkavalier de Karajan, l’Américaine Teresa Stich-RandallA-t-on jamais mieux évoqué l’émoi amoureux ? Et comme pour ne pas faire oublier que le français n’était pas sa langue native, l’auditeur attentif relèvera juste une coquetterie de prononciation « l’âme encore – prononcée comme Angkor – grisée »… mais combien d’illustrissimes chanteurs ont trébuchéé sur ces diphtongues qui sont l’un des charmes et des difficultés du français, les on, en, in, an…

Les soirées de Vienne

Les chiffres donnent le tournis : plus de 800 concerts par saison ! C’est ce que me rappelait hier Thomas Angyan, l’intendant du Musikverein de Vienne… Tandis que nous parlions dans son bureau, il pouvait suivre sur un écran de contrôle les trois répétitions qui se déroulaient simultanément dans les lieux : Harnoncourt et son Concentus musicus Wien, les Wiener Symphoniker dirigés par Simone Young, et les Wiener Philharmoniker répétant avec Christoph Eschenbach et Lang Lang

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Je me rappelle, comme si c’était hier, l’émotion qui nous avait tous saisis, des plus chevronnés aux plus jeunes musiciens de l’Orchestre philharmonique – qui n’était pas encore Royal ! – de Liège, lorsqu’en octobre 2005 nous étions entrés dans les coulisses, puis sur la scène de la grande salle du Musikverein. Pour un concert dirigé par Louis Langrée – le concerto en sol de Ravel avec Claire-Marie Le Guay, et bien évidemment la Symphonie de Franck. Je n’imaginais pas alors que l’OPRL reviendrait en 2011 puis en 2014, trois fois en moins de dix ans !

Le concert de ce soir va revêtir un caractère doublement particulier : c’est Christian Arming, l’enfant de Vienne, qui connaît chaque visage, chaque recoin, chaque maison de sa ville natale, qui va diriger « son » orchestre liégeois, dans un programme tout franco-liégeois : Harmonie du soir d’Eugène Ysaye, les Nuits d’été de Berlioz et la Symphonie de Franck !

Image(Christian Arming et le plus illustre des Viennois, Johann Strauss – Photo JBR)

C’est aussi, pour moi, la dernière tournée avec l’OPRL, et le traditionnel dîner de tournée qu’on offre aux musiciens avait lieu hier soir, avec un invité surprise, qui dirige en ce moment La Traviata à l’opéra de Vienne, Louis Langrée !

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La soirée fut longue, belle, chargée de souvenirs et d’émotion. Comme une manière élégante de boucler la boucle…