Yannick à Rotterdam

Belle surprise que cette publication estivale : un coffret de 6 CD composé d’inédits, de prises de concert, et proposé à petit prix. Pour célébrer les dix ans de direction musicale du chef québécois Yannick Nézet-Séguin à l’orchestre philharmonique de Rotterdam…et le centenaire de la phalange néerlandaise !

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Des enregistrements plutôt récents qui ne reflètent que partiellement la décennie YNZ à Rotterdam (mais il est vrai que les premiers enregistrements du jeune chef ont été réalisés pour EMI/Warner)

CD 1 Chostakovich: Symphonie n° 4 (déc. 2016)                                                                           CD 2 Mahler: Symphonie n°10 / éd. Deryck Cooke (avr. 2016)

CD3 Beethoven: Symphonie n° 8 (fév.2016) / Tchaikovski: Francesca da Rimini (nov. 2015) / Turnage: Concerto pour piano – Marc-André Hamelin – (oct. 2013)

CD 4 Bartók: Concerto pour orchestre (juin 2011)

Dvorak: Symphonie n°8 (déc. 2016)

CD 5-6 Bruckner: Symphonie n°8 (fév. 2016)

Debussy: Trois Nocturnes (déc. 2014)

Haydn: Symphonie n°44 « funèbre » (nov. 2012)

Tout a été dit et écrit sur le phénomène Nézet-Séguin (lire Eveil d’impressions joyeuses), une carrière prodigieuse, les postes les plus exposés (il prend les rênes du Met un an plus tôt que prévu, en raison du « scandale » Levine).

On se réjouit de découvrir ce coffret à tête reposée pendant les vacances qui approchent.

Le coffret est accompagné d’un bref livret trilingue (anglais, français, allemand). On aurait pu imaginer qu’un label aussi prestigieux que Deutsche Grammophon d’une part confie l’écriture et les traductions de ses textes de programme à des auteurs compétents, d’autre part qu’avant publication ces textes soient relus et éventuellement corrigés.

Apparemment, malgré la mention d’un nom de traducteur, on a dû faire appel à Google Trad pour le texte français. Le résultat est digne de figurer dans les meilleurs bêtisiers. Tout simplement illisible… qui rime avec risible !

Extraits : « Dès le départ, Nézet-Séguin donnait la sensation galvanisante que ses qualités spéciales réflétaient les propensions uniques de l’orchestre lui-même »….

La Huitième de Beethoven est une symphonie compacte, soigneusement équilibrée, qui porte son érudition avec légèreté »

Le reste à l’avenant…

Les enchantements de Vladimir

Vladimir Jankélévitch (1903-1985un nom qui dit vaguement quelque chose aux jeunes générations, pas beaucoup plus à la mienne qui ne connaît guère du philosophe musicologue que quelques titres qui claquent comme des formules magiques  (« Le je ne sais quoi » et « le presque rien », La musique et l’ineffablequ’on serait bien en peine d’expliciter.

On doit à l’historienne Françoise Schwab qui se consacre passionnément à la restitution de l’oeuvre de Jankélévitch la publication de nombre d’inédits, ou d’introuvables, rassemblés sous un titre évocateur : L’enchantement musical.

 

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« Comptes-rendus de concerts et de festivals, évocations poétiques des musiciens chers à son coeur,: les musiciens français, particulièrement Debussy, Ravel, Fauré; les musiciens de l’Europe centrale, Chopin et Liszt, le rhapsode et baladin du monde européen, image même de notre modernité; les génies de la musique russe, notamment Moussorgski et Rimski-Korsakov. Pour Vladimir Jankélévitch « on ne pense pas la musique » mais on peut penser en musique… »

Il faudrait pouvoir citer l’imposante préface de Françoise Schwab qui évoque les « morceaux de temporalité enchantée » que constituaient ces « respirations » entre deux livres de philosophie, bien distinctes aussi des monographies de Jankélévitch sur ses compositeurs préférés.

Pris au hasard de ces pages qu’on ne va pas lâcher de sitôt.

Après un concert d’hommage à Fauré (vingt ans après sa mort), le 29 novembre 1944 à Toulouse : « Le Requiem de Fauré décevra les oreilles trop habituées au pathos de Berlioz, à sa folie des grandeurs, à sa volonté de puissance, à son souffle révolutionnaire et messianique, à ses trompettes d’apocalypse. Mais il comblera les amis de la dévotion lisztienne et peut-être pas tant de La Bénédiction de Dieu dans la solitude que de l’incomparable Messe de Gran »

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Ou ce portrait du grand Paul Parayquelques pages plus loin, toujours à Toulouse :

« Paul Paray ne dirige pas comme tant d’autres pour les spectateurs, mais pour les musiciens. Aussi est-il modérément attentif à sa ligne, aux effets de frac et aux gestes coquins de la baguette… Il s’identifie pour quelques quarts d’heure au musicien qu’il interprète, il est tour à tour Poulenc, Dukas, Debussy; son adaptation à des écritures et à des atmosphères aussi différentes que celles de Schubert, de Debussy, de Liszt, tient du prodige…. Il faut le dire aussi, L’Apprenti sorcier n’aurait pas eu cette verve éblouissante, les Préludes n’auraient rendu un son si neuf, si pathétique, ni exaltant, les Sirènes n’auraient pas été si captivantes, ni si mystérieuses les lointaines trompettes des Fêtes, si immatériels les Nuages floconneux qui glissent dans l’azur, sans le bel orchestre (l’Association symphonique des concerts populaires de Toulouse) que Galinier a su former en sept mois de travail quotidien (on est en juin 1945) et qui fut sous la baguette de Paul Paray un instrument merveilleusement docile et une espèce de harpe d’Eole intelligente et sensible »

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Fazil et Satie

Un concert de et avec Fazil Say est toujours une aventure. On en a encore eu la preuve hier soir au Théâtre des Champs-Elysées dans la série des productions de l’infatigable Jeanine Roze .

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A Montpellier, en juillet dernier, le pianiste turc avait consacré, à ma demande, tout son récital à des sonates de Mozart (+ fantaisie KV 475). J’avais un peu insisté, parce qu’il craignait qu’un concert tout Mozart lasse le public… Comme s’il y avait un risque de lassitude ou d’ennui, lorsque Fazil se met au piano !

Le programme d’hier soir avait de quoi surprendre sur le papier : trois Nocturnes de Chopin mais de loin pas les plus joués, les trois derniers opus posthume, l’Appassionata – la 23ème sonate – de Beethovenet après l’entracte les six Gnossiennes de Satiesuivies de pièces de Fazil Say, celles qu’il joue fréquemment en bis Black Earth, Wintermorgen in Istanbul, et une oeuvre de plus grande envergure, une sorte de poème symphonique au piano, écrite à la suite des attentats meurtriers d’Ankara en octobre 2015 In memoriam 10.10.2015

En réalité, comme toujours chez Fazil Say, la construction de ses programmes n’a rien de fortuit. Satie après Chopin, c’est d’une logique évidente, Satie et ses harmonies orientales avant Fazil Say tout aussi évident. Beethoven ou le romantisme exacerbé, pour un pianiste qui n’a aucune limite technique, pour un musicien qui ose s’affranchir d’une certaine tradition, On peut ne pas aimer… ou rendre les armes face à un personnage aussi protéiforme, généreux, inventif.

Au milieu de bis plus virtuoses, jazzy, les uns que les autres, Fazil revient à Chopin. Et la salle archi-comble n’en finit pas de l’applaudir.

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Je n’ai pas encore écouté cette nouveauté, mais je vais m’y mettre…

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Et puisque Satie était à l’honneur hier soir, j’en profite pour mentionner un coffret que je n’avais pas repéré à sa sortie au printemps 2016, que j’ai trouvé à prix réduit :

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Très jolie collection d’enregistrements historiques, avec entre autres le disque magnifique de Daniel Varsano

Pour Brigitte

Tout a été dit, écrit, sur Brigitte – pardon, je ne parle pas de l’épouse très médiatique du nouveau président de la République, que je n’ai pas l’heur de connaître, mais d’une amie chère disparue il y a cinq ans, le 23 juin 2012, à la veille de son soixantième anniversaire, la pianiste Brigitte Engerer. Le temps passe mais n’atténue ni la tristesse ni le regret. J’ai l’impression que la Nuit du piano que nous avions organisée à la Salle Philharmonique de Liège, et confiée à Brigitte Engerer, à l’automne 2010, c’était hier. Tant sont vivaces chacun des moments de pure grâce que la pianiste française et ses partenaires nous avaient prodigués.

Et pourtant Brigitte affrontait déjà la maladie à répétition qui allait l’emporter quelques mois plus tard. Mais elle semblait s’en moquer, se refusant à modérer un goût prononcé pour la cigarette, le bon vin et le jeu (je lui avais naguère fait découvrir le casino tout proche dans la station thermale de Valkenburg).

Brigitte était chez elle à Liège depuis son prix au concours Reine Elisabeth de Belgique en 1978. Je l’admirais, la connaissais de loin, avant d’arriver à la direction de l’orchestre philharmonique de Liège puis ce furent douze ans de compagnonnage ininterrompu. En 2003, elle fut la reine du festival de mi-saison « Piano Roi »un 1er concerto de Tchaikovski à couper le souffle. En 2006 elle jouait le quintette avec piano de Chostakovitch avec le quatuor Danel, en 2009 c’était Saint-Saëns à Anvers, et cette incroyable Nuit du piano d’octobre 2010 à Liège. Comme cette Valse de Ravel, âpre et sensuelle, avec l’immense Nicholas Angelich

    La Valse de Ravel à 2 pianos : Nicholas Angelich et Brigitte Engerer  

Elle tenait à jouer le 1er concerto de Brahms en novembre 2012 avec Christian Arming, qui venait de prendre ses fonctions de directeur musical de l’OPRL. La rencontre n’aura jamais lieu…

J’aurai encore une pensée pour Brigitte Engerer en entendant son inséparable partenaire des dernières années, le 20 juillet prochain au Festival Radio France, Boris Berezovsky

Rappel non exhaustif d’une discographie qui reflète la générosité, le tempérament, le grand art d’une personnalité qui nous manque…

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