La relève

Quinzaine plombante, les disparitions de deux géants Bernard Haitink et Nelson Freire n’ont pas fini de nous remuer.

Pour en sortir, j’ai repéré dans ma DVD-thèque deux visions extrêmement réjouissantes de la relève des générations montantes de musiciens. Des DVD regardés distraitement naguère, qui sont le meilleur remède à la mélancolie ambiante.

Les jeunes Vénézuéliens à Salzbourg

D’abord ce concert de 2013 au festival de Salzbourg, avec l’orchestre et les choeurs des jeunes Vénézuéliens du Sistema.

Je veux d’abord penser à ce pays magnifique, le Vénézuéla, qui nous a donné tant de musiciens de premier plan, plongé depuis des années dans un chaos politique et économique effrayant (lire Le malheur du Venezuela).

Je n’ai pas pu décrocher une seconde de ce fabuleux moment. Toutes les références qu’on peut avoir par exemple de la Première symphonie de Mahler tombent devant l’extraordinaire engagement de ces fiers musiciens.

Evidemment on les attendait dans leurs tubes, comme cet irrésistible Mambo de West side story de Bernstein

Boulez et l’Académie de Lucerne

Autre document retrouvé dans un coffret d’hommage à Pierre Boulez :

A vrai dire, je n’avais pas repéré dans ce coffret mêlant concerts et documentaires, un film passionnant réalisé durant l’été 2008 à Lucerne Inheriting the future of music

Or j’avais assisté à une partie de cette formidable aventure qui avait rassemblé jeunes musiciens et jeunes compositeurs autour de la figure tutélaire et si bienveillante de Pierre Boulez :

« En septembre 2008 je me rendis à Lucerne, où il animait cette phénoménale Académie d’été autant pour les jeunes musiciens que pour les compositeurs. Je lui avais demandé de m’accorder quelques instants, il m’accueillit durant tout un après-midi dans la modeste chambre qu’il occupait dans un hôtel un peu old fashioned sur les bords du Lac des Quatre-Cantons, très exactement en face de la villa de Tribschen où Wagner avait coulé quelques mois heureux (et composé notamment sa Siegfried-Idyll). Aucune fatigue chez cet homme de 83 ans qui dirigeait le soir même un programme colossal » (6 janvier 2016)

On verra dans ce documentaire un jeune homme de 83 ans, qui ne paraît jamais gagné par la fatigue ou la lassitude. On y verra aussi les figures de chefs aujourd’hui établis – Pablo Heras Casado – de compositeurs admirés, le doyen Peter Eötvös et le fringant quadragénaire Ondrej Adamek.

Intéressant aussi de comprendre l’évolution de la musique contemporaine : ainsi on voit le travail des jeunes chefs et de leurs mentors autour d’une oeuvre emblématique de la musique du XXème siècle, Gruppen de Stockhausen, pour trois orchestres symphoniques, créée en 1958 à Cologne sous la triple direction du compositeur, de Bruno Maderna et de… Pierre Boulez.

Quelques semaines après ma rencontre à Lucerne avec Pierre Boulez, l’Orchestre philharmonique royal de Liège et son chef d’alors, Pascal Rophé, avaient ouvert le festival Musica de Strasbourg, avec Gruppen (les trois chefs requis étaient Pascal Rophé bien sûr, Jean Deroyer – qu’on aperçoit dans le documentaire ! – et Lukas Vis). Je comprends que l’oeuvre fascine les chefs qui la travaillent et qui ensuite la dirigent. L’extraordinaire complexité de l’oeuvre n’en débouche pas moins, pour moi, sur une caricature de ce que la « musique contemporaine » pouvait représenter de plus intimidant, repoussant même, pour le public. Tout ça pour ça, ai-je envie de dire !

De ce concert strasbourgeois, j’ai beaucoup plus retenu – et le public aussi ! – la création de Vertigo, une oeuvre concertante pour deux pianos et orchestre, de celui qui aurait eu 40 ans cette année, le surdoué Christophe Bertrand, qui s’est donné la mort à 29 ans le 10 septembre 2010…

De la terre aux étoiles

Thomas Pesquet décolle aujourd’hui de Cap Canaveral pour une nouvelle mission de six mois dans la station spatiale internationale et le monde entier va rêver avec lui.

La fascination pour l’immensité de l’univers, pour les étoiles, les planètes, la vie céleste, est vieille comme le monde. Et chez les musiciens une source d’inspiration inépuisable.

Quelques exemples :

Les Pléiades

L’édition 2021 du Festival Radio France Occitanie Montpellier a placé deux journées de concerts, les 24 et 25 juillet, sous l’égide De la terre aux étoiles (voir le programme ici), et sous le ciel étoilé de Montpellier, les Percussions de l’Orchestre National de France donneront la fascinante partition de Iannis Xenakis (1922-2001), Pléiades, une oeuvre de 1978 créée par les Percussions de Strasbourg, dont le titre fait explicitement référence aux Pléiades de la mythologie et, bien entendu, à la constellation des Pléiades

Les Planètes

Le vaste poème symphonique de Gustav Holst (1874-1934) – The Planets – est l’oeuvre qui a assuré la célébrité internationale, et la postérité, du compositeur anglais, et celle qui a occulté le reste de son oeuvre.

L’œuvre est écrite entre 1914 et 1917, et créée à Londres le 29 septembre 1918, sous la direction d’Adrian Boult.

À la suite de l’échec de The Cloud Messenger en 1913, Holst est invité en villégiature chez son ami Balfour Gardiner. La même année, son ami, le compositeur Arnold Bax et son frère Clifford les rejoignent afin d’apporter leurs lumières sur la composition et l’orchestration. Les frères Bax vont lui parler d’astrologie mais surtout lui inspirer l’idée de « personnifier » chaque planète du système solaire. D’où les 7 mouvements correspondant aux 7 planètes connues à l’époque de la composition (ainsi Pluton – découverte en 1930 et déclassifiée en 2006 – est absente du cycle de Holst, et fera l’objet d’un « ajout » de Colin Matthews en 1999 à la demande de Kent Nagano pour sa dernière saison à la tête du Hallé Orchestra)

Le premier mouvement Mars est composé juste avant le début de la Première Guerre mondiale (1914). Il s’agit, pour Holst, d’exprimer plus son sentiment d’une fin du monde, qu’une réaction face à la tragédie de la guerre. Le troisième mouvement Mercure, composé en dernier, sera achevé en 1916. Holst rangera ses partitions après les avoir terminées, croyant que personne ne pourrait monter en temps de guerre une œuvre demandant un aussi grand orchestre.

En septembre 1918, Balfour Gardiner loue le Queen’s Hall pour une représentation semi-privée. Le chef Adrian Boult n’aura que deux heures pour répéter cette pièce très complexe, ce qui fera dire plus tard à Imogen Holst, la fille du compositeur :

« Ils [les deux à trois cents amis et musiciens qui étaient venus écouter] trouvèrent les clameurs de Mars presque insupportables après quatre années d’une guerre qui se poursuivait. […] Mais c’est la fin de Neptune qui fut inoubliable, avec son chœur de voix féminines s’évanouissant au loin, jusqu’à ce que l’imagination ne pût faire la différence entre le son et le silence. »

Mars, celui qui apporte la guerre (Mars, the Bringer of War)

Vénus, celle qui apporte la paix (Venus, the Bringer of Peace)

Mercure, le messager ailé (Mercury, the Winged Messenger)

Jupiter, celui qui apporte la gaieté (Jupiter, the Bringer of Jollity)

Saturne, celui qui apporte la vieillesse (Saturn, the Bringer of Old Age)

Neptune, le mystique (Neptune, the Mystic)

Uranus, le magicien (Uranus, the Magician)

Le premier « mouvement » Mars a inspiré nombre de groupes de rock, été utilisé abondamment au cinéma et dans la publicité, notamment John Williams pour la musique de Stars Wars

Il existe d’innombrables versions des Planètes de Holst, à commencer par celles du créateur de l’oeuvre, Adrian Boult

Tous les grands chefs du XXème siècle ont enregistré leurs Planètes, souvent pour faire une démonstration de virtuosité orchestrale… et de prise de son spectaculaire !

Ma préférée est définitivement la radieuse version de James Levine (lire Une vie pour la musique) et du somptueux Chicago Symphony.

Le roi des étoiles

Quelques années avant Holst, Stravinsky conçoit, à Paris, en 1911, Le roi des étoiles (звездолики/zvezdoliki), une cantate pour grand orchestre et choeur d’hommes sur un texte du grand poète symboliste russe Constantin Balmont (dont Rachmaninov s’inspirera aussi pour ses Cloches)… d’une durée d’un peu plus de 5 minutes ! On ne s’étonnera pas que l’oeuvre soit rarement donnée, compte-tenu des effectifs qu’elle requiert. Il faudra d’ailleurs attendre 1939 pour que ce Roi des étoiles soit créé à Bruxelles sous la direction de Franz André.

L’oeuvre est dédiée à Debussy, qui ne l’entendit jamais, mais qui en reçut la partition de Stravinsky et qui en écrivit ceci : « La musique pour le Roi des étoiles reste extraordinaire… C’est probablement l’« harmonie des sphères éternelles » dont parle Platon (ne me demandez pas à quelle page !). Et je ne vois que dans Sirius ou Aldébaran une exécution possible de cette cantate pour « mondes » ! Quant à notre plus modeste planète, j’ose dire qu’elle restera telle une gaufre, à l’audition de cette œuvre.

Debussy qui écrit, en 1880, sa première mélodie, Nuit d’étoiles

Nuit d’étoiles
Sous tes voiles
Sous ta brise et tes parfums
Triste lyre
Qui soupire
Je rêve aux amours défunts
Je rêve aux amours défuntsLa sereine mélancolie
Vient éclore au fond de mon cœur
Et j’entends l’âme de ma mie
Tressallir dans le bois rêveurNuit d’étoiles
Sous tes voiles
Sous ta brise et tes parfums
Triste lyre
Qui soupire
Je rêve aux amours défunts
Je rêve aux amours défuntsJe revois à notre fontaine
Tes regards bleus comme les cieux
Cette rose, c’est ton haleine
Et ces étoiles sont tes yeuxNuit d’étoiles
Sous tes voiles
Sous ta brise et tes parfums
Triste lyre
Qui soupire
Je rêve aux amours défunts
Je rêve aux amours défunts

(Théodore de Banville)

(Van Gogh, Nuit étoilée sur le Rhône, 1888 / Musée d’Orsay)

Musique des sphères

Sur la théorie pythagoricienne de Musique des sphères ou d’Harmonie des sphères, on renvoie à l’article très documenté de Wikipedia.

Deux oeuvres au moins portent ce nom.

C’est d’abord l’une des grandes valses de Josef Strauss (1827-1870), Sphärenklänge, composée en 1868. Ici sublimée par Carlos Kleiber et les Wiener Philharmoniker lors du concert de Nouvel an 1992.

Mais c’est aussi une oeuvre beaucoup plus énigmatique d’un compositeur complètement atypique, le Danois Ruud Langgaard (1893-1952), contemporaine des Planètes de Holst, qui requiert un effectif monstrueux – soprano, choeur et deux orchestres !

Liste à compléter évidemment…

En attendant, on souhaite bon vol et belle mission à Thomas Pesquet, dont on est impatient de retrouver les magnifiques photos qu’il nous enverra de là-haut !

La nuit américaine

L’incertitude

J’écris ce billet, au lendemain de l’élection présidentielle américaine, à une heure où les candidats eux-mêmes, les commentateurs, les « experts » se perdent en conjectures quant au résultat, au milieu de la nuit pour les Américains. Un journaliste, sur France 2, faisait remarquer ce matin que le résultat définitif de l’élection de 2000 avait été proclamé… le 14 décembre, six semaines après le vote !

Je ne vais pas me lancer à mon tour dans une analyse même sommaire, sauf à faire remarquer – comme je l’ai déjà fait pour d’autres élections (Quand les sondages ont tort) – qu’en matière électorale il vaut mieux éviter de prendre ses désirs pour des réalités. Il est entendu depuis longtemps, pour 98% des commentateurs européens, que Trump étant une nullité avérée, il ne peut, il ne doit pas être réélu. Ce sont les mêmes d’ailleurs qui affirmaient, en 2016, qu’un milliardaire menteur, vulgaire, méprisant, ne pouvait accéder à la fonction suprême.

Je n’ai pas le début d’une esquisse de sympathie pour le président américain sortant, je n’en ai pas beaucoup plus pour son concurrent qui n’a pas toujours manifesté dans le passé des positions aussi ouvertes sur bien des sujets de société que celles qu’il a timidement esquissées durant sa campagne. Et je crois moins encore que le résultat de cette élection changera profondément le comportement des Etats-Unis sur la scène mondiale. Rappelons-nous le non-interventionnisme de Barack Obama (qui certes succédait au désastreux va-t-en guerre George W. Bush), tendance que Trump n’a fait qu’accentuer.

Patriotisme musical

En revanche, ce qui peut nous frapper, nous Européens, c’est le patriotisme musical dont ont fait et font encore preuve compositeurs et interprètes. En dehors du concert du 14 juillet sous la Tour Eiffel, et des cérémonies officielles, on entend plutôt rarement La Marseillaise entonnée par des musiciens classiques ou de jazz.

Aux Etats-Unis toutes les occasions sont bonnes pour célébrer et chanter l’Amérique.

Ce matin sur France Musique, Max Dozolme racontait l’histoire rocambolesque qui était arrivée à Stravinsky lorsque celui-ci avait « arrangé » l’hymne américain :

Et en faisant un simple petit tour dans ma discothèque, j’ai retrouvé un joli bouquet de ces témoignages festifs d’attachement à la Beautiful America

Ce gala de la Richard Tucker Music Fondation en 1991 n’avait pas fait les choses à moitié

Ici Marilyn Horne chante lors d’un gala qui célèbre, en 1988, le centenaire de la naissance d’Irving Berlin (mort à 101 ans en 1989 !), auteur de ce God bless America.

Un autre compositeur américain plus connu pour ses musiques de film ou ses oeuvres « légères », Morton Gould, écrit au coeur de la Seconde Guerre mondiale cet American salute (1942)

En 2013 pour son concert inaugural de directeur musical de l’orchestre de Cincinnati, Louis Langrée invitait Maya Angelou à être la narratrice d’une oeuvre emblématique d’Aaron Copland, A Lincoln Portrait, créée en 1942 par cette phalange.

Leonard Bernstein, qui avait ses entrées à la Maison Blanche, a connu avec sa dernière comédie musicale 1600 Pennsylvania Avenue (1976) – c’est l’adresse de la Maison Blanche à Washington – le pire bide de sa carrière. Il en avait tiré une White House Cantata qui a été publiée à titre posthume en 1997.

Evidemment, de Bernstein, tout le monde a en tête cet hymne à l’Amérique de West Side Story

Moins connu que Copland ou Bernstein, William Schuman (avec un seul n) – 1910-1992 n’est pas en reste de patriotisme

Les hommages à l’Amérique sont multiples – un seul article de blog n’y suffirait pas – et parfois très inattendus. Il faudra que je demande à Jean-Christophe Keck*, le grand spécialiste d’Offenbach, à quelle occasion l’auteur de La Belle Hélène a composé cette American Eagle Waltz

Si tout le monde connaît la 9ème symphonie dite du « Nouveau monde » de Dvorak, qui fut le premier directeur du Conservatoire de New York (de 1892 à 1895), il y a fort à parier que cette cantate The American flag n’est pas resté dans les mémoires.

*Offenbach en Amérique

Jean-Christophe Keck a bien voulu apporter ces précisions sur l’origine de cette American Eagle Waltz : « En 1876 ruiné par la faillite du Theatre de la Gaité, Offenbach accepte une tournée de concerts aux États Unis lors de l’Exposition universelle. Il en reviendra épuisé mais y aura écrit plusieurs pièces pour grand orchestre dont cette valse qu’il rebaptise commercialement Offenbach valse. Et surtout il y écrit un essai qui mérite d’être lu : Notes d’un musicien en voyage. L’an passé j’ai acquis le bâton avec lequel il a dirigé tous ses concerts américains. Les villes y sont notées dessus à l’encre de sa propre main. Un précieux souvenir sauvé in extremis qui faillit être mis aux ordures par les descendants du maître croyant qu’il s’agissait d’un simple bâton de cerceau, avant de découvrir fortuitement les inscriptions autographes qui y figuraient dessus...

Jean-Christophe Keck ajoute sur sa page Facebook : Page titre de l’American Eagle Waltz [pour grand orchestre] d’Offenbach, finalement rebaptisée par le compositeur Offenbach Waltz, puis Offenbach-valse (ou aussi Le Fleuve d’or) pour la commercialisation française dans sa version piano par l’éditeur Choudens. Manuscrit autographe dont je suis l’heureux propriétaire… pour le moment

Offenbach méritait mieux

On a assez loué ici les qualités de deux coffrets majeurs, sortis ces derniers mois, publiés par Warner, pour honorer Debussy (De la belle ouvrage) puis Berlioz  (Le père Berlioz)

pour ne pas avouer une vraie déception à propos d’un coffret qu’on attendait, qu’on espérait (Et Offenbach ?)

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Déception quant au contenu et à la présentation pour le moins approximative qui est faite du compositeur, de son oeuvre, et du contexte musical et historique de son activité parisienne.

Certes il était inenvisageable d’imaginer une intégrale, puisque tant d’ouvrages restent à découvrir, à enregistrer. Mais, comme Warner l’avait fait pour Berlioz par exemple, il eût suffi de rassembler des versions parues chez d’autres éditeurs d’oeuvres dont il n’existe souvent qu’un unique enregistrement (je pense aux Fées du Rhincaptées en 2003 à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France).

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La composition de ce coffret ne laisse pas d’intriguer. À qui cette édition est-elle destinée ? au public français, à l’auditoire allemand ?

Orphée aux Enfers, La belle Hélène, La Vie parisienne, Les Contes d’Hoffmann, bénéficient de versions en français et en allemand. Quant à La Grande Duchesse de Gérolstein, elle n’a droit qu’à des extraits en français (alors qu’il y a au moins deux versions qui font autorité, celle de Michel Plasson avec Régine Crespin – mais chez Sony – et celle de Marc Minkowski avec l’irrésistible Felicity Lott…. chez Warner !

Certes, cette Grande Duchesse, comme d’irrésistibles Orphée aux enfers et Belle Hélène ont fait l’objet d’un coffret de référene, mais pourquoi avoir écarté ces réussites récentes ?

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Les versions germaniques ne sont pas dénuées d’intérêt, et il est vrai qu’Offenbach est régulièrement joué, en allemand, dans les théâtres outre-Rhin. Pas sûr, cependant, que l’adéquation stylistique soit toujours au rendez-vous avec des chanteurs plus habitués à l’opérette viennoise, comme Anneliese Rothenberger, Adolf Dallapozza ou même Dietrich Fischer-Dieskau

Quant au choix des versions retenues, dans un catalogue très fourni, les fonds EMI ou Erato, on n’est pas surpris que Michel Plasson se taille, justement, la part du lion (avec les équipes brillantes qu’Alain Lanceron rassemblait à Toulouse, Jessye Norman, Teresa Berganza, Mady Mesplé, etc…On l’est plus du choix d’une version des Contes d’Hoffmann, celle de Sylvain Cambreling qui n’a, dans les principaux rôles, que des interprètes non francophones (Neil Schicoff, Ann Murray, Rosalind Plowright, etc..), alors que le même éditeur a une version, autrement plus convaincante, et tout aussi brillante, celle qui rassemble Roberto Alagna, Natalie Dessay, José Van Dam...

Rien de l’Offenbach violoncelliste, alors que Warner vient de publier une magnifique version d’Edgar Moreau !

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Maigres « compléments » un disque « d’airs célèbres » avec Jane Rhodes et Roberto Benzi et la version archi-connue de Gaîté parisienne (dont on précise qu’il s’agit de la « version orchestrale », comme s’il en existait une autre ??) de Manuel Rosenthal, avec un orchestre de Monte-Carlo en très petite forme et mal enregistré. Pourquoi ne pas avoir retenu le chic, le charme et le fini orchestral de Karajan avec le Philharmonia (en 1958) ?

L’affaire se corse avec le livret qui accompagne ce coffret. Je ne suis, de loin, pas un spécialiste d’Offenbach, et je fais confiance à ceux que j’ai déjà cités (voir Et Offenbach ?pour nous éclairer sur le personnage et son oeuvre.

Entre approximations, généralités, vulgarité, et fautes de syntaxe, on est gâté : à propos des Contes d’Hoffmann « on dispose de trop de matériau, dont on ne sait pas ce qu’il en aurait fait », Saint-Saêns est traité au passage de « vieux cochon », La belle Hélène est qualifiée de « persiflage gréco-latin bourré d’anachronismes délirants« . On sera heureux d’apprendre qu’un ouvrage comme Le Pont des soupirs dont il n’existe, à ma connaissance, aucune version en CD, fait partie des « tubes immortels » d’Offenbach, et on pourra se dispenser de lire d’invraisemblables développements sur les « diverses appellations des oeuvres lyriques d’Offenbach : opérette, opéra-bouffe, opéra-comique, opérette-bouffe, opéra-bouffon, opéra-féerie.. des termes qui se marchent quelque peu sur les pieds (sic) !

Déception donc ! Offenbach méritait vraiment mieux.

On se console avec Felicity Lott :

et avec ce double album de l’impayable Régine Crespin.

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Le mal aimé de l’orchestre

C’est l’instrument qui a toujours suscité le plus d’ironie et de blagues dans l’orchestre, c’est l’instrument presque toujours dans l’ombre, dans l’entre-deux, et pourtant sans lui le quatuor – le coeur vibrant de l’orchestre – n’existe pas : l’alto

On trouve même plusieurs sites recensant tout ce que cet instrument a nourri comme petites et grandes histoires, comme cette Grande anthologie des blagues d’altiste.

C’est la première fois (!), sauf erreur de ma part, que tout un coffret est consacré à cet instrument et à l’un de ses serviteurs les plus emblématiques, le magnifique Gérard Caussé

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Le titre du coffret pourrait tromper sur la nature de ce musicien. Gérard Caussé c’est le contraire d’une star – à la différence par exemple du flamboyant Yuri Bashmet, c’est le parfait collègue, complice, ami, c’est la générosité faite musique. J’ai eu la chance de l’accueillir plusieurs fois à Liège, pour des concerts ou pour des enregistrements auxquels il venait prêter la voix si sensuelle et profonde de son alto.

Ce coffret Warner/Erato est d’autant mieux venu, qu’il nous permet de redécouvrir des versions et des artistes qu’on avait perdus de vue, je pense au pianiste François-René Duchâble ou au violoniste Pierre Amoyal. Quelle émotion aussi de retrouver ce beau disque, paru chez Mirare, de sonates russes avec la si regrettée Brigitte Engerer (lire Pour Brigitte!

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Ce coffret-anthologie, pour généreux qu’il soit, est évidemment loin d’embrasser la carrière discographique de Gérard Caussé, mais il en donne un bel aperçu.