Ma tasse de thé

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J’ai apprécié de visiter Kandy, l’ancienne capitale royale du Sri Lanka, et son célèbre Temple de la Dent, où repose la seule relique avérée – une dent – de Bouddha(voir les photos ici : La Dent sacrée)

Mais c’est une émotion beaucoup plus intense que j’éprouve depuis ce matin et mon arrivée près de Nuwara Eliya. Deux nuits à passer ici, à 2000 m d’altitude, dans le village le plus haut perché du Sri Lanka.

IMG_1774(Sur la route de Kandy à Nuwara Eliya)

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IMG_1776(la compagnie Damro est propriétaire de milliers d’hectares de thé)

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IMG_1805La montagne est couverte de plants de thé à perte de vue. Les buissons de thé peuvent vivre 60 ans, mais tous les cinq ans ils sont remplacés pour conserver toujours la même taille (c’est le système des bonzai). Ce sont les femmes, essentiellement d’origine tamoule, qui se consacrent à la cueillette des feuilles de thé, elles ont chacune leur secteur qu’elles connaissent par coeur, qu’elles veillent amoureusement. Et l’une des plus touchantes manifestations de l’âme humaine qu’il m’ait été donné d’entendre, c’est le rire joyeux, les conversations animées de ces femmes au travail dans une montagne si pleine de silence. Et leur immense sourire lorsqu’elles acceptent d’être photographiées.

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Lorsque les petits de l’école élémentaire sortent de classe, ils sont encadrés par un adulte, raccompagnés dans leur village…. comme un berger ramène le troupeau le soir venu.

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IMG_1813Et au milieu du village du haut, de grands jardins potagers, poireaux, carottes, salades, et autres légumes par milliers. Le thé n’est pas la seule ressource de la montagne sri-lankaise.

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Sur le chemin qui contourne le village haut, les plus âgés des habitants rendent timidement le salut qu’on leur fait, un homme à moto nous interpelle en anglais, curieux de voir des touristes en des lieux où ils ne s’aventurent pas d’ordinaire, il se présente comme le pasteur de la communauté (les Tamouls, majoritaires ici, sont chrétiens ou hindouistes), et nous souhaite une belle visite. Puis des enfants viennent à notre rencontre, tout sourire…

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Ceux qui rentrent de l’école n’ont pas encore eu le temps d’ôter leurs uniformes. Nous les quittons à regret, et sur le chemin du retour vers le lodge installé au milieu des champs de thé, d’autres nous hèleront, avec de grands signes de la main.

Jamais je ne me serai senti aussi peu étranger. Le rire de ces cueilleuses de thé, le sourire désarmant de ces enfants, leur chaleur spontanée à notre égard, quelle leçon d’humanité !

La découverte de la musique (VI) : le cor des Alpes et Karajan

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Avant de poursuivre le récit de mon été festivalier de 1974 (Lucerne), une précision géographique qui n’est pas sans rapport avec la musique. La petite ville du centre de la Suisse est située au bord du lac des Quatre Cantons (Vierwaldstättersee), protégée par deux montagnes familières aux Lucernois : le Pilatus ci-dessus, et le Rigi ci-dessous.

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Animant un jeu de culture musicale le samedi matin, à la fin des années 80, sur la chaîne culturelle de la Radio suisse romande (Espace 2), j’étais toujours en quête d’anecdotes, de musiques méconnues. J’avais reçu de l’éditeur suisse Claves un CD auquel je n’avais guère prêté attention (le titre et la couverture n’y incitaient pas vraiment) et que j’ai fini par ouvrir, en panne d’inspiration.

J’ai alors découvert que c’est au cours d’un séjour sur les pentes du Rigi que le jeune Brahms a entendu une sonnerie de cor des Alpes (Alphorn), qu’il a reproduite sur une carte postale qu’il a envoyée à Clara Schumann… et qu’il a ensuite utilisée telle quelle dans le finale de sa Première symphonie !

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Un souvenir plus récent : au cours d’une séance d’Ecouter la musique consacrée à la 1ere symphonie de Brahms à Liège, le cor solo de l’Orchestre, Bruce Richards, nous avait fait la surprise de jouer ce fameux thème sur un authentique cor des Alpes !

Revenons à l’été 1974 et au Festival de Lucerne.

Ma mémoire a fait un tri dans les concerts qui ne m’ont pas marqué ou déçu. L’un des temps forts du Festival devait être le concert de Yehudi Menuhin – les concertos pour violon de Bach avec les Festival strings, placidement dirigés par Rudolf Baumgartner. J’ai déjà raconté (lire Quelque chose de Menuhin) ma déception, et ma surprise le lendemain.

Le festival de Lucerne déborde largement sur septembre, mais la perspective de la rentrée scolaire pour mes deux soeurs plus jeunes (ma rentrée universitaire était pour début octobre) obligeait la petite famille à rentrer en France. J’ai tout de même pu assister à l’un des deux concerts de Karajan avec « son » orchestre philharmonique de Berlin, le 31 août. J’en suis sorti – bêtement – déçu, je n’étais pas prêt à goûter les subtilités d’un programme qui comportait La Mer de Debussy et le Pelléas et Mélisande de Schoenberg. Le triptyque debussyste ne m’était pas familier, quant à Schoenberg je faisais manifestement un blocage (cf. mon billet d’hier). Je me suis rattrapé depuis…

Karajan et Lucerne, c’est une histoire qui vaut d’être rappelée. Le chef autrichien, compromis avec le régime nazi, avait été, de fait, banni des principales scènes de concert et d’opéra dans l’immédiat après-guerre. En 1948, le festival de Lucerne, fondé dix ans plus tôt par Ansermet et Toscanini, lui tend la main et lui offre ainsi une réhabilitation spectaculaire. Karajan ne l’oubliera jamais, et jusqu’en 1988 (il est mort en juillet 1989), il honorera chaque été le festival de Lucerne de sa présence. Le rituel était immuable : à partir de 1968 avec les Berliner Philharmoniker deux concerts, deux programmes différents le 31 août et le 1er septembre (le détail de quarante ans de présence de Karajan à Lucerne sur l’excellent site japonais Karajan info). C’est dans l’orchestre du Festival que Karajan trouvera son légendaire premier violon berlinois Michel Schwalbé. C’est aussi avec cet orchestre qu’il réalisera, trois mois avant sa mort prématurée, en septembre 1950, l’un des disques les plus parfaits de Dinu Lipatti, un 21ème concerto pour piano de Mozart, pour l’éternité !

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Des vagues de dunes

(Namibie II)

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Les couchers de soleil en bord de mer, en montagne, sur un lac, peuvent être exceptionnels. Sur une immensité désertique ceinte de pentes aux couleurs accordées aux nuages, c’est un spectacle unique. Celui qu’on a eu hier soir du balcon du Moon Mountain Lodge, à quelques encâblures du site de Sesriem.

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Ce mardi matin levé avant l’aurore (5 h) pour parcourir la piste qui mène à des paysages que tous les guides présentent comme uniques au monde. Surtout au lever du jour. La réalité est plus impressionnante encore que tout ce qu’on peut en voir, aucune photo, aucun film ne peut restituer l’impression physique d’immensité, d’infini, qui vous étreint sur plusieurs dizaines de kilomètres.

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L’entrée du gigantesque parc naturel répond à un cérémonial précis : une « ranger » locale, coiffée d’un bonnet péruvien, recense à la main, d’une écriture régulière et serrée, tous les éléments constitutifs de votre visite : numéro, type du véhicule, occupants, heure d’entrée, tout cela doit être signé et contresigné par les visiteurs… avant qu’ils ne soient dirigés vers un guichet plus loin pour payer leur écot. Autant le dire, on aime cette façon à l’ancienne d’accueillir le touriste. Bon, pour être complet, il faut avouer qu’on se fera gruger au bout de la piste, là où les voitures n’ont plus accès, par un chauffeur de jeep qui se propose, à un prix à la tête du client, de nous conduire et de nous ramener du point extrême du parc. Mais quand on découvre le site, les dunes immenses, les lacs salés pétrifiés, les passereaux multicolores et gourmands peuplant les rares arbres vivants…on oublie tout !

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Sauf qu’au milieu de l’ascension de la dune la plus haute (voir photo ci-dessus) on est obligé de rebrousser chemin. Le vertige qui paralyse soudain, sans aucune raison, et qui vous laisse immobile de très longues secondes. Je pensais avoir conjuré un phénomène que je n’avais connu que tardivement, il y a une vingtaine d’années, dans une situation tout aussi banale, sur un rocher surplombant une plage de Cassis. Situation ridicule pour les autres, humiliante pour soi-même.  Les photos qui suivent ne sont pas de moi, mais d’un accompagnateur plus vaillant – et meilleur photographe – que moi : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10153348529437602.1073741878.629007601&type=1&l=a0eca59586

12401707_10153784353478194_1009146949676154720_oAu petit jour, à l’aller, une belle dizaine de zèbres du désert nous avait barré la route pour disparaître à toute allure, sans qu’on ait eu le temps de les photographier. Au retour, de majestueux oryx, solitaires, ou plus rarement groupés, arpentent fièrement leur immense territoire. Dans le lointain, des autruches, ou des émeus ?

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On atteint vite le mitan du jour, la chaleur est écrasante, parfois le vent se lève et soulève le sable en rafales. Un dernier coup d’oeil sur un canyon beaucoup moins spectaculaire que ceux qu’on a vus naguère dans l’Ouest américain. Une halte roborative au lodge local, avant de reprendre la route et de revoir à l’envers, sous le soleil au zénith, en d’infinies variations de rouge, d’ocre, d’or et d’abricot, les mêmes sommets, les mêmes courbes arrondies, et des ciels infinis.

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