Le 16 juin 2024, l’annonce de sa mort nous avait sidérés. Jodie Devos nous quittait, à 35 ans, au terme d’une brève et fulgurante maladie (lire Jodie dans les étoiles)
Où qu’elle soit, où que tu soies Jodie, tu es pour nous et pour toujours la reine des fées…
Avec Sonya c’est une amitié de plus de dix ans, à Montpellier en 2016 Iris de Mascagni, en 2017 Siberia de Giordano, un projet annulé en 2020 pour cause de Covid, et en 2021 une folle soirée de clôture du Festival. Toujours avec son mari, le chef d’orchestre Domingo Hindoyan qui était un habitué de Liège avant d’en devenir un de Montpellier. C’était une fête heureuse ininterrompue…
Et toujours impressions et réflexions sur mes brèves de blog
Tout le monde s’accorde à reconnaître que l’allocution d’Emmanuel Macron – regardée par près de 25 millions de téléspectateurs – ce jeudi soir a été de haute tenue, convaincante et rassurante pour deux tiers des Français. Je partage cette opinion, même si je trouve toujours le président de la République trop long, usant de la répétition, comme s’il avait du mal à conclure. Je crois savoir que sa propre épouse lui en fait souvent le reproche…
Le hasard fait que j’ai commencé, il y a quelques jours, la lecture d’un ouvrage qui n’est pas parti pour devenir un bestseller, dont l’auteur m’était inconnu, et qui s’avère exceptionnellement riche en informations, puisant aux meilleures sources.
« On les appelle » les plumes « . Elles vivent recluses au cœur du pouvoir. Elles écrivent les discours des présidents et des grandes figures politiques. Elles trouvent les mots qui pourraient marquer l’Histoire, et les formules qui feront date. Qui sont-elles ? Comment les interventions des puissants se préparent-elles ? Cette enquête raconte les arcanes de la politique et les dessous de la Ve République, au travers de l’art oratoire. Comment Emmanuel Macron a-t-il changé sa façon d’écrire et de dire les discours après la crise des » gilets jaunes » ? Comment Nicolas Sarkozy a-t-il réagi quand, au moment de prononcer son intervention au pupitre, il en manquait encore des pages ? Pourquoi 106 versions ont-elles été nécessaires à l’allocution télévisée d’au revoir de Jacques Chirac ? Le lecteur pénètre dans la fabrique des discours et assiste à de drôles de séances de relecture dans le Salon vert de l’Elysée. Des batailles homériques éclatent entre des conseillers qui se disputent sur les expressions à placer dans la bouche d’un Président. Certains discours ont changé la société et la vie de leur orateur. Mais on découvre aussi des plagiats, des interventions ratées ou écrites dans la tempête. Et même des discours rédigés mais jamais prononcés, comme celui d’un candidat à la présidentielle hésitant à se retirer avant de se raviser. Ces textes ont été dits au Vel’ d’Hiv, devant la Knesset ou au Bundestag. Ils ont rendu hommage à des victimes d’attentats, à des figures de l’Histoire ou à Johnny Hallyday. Ils ont dénoncé » le monde de la finance » ou proclamé que l’Homme Africain n’était » pas assez entré dans l’Histoire « . Ils ont annoncé l’abolition de la peine de mort, la déchéance de nationalité, la dissolution de l’Assemblée ou des adieux à la politique. Les » plumes » ont accepté de témoigner sans masque, comme la plupart des grandes personnalités politiques. Certains discours sont devenus des moments d’Histoire. Tous ont une histoire. » (Présentation de l’éditeur).
Pour qui est passionné d’histoire contemporaine (quelques billets de ce blog en témoignent !), cette incursion dans les coulisses de la parole présidentielle, la somme de témoignages récoltée auprès des plus proches collaborateurs des présidents de la Vème République, constituent un document de première importance. On sait gré à l’auteur de n’avoir aucune approche partisane. Certains découvriront, sans doute, des aspects peu connus, parfois contraires à l’image publique que certains présidents ont donnée d’eux (c’est le cas en particulier pour Chirac ou Hollande).
Habilement, Michaël Moreau ne procède pas par ordre chronologique, mais ouvre son livre sur l’actuel président.
J’ai reconnu, parmi ces « plumes » des personnages que j’ai parfois eu la chance d’approcher et de connaître. Je me suis rappelé aussi mes premières années professionnelles, où, à un niveau bien plus modeste, j’ai prêté ma plume à tel sénateur, tel député ou responsable politique.
Un souvenir particulier me revient, en lien avec mon papier d’avant-hier (Prétention)
J’ai travaillé quelques semaines, début 1978, auprès de Jean Lecanuet, alors président du parti centriste, le CDS, comme chargé d’études.
Je devais fournir à celui qui avait été un candidat remarqué à l’élection présidentielle de 1965 des fiches, des argumentaires sur quantité de sujets. Nous étions à la veille d’élections législatives cruciales.
Georges Chérière, le fondateur et alors directeur de Diapason, avait engagé une campagne pour obtenir la baisse du taux de TVA sur le disque, qui était taxé à 33% comme un produit de luxe ! Il avait demandé audience à tous les présidents de parti. J’avais conseillé à Jean Lecanuet, l’un des principaux responsables de la majorité sortante, de le recevoir… et de faire droit à sa demande. Lecanuet ,que je n’avais pas entendu porter un intérêt particulier à la culture, a fortiori au disque, tout agrégé de philosophie qu’il fût, reçut Chérière en ma présence (j’avais 22 ans !), le convainquit au-delà de ce que j’imaginais. Résultat dans le numéro suivant de Diapason : la prise de position de Jean Lecanuet était mise à la une, tant elle rompait avec le discours de la droite. Chérière avait été séduit, et ne se cachait pas pour le dire… Il faudra cependant attendre 1987 pour que la TVA sur le disque passe de 33% à 18,6%… mais je me suis dit que, peut-être, le conseil d’un modeste chargé d’études, neuf ans plus tôt, n’y avait pas été étranger…
Tout apprenti germaniste a un jour appris par coeur La chanson de Mignon / Mignon’s Lied, l’un des plus célèbres poèmes de Goethe
Kennst du das Land, wo die Zitronen blühn / Connais tu le pays des citronniers en fleurs Im dunklen Laub die Goldorangen glühn / Et des oranges d’or dans le sombre feuillage Ein sanfter Wind vom blauen Himmel weht / De la brise soufflant doucement du ciel bleu Die Myrte still und hoch der Lorbeer steht? / Du myrte silencieux et des hauts lauriers droits Kennst du es wohl? / Le connais-tu bien ? Dahin, dahin / Là-bas, là-bas Möcht ich mit dir, o mein Geliebter, ziehn! / Je voudrais ô mon amour m’en aller avec toi
Kennst du das Haus? Auf Säulen ruht sein Dach / Connais-tu la maison ? Son toit posé sur des colonnes Es glänzt der Saal, es schimmert das Gemach / La chambre aux doux reflets, la salle lumineuse Und Marmorbilder stehn und sehn mich an / Et les statues de marbre qui me regardent Was hat man dir, du armes Kind, getan / Que t’a-t-on fait, mon pauvre enfant ? Kennst du es wohl? / Le connais-tu bien ? Dahin, dahin / Là-bas, là-bas Möcht ich mit dir, o mein Beschützer, ziehn! / Je voudrais, ô mon protecteur, m’en aller avec toi
Kennst du den Berg und seinen Wolkensteg? / Connais-tu la montagne et le sentier dans les nuées ? Das Maultier sucht im Nebel seinen Weg / Le muletier cherche son chemin dans la brume In Höhlen wohnt der Drachen alte Brut / Dans les grottes se cache l’engeance des dragons Es stürzt der Fels und über ihn die Flut / Le rocher s’y écrase submergé par les eaux Kennst du ihn wohl? / Le connais-tu bien ? Dahin, dahin / Là-bas, Geht unser Weg / C’est là-bas que va notre chemin O Vater, lass uns ziehn! Ô père, partons-y*
Depuis quelques jours, je suis dans « ce pays où fleurissent les citronniers« , la péninsule de Sorrente, où l’on fabrique le fameux limoncello
Mais, arrivant dans le jardin du petit hôtel où j’ai trouvé refuge à l’écart de la foule – ce qui est un exploit dans la région au mois d’août ! -, planté de citronniers et d’orangers, j’ai aussitôt pensé à Strauss, Schubert, Wolf, Duparc et même Ambroise Thomas !
Johann Straussfils et sa valse Wo die Zitronen blühenop.364 initialement appelée « Bella Italia », créée en 1874 pendant une tournée italienne du célèbre violoniste/chef d’orchestre/compositeur.
Hugo Wolfpuise aux mêmes sources, mais l’atmosphère se fait plus sombre.
Henri Duparc confie une Romance de Mignon (1869)de pure beauté sur un poème de Victor Wilder, beaucoup plus proche du poème de Goethe que les traductions françaises les plus connues (* voir ci-dessous)
On n’est pas obligé d’écouter ni même d’aimer l’opéra d’Ambroise Thomas, Mignon, pour apprécier cet air ravissant, dans la voix fruitée, à la prononciation française délicieusement artificielle, de Frederica von Stade
Et pourquoi pas se replonger dans ce bouquin, qui m’était, à vrai dire, tombé des mains lorsque j’avais dû le lire pendant mes études d’allemand – mais n’en est-il pas un peu toujours ainsi lorsqu’une lecture est obligée plus que choisie ? –
* Traduction personnelle du poème de Goethe, au plus près du texte allemand et de sa poétique particulière. Assez éloignée de la traduction/trahison très fantaisiste qui est couramment utilisée depuis le XIXème siècle :
Connais-tu le pays où fleurit l’oranger? Le pays des fruits d’or et des roses vermeilles, Où la brise est plus douce et l’oiseau plus léger, Où dans toute saison butinent les abeilles, Où rayonne et sourit, comme un bienfait de Dieu, Un éternel printemps sous un ciel toujours bleu! Hélas! Que ne puis-je te suivre Vers ce rivage heureux d’où le sort m’exila! C’est là! c’est là que je voudrais vivre, Aimer, aimer et mourir!
Connais-tu la maison où l’on m’attend là-bas? La salle aux lambris d’or, où des hommes de marbre M’appellent dans la nuit en me tendant les bras? Et la cour où l’on danse à l’ombre d’un grand arbre? Et le lac transparent où glissent sur les eaux Mille bateaux légers pariels à des oiseaux! Hélas! Que ne puis-je te suivre Vers ce pays lointain d’où le sort m’exila! C’est là! c’est là que je voudrais vivre, Aimer, aimer et mourir!