Pour l’amour de Marilyn

Marilyn Monroe est morte il y a soixante ans, le 4 août 1962, et on en parle encore et toujours.

Je n’ai rien d’original à dire, sinon que je suis, comme quelques millions d’autres humains, un admirateur inconditionnel de l’actrice, de la chanteuse, et toujours fasciné par une personnalité plus complexe que l’image qu’elle-même et les autres ont donnée d’elle.

J’évoquais hier Michel Schneider (La comédie de la Culture). Le psychanalyste qu’il était ne pouvait pas passer à côté du « cas » Marylin, j’avais beaucoup aimé ce Marilyn dernières séances qui avait obtenu le prix Interallié en 2006.

Encore un bouquin à relire pendant ces vacances.

Mais je découvre que Michel Schneider avait préparé un nouvel ouvrage consacré à l’actrice américaine, dont la sortie est annoncée pour le 11 octobre prochain.

LES AMOURS DE MARILYN Cet amour, des millions de gens l’éprouvent encore soixante ans après sa disparition. Le secret de sa présence après tant de temps ? Marilyn est une sorte de miroir. Portrait d’une image brisée, Michel Schneider donne non pas la vérité de Marilyn Monroe mais éclaire d’un faisceau neuf ses vérités telles qu’elle les exprima en mots et en maux, au cours de sa vie amoureuse et sexuelle. Cet éclairage se résume en un nom : amour. Celui qu’elle ressentait pour certains êtres, et pour les animaux. Celui qu’elle inspira à quelques-uns. Celui que Michel Schneider lui porte à travers le temps (exemples d’entrées : Amour, amants, amis animaux, livres, mère, Montand…). Présentation de l’éditeur

On est évidemment impatient de découvrir ce beau livre.

L’hommage à M.S.

Sylvain Fort avait publié dans un hebdomadaire bien connu un merveilleux texte d’hommage à Michel Schneider, auquel les non-abonnés n’avaient pas accès. L’auteur de cet hommage ayant révélé ce texte sur sa page Facebook, on s’autorise à le reproduire ici. Avec une admiration encore renforcée pour celui qui a disparu le 22 juillet dernier.

« Nous avions Michel Schneider, et nous ne le savions pas. Je dis « avions » parce qu’il nous a quittés le 22 juillet dernier, discrètement. Je dis, « nous ne le savions », parce que sa place dans notre paysage littéraire et intellectuel n’a pas été, je pense, justement estimée.

Bien sûr, il était là, visible, actif, à certains égards même répandu. On le voyait à la télévision, on le lisait dans Le Point, il recevait des Prix littéraires. Je crains cependant que trop souvent il n’ait été vu comme un esprit fin, anticonformiste certes, mais enfin accroché malgré tout à ces grandeurs d’établissement qui permettent d’épingler sur le liège social le spécimen humain, afin de ne plus l’en déplacer, en se disant qu’on saura où le trouver, à quoi l’assigner : l’ENA, la Cour des Comptes, la psychanalyse, la critique littéraire…

En réalité, il n’était pas là. Il vivait dans son exil intérieur, dont la matière première était la nuit. L’oubli, le souterrain, l’obscurité, le secret étaient son élément. Il ne tentait pas de ramener à la lumière ce qui était caché, mais d’inventer une langue pour dire le secret. Il traquait l’absence et le deuil. Il écrivait « dans le noir » : titre d’un de ses essais récents (Écrit dans le noir, 2017) fouillant la part d’ombre, la conscience nocturne, de ces écrivains immenses dont il s’était choisi la compagnie, de Chateaubriand à Proust.

Par des amis communs, j’aurais pu le rencontrer, discuter. Je n’ai jamais osé, parce que, lecteur depuis mes dix-sept ans du moindre de ses livres, je ne voyais pas au nom de quoi je lui aurais arraché une conversation forçant sa discrétion, et exposant à la lumière banale d’une conversation mondaine l’épaisseur de nuit secrète où il avait installé sa pensée et son œuvre.

J’insiste : nous n’avons pas assez su qu’en Michel Schneider nous disposions d’un esprit que nous pouvons comparer aux meilleurs intellectuels issus de la haute culture Mitteleuropa (Magris, Steiner, Canetti), mais surtout à l’un de ces intransigeants qui ne nous menait jamais où il nous plaisait d’aller, mais là où nous ne savions pas pouvoir aller. Dans les labyrinthes de ses écrits baignés d’ombre, nous rencontrions plus souvent peut-être que nous n’aurions aimé la mort, l’oubli, la blessure du temps, la solitude, dont il détaillait la subtile mécanique dans une langue insinuante, miroitante, semblant issue de l’expérience de mille vies.

Ses livres sur la politique traquèrent les fictions morbides du pouvoir. Son bref essai Miroir des Princes, narcissisme et politique (2013) examine cliniquement la fascination des politiques pour leur reflet dans tous les miroirs qu’on leur tend : mais par-delà l’usage de la psychanalyse, on sent constamment dans la rigueur incisive de la réflexion, dans le maniement précis du scalpel de la langue, le rayonnement sombre d’une morale. Son étude minutieuse d’épisodes du jeu de miroirs de la vie politique font songer à La Rochefoucauld ou Racine plus qu’à Freud. Aussi ne fus-je pas étonné qu’il consacrât un de ses plus beaux textes à Pascal (2016), osant cet aveu : « si je ressens, le lisant et écrivant sur lui, la sensation amère et pénétrante qu’il a écrit ce que j’aurais dû écrire, je n’ai pas la folie de croire que j’aurais pu écrire ce qu’il a écrit, ni aimé l’avoir écrit ». Nous n’avons pas assez su que Michel Schneider était, aussi, un descendant de Port-Royal.

Traquant les doubles fonds du langage et les mirages de notre condition, il aurait pu aussi céder à une forme de relativisme sceptique. Or, il fut hanté par la certitude du sens, et c’est la musique qui lui en communiqua la plus vive sensation. Il alla en sonder l’énigme dans les parages les plus dérobés, faisant sienne la conviction de Nietzsche que la musique était un « art de la nuit ». Il fut de ceux qui disaient le mieux la musique, parce qu’il entendait en elle, jusque dans sa folie aphasique, le murmure d’une vérité humaine. Il consacra deux livres à Schumann, dont La Tombée de la nuit, qui est peut-être un des deux ou trois livres les plus éblouissants sur la musique qu’il m’ait été donné de lire : cette exploration des démons de Schumann est une descente à l’abîme dont on sort vainqueur à la manière du Desdichado de Nerval. Comment, dès lors, aurait-il supporté le nihilisme faraud de Pierre Boulez ?

A présent qu’il n’est plus, il est temps encore de savoir que nous l’avions, et tous ses livres font que nous l’aurons pour longtemps, ce qui en somme est une forme supérieure de joie. » (Sylvain Fort)

La comédie de la culture

Non je ne vais pas commencer à balancer sur ce qui fut – et reste très largement – mon milieu, mon terrain de jeu, pendant presque quarante ans (Libre) !

Le titre de ce billet est une référence et un hommage à un personnage très singulier, Michel Schneider (1944-2022) disparu le 22 juillet dernier, et à son ouvrage La comédie de la culture paru il y a presque trente ans.

Je l’avais lu, dégusté, savouré, à sa sortie, d’abord pour la qualité de l’écriture de celui qui fut le directeur de la musique et de la danse du ministère de la Culture de 1988 à 1991, et son redoutable talent de polémiste que les téléspectateurs purent découvrir un soir qu’il était invité chez Bernard Pivot dans Bouillon de culture. Pierre Boulez n’y révéla pas son meilleur visage…

Altercation entre Michel Schneider et Pierre Boulez

Je suis en train de relire l’ouvrage, en téléchargement puisque j’ai perdu l’original, il n’y a pas une ligne à changer, ni même à actualiser. Michel Schneider, en 1993, écrivait, décrivait un état des lieux avec infiniment plus de pertinence et de justesse que je ne l’avais fait dans un billet ici, qui m’avait valu quelques reproches, à l’orée de la campagne présidentielle de 2017 : L’Absente.

Le résumé que faisait l’auteur lui-même de son essai sur la quatrième de couverture ne traduit qu’imparfaitement l’essence et le sens de ce livre. Il faudrait pouvoir citer des passages entiers, les flèches décochées aux puissants du jour, ceux d’hier comme d’aujourd’hui.

« Il y a en France un ministère de la Culture, singularité dans une démocratie. Depuis 1981, ses interventions se multiplient : événements, marchandises, consommations, la culture semble diverse et vivante. N’est-ce pas l’inverse ? La fièvre indique un malaise. Au-delà d’une critique de la culture de cour, avec ses mœurs, grimaces, travers et ridicules, il faut analyser les tensions qui toujours existent entre art et politique, culture et pouvoir. Car, menée par la gauche ou la droite, la politique culturelle recèle des risques. Les arts ont peut-être le ministère qu’ils méritent, et le ministère les artistes qui le justifient. Que l’art divorce d’avec le sens, la forme, le beau, qu’il ne dise plus rien à personne, qu’il n’y ait plus d’œuvres ni de public, qu’importe, du moment qu’il y a encore des artistes et des politiques, et qu’ils continuent de se soutenir : une subvention contre une signature au bas d’un manifeste électoral. Le rideau tombe, il faut juger la pièce. Ministère de la Culture ? Non, gouvernement des artistes. Mais on ne gouverne pas la culture, et elle n’est pas un moyen de gouvernement. Rien n’est pire qu’un prince qui se prend pour un artiste, si ce n’est un artiste qui se prend pour un prince » (Michel Schneider).

(Photo JOEL SAGET / AFP)

Cette Comédie de la Culture aurait tout aussi bien s’intituler La Comédie du pouvoir si Françoise Giroud n’avait pas déjà emprunté la formule en 1977.

Semaine 3 et fin

#FestivalRF22 #SoBritish

And the winner is…

J’évoquais dans mon dernier billet (Festival d’inconnus) la finale du concours Eurovision des jeunes musiciens qui a eu lieu samedi soir à Montpellier. Diffusée sur Culturebox et France Musique. On peut tout revoir ici : Eurovision Jeunes Musiciens 2022.

Beaucoup de moments heureux :

Fier d’avoir réuni ce jury : Tedi Papavrami, Nora Cismondi, Christian-Pierre La Marca, JPR, Muza Rubackyté

Le premier prix sans discussion pour un talent déjà avéré, le jeune violoniste tchèque Daniel Matejča.

La classe d’un maître

On attendait – c’était une première pour la presque totalité du public – le récit des aventures de la Belle Maguelone, telles que Brahms les a mises en musique. C’était hier soir à l’Opéra Comédie de Montpellier (diffusion le 8 août sur France Musique). Que dire que je n’aie déjà écrit sur Stéphane Degout ? Magistrale interprétation, à laquelle il faut associer ses comparses Marielou Jacquard, mezzo-soprano, Alain Planès, piano et Roger Germser, conteur et lumières

Stéphane Degout anime à partir d’aujourd’hui une Masterclass qu’on sera bien inspiré de suivre de bout en bout : détails sur lefestival.eu.

Marianne, Gabriel, Benjamin, Maxim…

Troisième et dernière semaine donc pour l’édition 2022 du Festival Radio France. Si on ne craignait le cliché, on parlerait de bouquet final ! Marianne Crebassa ce soir, Gabriel Prokofiev demain, Benjamin Grosvenor et Maxim Emelyanychev jeudi et vendredi.

Actualité

Michel Schneider est mort le 22 juillet. J’ai prévu de lui rendre hommage, comme Sylvain Fort l’a fait dans L’Express. J’ai commencé à relire son essai La Comédie de la Culture paru il y une trentaine d’années et qui lui avait valu une invitation de Bernard Pivot (à revoir ici) Un ouvrage d’une extrême qualité d’écriture qui n’a pas pris une ride !

Pour ceux qui se soucient de mon propre sort (patience… juillet n’est pas terminé !), cette interview sur Forumopera : « Jean-Pierre Rousseau : je n’ai aucun regret«