L’illumination Britten (I)

Faut-il prendre prétexte du cinquantenaire de sa mort, le 4 décembre 1976, pour célébrer Benjamin Britten ? Une fois qu’on a répété que c’est « le plus grand compositeur anglais » du XXe siècle, qu’on a cité les deux opéras qu’on représente régulièrement (Billy Budd, Peter Grimes), que sait-on vraiment, en France, de celui qui fut aussi un formidable pianiste, chef d’orchestre, et même altiste ?

C’est pourquoi j’ouvre une série d’articles consacrée à une personnalité, qui me rappelle une conversation d’il y a quelques années avec ma mère. J’essayais de lui faire raconter ses années à Londres, ses études à l’école d’infirmières du Kensington Hospital, et en même temps son rôle de nurse pour les enfants d’une famille aisée. C’est là qu’elle me dit que les B. recevaient régulièrement des amis le dimanche, et que parmi eux il y avait un couple d’hommes musiciens ou « quelque chose comme ça ». Je lui citai les noms de Benjamin Britten et Peter Pears, elle me confirma que ces visiteurs étaient bien le compositeur et son partenaire. Je n’en saurai pas plus et n’aurai jamais moi-même l’occasion de les approcher.

Le concert de jeudi dernier à Radio France (compte-rendu à lire sur Bachtrack) mettait à l’honneur deux des oeuvres les mieux connues de Britten.

Les Illuminations

Contrairement aux autres cycles vocaux de Britten expressément dédiés à Peter Pears, les Illuminations sont dédiées à la cantatrice suisse Sophie Wyss et créées par elle en 1940 à Londres. Ce qui nous vaut au disque des versions avec soprano… et avec ténor. Comme celles qui figurent dans ma discothèque :

Felicity Lott / Bryden Thomson / Chandos

Pour moi la référence, surtout depuis que j’ai eu la chance d’inviter Felicity Lott et de l’entendre en concert chanter l’oeuvre en Suisse sous la direction d’Armin Jordan

Dame Felicity a aussi enregistré l’oeuvre avec le chef anglais Steuart Bedford (1939-2021) qui fut un proche du compositeur et qui reprit la direction du festival d’Aldeburgh de 1974 à 1998.

Heather Harper / Neville Marriner /EMI Warner

Comme la version de Heather Harper, j’ai découvert celle de Sylvia McNair dans un gros coffret des enregistrements de Seiji Ozawa pour Philips (voir Ozawa #80)

Quatre versions pour ténor aussi dans ma discothèque, avec évidemment l’incontournable Peter Pears

Peter Pears / Benjamin Britten / Decca

John Mark Ainsley / Nicholas Cleobury / EMI

Robert Tear / Carlo Maria Giulini / DG

Un classique indémodable surtout pour la Sérénade pour cor, ténor et orchestre (on y reviendra plus tard)

On ne m’en voudra pas d’évoquer ici à nouveau la figure de Dudley Moore (1935-2002) qui, outre qu’il était lui-même un merveilleux musicien, imite comme personne et la musique de Britten et le chanteur Peter Pears !

Variations et fugue sur un thème de Purcell (The Young Persans Guide to the Orchestra).

Le tube des oeuvres prétendument destinées aux enfants (avec Pierre et le Loup et Le Carnaval des animaux) n’a pas en Europe continentale la notoriété incroyable qu’il a au Royaume-Uni. On est donc heureux de l’entendre dans le cadre d’un programme « normal », où il apparaît pour ce qu’il est, une sorte de mini-concerto pour orchestre.

On aurait pu, jeudi soir, faire entendre au moins le rondeau de la suite Abdelazer ou la vengeance du Maure qui a fourni à Britten matière à variations

Sachant que Britten était un chef d’orchestre hors pair et que, dans pratiquement toute son oeuvre, il est le meilleur interprète de lui-même, c’est sa version qu’on recommande avant toute autre.

Pas moins de 21 versions différentes dans ma discothèque, rappelées ici dans l’ordre alphabétique : Bernstein, Boult, Britten, Andrew Davis, Dorati, Fiedler, Groves Haitink, Jansons, Paavo Järvi, Karajan, Maazel, Markevitch, Marriner, Ormandy Ozawa, Rattle, Sargent, Felix Slatkin, Stokowski, Temirkanov !

Et toujours humeurs et réactions dans mes brèves de blog

Découvertes et redécouvertes

Cette dernière quinzaine a été l’occasion, pour moi, de découvertes et de redécouvertes, dont j’ai envie de faire part ici, sans ordre précis autre que résultant des vagabondages de ma mémoire.

Markus Poschner

Comme je l’écrivais sur Bachtrack dans ma critique sur La Chauve-Souris donnée le 31 décembre à l’opéra de Vienne, « on ne connaît le chef Markus Poschner que par une récente intégrale au disque des symphonies de Bruckner « . Je l’avoue, je n’avais jamais entendu ce chef « en vrai ». Ce n’est pourtant pas un perdreau de l’année, mais c’est une fois de plus la preuve que les frontières existent toujours et encore dans le monde de la musique, comme je le dénonçais déjà il y a plus de dix ans (Frontières). Le chef allemand est certes venu diriger à deux reprises l’Orchestre philharmonique de Radio France (lire l’article de Pierre Michel sur Bachtrack), mais voilà, je ne l’avais pas repéré !

Dans cette récente captation réalisée à Stuttgart, on a un bel aperçu de l’art de Markus Poschner. D’abord une gestique, une attitude au pupitre qu’on ne peut s’empêcher de penser inspirées du grand Carlos Kleiber (comme on l’avait relevé avec Manfred Honeck dirigeant l’Orchestre national en octobre dernier), ensuite et surtout une conception anti-monumentale de Brahms, qui me séduit beaucoup.

On va donc suivre plus attentivement la carrière de ce chef !

Cornelius Meister

Quant au chef qui dirigeait Hänsel und Gretel à l’opéra de Vienne le 29 décembre (Vienne sur son 31), Cornelius Meister, c’était aussi une première pour moi de le voir et l’entendre « en vrai ». Je connaissais sa réputation de wagnérien (il a dirigé récemment à Bayreuth, à Lille), je n’ai donc pas été surpris qu’il réussisse particulièrement la partition d’Humperdinck.

Au disque, Cornelius Meister a signé deux références pour des oeuvres que j’aime particulièrement :

Humperdinck à l’orchestre

Pour la cérémonie d’adieu à ma mère le 6 janvier dernier, j’avais choisi parmi quelques autres pièces musicales, le duo du 2e acte de Hänsel und Gretel, la prière des enfants dans la version de Georg Solti.

Le même passage – la pantomime -existe en version purement orchestrale. J’ai l’embarras du choix dans ma discothèque, mais je relève que la pièce n’est plus à la mode, si j’en juge par l’âge vénérable des enregistrements.

Bruckner à Chicago

Sauf erreur de ma part, deux chefs seulement ont enregistré une intégrale des symphonies de Bruckner à Chicago : Georg Solti et son successeur Daniel Barenboïm

Je n’ai jamais été convaincu par la sorte de perfection formelle de Solti, qui était beaucoup plus intéressant dans ses premières versions gravées à Vienne (5,7,8) à la fin des années 50.

En revanche, c’est par un disque de la 4e symphonie de Barenboim/Chicago que j’ai fait mon apprentissage de Bruckner

J’ai entrepris de réécouter cette première intégrale tout juste rééditée, que la critique a l’air de redécouvrir.

Inoubliable Moffo

J’ai le sentiment que cette artiste – Anna Moffo (1932-2006) – est aujourd’hui un peu oubliée. Je reprends, les uns après les autres, les enregistrements que j’ai d’elles, et je me délecte d’une voix toujours somptueuse, d’une sensualité, d’une chaleur qui reposent sur une technique infaillible. Et je fais régulièrement comme de bons camarades, je me balade dans ma discothèque avec des envies soudaines de réécouter de plus ou moins vieilles cires…

Et dans le cas de Traviata, c’est un fameux chef de théâtre que je redécouvre, Fernando Previtali (1907-1985)

Bychkov à Paris

La surprise étant passée (la nomination surprise à l’Opéra de Paris) je revisite le legs discographique de Semyon Bychkov qui mérite plus et mieux qu’un intérêt distrait. J’avais oublié une très belle 2e symphonie de Rachmaninov, enregistrée avec l’Orchestre de Paris. Je suis d’autant plus impatient d’assister bientôt à son prochain concert à la tête de son ancienne phalange.

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Premières notes

J’en conviens, je suis en panne d’originalité pour intituler ce billet, mais tout comme j’ai fait mon bilan personnel des meilleures notes de 2025, je m’autorise à évoquer les musiques que j’ai entendues, parfois vues, ces tout premiers jours de 2026.

Il y a les spectacles dont j’ai déjà parlé à Vienne (Hänsel und Gretel, La Chauve-Souris) et dont Bachtrack a publié mes critiques hier :

L’enchantement des contes de l’enfance

C’est en repensant à ce beau spectacle, et au magnifique duo du 2e acte, la prière des enfants, que j’ai choisi cette dernière pour accompagner la cérémonie d’adieu à ma mère qui a eu lieu hier à Nîmes (L’adieu).

Une inaltérable Chauve-Souris à l’opéra de Vienne

Avec la prise de rôle sur scène de Jonas Kaufmann en Gabriel von Eisenstein.

J’aurais pu aussi choisir ce moment qui me bouleverse toujours dans le 2e acte de La Chauve-Souris, la toute fin en particulier…

Je n’ai pas pu assister même à une répétition du concert du Nouvel an dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Je ne sais si je dois le regretter, à lire les commentaires pour le moins divergents qui se sont exprimés ici et là.

En revanche, j’étais dimanche après-midi à Radio France pour une IXe symphonie de Beethoven devenue traditionnelle en début d’année depuis que Mikko Franck avait décidé, en 2018, d’importer à Paris une habitude séculaire dans les pays germaniques. On peut réécouter le concert sur France Musique et lire ma critique sur Bachtrack : La Neuvième démonumentalisée de Maxim Emelyanychev à Radio France.

Restes de Vienne

D’ordinaire je revenais de Vienne la valise chargée de CD, parfois de DVD et de partitions. Cette fois-ci bien maigre pitance trouvée dans les rayons clairsemés du magasin au rez-de-chaussée de la Haus der Musik.

Je me demande bien quand et si Eric Leinsdorf (1912-1993) bénéficiera un jour d’une réédition de son legs discographique, qui a le malheur – pour nous – d’être éclaté entre plusieurs labels, plusieurs pays. Je guette ses enregistrements réalisés à l’ère de la première stéréo à Los Angeles dans un full dimensional sound :

Je ne connaissais pas le disque d’Anja Harteros, que j’aimerais voir plus souvent sur scène

Quant à la série lancée par Deutsche Grammophon pour le téléchargement de concerts « live » elle a fait long feu, mais on en trouve encore ici et là des échos… en CD. Et ce concert de Lorin Maazel à New York fait partie de ses réussites.

Pour compléter la discographie de Christoph von Dohnanyi (1929-2025), il faut chérir et rechercher ses ultimes enregistrements avec le Philharmonia de Londres. Je suis content d’avoir trouvé à Vienne ce double CD, qui me semble comme un accomplissement.

Dans une prochaine brève de blog, je ne manquerai pas d’évoquer la nomination plutôt surprenante annoncée hier par le directeur de l’Opéra de Paris, Alexander Neef.

23 mai 1927 – 24 décembre 2025

Je l’espérais autant que je le redoutais, cet appel de ma sœur ce matin tandis que j’étais sur la route pour les dernières courses de Noël. Ma mère est morte paisiblement, dans la nuit, à une heure du matin, sans que l’une ou l’autre d’entre nous ait eu le temps de la rejoindre à Nîmes où elle résidait.

Ma mère le jour de son 95e anniversaire, en mai 2022.

Le 26 décembre 2024, j’écrivais : Ce matin je n’ai pas été réveillé par le coup de fil matinal qui me rappelait ma naissance un 26 décembre dans une clinique de Niort. Pas plus que l’an dernier. Je ne suis ni le premier ni le dernier à éprouver l’inexorable éloignement de celle qui m’a donné le jour et qui désormais me reconnait à peine, quand elle ne me confond pas avec un fantôme du passé…Puisse-t-elle être bientôt délivrée ! C’est le seul voeu que je puisse désormais formuler pour elle…

Délivrance

Autant on ne se remet jamais vraiment du choc d’une disparition brutale, celle de mon père en décembre 1972 (Il y a cinquante ans), autant, dans le cas de ma mère, j’ai eu tout le temps de me préparer à cette nouvelle, depuis qu’elle m’avait confié, en juin 2023, ses dernières volontés, son souhait de partir rejoindre au plus vite le seul amour de sa vie, mon père.

Mais il ne faut pas regretter le chemin parcouru, par elle, par nous ses enfants (essentiellement l’une de mes soeurs qui a été d’une présence exceptionnelle), depuis ces temps incertains, où le lent travail de dégénérescence, l’extrême vieillesse, ont commencé à faire leur oeuvre.

En novembre dernier, j’ai pensé qu’elle me reconnaissait encore quand elle s’est accrochée à mon bras pour un tendre câlin, un geste que je ne lui avais jamais connu.

Nous allons maintenant faire le tri dans nos souvenirs, les petits-enfants et arrière-petits-enfants aussi. Effacer ce qu’il ne sert à rien d’encombrer nos mémoires, ne laisser à la surface des souvenirs que les bribes de bonheur, les plus importantes.

Et puisque ma mère se rappelait si fort la période qu’elle a passée à Londres entre 1949 et 1954 (lire L’eau vive), elle sera peut-être heureuse, là où son âme s’est envolée, de réentendre Elisabeth Schwarzkopf (entendue au Wigmore Hall); Peter Pears et Benjamin Britten (aperçus quelques dimanches chez les personnes qui l’hébergeaient à Londres en tant qu’étudiante infirmière et nurse des enfants), ou encore les musiques jouées à l’occasion du couronnement d’Elizabeth II, auquel elle se rappelait avoir assisté en 1953.

et le mouvement lent du concerto pour clarinette de Mozart, qui émouvait tant mon père.

À 96 ans, elle était fière de pouvoir encore fêter son anniversaire avec ses arrière-petits-enfants…

Merci Maman !

Chansons tristes

Les lieux que j’ai traversés ces derniers jours, Nîmes auprès de ma mère, Poitiers sur les traces de mon enfance, et de façon plus générale les villes, les paysages, les pays que je visite, sont toujours associés à des chansons, beaucoup plus qu’à de la musique classique. Le plus souvent sur le mode nostalgique. Mais les chansons tristes sont, dans mon cas, souvent bienfaisantes, régénérantes. J’ai besoin, à intervalles réguliers, de les entendre, de les retrouver, a fortiori lorsque les circonstances les font resurgir.

Je les jette ici, sans ordre ni préférence. Je les aime toutes, j’ai besoin de toutes.

Que sont mes amis devenus ? (Pauvre Rutebeuf)

Joan Baez

Nana Mouskouri

Autumn leaves

La javanaise

Marlene Dietrich : Where are all the flowers gone ?

Les enfants de Zorba

Suzanne (Leonard Cohen)

Mon père, qui était professeur d’anglais, fut l’un des premiers à faire découvrir Leonard Cohen à ses élèves…

Et Maurane que j’avais de si près connue…

Blowing’ in the wind (Bob Dylan)

J’aime le poète mais pas le chanteur Bob Dylan. Les femmes le chantent mieux que lui…

La dernière valse

Un 45 tours, le seul que j’aie jamais eu, de Mireille Mathieu, et l’émotion intacte de cette Dernière valse

Ma mère aimait bien ce que les Allemands appellent des Schlager, des « tubes » à grands renforts de violons et de mélodies entraînantes.

Jipi l’amoroso

La chanson de Dalida est liée à un souvenir très personnel. Tout comme Annie Cordy, plusieurs fois rencontrée au concert.

Bientôt de nouvelles brèves de blog : 13 novembre

Happy Birthday

Ce matin je n’ai pas été réveillé par le coup de fil matinal qui me rappelait ma naissance un 26 décembre dans une clinique de Niort. Pas plus que l’an dernier. Je ne suis ni le premier ni le dernier à éprouver l’inexorable éloignement de celle qui m’a donné le jour et qui désormais me reconnait à peine, quand elle ne me confond pas avec un fantôme du passé…Puisse-t-elle être bientôt délivrée ! C’est le seul voeu que je puisse désormais formuler pour elle…

Mais ce Noël a été joyeux, familial, et les souhaits qui m’ont été adressés ce jeudi m’ont fait plaisir.

Happy Birthday

Je ne publierai pas ici les messages joués et chantés que j’ai reçus. En revanche, c’est devenu une tradition très répandue que d’interrompre une répétition ou un concert. Pour prolonger le billet que j’avais déjà consacré au sujet (La musique pour rire : Happy Birthday), ces quelques perles récentes sur YouTube m’ont mis de bonne humeur

Dans un autre billet, j’évoquais la personnalité fascinante de Victor Borge, né Børge Rosenbaum. J’ai retrouvé ce document, le concert que le Danemark lui a offert pour son 80e anniversaire.

Cadeaux

Il paraît qu’il a tout juste eu le temps de mettre la dernière main à sa contribution à cet ouvrage collectif, avant de disparaître brutalement le 3 octobre dernier: je suis heureux de retrouver Michel Blanc dans ce beau livre de photos et de souvenirs, que j’ai trouvé sous le sapin.

Lui je l’écoute, en cuisinant, tous les dimanches matin sur France Inter : François-Régis Gaudry sait aussi écrire, c’est réjouissant non ?

Je me suis aussi fait quelques cadeaux en commandant quelques-unes des parutions récentes de la collection Lost Recordings, entre autres ce « live » berlinois de Stan Getz et Astrud Gilberto… qui me donne de furieuses envies de soleil et de Brésil…

Là-haut sur la montagne

À peine rentré d’Asie centrale, j’ai repris le chemin des festivals pour le compte de Bachtrack. La semaine dernière c’était à Nîmes pour des « Rencontres musicales » de premier plan : Rencontres au sommet

De gauche à droite : Shuichi Okada, Théo Fouchenneret, Liya Petrova, Grégoire Vecchioni, Aurélien Pascal (Photo JPR)

Ce week-end, c’est l’ouverture de la 20e édition du Festival et de l’Académie de Zermatt, dans le cadre somptueux de la station du Haut-Valais au pied du Cervin. Comptes-rendus à suivre bien sûr sur Bachtrack.

Découvrir Zermatt

Lorsqu’on m’a proposé de « couvrir » ce festival, j’ai sauté sur l’occasion sans réfléchir.

La Suisse, je la connais bien (lire L’été 69), j’y ai mes racines maternelles. Les dernières vacances familiales à l’été 1972, quelques mois avant la mort prématurée de mon père, c’était à quelques encablures d’ici, à Crans Montana : l’été faisait du yoyo. Le 15 août mes soeurs et moi étions allés avec mon père au cinéma voir La folie des grandeurs, en sortant il neigeait ! Le Valais donc, ce canton prospère du sud de la Suisse, bilingue franco-alémanique, je l’avais parcouru en tous sens dès l’enfance, mais jamais – pour quelle raison ? – je n’étais venu jusqu’à Zermatt.

La déception de l’arrivée sous un ciel humide et bas a vite laissé la place à l’émerveillement du réveil ce vendredi : le Cervin fraîchement enneigé surgissant de la nuit devant ma fenêtre d’hôtel

Le nom allemand du sommet est Matterhorn, ce qui explique le nom de la cité, comme le relate excellemment la fiche Wikipedia : « Le toponyme en allemand, Matterhorn, dérive de Matt (« pré » en suisse allemand et en langue walser – cf. le titsch de Gressoney-Saint-Jean Wisso Matto, en allemand Weissmatten, en français « Prés blancs ») ; et de Horn, c’est-à-dire « corne », le nom de la plupart des sommets des Alpes valaisannes et des Alpes valdôtaines limitrophes, situés notamment entre la vallée du Lys et le val d’Ayas (traduits en français par « Tête »). Par conséquent, la vallée de Zermatt, en allemand « Mattertal » est la « vallée des prés », et Zermatt est « le pré » (zerétant l’article contracté défini féminin avec préposition de lieu en langue walser)« 

Je suis resté longtemps saisi par une émotion indescriptible. Les souvenirs d’enfance affluaient à ma mémoire, le souvenir aussi tout récent des quelques heures passées la semaine dernière auprès de ma mère à Nîmes, de plus en plus repliée sur des bribes d’enfance et de passé révolu, le check-in à l’hôtel en schwyzerdütsch et puis ces « madeleines » comme la confiture de cerises noires au petit déjeuner, ou ce cidre brut d’une marque qu’on ne trouve qu’en Suisse, dégusté au Gornergrat.

L’excursion au Gornergrat est une figure obligée pour tout visiteur. Le spectacle au sommet est unique au monde, d’une beauté à couper le souffle. Toutes les photos sur Facebook à voir ici.

Zermatt, outre sa qualité première de village sans voiture, s’est préservée de toute construction anarchique, et prend un soin méticuleux à conserver son patrimoine bâti.

Sergio Mendes forever

Sergio Mendes est mort, et j’avais oublié de le mentionner dans mon billet de l’été 2019 : La découverte de la musique, lorsque son ami Joao Gilberto avait pris congé…

Michel Barnier et puis ?

D’un ami, ancien conseiller présidentiel, j’avais aimé cette formule sans appel : « C’est difficile de choisir un premier ministre quand on n’en a jamais eu »

Je n’ai pas été mécontent – euphémisme ! – d’être loin de France pendant toute cette séquence surréaliste. J’aurais fini par avoir honte d’être Français.

Honte d’un président de la République qui a méthodiquement détruit tous les espoirs qu’il avait pu susciter et fait le vide autour de lui. Honte d’une gauche définitivement aliénée à ses pires démons. Honte d’un personnel politique à droite comme au centre qui ne comprend plus rien à la réalité du pays. Honte aussi d’une arrogance bien française, alimentée par la plupart des médias, qui consiste à ne jamais regarder ce qui se passe autour de nous – en Allemagne, en Belgique, en Italie – où la formation d’un gouvernement, d’une coalition politique, peut prendre des semaines et des mois.

Alors Michel Barnier ? Pourquoi pas… ça n’arrive pas à tout le monde de débuter comme plus jeune député et de finir comme plus vieux Premier ministre. Faute de mieux !

Quatuors enchantés

Je ne sais pas pourquoi, mais pendant longtemps j’ai très peu pratiqué l’écoute du quatuor, tant au concert qu’au disque. Sans doute parce qu’on n’écoute pas un quatuor de Haydn, de Beethoven ou de Schubert distraitement, comme on peut le faire d’une symphonie ou même d’un opéra qu’on connaît par coeur. Sûrement aussi parce que c’est l’essence même de la musique, qui s’adresse à l’intime, qui provoque la part la plus secrète de notre humanité.

Ces derniers temps, j’ai de plus en plus souvent besoin de me ressourcer à l’écoute de ces chefs-d’oeuvre. L’effet de l’avancée en âge sans doute, la confrontation aussi avec l’évolution irréversible des dégâts de la vieillesse chez ma mère qui fête demain ses 97 ans..

Deux coffrets récents comblent mes attentes.

La jeunesse de Cleveland

Sony a ressuscité un ensemble devenu légendaire : le quatuor de Cleveland, formé en 1969, dissous en 1995

Même si l’on connaît tous ces histoires de musiciens membres d’un quatuor qui avaient fini par ne plus se parler, alors même qu’ils continuaient à se produire en concert, je reste en complète admiration devant ces ensembles qui vont, qui sont au coeur de la musique.

Le quatuor Cherubini

J’avais retrouvé l’an dernier au Portugal le grand Christoph Poppen en chef d’orchestre qu’il est maintenant depuis nombre d’années, en ayant presque oublié qu’il avait fondé le Quatuor Cherubini en 1978 (et remporté en 1981 le premier prix du Concours de quatuors qui avait lieu alors à Evian). Warner a eu l’excellente idée de rééditer le legs de ce quatuor :

Marc Lesage dans le dernier Diapason a dit mieux que je ne saurais le faire tout le bien qu’on pense de ce coffret : Flamme et transparence

Les disques du quatuor ont toujours été disponibles, à la différence de ceux du Cleveland. Et les quatuors de Mendelssohn toujours chéris comme des références :

Le dernier CD du coffret est une pépite. Il comprend notamment le sublime Notturno d’Othmar Schoeck dans une version « en famille » puisque le chanteur, Dietrich Fischer-Dieskau, n’est autre que le père du violoncelliste du quatuor.

Roland et Micheline

Bien sûr, ils étaient vieux, très vieux, mais m’occupant de ma mère qui va vers ses 97 ans, je comprends peut-être mieux ce qu’est la vieillesse qui reste alerte, presque jusqu’à la fin.

Ni l’une ni l’autre je ne les ai véritablement connus, autrement que par leurs rôles au théâtre, au cinéma ou à la télévision. Mais leur départ m’attriste, comme le ferait celui de quelqu’un de ma famille.

Roland Bertin (1930-2024)

Comme jadis Louis Seigner, Roland Bertin, mort à 93 ans, est le prototype du comédien-français. L’embonpoint, la lippe gourmande, cette voix si charnelle, cette sensualité du mot, de la phrase, n’étaient qu’à lui

J’ai un souvenir tout particulier du Revizor de Gogol donné à la Comédie-Française en 1999. Roland Bertin et ses comparses y sont inoubliables

Roland Bertin parle si bien de son art, lors de cette émouvante cérémonie (on aperçoit assis à côté de lui un autre grand personnage, Jean Piat (1924-2018), 89 ans à l’époque !)

Micheline Presle (1922-2024)

Qui, de ma génération, n’a pas suivi à la télévision ce qu’on n’appelait pas encore une série, mais un feuilleton, Les Saintes Chéries, avec la fofolle, féministe avant l’heure, qui avait pour nom Micheline Presle ?

J’ai déjà raconté mes brèves rencontres avec la comédienne dans ce qui fut longtemps une de mes cantines (lire le Balzar). Vainquant une timidité, ou plutôt une réserve, qui m’interdit de m’adresser à une « célébrité », même et surtout si je l’admire, je lui avais fait part, un jour que j’étais assis à la table voisine, de ma respectueuse affection. Elle m’avait répondu : « J’accepte vos compliments jeune homme »

De l’intime au général

Un blog en accès libre, c’est devenu comme les réseaux sociaux. Risqué, voire dangereux, quand on évoque l’intime, le personnel. Je n’oublie pas qu’il y a deux ans, ma vie aurait pu basculer (Des Champs-Elysées à l’hôpital)

En famille

La semaine écoulée a été prodigue en moments forts : l’anniversaire de J.B. le 13 novembre, juste nous quatre, ses parents et son frère aîné (celui qui a été mêlé au procès-fleuve du 13 novembre 2015, auteur d’une magnifique plaidoirie : Croire au matin). J’avais choisi Drouant, parce que c’était un lundi soir et que la table y est toujours bonne. Le vol-au-vent Jean Cocteau tient sa réputation !

Puis ce furent deux petites journées d’une famille recomposée, la visite à ma très vieille mère sur les hauteurs de Nîmes dans ce qui est désormais la résidence de sa vie finissante. Famille recomposée car c’était la première fois, depuis si longtemps que la mémoire a dû en effacer la trace, que mes deux soeurs et moi nous nous retrouvions autour d’elle.

De la chambre qu’elle partage avec une autre pensionnaire, elle peut observer les oiseaux et les écureuils qui l’accompagnent dans les errements de sa mémoire. Chaque visite nous confirme une lente et inexorable dérive vers l’absence, parsemée pourtant de moments joyeux, de souvenirs heureux, qu’il faut chérir quand ils viennent. Admiration en tout cas pour ces « soignants » (encore ce jargon techno) qui font la vie plus douce…

Vendredi soir nous avions décidé de fêter l’anniversaire d’une rencontre qui a changé ma vie et la sienne, il y a quelques lustres. dans un lieu magique, considéré pour la 7e année consécutive comme le meilleur restaurant du monde. Et d’y être chaleureusement accueillis par le maître des lieux, Guy Savoy

(French chef Guy Savoy cooks in the kitchen of his Michelin three-starred restaurant « Restaurant Guy Savoy » in the Monnaie de Paris on September 21, 2017, in Paris. / AFP PHOTO / Eric Feferberg)

Des lectures

Je déguste le troisième tome des Mémoires de Franz-Olivier Giesbert. C’est bien écrit, très bien même, les portraits de politiques notamment ciselés à la pointe sèche, souvent d’une drôlerie irrésistible (l’allure d’un Fabius, la poignée de main de Balladur, etc.), une autodérision permanente. Et beaucoup d’informations « de l’intérieur ».

Dans un genre très proche, avec un égal talent de plume (comme Catherine Nay, Michèle Cotta est passée par la case Françoise Giroud à L’Express), ce récit à la première personne de cette Cinquième république qu’elle a vécue dès ses débuts.


Et enfin un autre livre, qui vient d’obtenir le prix Médicis, et qui se lit avec un plaisir de gourmet

« Toute mon adolescence, j’ai entendu parler des personnages d’ À la recherche du temps perdu, persuadée qu’ils étaient des cousins que je n’avais pas encore rencontrés. À la maison, les répliques de Charlus, les vacheries de la duchesse de Guermantes se confondaient avec les bons mots entendus à table, sans solution de continuité entre fiction et réalité. Car le monde révolu où j’ai grandi était encore celui de Proust, qui avait connu mes arrière-grands-parents, dont les noms figurent dans son roman. 
J’ai fini, vers l’âge de vingt ans, par lire la Recherche. Et là, ma vie à changé. Proust savait mieux que moi ce que je traversais. il me montrait à quel point l’aristocratie est un univers de formes vides. Avant même ma rupture avec ma propre famille, il m’offrait une méditation sur l’exil intérieur vécu par celles et ceux qui s’écartent des normes sociales et sexuelles. 
Proust ne m’a pas seulement décillée sur mon milieu d’origine. Il m’a constituée comme sujet, lectrice active de ma propre vie, en me révélant le pouvoir d’émancipation de la littérature, qui est aussi un pouvoir de consolation et de réconciliation avec le Temps.
 » (Présentation de l’éditeur)

J’en ai profité pour aller boire un cocktail dans un tout nouvel établissement du centre de Paris, juste à côté du Carreau du Temple, la Maison Proust