Chicago à l’heure de la sieste

Impossible de manquer le seul concert parisien de l’orchestre symphonique de Chicago et de son actuel chef Riccardo Muti dans le cadre d’une tournée européenne considérable (pas moins de 23 concerts !).

C’était hier soir dans une Philharmonie de Paris comble.

Le programme lui-même comme une signature du chef : pas de soliste, la création française de la dernière pièce d’orchestre de Philip Glass, la symphonie « italienne » de Mendelssohn, et un poème symphonique de jeunesse de Richard Strauss, que j’avais découvert grâce au disque… de Riccardo Muti dirigeant le philharmonique de Berlin, Aus Italien.

Je ne vais pas tourner autour du pot: j’ai été déçu mais pas surpris.

Dans un article écrit pour Forumopera (Le requiem bavarois de Muti), je relevais déjà le contraste saisissant entre le fringant quadragénaire qui livrait en 1981 une fabuleuse version du Requiem de Verdi et le chef devenu octogénaire qui plombait la Missa Solemnis de Beethoven qu’il avait dirigée durant l’été 2021 à Salzbourg.

Sur mon blog (La quarantaine rugissante et Ces vieux qui rajeunissent et inversement), je notais, à propos du concert de Nouvel an 2021 à Vienne (toutes les craintes sont permises quand on sait que Riccardo Muti dirigera à nouveau celui du 1er janvier 2025, année du bicentenaire de Johann Strauss !) : « En regardant le concert de Nouvel an hier, en direct de la salle dorée du Musikverein de Vienne, vide de tout public, j’avais la confirmation d’un phénomène si souvent observé : le fringant Riccardo Muti qui dirigeait son premier concert de l’An en 1993 a laissé la place à un bientôt octogénaire (le 28 juillet prochain) qui empèse, alentit, la moindre polka, wagnérise les ouvertures de Suppé, et surcharge d’intentions, de rubato, les grandes valses de Johann Strauss. » (2 janvier 2021)

Alors bien entendu, hier soir, on admirait d’abord l’une des plus belles phalanges du monde, le Chicago Symphony Orchestra (l’autre CSO américain !), que je n’avais entendu qu’une fois en concert à domicile. C’était à l’automne 2006 comme je l’ai raconté dans mon hommage au légendaire cor solo de l’orchestre, Dale Clevenger disparu il y deux ans (Le cor merveilleux de Dale C.).

On admirait aussi l’élégance, la prestance et la précision du chef napolitain, qui, à 83 ans, semble épargné par les douleurs du grand âge.

Mais après une bien fade création française de la dernière oeuvre symphonique de Philip Glass, qui permettait au moins d’entendre la perfection et la chaleur des cordes de Chicago, on eut droit à une Symphonie « italienne » de Mendelssohn, magnifiquement confectionnée – un travail de haute précision dans chaque pupitre – mais privée de tout élan romantique, de cette « italianita » jadis si réjouissante sous la houlette impérieuse du chef. Comme dans cette captation réalisée à Salzbourg, Muti avait alors 36 ans !

Quant à la suite symphonique en quatre tableaux, Aus Italien, on n’a guère de comparaison possible qu’avec le propre disque de Muti avec Berlin en 1988.

Il semblerait que Richard Strauss, croyant citer des chansons populaires napolitaines dans le dernier volet, ait eu maille à partir avec le véritable auteur de la chanson Funiculi, Funicula, composée en 1880 par Luigi Denza, qui ne manqua pas de réclamer des droits d’auteur à son illustre confrère !

De nouveau, dans cette oeuvre, souvent à court d’inspiration et d’originalité, mais formidablement écrite pour le grand orchestre, les pupitres du Chicago Symphony furent, hier soir, en tous points conformes à leur légende. Mais l’Italie décrite par Strauss, semblait faire la sieste, bien loin des atmosphères festives et populaires qu’Aus Italien est censée évoquer.

Muti et ses musiciens de Chicago offrirent un « bis » de rêve avec l’intermezzo de Manon Lescaut de Puccini. C’était ce qui s’appelle jouer sur du velours.

Bref extrait de Aus Italien :

Les années Ormandy

Peu de publications auraient pu me faire plus plaisir. J’ai reçu hier un coffret que j’avais commandé en Italie, un quart moins cher que le prix français – 88 CD regroupant les enregistrement stéréo de 1958 à 1963 d’Eugene Ormandy (1899-1985), le chef mythique du non moins mythique orchestre de Philadelphie de 1938 à 1982. Un « règne » de 44 ans !

Plaisir très particulier, parce que pour quelqu’un comme moi qui a fait son éducation musicale grâce au disque (non pas le 78 tours, mais le vinyle 33 tours, qui revient en force aujourd’hui !), le nom d’Ormandy est un compagnon incontournable.

Je pense, sous réserve de preuve contraire, qu’aucun orchestre, aucun chef n’ont plus enregistré de disques aux Etats-Unis. Plus que New York avec Bernstein (et pourtant !), Szell avec Cleveland, pour ce qui était le label Columbia (en abrégé CBS). Ce qui a peut-être contribué à un paradoxe très injuste. La critique, française mais pas qu’elle, a souvent eu tendance à considérer le chef d’origine hongroise comme un bon artisan. Remarquez que, dans l’exercice des discographies comparées, Ormandy n’est jamais quasiment cité pour quelque répertoire que ce soit, et Dieu sait si celui-ci fut abondant.

Ce nouveau coffret fait suite à un premier comprenant les enregistrements mono, deux autres devraient suivre, pour compléter la période stéréo, pour CBS puis RCA.

La première chose qui saute aux oreilles, pour quelqu’un qui connaît bien les rééditions précédentes en CD, c’est la remasterisation spectaculaire, la netteté de l’image sonore, l’espace apporté à des prises parfois un peu opaques. C’est surtout la redécouverte de ce fameux Philadelphia Sound, ces cordes uniques au monde, ces vents si doux et éloquents.

Ce qui frappe aussi dans ce coffret c’est la diversité du répertoire abordé. Je croyais à peu près tout connaître de la discographie d’Ormandy, je découvre ici nombre de disques, sans doute pas essentiels, dédiés à des compositeurs américains, dont je n’avais, pour certains, jamais entendu parler… Sans doute résultat de commandes passées par l’orchestre.

Bien sûr on sait que c’est à Eugene Ormandy et au Philadelphia Orchestra que Rachmaninov dédie sa dernières oeuvre, ses Danses symphoniques. « Quand j’étais jeune, Chaliapine était ma grande idole. Chaliapine n’est plus. Depuis lors, chaque fois que j’écris, c’est avec le son de Philadelphie dans mes oreilles. Aussi, qu’il me soit permis de dédier ma dernière composition au meilleur orchestre au monde, et à son chef, Eugène Ormandy« 

On trouvera peut-être rédhibitoires pour les oreilles habituées aux lectures « historiquement informées »‘ les versions du Messie de Haendel ou de la Messe en si de Bach, jouées à plein orchestre.

On avoue y trouver des beautés quelque peu surannées.

J’avais découvert cette photo et quelques autres en visitant la maison de Sibelius en Finlande, Ainola, en 2006.

On ne peut évidemment faire l’impasse sur une partie très importante de l’activité de l’orchestre et donc ce coffret, les enregistrements avec de grands solistes, Rudolf Serkin, Robert Casadesus, Isaac Stern, David Oistrakh et même le tout premier enregistrement du concerto pour violoncelle n°1 de Chostakovitch avec Rostropovitch, tous déjà connus et réédités. Mais ici avec une « plus value sonore » indubitable.

Je suis déjà impatient des prochains coffrets. En attendant, profitons de cet hommage à l’un des plus grands chefs du XXe siècle et à l’un des plus beaux orchestres du monde.

La musique pour rire (X) : quand ils se détestent

Je suis friand de mémoires de musiciens, de compositeurs, de leurs témoignages, de leurs lettres : Mozart, Berlioz, Debussy, Honegger, liste non limitative

Dans le numéro de juillet de Diapason, Ivan Alexandre et François Laurent se sont amusés à sélectionner quelques-uns de ces écrits dont la première caractéristique n’est pas vraiment la bienveillance. Quand les compositeurs ne s’aimaient pas, ils ne l’envoyaient pas dire, et quand ils avaient un talent de plume, ça donne des formules parfois assassines, toujours réjouissantes.Et révèle souvent les aspects cachés de certaines personnalités.

Le gentil Mendelssohn

De qui l’élégant et aimable Felix Mendelssohn peut-il parler dans une lettre du 28 mars 1831 :

« Il est d’une vanité incommensurable et traite avec un superbe dédain Mozart et Haydn, de sorte que tout son enthousiasme m’est suspect/…./ Cet enthousiasme purement extérieur, ces airs désespérés qu’on prend auprès des dames, ces génies qui s’affichent en grosses lettres, tout cela m’est parfaitement insupportable » ?

Réponse ci-dessous *1

Il faut croire que l’orchestre dont Felix Mendelssohn fut le premier directeur musical, celui du Gewandhaus de Leipzig, n’a plus à l’égard de ce compositeur d’une « vanité incommensurable » les préventions de son chef, comme en témoigne cette étonnante captation de la Symphonie fantastique, réalisée en 2018, où pour une noble cause des musiciens de Dresde et de Leipzig avaient été réunis sous la houlette d’Herbert Blomstedt.

Le haineux Wagner

Sans aucune référence à un récent épisode politique, comment ne pas trouver complètement injuste et déplacé ce commentaire :

« Dans la musique instrumentale de Haydn, nous croyons voir le démon enchaîné de la musique jouer devant nous avec la puérilité sénile d’un vieillard de naissance » (1870)

C’est peu dire qu’on ne partage absolument pas ce jugement qui n’honore pas son auteur… Richard Wagner !

Rappelons tout le bien qu’on a dit de la réédition du legs discographique du quatuor Pražák :

Pauvre Boris

De qui cette réflexion ? : « J’ai étudié à fond Boris Godounov… Je méprise sincèrement la musique de Moussorgski : c’est la parodie la plus méchante et la plus vulgaire de l’art musical »

L’auteur de ce jugement a-t-il été dérouté par la modernité de Boris ? Qu’aurait-il pensé de cette mise en scène (qui date de 2018) filmée à Saint-Pétersbourg et qui résonne étrangement avec l’actualité russe de ces dernières semaines ?

Réponse *2

Bruckner le détraqué

« La musique de Bruckner n’a ni queue ni tête et cela ne souffre aucune discussion, pas plus que sa personne. C’est un pauvre détraqué que les moines de Saint-Florian ont sur la conscience » (12 janvier 1885)

Ce n’était manifestement pas l’avis de Karajan qui s’est rendu plusieurs fois à l’abbaye bénédictine de St.Florian. Ici une captation réalisée en 1979 de la Huitième symphonie – la plus longue – de Bruckner

Réponse *3

Encore une dernière, la plus célèbre sans doute de ces « vacheries » que la petite histoire de la musique a retenues :

« Monsieur Ravel refuse la Légion d’honneur, mais toute sa musique l’accepte »

Pierre Boulez est lui-même cité à plusieurs reprises dans l’article de Diapason. Il est très présent dans ce remarquable et dejà ancien ouvrage de l’ami Alain Surrans, l’actuel directeur de l’opéra de Nantes et Angers.

Réponse *1 : Mendelssohn parle de… Berlioz qui lui-même n’a jamais été avare d’une vacherie à l’égard de ses contemporains

Réponse *2 : Celui qui parle de vulgarité à propos de Moussorgski n’est autre que son contemporain Tchaikovski

Réponse *3 : On savait que Bruckner avait subi plus de quolibets que d’encouragements de la part du monde musical, on ignorait que Brahms eût la dent aussi dure contre lui !

Ansermet enfin

On savait par son biographe, l’ami François Hudry, que Decca avait prévu d’honorer le chef suisse Ernest Ansermet (1883-1969) par une monumentale réédition de son legs discographique à l’occasion des 50 ans de sa mort en 2019. Puis silence radio (lire mon billet de décembre 2021 Disques fantômes). Sur la foi d’une nouvelle date de parution annoncée pour avril 2022, j’avais commandé le premier et plus important coffret de cette édition – Ernest Ansermet, the Stéréo Years – chez l’éditeur allemand jpc.de. C’est finalement un an après la date annoncée que j’ai reçu le précieux coffret.

On n’a pas à regretter le retard pris sur la date initiale de publication, tant l’objet qui nous est livré est à tous égards remarquable.

A la différence d’autres éditeurs (Sony, Decca pour le récent Dorati/Detroit), on a ici des minutages très généreux… et des pochettes d’origine. Sur chaque pochette, figurent tous les détails qu’un mélomane curieux est en droit d’attendre, les interprètes bien sûr, les minutages, les dates et lieux précis d’enregistrement.. et de première publication, les équipes de prise de son, etc… Dans le livret quadrilingue (français, anglais, allemand, japonais), d’excellents, quoique trop brefs à notre goût, textes de François Hudry et Jon Tolansky. Et le tableau extrêmement détaillé de tous les enregistrements réalisés par Ansermet, de leurs dates de publication, etc. Un coffret « mono » doit suivre.

Je connaissais déjà la quasi totalité de ces enregistrements, et en admirais de longue date les prises de son, presque toutes réalisées au Victoria Hall de Genève, par les ingénieurs de Decca de la grande époque. De ce que j’ai pu entendre de ce nouveau coffret, les remastérisations sont impressionnantes, en ce qu’elles gomment les défauts des premières prises stéréo, sans altérer – au contraire – leur parfait équilibre. Et quand Decca annonce toutes les captations stéréo cela comprend aussi des enregistrements qu’on ne connaissait pas en CD, comme une 1ère et une 8ème symphonies de Beethoven captées en mai 1956 (sept ans avant l’intégrale des symphonies)

En terres germaniques

Quant au contenu, il permettra, on l’espère, d’élargir la perception qu’on a de ce grand chef, une fois pour toutes catalogué comme spécialiste de la musique française. On aime tellement enfermer les musiciens dans des cases…

Qu’on écoute seulement ce qu’Ansermet fait de la demi-douzaine de cantates de Bach qu’il a gravées, des symphonies parisiennes de Haydn (la première intégrale en stéréo !), bien sûr des symphonies de Brahms et Beethoven, si proches de conception de son contemporain Monteux…

Les Weber, Mendelssohn, Schumann (magnifique 2ème symphonie) ne manquent ni d’élan ni de saveur.

Maître de ballet

Qui pourrait oublier qu’Ansermet a été, de 1915 à 1923, le chef des Ballets Russes, qu’il a, à ce titre, créé les partitions du Tricorne de Manuel de Falla, de Noces de Stravinsky, qu’il a étroitement connu ceux dont il dirigeait les oeuvres ! Ses enregistrements des trois grands ballets de Tchaikovski, de Coppélia de Delibes, de Glazounov, évidemment de Stravinsky (malgré la brouille qui les a séparés après la guerre, Ansermet refusant de jouer les partitions « révisées » par Stravinsky, qui, ce faisant, régénérait le compteur de ses droits d’auteur!). Dans Tchaikovski en particulier, les tempi d’Ansermet peuvent parfois surprendre, on ne doit jamais oublier que lui savait ce qu’était qu’accompagner des danseurs !

Une curiosité sans limite

On ne peut résumer ici ce que fut l’incroyable carrière du chef suisse, fondateur en 1918 de l’Orchestre de la Suisse Romande qu’il dirigea jusqu’en 1967, ni l’étendue de ses curiosités et de ses répertoires. Mais on en trouve, dans ce coffret, l’éclatant témoignage.

De Sibelius, il a laissé deux symphonies, dont une surprenante Quatrième :

En septembre 1968 pour l’un de ses tout derniers enregistrements, il grave la 3ème symphonie d’Albéric Magnard.

Il n’oublie jamais ses contemporains suisses, Honegger bien sûr (c’est Ansermet qui crée le poème symphonique Pacific 2.3.1, Frank Martin

On l’a bien compris, ce coffret est une malle aux trésors, qu’on n’a pas fini de redécouvrir.

Sous les pavés la musique (X) : Corboz la suite, Trevor Pinnock en 100 CD

Le slogan « Sous les pavés la plage  » est l’un des plus célèbres qui nous soient restés de Mai 68. Ce printemps 2023 semble, lui, particulièrement productif en pavés de disques.

C’était, à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, le pavé Gardiner chez Warner (lire Les Pâques de Gardiner), il y a quelques semaines le superbe hommage du Concertgebouw à son chef historique, Bernard Haitink (voir Bernard Haitink l’intégrale).

Voici qu’en peu de jours j’ai reçu deux coffrets commandés dès l’annonce de leur publication, la suite des enregistrements de Michel Corboz, et un fort coffret de 99 CD et 1 DVD consacré au claveciniste, chef et fondateur de l »English Concert, Trevor Pinnock.

Corboz la ferveur

J’avais salué, comme la critique à peu près unanime, l’oeuvre pionnière du chef de choeur suisse, et la parution chez Warner d’un premier coffret consacré à la période baroque. La suite avait été d’emblée annoncée, puisque Michel Corboz n’a jamais limité ses curiosités et a souvent révélé des répertoires romantiques ou modernes moins fréquents au disque.

C’est ce que nous restitue un second coffret très complet :

Comme dans le premier coffret, il y a quelques doublons, qu’il est passionnant de comparer : deux fois le requiem de Mozart, la Missa di gloria de Puccini, le requiem de Fauré ou le requiem allemand de Brahms. Noter que les derniers enregistrements réalisés pour Aria Music et/ou Virgin Classics ont été tous repris ici. Comme les étonnants requiems du Portugais João Domingos Bomtempo (1775-1842) ou du spécialiste de l’opérette viennoise Franz von Suppé (1819-1895)

Ce qui caractérise l’art de Michel Corboz, plus encore si c’est possible que dans le répertoire classique ou baroque, c’est la ferveur, l’ardeur, de sa direction. Ce sont souvent les troupes du Gulbenkian de Lisbonne qui sont sollicitées, dans des prises de son souvent très réverbérantes (comme les aimait Michel Garcin, le légendaire directeur artistique d’Erato). Un coffret tout aussi indispensable que le premier.

Trevor Pinnock ou la distinction

J’avoue n’avoir jamais prêté une grande attention à la carrière et aux disques du quasi-contemporain de John Eliot Gardiner, Trevor Pinnock, 77 ans. J’ai bien eu dans ma discothèque quelques Haendel, ses Haydn (quelques messes et les symphonies dites « Sturm und Drang ») sans jamais m’y attarder vraiment. Allez savoir pourquoi !

Je me suis finalement décidé à acheter, à un prix réduit, le coffret qui rassemble tout ce qu’il a enregistré pour Archiv Produktion entre 1977 et 2000.

Voici plusieurs jours que je redécouvre d’abord un magnifique ensemble, The English concert, fondé il y a cinquante ans, qui rayonne de couleurs plus méditerranéennes que britanniques, notamment dans Vivaldi. Mais aussi dans une intégrale des symphonies de Mozart, où l’élégance, la fluidité du trait n’excluent pas la profondeur. Les Haendel sont de premier ordre, moins raides que ceux de Gardiner.

Rita, Nadia, Mel, Cécile et le printemps

J’ai passé un week-end avec beaucoup de femmes, celles de ma famille – des anniversaires -, celles qui font de la musique – la soirée anniversaire du choeur Accentus (lire mon compte-rendu sur Bachtrack : Accentus fête ses 30 ans avec Mendelssohn) celles qui en composent.

On sait le formidable travail de recherche et d’enregistrement que produit l’équipe du Palazzetto Bru Zane / Centre de musique romantique française pour faire revivre des pans entiers du répertoire français.

Le coffret de 8 CD que le PBZ a publié à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, simplement intitulé Compositrices, est une formidable compilation – sans équivalent dans la discographie -.

À côté de quelques noms, un peu plus connus – ou moins méconnus – que d’autres, Louise Farrenc, Cécile Chaminade, les soeurs Boulanger, Pauline Viardot, Marie Jaëll, combien de révélations, de découvertes ! J’entends déjà la critique de quelques bougons : « si elles avaient écrit des chefs-d’oeuvre, ça se saurait ! » Heureusement que notre univers musical n’est pas fait que de chefs-d’oeuvre, on ne supporterait pas longtemps l’altitude. Mais pour qui est saturé des sempiternels Debussy, Ravel, Berlioz – pour ne citer que des Français – ces huit CD sont une bénédiction. J’ai juste une réserve, très personnelle j’en conviens, je n’aime pas beaucoup ni le timbre ni la manière du ténor Cyrille Dubois, très présent dans cette collection. En revanche, ceux qui ne le connaissent pas encore, découvriront en Leo Hussain un chef de première importance. Ici dans le poème symphonique Andromède d’Augusta Holmès (1847-1903).

Charmantes, romantiques, douces à l’oreille, une jolie collection de pièces de piano à 4 mains, due à Roberto Prosseda et Alessandra Ammara. On relève en particulier, parce que c’est de circonstance, les Voix du printemps de Marie Jaëll (1846-1925).

On ne va pas tout détailler, mais franchement autant de belle musique, de découvertes à faire, pour moins de 50 €, on court, on se précipite !

Pourquoi Lars ?

La mort, annoncée il y a quelques instants, du pianiste et chef d’orchestre allemand Lars Vogt me, nous révolte. Comme le baryton russe Dmitri Hvorostovsky, le musicien n’avait rien caché du cancer qui le rongeait et qu’il semblait avoir surmonté. Et puis le cancer l’a vaincu, à 51 ans. Et la tristesse submerge ceux qui aimaient l’homme autant que le musicien.

J’ai connu Lars Vogt d’abord par le disque, puis je l’ai entendu « en vrai » dans un contexte tragique – l’attentat contre Charlie Hebdo – : lire Le silence des larmes. Quand il a été nommé en 2019 chef de l’Orchestre de chambre de Paris, je m’en suis réjoui pour l’orchestre d’abord, pour la vie musicale parisienne aussi, et j’en avais félicité la présidente – Brigitte Lefèvre – et le directeur général – Nicolas Droin. Mais la réjouissance a été de courte durée, Lars Vogt n’ayant rien caché du combat auquel il était confronté : lire dans Diapason Son combat contre le cancer.

Je reviendrai sur la discographie de ce magnifique musicien, qui n’a pas eu en France la notoriété qu’il avait acquise dans son pays natal et au Royaume-Uni. Sur sa « carrière » aussi qui était tout sauf d’une star, mais d’un homme immensément cultivé et curieux.

Ecoutons-le dans Schumann

Lars Vogt et l’Orchestre de chambre de Paris ont juste eu le temps d’enregistrer les concertos de Mendelssohn. Un disque indispensable. Il faut écouter ce que Lars Vogt en dit.

So long Lars…

So Scottish !

#FestivalRF22 #SoBritish

Arrivé ce dimanche à Montpellier, je découvre une ville pavoisée aux couleurs du Festival Radio France, avec sans doute pour beaucoup un sentiment de déjà vu, l’affiche rappelant les milliers de drapeaux vus à Londres pendant les cérémonies du jubilé de platine de la reine Elisabeth II.

Aux journalistes qui m’interrogent sur les « temps forts », voire mes concerts préférés, je réponds invariablement qu’on ne demande jamais à un père de choisir parmi ses enfants ! Et que si nous avons programmé ces artistes, ces oeuvres, ces lieux, c’est que nous sommes convaincus que chaque concert sera exceptionnel ! L’eau tiède, le mainstream, très peu pour nous !

Maxim et le SCO

Mais il est vrai que si je suis allé passer quelques jours en Ecosse à l’automne 2019 (From Scotland), c’était pour préparer une invitation à laquelle je tenais particulièrement : celle du Scottish Chamber Orchestra, et de son actuel chef, Maxim Emelyanychev, à peine plus âgé (33 ans) que le pianiste Benjamin Grosvenor.

C’est peu dire que Maxim Emelyanychev est un surdoué, claveciniste, pianiste, chef, abordant avec une égale curiosité et une même réussite les répertoires les plus vastes. Et en particulier la période « classique ».

Le jeune chef a gardé un lien fort – aujourd’hui interrompu pour les raisons que l’on sait – avec les musiciens de sa ville natale, comme en témoigne ce disque passionnant.

Avec le Scottish Chamber Orchestra, il a gravé une 9ème symphonie de Schubert qui redonne un fameux coup de jeune, sans les excès narcissiques de certains (ne suivez pas mon regard : Prétention), à une oeuvre d’un jeune homme de 30 ans (Schubert est mort à 31 ans en 1828 !).

Je ne peux évidemment que conseiller vivement d’assister aux deux dernières soirées du Festival, avec le Scottish Chamber Orchestra, Maxim Emelyanychev et en soliste Benjamin Grosvenor.

Le jeudi 28 juillet, avec le programme suivant (Flower of Scotland)

Vaughan-Williams : Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis

Beethoven : Concerto pour piano n°4

Mendelssohn : ouverture Les Hébrides

Mozart : Symphonie n°38.

Le vendredi 29 juillet, pour la Last Night, la première française de Eleven de James MacMillan (je reparlerai de ce compositeur et de la scène actuelle de la création britannique), le concerto n°3 de Beethoven et la dernière symphonie de Haydn, la n°104 bien nommée « Londres ».

Réservation recommandée : lefestival.eu

Retours

On a appris cette semaine deux bonnes nouvelles.

La comète Alexia

Alexia revient. Sylvain Fort signait dans Forumopera un billet plein d’espoir : Alexia Cousin, un retour plein d’usage et de raison.

J’ai plusieurs fois évoqué Alexia Cousin dans ce blog et de précédents. Je l’avais entendue en 1998 à la maison de la Radio lorsqu’elle remporta le concours Voix Nouvelles à 18 ans, et de 2000 à 2005 je l’ai suivie, engagée, entendue à Genève, Liège, Paris…

Dans ce documentaire produit pour marquer le mandat de Louis Langrée comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, il y a de précieux extraits d’Alexia Cousin en concert : à 2’09 dans Ravel et à 14’30 dans Beethoven.

alexiacousin.com

Réhabilitation

Les musiciens de la Staatskapelle de Dresde ont choisi celui qui succèdera en 2024 à leur actuel directeur musical Christian Thielemann : ce sera Daniele Gatti. Et pour le chef italien une réhabilitation définitive et éclatante après sa bien peu glorieuse éviction d’Amsterdam en 2018 (Remugles). Lire le papier d’Hugues Mousseau pour Diapasonmag : Daniele Gatti à Dresde, une logique d’excellence

Daniele Gatti en février dernier à la tête de l’Orchestre National de France et du Choeur de Radio France au Théâtre des Champs-Elysées.

Grâce à YouTube, je retrouve un grand souvenir d’il y a huit ans presque jour pour jour. J’avais entraîné Mathieu Gallet, alors PDG de Radio France, au concert que donnaient l’Orchestre national et le choeur à la Basilique de Saint-Denis, le 27 juin 2014, sous la direction de Daniele Gatti pour une rareté au concert : l’oratorio Elias de Mendelssohn. Il faisait chaud, nous étions bien mal assis sur les chaises bien raides de l’église, mais quel souffle, quelle grandeur !

Sous les pavés la musique (XI) : Solti à Londres

Reprenons le fil après l’interruption involontaire survenue il y a une semaine (Une expérience singulière) non sans avoir exprimé ma gratitude aux amis et lecteurs de ce blog pour leurs messages de soutien et de réconfort.

J’avais donc reçu un coffret de 36 CD, commandé il y a plusieurs semaines :

Decca a entrepris, semble-t-il, de rééditer, au fil des ans, le legs discographique considérable du chef anglais d’origine hongroise, Georg Solti (né le 21 octobre 1912 à Budapest et mort le 5 décembre 1997 à Antibes). En 2017, un énorme pavé de 108 CD reprenait tous les enregistrements réalisés à Chicago (lire : Solti à Chicago). Normal après tout, puisque Solti a été le patron du Chicago Symphony durant 22 ans, de 1969 à 1991, et directeur musical honoraire jusqu’à sa mort.

Ce nouveau coffret « londonien » couvre une première période de 1949 au début des années 70 – avec le London Symphony, le London Philharmonic et l’orchestre de l’opéra royal de Covent Garden – puis plus tardivement dans les années 90 essentiellement avec le LPO.

Ce coffret est un bon résumé de ce qu’on a aimé… et moins aimé chez ce grand chef.

Les gravures londoniennes des oeuvres qu’il a enregistrées plusieurs fois ou avec plusieurs orchestres sont toujours préférables – c’est vrai pour Bartok et Mahler. L’énergie débordante, la précision rythmique, qui sont la marque du jeune Solti y sont flagrantes, y compris dans des répertoires inattendus : la Gaîté parisienne de Rosenthal d’après Offenbach, gravée en 1958 avec l’orchestre de Covent Garden, est menée à un rythme d’enfer.

Plus les années passent, plus Solti succombe à une sorte de perfection marmoréenne, glacée comme dans les symphonies londoniennes de Haydn, gravée dans les années 80 (quelle lourdeur dans les menuets !). il n’est que de comparer les mêmes symphonies enregistrées avec le même orchestre (le London Philharmonic) avec Eugen Jochum ! Chez Jochum, tout vit, tout pétille… avec Solti on passe complètement à côté de l’esprit même du compositeur.

Les Anglais, Elgar, Walton, réussissent particulièrement à Solti. On se demande ce qu’il aurait fait des symphonies de Vaughan Williams par exemple.

Mozart: Symphony No. 25 in G minor, K183

  • London Symphony Orchestra
  • Sir Georg Solti

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • London Symphony Orchestra
  • Sir Georg Solti

Mozart: Piano Concerto No. 20 in D minor, K466

  • Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 24 in C minor, K491

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 25 in C major, K503

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Piano Concerto No. 26 in D major, K537 ‘Coronation’

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 27 in B flat major, K595

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Concerto for 2 Pianos and Orchestra No. 10 in E flat, K365

  • Daniel Barenboim (piano), Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Concerto for Three Pianos & Orchestra, K242

  • András Schiff (piano), Daniel Barenboim (piano), Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • English Chamber Orchestra

Haydn: Symphonies Nos. 93 – 104 (the London Symphonies)

  • London Philharmonic Orchestra

Beethoven: Symphony No. 4 in B flat major, Op. 60

  • London Philharmonic Orchestra

Beethoven: Violin Concerto in D major, Op. 61

  • Mischa Elman (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Mendelssohn: Symphony No. 3 in A minor, Op. 56 ‘Scottish’

  • London Symphony Orchestra

Mahler: Symphony No. 1 in D major ‘Titan’

  • London Symphony Orchestra

Mahler: Symphony No. 2 ‘Resurrection’

  • London Symphony Orchestra, Heather Harper, Helen Watts

Mahler: Symphony No. 3

  • London Symphony Orchestra, Helen Watts

Mahler: Symphony No. 9

  • London Symphony Orchestra

Liszt: Les Préludes, symphonic poem No. 3, S97

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Prometheus, symphonic poem No. 5, S99

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Festklänge, symphonic poem No. 7, S101

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Wandererfantasie (Schubert), S366

  • Jorge Bolet (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Symphony No. 1 in A flat major, Op. 55

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Symphony No. 2 in E flat major, Op. 63

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Violin Concerto in B minor, Op. 61

  • Kyung Wha Chung (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Falstaff – Symphonic Study in C minor, Op. 68

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: In the South (Alassio), Op. 50

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Cockaigne Overture, Op. 40 ‘In London Town’

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Pomp and Circumstance Marches Nos. 1-5, Op. 39

Holst: The Planets, Op. 32

  • London Philharmonic Orchestra

Walton: Belshazzar’s Feast

  • London Philharmonic Orchestra

Walton: Coronation Te Deum

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Piano Concertos Nos. 1, 2 & 3

  • Vladimir Ashkenazy (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Violin Concerto No. 2, Sz 112

  • Kyung Wha Chung (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Music for Strings, Percussion & Celesta, BB 114, Sz. 106

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Music for Strings, Percussion & Celesta, BB 114, Sz. 106

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Dance Suite, BB 86, Sz. 77

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Dance Suite, BB 86, Sz. 77

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Concerto for Orchestra, BB 123, Sz.116

  • London Symphony Orchestra

Bartók: The Miraculous Mandarin, Op. 19, Sz. 73 (suite)

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Duke Bluebeard’s Castle, Sz. 48, Op. 11

  • London Philharmonic Orchestra, Sylvia Sass, Kolos Kovats

Kodály: Háry János Suite

  • London Philharmonic Orchestra

Kodály: Psalmus hungaricus, Op. 13

  • London Philharmonic Orchestra

Kodály: Dances of Galanta

Kodály: Variations on a Hungarian Folksong ‘The Peacock’

  • London Philharmonic Orchestra

Rachmaninov: Piano Concerto No. 2 in C minor, Op. 18

  • Julius Katchen (piano)
  • London Symphony Orchestra

Stravinsky: Oedipus Rex

  • London Philharmonic Orchestra

Gounod: Faust – Ballet Music

  • Royal Opera House Covent Garden

Offenbach/Rosenthal: Gaîté Parisienne

  • Royal Opera House Covent Garden

Rossini: L’Italiana in Algeri Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Rossini: Il barbiere di Siviglia Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Verdi: La forza del destino Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Leichte Kavallerie Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Dichter und Bauer Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Ein Morgen, ein Mittag, ein Abend in Wien Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Pique Dame Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Verdi: La forza del destino Overture

Verdi: La traviata: Prelude to Act 1

Offenbach: Barcarolle (from Les Contes d’Hoffmann )

  • Royal Opera House Covent Garden

Verdi: La traviata: Prelude to Act 3

Rossini: Semiramide Overture

  • Royal Opera House Covent Garden

Ponchielli: Dance of the Hours (from La Gioconda)

  • Royal Opera House Covent Garden

Rossini: L’Italiana in Algeri Overture

  • Royal Opera House Covent Garden

Glinka: Ruslan & Lyudmila Overture

  • London Symphony Orchestra

Mussorgsky: Khovanshchina – Introduction

  • London Symphony Orchestra

Mussorgsky: A Night on the Bare Mountain

  • London Symphony Orchestra

Borodin: Prince Igor Overture

  • London Symphony Orchestra

Borodin: Prince Igor: Polovtsian Dances

  • London Symphony Orchestra

On garde pour la fin ce que je considère depuis toujours comme ma version de chevet du Deuxième concerto de Rachmaninov. Julius Katchen et Solti c’est une assurance anti-guimauve et la garantie d’une virtuosité assumée.