Italie 2020 (IX) : Parme, Toscanini, Verdi, hommages

Je l’évoquais (voir Modène, Luciano et Mirella), je n’ai pu faire qu’une courte visite à pied de la ville de Parmepour cause de handicap pédestre !

IMG_2711Pas de visite de l’imposant Palazzo della Pilotta (ci-dessus) qui vous saisit dès la sortie du parking.

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Une rapide traversée du pont Verdi qui enjambe la rivière

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IMG_2666le temps d’apercevoir les grands jardins du Parco Ducale.

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Direction la Cathédrale de Parmel’un des chefs-d’oeuvre d’architecture religieuse d’une région qui n’en est pas avare !

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IMG_2675Le contraste entre la splendide simplicité extérieure et la foisonnante décoration intérieure de l’édifice est spectaculaire.

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Le Baptistère Saint-Jean qui jouxte la cathédrale, étant en travaux, n’était malheureusement pas visitable.

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Verdi, Toscanini et quelques autres

Plusieurs noms de la musique sont liés à Parme. C’est la ville natale d’Arturo Toscanini, né à Parme le 25 mars 1867, mort à New York le 16 janvier 1957.

D’honorables compositeurs y naissent, comme Ferdinand Paër, ou y meurent, comme Giovanni Bottesini, le virtuose de la contrebasse. D’autres, comme Paganini, y jouent un rôle important – on y reviendra dans un prochain article.

Mais c’est évidemment Verdi (lire Livres d’été : Verdi et Rossini), la célébrité du duché de Parme, puisqu’il naît à une trentaine de kilomètres de Parme, à Roncole – sous domination française ! – le 10 octobre 1813, et qu’il fait sa formation et occupe ses premières fonctions à Busseto.

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Hommages

L’actualité de ces derniers jours a été marquée par deux disparitions qui m’ont touché.

Dominique Ogermort à 73 ans des suites d’une maladie foudroyante, était le type même du mécène amoureux de la musique et des musiciens. Homme d’affaires avisé, il mettait sa fortune au service de cette passion. C’est chez lui à Paris qu’avec quelques amis et musiciens, on avait fêté le 60ème anniversaire de Michel Dalberto en juin 2015

img_2858(Déchiffrage à six mains! Michel Dalberto, Ismaël Margain et Thomas Enhco)

Quant à Micheline Banzet-Lawton ,disparue à 97 ans, on a évidemment plus évoqué le duo qu’elle forma auprès de Maïté dans la Cuisine des mousquetaires de 1983 à 1997, que sa carrière de musicienne, de femme de radio – les débuts de France Musique et d’organisatrice de concerts.

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J’ai eu la chance de rencontrer à deux ou trois reprises Micheline Banzet. J’en conserve un souvenir ému, celui d’une personnalité rayonnante, cultivée, chaleureuse.

Renaud Machart en a dressé un juste portrait dans Le Monde du 26 août 2020.

« Si, pour le grand public, la notoriété de Micheline Banzet reste liée principalement à cette émission de télévision devenue légendaire, elle avait auparavant connu une tout autre carrière, celle d’une brillante étudiante en musique au Conservatoire de Paris (où elle obtient plusieurs prix dans les classes de violon et d’écriture) devenue violoniste professionnelle, puis productrice d’émissions de radio….

A la Radiodiffusion française, Micheline Banzet collabore au Groupe de musique concrète de Pierre Schaeffer (1910-1995), puis au Club d’essai de Jean Tardieu (1903-1995) et au Programme spécial en modulation de fréquence, lancé en 1954 par le même Jean Tardieu, qui prendra pour nom, en 1963, France Musique.

Grâce à son fameux programme « Trois jours avec… » (quelque 1 200 émissions), elle mènera des entretiens radiophoniques avec de grands noms de la musique, dont Maria Callas (1923-1977) et Herbert von Karajan (1908-1989) (les deux ont été reportés sur CD dans les collections INA/Radio France et INA, « Mémoire vive », en 2007 et 2008). Contrairement à ce qui est souvent répété depuis l’annonce de la mort de Micheline Banzet, les propos de Maria Callas n’ont jamais été publiés en livre : « Elle m’avait fait promettre que ces entretiens ne paraîtraient jamais sous forme écrite. Je lui ai donné ma parole », devait-elle confier en 2007.

Micheline Banzet se remarie au négociant de vin Hugues Lawton (1926-1999), cesse ses activités radiophoniques en 1970 et s’installe à Bordeaux, où son vaste réseau de connaissances parmi les vedettes de la musique classique profitera aux manifestations de la région (Mai musical de Bordeaux, Musiques en Côte basque), qu’elle contribuera à fonder ou à accompagner de son expertise »

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Moins connus que ses entretiens avec Maria Callas, ceux que Micheline Banzet a eus avec Karajan en 1964 sont au moins aussi passionnants… Karajan s’y exprime en français notamment sur les symphonies de Brahms !

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Carmen(s)

Je ne voulais pas manquer le spectacle que proposait Montpellier Danse cette semaine, à l’Opéra Berlioz à Montpellier : Carmen(s)  de José Montalvo.

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Succès public assuré pour ce Carmen(s) qui tourne sur les scènes de France depuis sa création il y a deux ans au théâtre national de Chaillot

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Un peu plus d’une heure totalement jouissive, avec des interprètes, danseurs/chanteurs/diseurs, exceptionnels d’énergie, de virtuosité, de grâce.

Comme Emmanuelle Bouchez l’écrivait dans Télérama, il y a deux ans : Le chorégraphe décline Carmen au pluriel et la figure mythique se multiplie selon les interprètes. Sa quête de la mixité chorégraphique ne semble jamais s’être aussi bien illustrée qu’ici, dans une exigence conjointe d’art populaire et d’art tout court.

La danseuse classique d’origine japonaise Chika Nakayama toise le public dans la majesté de sa tenue rouge (composée d’une culotte et d’un soutien-gorge !). La frappe des pieds de la bouillante Beatriz Santiago en impose avec panache et humour. La Coréenne Ji-Eun Park chante un air célèbre en jouant de l’éventail, technique traditionnelle pour elle aussi. Ce bouquet d’artistes pour un seul rôle est la première réussite du spectacle.

La seconde trouvaille est de ne pas vraiment nous faire entendre l’opéra. Mais d’en envoyer les thèmes musicaux sous tous les modes (rap, jazz ou électro). Entre toutes ces déclinaisons amusant l’oreille des connaisseurs (que les néophytes pourront apprécier telles quelles), chaque danseuse livre sur grand écran sa lecture du mythe. Ainsi les interprètes écrivent-elles elle-mêmes le livret : en voyageant d’une langue à l’autre, Carmen rayonne.

Les jupes (rouges) tournent, les chemises nouées sur jean serré autorisent toutes les figures. Sur talons bobines, sur pointes ou pieds nus, l’intrigue avance. L’énergie file de corps en corps ou s’arrête net sur des variations d’une grande douceur. Les garçons (tous des Don José, l’amoureux trahi) rôdent ou quémandent. Ils ont beau faire des démonstrations de cabri, les Carmen(s) ont pris le pouvoir sur scène ! On n’imagine même plus que la belle meure à la fin.

Le genre de spectacle que j’aime sans réserve, me laissant surprendre, émouvoir, amuser  sans complexe. Il y a des ficelles, parfois un peu grosses, des facilités, mais tout concourt ici à faire aimer, par toutes les générations et tous les publics, ce personnage universel et toujours si actuel qu’est la Carmen dessinée par Mérimée et transfigurée par Bizet.

L’opéra français le plus joué au monde, justement. J’en ai écouté et vu beaucoup de versions, et je reviens toujours à deux enregistrements légendaires, inaltérables, celui de Thomas Beecham 

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et celui de Georges Prêtre, 

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où l’étonnante Maria Callas est entourée du meilleur Escamillo et de la meilleure Micaela de la discographie.

On peut observer que tous ces interprètes chantent dans leur arbre généalogique, dans un français parfait, que les couleurs des orchestres et des choeurs sont incomparablement françaises. Ce n’est pas le plus négligeable des atouts dans un tel chef-d’oeuvre !

J’apprends, au moment de conclure ce billet, que le blog de Claude Samuel s’interrompt : Les meilleures choses ont une fin.

 

 

Les lettres de Maria C.

Il y a deux ans, j’écrivais (Callas intime) :

Je ne me suis jamais rangé dans la catégorie des admirateurs absolus de celle qu’on appelle « la » Callas  J’ai même souvent été agacé par la surexploitation médiatique, discographique, d’une légende qui a fini par occulter la vraie personnalité et l’art singulier de la chanteuse.

….J’ai acheté le très bel ouvrage que le commissaire de cette exposition, Tom Volfle très jeune homme qui est littéralement « tombé en amour », comme disent nos amis canadiens, de celle dont il ne savait rien il y a encore cinq ans.

C’est vraiment un ouvrage exceptionnel, je n’en connais pas d’équivalent sur un musicien ou même un interprète. On trouverait presque la présentation de l’éditeur trop modeste :

« A l’occasion des 40 ans de la disparition de la cantatrice, cet ouvrage nous invite à marcher dans les pas de la Callas, femme fragile et artiste acharnée de travail, en parcourant ses archives personnelles : photos inédites issus de ses albums privés, extraits de sa correspondance et de ses carnets, entretiens redécouverts où elle se livre sans fard sur sa vie, son art, les scandales qui ont jalonné son parcours. Une expérience bouleversante, au plus près de la femme que fut Maria Callas. »

On doit être reconnaissant à Tom Volf d’avoir réuni dans ce livre beau et lourd autant de témoignages, de documents – les quelques entretiens, peu nombreux, donnés à la presse par la cantatrice – de photos intimes, inédites, en évitant le piège du voyeurisme ou de l’idolâtrie. Comme un chant d’amour à une femme qui en a tant manqué derrière le masque de la légende. (30 octobre 2017)

On pensait que Tom Volf avait tout dit, fait le tour de la question Callas. Et on tombe, dans l’excellente librairie Les Mots à la boucheà Paris, sur un nouvel ouvrage :

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Peut-être plus passionnant encore que le précédent ouvrage de Tom Volf.

« Un jour, j’écrirai mon autobiographie, je voudrais l’écrire moi-même afin de mettre les choses au clair. Il y a eu tellement de mensonges dits sur moi…»
Sont ici réunies plus de 350 lettres inédites couvrant trois décennies (1946-1977) et les Mémoires inachevés de Maria Callas.
De son enfance modeste à New York aux années de guerre à Athènes, de ses discrets débuts à l’opéra aux sommets d’une carrière planétaire entachée par les scandales et les épreuves personnelles, de l’amour idéalisé pour son mari à sa passion enflammée pour Onassis, la légende Callas se dévoile, tantôt Maria, la femme vulnérable, déchirée entre la scène et sa vie privée, tantôt Callas, l’artiste victime de son exigence, en perpétuelle bataille avec sa voix, et qui, malgré la solitude parisienne des dernières années, continue de travailler sans relâche jusqu’à son dernier souffle, à l’âge de 53 ans.

Toutes les lettres ne sont pas d’un égal intérêt, mais elles expriment si bien, si justement, la réalité d’une vie d’artiste, l’isolement de la star parvenue au faîte de sa gloire, qui voit sa confiance trahie par ses plus proches, son besoin d’amour (magnifiques pages sur Aristote Onassis) bafoué, et son inquiétude fondamentale jamais apaisée. Un ouvrage nécessaire. Salutaire.

 

Journal 4/11/19 : Friedemann Layer, Marie Laforêt

Friedemann Layer (1941-2019)

Le chef autrichien Friedemann Layer est mort ce 3 novembre à Berlin, à l’âge de 78 ans.  C’est peu dire que son nom est attaché à Montpellier, à l’Orchestre national de Montpellier, dont il fut le directeur musical de 1994 à 2007, et bien sûr au Festival Radio France Occitanie Montpellier. 

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Dernier souvenir de lui, un extraordinaire Fantasio d’Offenbach, donné le 18 juillet 2015 à l’opéra Berlioz de Montpellier, où Friedemann Layer retrouvait « son » orchestre après une éclipse de quelques années, et une distribution éblouissante dominée par Marianne Crebassa (Le Monde titrait Fantasio prend sa revanche à Montpellier

La discographie de Friedemann Layer avec Montpellier est impressionnante et résulte évidemment de la politique audacieuse de redécouverte de répertoires menée par l’infatigable René Koering, directeur du Festival Radio France de 1985 à 2011.

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(Le 19 juillet 2015, le lendemain de Fantasio, j’avais tenu à honorer mon prédécesseur et à créer son concerto pour piano ! De gauche à droite : René Koering, Jean Pierre Rousseau, Jean-Noël Jeanneney (PDG de Radio France en 1985), Damien Alary, alors Président de la Région Languedoc-Roussillon, Mathieu Gallet, alors PDG de Radio France, Philippe Saurel, Maire de Montpellier)

 

Friedemann Layer portait bien son prénom (homme de paix). Sa vaste culture, son humanité dans ses relations avec les musiciens et les chanteurs, sa curiosité intellectuelle, en faisaient une personnalité extrêmement attachante, à part du star system. Hommage soit rendu à un authentique musicien !

Marie Laforêt (1939-2019)

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Hier aussi on apprenait la disparition de la chanteuse et actrice Marie Laforêt.

Bien sûr tout le monde se rappelle certains de ses tubes, qui nous trottent dans la tête depuis si longtemps

Comment oublier la sublime partenaire d’Alain Delon dans Plein soleil de René Clément (1960) ?

Dans mon souvenir, Marie Laforêt incarne Maria Callas dans la pièce Master Class de Terrence McNally.

 

Les sans-grade (IX) : Georges Sebastian

Des photos échangées sur Facebook, et voici que remontent les souvenirs d’un personnage que j’ai un peu, trop peu, connu à la fin de sa vie, grâce à l’ami François Hudry (Disques en Lice) : le chef d’orchestre d’origine hongroise Georges Sebastian (1903-1989)

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(de gauche à droite François Hudry, Georges Sebastian, Jean-Charles Hoffelé, JPR)

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(Photos prises lors d’une soirée à laquelle ne participait pas la grincheuse épouse !)

Première rencontre au domicile de François, un dîner je crois, le vieux chef était arrivé au bras de son épouse, sans doute plus jeune que lui, mais tellement fardée, apprêtée, embijoutée, coiffée d’un  chapeau à plumes, qu’il était difficile de lui donner un âge. Elle s’appelait Noëlle, une ancienne comédienne ou chanteuse (de cabaret ?), une sorte de mélange entre Suzy Delair et la productrice de France Musique que je décrivais iciManifestement elle entendait que toute l’attention des invités se portât sur elle et des bouts de récits qui semblaient n’avoir ni queue ni tête, alors qu’évidemment nous avions mille questions à poser au musicien, qui avait été l’assistant de Bruno Walter, avait connu Puccini, Richard Strauss…, dirigé tant d’opéras et connu tant d’illustres interprètes, comme la Callas. Au milieu du repas, furieuse de constater qu’on s’intéressait plus aux récits hauts en couleur de son mari, elle se leva brusquement, prétextant un malaise, et demanda qu’on lui appelle une voiture pour la raccompagner chez elle. Nul ne songea à la retenir… Inutile de dire que le reste de la soirée, qui se prolongea fort tard, fut d’un coup beaucoup plus détendu et chaleureux…

J’étais d’autant plus impressionné de me trouver face à Georges Sebastian que c’est par lui et sa version légendaire gravée avec le Gewandhaus de Leipzig, que j’avais découvert La Nuit transfigurée de Schoenberg… et l’adagio de la 10ème symphonie de Mahler (un 33 tours EMI/Electrola). Je le lui dis timidement, essayant de trouver les mots pour décrire les très fortes impressions que m’avait faites ce disque. Incandescente, c’est ainsi que je qualifiai sa Nuit transfigurée, à quoi il me répondit en riant que l’adjectif était particulièrement bien trouvé, s’agissant d’un enregistrement qui avait été fait de nuit – ce qui arrivait très souvent, en Allemagne de l’Est, lorsqu’on voulait éviter les bruits parasites de la journée – par une température glaciale ! Tous les musiciens étaient gantés de mitaines ou de moufles, qu’ils ôtaient dès que les micros s’allumaient ! Pour éviter que la séance ne se prolonge, ils manifestaient une concentration totale, et toujours selon Georges Sebastian, cette version est le résultat d’à peine deux prises !

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Ce couplage Mahler/Schoenberg a été récemment réédité par le label Praga

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La discographie disponible de Georges Sebastian ne reflète que très partiellement la carrière de chef lyrique et symphonique qui fut la sienne. Sur les sites de téléchargement, on peut trouver, plus ou moins bien restitués, des enregistrements qu’un éditeur serait bien avisé de regrouper en un coffret hommage.

Il y a une dizaine d’années, une collection éphémère d’Universal France nous a rendu deux CD – maigre moisson – qui attestent de l’art très Mitteleuropa de Georges Sébastian

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Mais pour le grand public, si tant est qu’il l’ait jamais remarqué, le nom de Georges Sebastian est à jamais associé au légendaire concert des débuts parisiens de Maria Callas en 1958.

 

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Chez Audite, un double CD nous présente Sebastian accompagnateur – le mot est faible ! – de la grande Kirsten Flagstad.

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Attendons d’autres rééditions, notamment plusieurs disques réalisés avec l’Orchestre Colonne, comme une Symphonie de Dukas et plusieurs Franck, et avec l’orchestre du Südwestfunk de Baden Baden…

Le destin brisé de Maria C.

Suis-je en train de devenir fan sur le tard ? J’avais déjà avoué ma faiblesse pour les rééditions soignées du legs discographique studio et live de Maria Callaset surtout pour le très beau livre que lui a consacré le jeune commissaire de l’exposition Maria by Callas Callas intime

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Je suis allé voir hier le film réalisé par Tom Volfet sans y apprendre rien de neuf sur la vie et la légende de la chanteuse new-yorkaise (Maria Callas est née à Manhattan le 2 décembre 1923 et ne renoncera à sa nationalité américaine… qu’en 1966 !), on suit avec intérêt, et souvent émotion, le parcours chaotique d’une artiste qui a construit la légende dont la femme est restée prisonnière.

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Beaucoup de documents privés, souvent précaires, mais tellement justes humainement, une belle compilation d’interviews, et les lettres de Callas lues par une Fanny Ardant d’une sobriété inaccoutumée.

Je vais me risquer à revoir le film-hommage de Franco Zeffirelli, dans lequel Fanny Ardant joue Callas…

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Et pour ceux qui n’ont ni les moyens ni l’envie d’acquérir les gros  coffrets Warner « remasterisés », ce beau coffret bien présenté de 3 CD constitue un résumé très réussi de la carrière de Maria Callas « live »sur scène.

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Callas intime

Je ne me suis jamais rangé dans la catégorie des admirateurs absolus de celle qu’on appelle « la » Callas  J’ai même souvent été agacé par la surexploitation médiatique, discographique, d’une légende qui a fini par occulter la vraie personnalité et l’art singulier de la chanteuse.

Je dois reconnaître que Warner, qui avait tant et tant réédité pour exploiter le filon, a, cette fois, bien fait les choses. La publication, à un prix raisonnable, après un remastering souvent exceptionnel, des enregistrements de studio d’une part, des captations « live » d’autre part, est un très bel hommage à la cantatrice disparue il y a quarante ans, le 16 septembre 1977.

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Je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir l’exposition proposée par la Seine Musicale : Maria by CallasMais elle vaut certainement d’être visitée.

En revanche, j’ai acheté le très bel ouvrage que le commissaire de cette exposition, Tom Volfle très jeune homme qui est littéralement « tombé en amour », comme disent nos amis canadiens, de celle dont il ne savait rien il y a encore cinq ans.

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C’est vraiment un ouvrage exceptionnel, je n’en connais pas d’équivalent sur un musicien ou même un interprète. On trouverait presque la présentation de l’éditeur trop modeste :

A l’occasion des 40 ans de la disparition de la cantatrice, cet ouvrage nous invite à marcher dans les pas de la Callas, femme fragile et artiste acharnée de travail, en parcourant ses archives personnelles : photos inédites issus de ses albums privés, extraits de sa correspondance et de ses carnets, entretiens redécouverts où elle se livre sans fard sur sa vie, son art, les scandales qui ont jalonné son parcours. Une expérience bouleversante, au plus près de la femme que fut Maria Callas.

On doit être reconnaissant à Tom Volf d’avoir réuni dans ce livre beau et lourd autant de témoignages, de documents – les quelques entretiens, peu nombreux, donnés à la presse par la cantatrice – de photos intimes, inédites, en évitant le piège du voyeurisme ou de l’idolâtrie. Comme un chant d’amour à une femme qui en a tant manqué derrière le masque de la légende.

Le tsar Nicolai

C’est hier, juste avant un concert d’hommage à Kurt Masur – j’y reviendrai demain, que j’ai eu confirmation (merci Forumoperade la disparition, prématurément annoncée en juillet 2015, du ténor suédois Nicolai GeddaLe compatriote de Jussi Björling a eu une carrière d’une longévité exceptionnelle, sur scène comme au disque.

Premiers enregistrements, jamais dépassés, à 27 ans, des opérettes de Johann Strauss, sous la baguette idéale d’Otto Ackermann avec une partenaire de légende.

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Elisabeth Schwarzkopf, interrogée le 23 décembre 1995 par Jean-Michel Damian, avait cité ce Wiener Blut comme l’enregistrement qu’elle préférait. Ce duo avec Nicolai Gedda est bien proche de la perfection (écouter notamment à 2’25 ») :

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Gedda n’a jamais renoncé à ce répertoire où sa voix solaire faisait merveille.

Mais il détient une sorte de record des rôles qu’il a joués et enregistrés, comme en témoigne une discographie d’une incroyable diversité.

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On comprend le secret de sa longévité, en écoutant Nicolai Gedda, ici octogénaire, expliquer, certes en suédois, sous-titré anglais, la technique qui fut la sienne et celle de ses glorieux aînés (Caruso, Björling).

Ici, dans un extrait des Pêcheurs de perles de Bizet, capté dans les années 90, la voix n’a rien perdu de son éclat, et on admire la diction française d’un chanteur qui parlait et chantait couramment toutes les langues de l’opéra.

J’ai eu le privilège de l’entendre chanter pour la soirée surprise organisée, au théâtre de Vevey, pour les 90 ans de son illustre voisin et collègue Hugues Cuénoden 1992. Pour preuve de la modestie de ce grand musicien, cette anecdote rapportée hier par mon ami François Hudry sur sa page Facebook

« Il me revient le souvenir de ma rencontre chez lui, en dessus de Morges, en Suisse, pour une émission de la Radio Suisse. C’était un jour de canicule. Gedda (prononcer Yedda) avait si chaud qu’il m’avait appelé le matin même pour me donner rendez-vous…dans son garage, afin d’avoir un peu de fraîcheur pendant notre entretien. Muni du NAGRA d’usage en bandoulière, j’arrive dans ce que je croyais être son garage, lorsqu’une voix péremptoire me demanda ce que je faisais là. Je répondis que j’avais rendez-vous avec Nicolaï Gedda et la voix de répondre d’un ton sentencieux : « Monsieur, vous êtes ici dans le garage de Madame Audrey Hepburn ». J’avais probablement mal écouté la description faite par un autre de ses voisins célèbres : le ténor et grand ami Hugues Cuenod ! La Suisse Romande est peuplée de célébrités qui vivent dans la quiétude et la discrétion, mais je n’oublierai jamais cette méprise qui me fait rire encore aujourd’hui en ce triste jour de sa disparition. »

Un aspect moins connu du répertoire qu’affectionnait Nicolai Gedda, la chanson populaire russe.

Printemps qui commence

Je n’ai jamais su si le printemps commençait le 20 ou le 21 mars. Tout dépend de l’équinoxe, et si j’en crois les spécialistes, c’était hier aux aurores (http://www.linternaute.com/actualite/societe/1218670-equinoxe-de-printemps-pourquoi-le-printemps-2016-est-si-precoce-19-mars-2016/)

Peu importe, la musique ne s’embarrasse pas d’autant de précision. Les saisons sont un éternel sujet d’inspiration, et les plus célèbres sont connues de tous (Vivaldi, Haydn, 1ere symphonie de Schumann, etc.).

Quelques printemps moins connus que d’autres pour commencer cette dernière semaine de mars.

L’un des grands airs de l’opéra de Saint-Saëns, Samson et Dalila, est un redoutable piège pour toutes les cantatrices qui s’y frottent, puisque la principale difficulté de la langue française pour les non francophones, la prononciation des diphtongues – en/an/in -, s’y trouve concentrée dès les premiers mots : Printemps qui commence, portant l’espérance Chez beaucoup, et les plus illustres, ça donne à peu près : Prê-tâ qui com-mâce !

Evidemment, c’est un reproche qu’on ne peut pas faire à la plus grande Dalila du XXème siècle, la très regrettée Rita Gorr (1926-2012)

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Glazounov, né en 1885 à Saint-Pétersbourg, et mort il y a tout juste 80 ans, le 21 mars 1936… à Neuilly sur Seine, est le type même d’excellent faiseur, qui n’atteint jamais au génie, mais dont l’oeuvre n’est pas négligeable dans l’histoire de la musique russe. Sous la baguette de Svetlanov, son Printemps évoque éloquemment l’éveil de la nature.

Le jeune Rachmaninov a lui aussi dédié au Printemps une cantate beaucoup trop méconnue

Charles Dutoit en a gravé une version de référence à Philadelphie (avec deux autres chefs-d’oeuvre trop peu joués, Les Cloches et les trois chants russes.

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Debussy a quant à lui signé un poème symphonique, Printemps, plutôt rare au concert. Hommage en passant à Pierre Boulez, disparu en ce début d’année 2016 :

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Des livres de musique

Les livres s’empilent sur ma table de chevet, cadeaux, envois, achats. On les ouvre, on les respire, on les suit en parallèle.

Dans l’ordre de réception, ce cadeau d’amis de théâtre :

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Le grand chef britannique, parfait francophone, était l’invité de Vincent Josse sur France Musique lundi dernier. Trop brève rencontre avec ce personnage d’exception : John Eliot Gardiner est de cette catégorie rare des aventuriers de la musique (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2013/03/18/happy-birthday-mister-gardiner.html).

John Eliot Gardiner a grandi sous le regard d’un des deux portraits authentiques de Bach, conservé dans la maison de ses parents où il avait été caché pendant la Seconde Guerre mondiale (c’est ce portrait qui figure en couverture de l’édition originale en anglais du livre de Gardiner)

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Cet ouvrage est le fruit d’une vie passée à parfaire sa science et sa pratique de la musique de Bach. Nourri d’archives et d’analyses, il nous fait rencontrer « l’homme en sa création » : nous ressentons ce que pouvait être l’acte de faire de la musique, nous habitons les mêmes expériences, les mêmes sensations que lui. John Eliot Gardiner mêle avec un talent rare érudition, passion et enthousiasme. (Présentation de l’éditeur)

Gardiner avait déjà laissé une discographie exceptionnelle de Bach chez Archiv, il a récidivé sous son propre label pour l’intégrale des cantates, un projet qu’il a conduit depuis une quinzaine d’années.

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Autre ouvrage, que je n’attendais pas sous cette plume : Chopin ou la fureur de soi, de Dominique Jameux :

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J’ai bien connu Dominique Jameux, d’abord et surtout comme auditeur, puis comme directeur de France Musique : producteur exigeant, parfois ombrageux, concentré sur des périodes, des compositeurs, qu’il revisitait, et nous aidait à redécouvrir sans cesse. Et je n’ai pas le souvenir à l’époque qu’il ait manifesté à l’antenne cet amour de Chopin qui nous vaut aujourd’hui ces 350 pages passionnantes et très personnelles. Jameux, ce sont des ouvrages de référence sur Berg, Boulez, Richard Strauss mais pourquoi Chopin ?

« Première (raison) : le caractère résolument individuel, voire intime, tant de ce que Chopin nous glisse à l’oreille que de l’écho que nous lui donnons en nous. Chopin c’est comme la radio : une parole (musicale) qui s’adresse à un auditeur; Moi, vous. Chopin n’a pas de public. Chaque auditeur est seul à l’écouter. L’expérience Chopin le touche au plus secret… » 

Dominique Jameux livre aussi une discographie très personnelle de « son » Chopin : je n’ai pas été surpris d’y retrouver l’incomparable Nelson Goerner.

Beau document qui nous permet de retrouver Frans Brüggen dans une pièce peu connue de Chopin.

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Enfin – provisoirement – un nouveau pavé dû à l’inépuisable André Tubeuf :

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Quinze ans de chroniques mensuelles dans Classica sont rassemblées ici : pour l’essentiel  de grandes figures du passé, le panthéon personnel de l’octogénaire philosophe, mais aussi quelques beaux portraits d’artistes d’aujourd’hui, comme Leif Ove Andsnes ou Philippe Jordan. Et toujours l’inimitable style Tubeuf…

Le hasard m’a fait ouvrir ce livre à la page 59, juste après que j’ai terminé mon dernier billet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/10/13/la-mort-danita/).

« Anita Cerquetti, l’intruse.

Intruse, oui. Projetée sous les pleins feux de la façon la plus spectaculaire, sans qu’elle l’ait en rien recherché, sans que ce fût en rien dans son caractère… Il y eut l’incident Norma, à Rome, début janvier 1958 – la dérobade (*). L’autre Norma appelée en hâte serait forcément, aux yeux du monde, une remplaçante. Pourtant en Italie, depuis six ou sept ans, Anita Cerquetti se multipliait dans les plus grands théâtres, chantant Verdi, chanteuse essentiellement noble, comme aucune autre alors ni en Italie ni ailleurs…

(*) Le 2 janvier 1958, à la fin du premier acte de Norma, Maria Callas quitte définitivement la scène de l’Opéra de Rome. Prétextant une indisposition elle n’achèvera pas sa représentation. Le public est stupéfait. Le scandale éclate le lendemain dans toute la presse.

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