Archives (FO)

J’ai collaboré quelque temps au site Forumopera et j’en suis encore infiniment reconnaissant à l’équipe qui m’a accueilli (Sylvain, Camille, Christophe et d’autres qui se reconnaîtront).

Je souhaite archiver ici d’abord les articles que j’y ai écrits sur les concerts que j’ai couverts pour Forumopera. Un second volet comprendra les critiques de disques.

>>Plein la vue sur Broadway (11 décembre 2022)

L’histoire d’un succès

Pour ceux qui ne sont jamais allés à New York, une précision géographique : au centre de Manhattan, la 42ème rue croise Broadway sur Times Square. Quand on évoque les scènes de Broadway, on les trouve pour la plupart sur la 42nd Street !

42nd Street est d’abord un film musical de Lloyd Bacon, sorti en 1933, resté dans toutes les mémoires grâce aux chorégraphies éblouissantes de Busby Berkeley et à quelques chansons en particulier (compositeurs Leo Forbstein et Harry Warren) : 42nd Street, Lullaby on Broadway, We’re in the money, Shuffle off to Buffalo…

La comédie musicale éponyme présentée en 1980 au Foxwoods Theatre (actuel Lyric Theatre) reprend tous les ingrédients du film, obtient un Tony Award en 1981.

Le spectacle déjà présenté au Châtelet en 2016 est proposé jusqu’au 15 janvier 2023.


© Thomas Amouroux – Chatelet

L’argument

Acte I : En 1933 à Broadway les auditions sont presque terminées pour le nouveau spectacle Pretty Lady de Julian Marsch quand la chanteuse Peggy Sawyer arrive à New York, valise à la main, fraîchement débarquée du bus en provenance d’Allentown (Pennsylvanie). Malgré son retard elle est embauchée comme danseuse remplaçante. Peu après arrive Dorothy Brook, la vedette du spectacle, qui n’est plus montée sur scène depuis dix ans. Officiellement fiancée au producteur Abner Dillon, elle ne peut pas fréquenter son amant Pat Denning car Dillon pourrait rompre le contrat avec Julian Marsch. Pat doit donc quitter la troupe. Le soir du spectacle, Peggy heurte accidentellement la cheville de Dorothy et se fait renvoyer.

Acte II : Dorothy a la cheville cassée et ne peut plus remonter sur scène. Les danseurs de la troupe, pensant que Peggy est assez talentueuse pour la remplacer, convainquent Julian Marsch d’aller la chercher à la gare. D’abord fâchée contre le directeur, Peggy finit par accepter sa proposition. Elle travaille alors très dur pour assurer le premier rôle. Peu de temps avant le spectacle, Dorothy lui rend visite et reconnait son talent. La représentation est un triomphe pour la jeune danseuse, Julian Marsch savoure son succès en reprenant le thème final de Pretty Lady.


©​ Thomas Amouroux – Chatelet

Apothéose de la danse

On a compris à la lecture de l’argument que la trame du spectacle est bien mince et l’histoire bien convenue. On est même surpris qu’à part « l’accident » qui immobilise la star annoncée, Dorothy Brook, les librettistes n’aient creusé aucune situation, des histoires d’amour à peine effleurées, des personnages dessinés à grands traits, à la limite de la caricature – la star finissante, son « mécène » jaloux, un ténor ridicule et qui le sait, la débutante un peu godiche, et toute une troupe sympathique sans rivalités apparentes. 


©​ Thomas Amouroux – Chatelet

Mais à vrai dire on s’en fiche un peu, parce que ça fait longtemps qu’on n’a pas vu sur une scène parisienne, a fortiori depuis la longue parenthèse Covid, une telle débauche de moyens, un vrai grand spectacle de près de trois heures, dont on sort heureux, galvanisé, encore plein de rythmes et de mélodies qui réchauffent l’hiver qui commence.

C’est d’abord un fabuleux spectacle de danse. Depuis les mythiques Rockettes au Radio City Hall de New York, on ne se rappelle pas avoir vu pareils ensembles. C’est par les pieds qu’on découvre 42nd Street, d’abord par le battement des claquettes qu’on entend, puis par la vue d’une trentaine de paires de jambes à mesure que le rideau se lève. Cette scène inaugurale, devenue culte dès sa création en 1980, est reprise à l’identique par le metteur en scène et chorégraphe Stephen Mear, qui avait lui-même dansé ce spectacle à Londres dans ses jeunes années.

Près d’une cinquantaine d’artistes, des triple threats comme on appelle ces interprètes à la fois danseurs, chanteurs, comédiens, dont on nous précise qu’à chaque représentation ils utilisent pas moins de 200 paires de chaussures, surtout ces fameuses tap shoes, et 300 costumes. 


©​ Thomas Amouroux – Chatelet

Broadway enchanté

Les principaux rôles chantés sont tenus là aussi par des voix de caractère. Même si des Roberto Alagna ou Natalie Dessay se sont essayés, avec succès, au genre de la comédie musicale, on sait que les grands chanteurs d’opéra ne sont pas les mieux placés pour s’y adonner, depuis un célèbre enregistrement de West Side Story de et sous la direction de Bernstein et surtout le making of où l’on voit le chef/compositeur s’escrimer – en vain – à faire comprendre à José Carreras ou Kiri Te Kanawa comment on incarne vocalement Tony ou Maria ! 

Le caractère justement – c’est bien la seule réserve qu’on peut émettre sur le cast de cette 42ème rue – c’est ce qui manque un peu au personnage de Peggy Sawyer qu’incarne Emily Langham. Quelque chose, dans le physique, dans la voix, manquent à cette jeune Anglaise qui n’en est pas à son premier rôle sur les scènes du West End, une personnalité qui s’imprime dans le souvenir.


©​ Thomas Amouroux – Chatelet

Ses comparses sont mieux dessinés : Rachel Stanley assume les coquetteries et les excès de Dorothy Brook, la star déclinante à la cheville trop fragile. Le finalement petit rôle du ténor est ridicule à souhait sous les atours de Jack North, le directeur/producteur Julian Marsh tel que le joue Alex Hanson évite précisément la caricature qu’on réserve trop souvent à ce type de rôle, il en est même émouvant. Mention spéciale pour les trois bonnes copines de la petite Peggy, qui l’entourent et la rassurent dès son arrivée dans la troupe : Lauren HallCharlie Allen et Gabby Antrobus. Elles sont d’une inépuisable gaieté et d’un optimisme à toute épreuve.


©​ Thomas Amouroux – Chatelet

Quant à l’orchestre rassemblé dans la fosse du Châtelet – était-il d’ailleurs bien nécessaire de le sonoriser à l’excès ? – Gareth Valentine peut compter sur une vingtaine de musiciens français de tout premier plan, qui semblent être nés avec le swing dans la peau. 

LE spectacle à voir absolument pour ces fêtes de fin d’année !

(@Forumopera/JPR)

>>Pâle Shéhérazade (17 octobre 2022)

A vue d’œil, l’auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique était à peine à la moitié de sa jauge côté public, ce jeudi 13 octobre. Cristian Măcelaru et l’Orchestre national de France avaient pourtant choisi un programme original, remarquablement équilibré, dans la ligne que Radio France s’est fixée pour ses formations musicales : primauté à la musique française. 

Psyché sans chœur

Le bicentenaire de la naissance de César Franck (1822-1890) était le prétexte à entendre l’un de ses ultimes chefs-d’œuvre, trop rares au concert, son poème symphonique Psyché. Mais, alors que la collaboration avec le Palazzetto Bru Zane était fièrement affichée, pourquoi n’avoir donné que les quatre extraits purement symphoniques, l’œuvre, en sept « épisodes », faisant appel pour trois d’entre eux à un chœur ? Alors que le Chœur de Radio France est allé donner et enregistrer à Liège la version intégrale de Psyché, sous une direction malheureusement bien prosaïque (un coffret Fuga Libera), pour quelle mystérieuse raison était-il absent d’une production dans ses murs ? Belle occasion manquée. 

À cette Psyché tronquée qui ouvrait le concert, succédait une autre figure de légende : Shéhérazade, le cycle de trois mélodies de Ravel (1903) sur des poèmes de Tristan Klingsor. Initialement annoncée, la jeune soprano égyptienne Fatma Saïd avait cédé la place à l’Australienne Siobhan Stagg, qui avait revêtu pour l’occasion une ample robe brodée de rouge et d’or.


Siobhan Stagg © Simon Pauly / Radio France

Pâle Shéhérazade

Mais l’habit ne fait pas l’interprète, et si la voix ne manque pas de ressources – on l’a déjà entendue sur les scènes françaises – on peine à distinguer ce soir l’affirmation d’une personnalité, malgré la beauté du timbre.

On sait combien le premier et le plus long poème du cycle – Asie – est délicat comme je l’ai souvent entendu dire de chanteuses anglo-saxonnes… autant que d’interprètes francophones. Ne serait-ce que le tout début – Asie répété trois fois, la troisième sonnant comme « Azu » –  Siobhan Stagg s’efforce, sans toujours y parvenir, de dire le texte chantourné de Klingsor aussi clairement que possible, et sans doute trop occupée à cet exercice de diction, elle en oublie de conter, de raconter les désirs d’évasion, les rêves de voyage « avec la goélette… qui déploie enfin ses voiles violettes comme un immense oiseau de nuit dans le ciel d’or ». Le chef reste étonnamment prudent, placide, alors que Ravel fait surgir la houle. Un même sentiment de neutralité, de timidité presque, recouvre les deux mélodies suivantes – La Flûte enchantée et L’indifférent. Des tempi trop alanguis ne rendent pas justice au travail du chef sur les timbres et les alliages sonores. En bis, Siobhan Stagg semble plus à son aise dans le délicat Morgen de Richard Strauss, dans son tendre dialogue avec le violon de Sarah Nemtanu.

On veut espérer que la jeune cantatrice australienne persévérera dans l’art de la mélodie française. Quand on a réécouté Marylin Horne (avec Bernstein et le National, un « live » fameux de 1975), Felicity Lott (avec Armin Jordan) ou Anne-Sofie von Otter (avec Pierre Boulez, simplement idéal) pour ne prendre que quelques exemples d’illustres aînées non francophones, on sait que l’objectif est à sa portée. 

Cendrillon rutilante

Cristian Măcelaru et l’Orchestre national de France livraient en seconde partie une suite – choisie par le chef  – d’extraits du ballet Cendrillon (1945) de Prokofiev. Bravo pour l’originalité ! SI les suites de Roméo et Juliette sont régulièrement programmées – on ne s’en plaindra pas –, l’absence de l’autre grand ballet de Prokofiev, composé précisément à la demande du Marinski de Leningrad après le succès de Roméo (1936) mais créé au Bolchoi à Moscou, est incompréhensible. En matière de profusion mélodique, de virtuosité orchestrale, le second ne le cède en rien au premier. Et ce soir chef et orchestre donnent véritablement le sentiment d’être dans leur élément, brillant de tous leurs feux.

Ce concert a été redonné le 14 octobre à la MC38 à Grenoble et est toujours disponible à la réécoute sur le site de francemusique.fr(

(@Forumopera/JPR)

>>Les bons sentiments (9 octobre 2022)

Charles Sigel avait ici même – Les bonnes intentions font-elles un bon disque ? – dit tout ce qu’on pouvait penser du dernier disque de la mezzo américaine, Joyce DiDonato, évoquant la grande tournée destinée à promouvoir le disque et le projet Eden qui le sous-tend.


© DR

Projet explicité par la chanteuse elle-même : 

« Je vous invite à me rejoindre pour une soirée célébrant la majesté, la puissance et le mystère de la Nature à travers le pouvoir transformateur de la musique. Avec ce vaste programme que j’ai élaboré, je vous invite à revenir à nos racines et à explorer si nous nous connectons aussi profondément que possible à l’essence pure de notre être, pour créer un nouvel EDEN de l’intérieur et planter des graines d’espoir pour le futur.

Je serai rejointe par mes célèbres partenaires musicaux de longue date, les musiciens de l’orchestre Il Pomo d’Oro.

Pour m’assurer que l’expérience EDEN continuera de grandir en dehors de la salle de concert, chaque membre du public recevra des graines à planter tandis que je vous demanderai : « En cette période de bouleversements, quelle graine allez-vous planter aujourd’hui ? » 

Les spectateurs nombreux – le théâtre semble presque plein – trouvent sur leur siège une petite pochette en carton à l’effigie de la chanteuse, qui contient deux graines, dont une de lavande (on n’a pas compris l’autre, le français de Mme DiDonato s’avérant plus qu’approximatif !). Nous serons donc invités à les planter pour « régénérer » le monde, rien de moins.

Après avoir assisté à l’une des étapes de cette tournée mercredi soir au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, on pose à son tour la question : Les bons sentiments font-ils un bon récital ?

À l’américaine

Ce n’est donc pas à un récital classique qu’on assiste. Au centre de la scène un podium noir en forme de disque, des tubes métalliques circulaires dont il manque un élément, qu’un peu plus tard on verra la chanteuse brandir comme une épée, un drapeau sans fanion (?).  Les musiciens de Il Pomo d’Oro sont disposés de part et d’autre se faisant face.

Le concert commence – à l’heure ! – dans le noir. Un mince filet de lumière éclaire le premier violon. La première œuvre au programme (cf. le disque) est la Question sans réponse (The Unanswered Question) de Charles Ives. À la place de la trompette qui normalement scande et interrompt le tapis des cordes, on entend à quatre reprises – du second balcon au parterre, quelques notes d’une silhouette qu’on distingue à peine. Petits soucis de justesse.

Puis Joyce DiDonato gagne la scène et ce podium central où elle va successivement se dresser vers le ciel, s’asseoir, s’agenouiller, se coucher face contre terre, selon les pièces inscrites à son programme. La « mise en espace » de Marie Lambert-Le Bihan, les lumières de John Torres, donnent l’illusion d’un show comme sur Broadway, une sorte de « récital pour les nuls ». Les gestes, les postures de l’interprète, l’environnement lumineux, plutôt sommaire, appuient la démonstration : Eden ce sont les joies et les douleurs de la vie. 

La performance est du côté de la chanteuse. Présente quasiment sans interruption sur le plateau, passant sans effort apparent des douceurs suaves de Rachel Portland aux furies de Mysliveček ou de Gluck (Enzo), plus inégale dans Mahler. Si les moirures de la voix font merveille dans Ich atmet’ einen linden Duft, on s’attendrait dans le dernier des Rückert-Lieder, le bouleversant Ich bin der Welt abhanden gekommen à une retenue, à une voix moins somptueuse, comme émaciée. Broutilles que tout cela; Dans les Mahler, on a la surprise, finalement agréable, de voir le théorbe de l’ensemble Il pomo d’oro prendre la place de la harpe. 

La chanteuse revient plusieurs fois sur scène, longuement applaudie par un public conquis. Elle fait généreusement saluer ses compagnes et compagnons d’aventure, Zefira Valova et les musiciens d’Il Pomo d’Oro. Et prend la parole (cf.supra). Nous annonce une surprise : la présence du chœur d’enfants Sotto Voce dont on n’a pas bien compris où et quand Joyce DiDonato avait pris le temps de travailler avec eux. Mais, après la mort au monde (Mahler) qui concluait le récital, les deux chansons qui vont suivre redonnent de l’optimisme. La spontanéité de la surprise est parfaitement réglée et les bons sentiments affluent.


Joyce DiDonato et le choeur Sotto Voce (photo JPR)

En réponse à ces « cadeaux », ces messages d’espoir des enfants, Joyce DiDonato leur et nous offre un « Ombra mai fu » de toute beauté. 

(@Forumopera/JPR)

>>L’hommage à Lars Vogt (6 octobre 2022)

Un mois après sa mort, plusieurs de ses amis musiciens s’étaient réunis autour de l’Orchestre de chambre de Paris ce mardi 4 octobre à la Philharmonie de Paris pour rendre hommage à Lars Vogt, le pianiste et chef disparu le 5 septembre dernier des suites d’un cancer du foie.

Daniel Harding dirigeait l’Orchestre dont Lars Vogt avait pris la direction musicale en 2020, des complices de toujours comme le violoniste Christian Tetzlaff ou le violoncelliste Alban Gerhardt, le pianiste anglais Paul Lewis, et peut-être et surtout le ténor Ian Bostridge, avec qui Lars Vogt avait enregistré il y a quelques mois un Schwanengesang bouleversant.

Un programme sobre, ni funèbre, ni compassé, qui donnait à entendre les passions du musicien disparu. 

En ouverture la Musique funèbre maçonnique de Mozart, où rayonnent les vents de l’orchestre, l’illumination de l’accord final en majeur qui vient clore cet absolu chef-d’oeuvre.

Mahler et Bostridge

Puis la haute et mince silhouette juvénile de Ian Bostridge s’avance aux côtés du chef pour chanter les belles trompettes – « Wo die schönen Trompeten blasen » – du Des Knaben Wunderhorn de Mahler. Le temps de s’adapter au timbre et à la diction si particuliers de Bostridge (jamais la parenté vocale et stylistique avec Peter Pears ne nous a semblé si évidente !), on est saisi par la simplicité, l’absence d’effets de l’interprète dans l’une des mélodies les plus intensément nostalgiques du cycle mahlérien. Chacun pense à l’ami disparu et retient ses larmes.

Christian Tetzlaff succède au ténor anglais (il le retrouvera dans la seconde partie) pour la jolie Romance bohémienne de Dvorak. L’ami et partenaire de toujours de Lars Vogt nous la fait prendre pour un chef-d’oeuvre. 

L’Orchestre de chambre de Paris et Daniel Harding concluent cette première partie d’hommage – qui s’est ouverte par quelques mots émouvants, comme prémonitoires, prononcés par Lars Vogt au micro de Jean-Baptiste Urbain dans la Matinale de France Musique à l’automne 2021 – par le 3e mouvement – Adagio espressivo – de la deuxième symphonie de Schumann.


© Orchestre de chambre de Paris

La seconde partie commence dans Le silence de la forêt, brève et magnifique élégie concertante de Dvorak, murmurée, chantée par le violoncelle de l’ami Alban Gerhardt.

Mon coeur chargé de tristesse

Reviennent alors ensemble et en duo Christian Tetzlaff et Ian Bostridge pour quelques savoureuses mélodies de Ralph Vaughan Williams, dont presque tout le monde en France ignore le 150e anniversaire de la naissance (le compositeur britannique est né le 12 octobre 1872 à Down Ampney et mort le 26 août 1958 à Londres). Quatre mélodies extraites d’un cycle Along the Field  (1927) sur des textes d’Alfred Edward Housman (1859-1936) d’inspiration populaire, qu’amplifie le dialogue inhabituel entre le violon et la voix. Regrets, tristesse, mais aussi joie de vivre, fantaisie, liberté : les quatre mélodies choisies par Ian Bostridge et Christian Tetzlaff expriment à leur manière l’image que nous voulons garder ce soir du pianiste et chef disparu. 

Le huitième poème du cycle, le dernier des quatre chantés ce soir par le duo – With rue my heart is laden – dit notre tristesse : 

Mon coeur est chargé de tristesse
Pour les bons amis que j’avais
Jeunes filles aux lèvres roses
Et garçons aux pieds légers
Près de ruisseaux que l’on ne peut franchir
Les garçons aux pieds légers reposent
Les filles aux lèvres roses dorment
Dans les champs où les roses se fanent.

On installe le piano pour que Paul Lewis puisse jouer le mouvement lent du 1er concerto de Brahms. Puis – sans doute le sommet émotionnel de la soirée – Ian Bostridge, avec Daniel Harding et les musiciens de l’orchestre de chambre de Paris, va tirer des larmes du public nombreux de la Philharmonie, avec cette si simple mélodie de Schubert, parée d’un tissu orchestral d’une infinie douceur par Max Reger : Nacht und Träume. 

Le concert s’achève par l’espérance que Schumann fait lever dans le finale solaire de sa 2e symphonie. 

(@Forumopera/JPR)

>>La relève à Royaumont : quatre duos, deux révélations (28 septembre 2022)

La pluie s’est annoncée plus vite que prévu. On presse le pas dans la majestueuse allée encadrant le bassin qui mène à l’imposant corps de bâtiment de l’abbaye de Royaumont (Val d’Oise). On profitera mieux de la somptuosité des lieux le lendemain après-midi sous le soleil.

On nous présente une Nuit de la mélodie et du Lied, titre trompeur (une nuit vraiment ?) pour un concert classique de deux heures en deux parties, qui va permettre au public rassemblé nombreux dans le réfectoire des Convers, d’entendre quatre duos chant/piano (les mêmes qui avaient enregistré un disque Ombres chimériques avec un programme différent au printemps dernier). L’idée est excellente qui permet à ces jeunes artistes qui ont « résidé » à Royaumont ainsi qu’au musée d’Orsay, de se montrer à leur meilleur dans l’épreuve du concert.

L’épreuve est aussi pour le critique qui se demande s’il doit y aller mollo ou franco, ne considérant que ce qu’il écoute et voit ou tenir compte du jeune âge et de l’inexpérience – relative – des interprètes. Finalement on a choisi de dire les choses franchement.

Anne-Lise et Nicolas

Premier duo à entrer en scène, la Française Anne-Lise Polchlopek et son pianiste Nicolas Royez. Elle est violoniste de formation et a étudié auprès de Mireille Delunsch, José van Dam et Sophie Koch. Lui a un parcours marqué par les rencontres d’Alain Planès, Roger Muraro ou Christian Ivaldi. 

La chanson perpétuelle  de Chausson et le premier cahier des Canciones clásicas españolas du Catalan Fernando Obradors (1897-1945) au programme. Belle originalité ! La voix est large, puissante, homogène, le port est altier, les traits sont d’une déesse antique, l’interprète pourra sans doute affronter la scène sans problème. C’est d’ailleurs le problème ce soir : la chanteuse semble comme encombrée par le volume de son organe, rien jamais en dessous du mezzo forte. Son partenaire au piano idem. On est pourtant dans le réfectoire des convers, sous des voûtes gothiques, pourquoi forcer le son comme s’ils étaient au pied du mur antique d’Orange ?

Plus embêtant pour cette ancienne étudiante en langues étrangères, une diction aussi improbable. Dans le Chausson, des « é » prononcés « ê » et des consonnes mangées, comme diluées. Dans les chansons espagnoles – bien qu’on ne soit pas hispanophone on a quand même dans l’oreille Berganza, Los Angeles ou Lorengar dans ce répertoire – on n’entend aucune des raucités, aucune des couleurs si caractéristiques du castillan. Il faut suivre sur le programme les textes des poèmes (pourtant traduits par la chanteuse elle-même !) pour en comprendre les variations sentimentales  (« ma seule et unique Lorela » « donne-moi d’innombrables baisers » « ma belle amie, je me meurs », etc.). L’interprète n’en laisse rien paraître. 


Nicolas Royez et Anne-Lise Polchlopek © Royaumont

Gregory et Nathaniel

L’arrivée du second duo amuse et surprend : deux grands garçons dont l’un arbore fièrement un look capillaire à la Jakub Józef Orliński, choucroute sur le sommet du crâne. Mais dès que Nathaniel LaNasa pose les mains sur son clavier, dès que Gregory Feldmann ouvre la bouche, ils tiennent l’auditoire en haleine et ne vont plus le lâcher. Et quel programme, a priori périlleux : les deux Epigrammes de Clément Marot de Ravel, en vieux français, un extrait des Five mystical songs (Love bade me welcome) de Vaughan Williams (bravo de ne pas avoir oublié le sesquicentenaire du compositeur anglais !), trois Lieder de Brahms, les numéros 7 à 9 de son opus 32. 

Le baryton clair de l’Américain, formé à la Juilliard School de New York, est d’une souveraine homogénéité, manquant peut-être de profondeur dans le grave, mais quelle simple beauté sans artifice d’une voix qui ne force jamais ! Et – on est bien obligé de faire la comparaison avec celle qui l’a précédé – quelle diction, quel sens de la narration, tout dans les mots, les nuances, le regard, le langage corporel. Nul besoin de comprendre ou connaître l’anglais ou l’allemand pour entendre la douleur, l’exaltation, le transport amoureux, l’espérance de l’après qui se manifestent chez Vaughan Williams et Brahms.

Le piano se fait poète, parfaitement accordé au chanteur. 

Ces deux-là ont déjà chanté au Carnegie Hall de New York et y ont eu, nous dit-on, un grand succès. On veut bien le croire. Les Suisses ont bien de la chance, qui pourront entendre Gregory Feldmann à l’opéra de Zurich, dont il vient d’intégrer l’International Opera Studio en cette rentrée. 


Gregory Feldmann et Nathaniel LaNasa © Royaumont

Florence et Elenora

Après l’entracte, un duo de femmes. La mezzo-soprano franco-allemande Florence Losseau s’est formée au Conservatoire de Munich et à l’opéra studio de Linz. Sa partenaire ce soir est d’origine américaine, mais Elenora Pertz travaille beaucoup à Berlin.

De nouveau le duo n’a pas choisi la facilité : Alban Berg, deux des Sieben frühe Lieder(Nacht et Traumgekrönt), Debussy, deux des Cinq poèmes de Baudelaire (Harmonie du soir et La mort des amants) et pour finir de Poulenc les sept brefs poèmes de La fraîcheur et le feu.

La fraîcheur et le feu, c’est ce qui résume le mieux cette demi-heure de récital. La voix est d’un cristal pur – sublimes aigus chantés sur le souffle –, épouse les harmonies vénéneuses de ces mélodies de jeunesse, déjà si parfaites, du plus sensuel des trois cmpositeurs de la nouvelle école de Vienne (Berg, Webern, Schoenberg). Debussy bénéficie du même traitement : le texte est dit avec une justesse, une précision, une délicatesse hallucinantes – on en comprend chaque mot, chaque intention.  

Florence Losseau et Elenora Pertz administrent ensuite la preuve que les harmonies baudelairiennes n’ont aucun secret pour elles, puis se meuvent en toute complicité dans le cycle poétique d’Eluard magnifié par la musique de Poulenc, dont les titres sont autant d’énigmes que de promesses d’infini : « Rayons des yeux et des soleils » « Tout disparut même les toits du ciel » « Dans les ténèbres du jardin » « Homme au sourire tendre » « La grande rivière qui va ». On ne résiste pas au plaisir de citer le cinquième poème qui donne son nom au cycle :

« Unis la fraîcheur et le feu

Unis tes lèvres et tes yeux

De ta folie attends sagesse

Fais image de femme et d’homme »


Elenora Pertz et Florence Losseau © Royaumont

Liviu et Juliette

Pour conclure cette « nuit », de nouveau un baryton. L’Autrichien Liviu Holender est en troupe à l’opéra de Francfort depuis la saison 2019/2020 et compte déjà quelques beaux rôles à son actif. Sa partenaire Juliette Journaux est diplômée du Conservatoire de Paris. Le baryton, nous dit-on, a suivi la masterclass Mahler avec Thomas Hampson et déjà participé au concert Mahler en héritage de la fondation Royaumont. C’est pour cela qu’il a choisi deux extraits du Des Knaben Wunderhorn de Mahler (Rheinlegendchen et Revelge) après deux Schubert –Der zürnenden Diana et Nachtstück – dans lesquels on l’imagine comme un poisson dans l’eau puisque chantant dans sa langue maternelle.

Si au disque on peut sans doute apprécier « l’attrait immédiat du timbre de Liviu Holender, mâle, dense, riche comme la terre fertile sur laquelle poussent les épicéas en Forêt noire », sous les voûtes de Royaumont la voix sature l’espace, trop de son, trop d’intentions histrioniques dans les Mahler et un déficit de poésie, de douceur simplement dans le Nocturne schubertien. Encore une grande voix qui doit certainement briller à l’opéra, mais qui peine à nous convaincre dans l’intimité du récital. Sans doute un programme plus varié, comme ceux qu’avaient choisis ses collègues d’un soir, eût-il mieux mis en valeur les atouts de l’interprète !


Juliette Journaux et Liviu Holender © Royaumont

En fin de compte, si on était tenté de faire un classement – ce qui n’a pas de sens puisqu’il ne s’agissait ni d’un concours ni d’une émission de télévision ! – on retiendrait l’excellente qualité de ces quatre duos et on exprimerait une préférence pour les voix de Gregory Feldmann et Florence Losseau. 

(@Forumopera/JPR)

>>Douceur de la douleur (27 septembre 2022)

Retour à Laon ce vendredi 23 septembre. Le curé de la Cathédrale Notre-Dame est toujours aussi heureux de manifester son bonheur d’accueillir le public surtout qu’à la différence du concert d’ouverture, le programme de la soirée est d’inspiration religieuse et l’hommage à Notre-Dame explicite avec le Stabat Mater de Poulenc !

François-Xavier Roth a prêté son orchestre Les Siècles au chef de l’ensemble vocal AEDESMathieu Romano. Ce dernier a composé un programme qui, sur le papier, paraît fait de bric et de broc (Janequin y côtoie Charles Ives, Gesualdo Rodion Chtchédrine*) et qui se révèle être, au contraire, un magnifique parcours, un chemin de foi : l’espoir (Janequin), la désolation (Gesualdo) la confirmation (Pärt), la question sans réponse (Ives), la ferveur (Messiaen) pour culminer dans l’éploration du Stabat Mater

Un chemin de foi

Toutes les pièces sont enchaînées, quasiment sans interruption. Sans ruptures harmoniques d’un morceau à l’autre, comme s’il était naturel de passer de Janequin à Chtchédrine et du Russe à Gesualdo… Au risque d’une certaine uniformité. Les nuances, les accents, pourraient être plus prononcés, les contrastes entre les époques et les styles plus accusés. On peine à distinguer le vieux français de Janequin du russe de L’ange scellé puis de l’italien de Gesualdo. 

Et pourtant, une fois de plus, on tire son chapeau aux chanteurs de l’ensemble AEDES – ils sont 32 ce soir – et à leur chef  et fondateur Mathieu Romano. Voici une formation fondée en 2005 capable de s’adapter à toutes les situations, tous les contextes, tous les répertoires, avec un égal bonheur. Voici des artistes qui ont depuis longtemps compris qu’on peut attirer, intéresser de larges publics par des propositions qui sortent des sentiers battus.

Le programme de ce vendredi à Laon en était la parfaite illustration : rien vraiment de « grand public » (concept ridicule qui n’est avancé que par ceux qui ne vont jamais au concert et ignorent ce qu’attend précisément le public !), quelques noms plus connus ou familiers que d’autres (Messiaen, Poulenc), des enchaînements, audacieux à priori et finalement totalement convaincants à l’écoute. Moments magiques que la flûte qui se déploie du fond de l’église à la fin du Chtchédrine, ou angoissants comme la trompette qui introduit la « Question sans réponse» de Charles Ives. La présence du soprano fruité de Marianne Croux dans le premier des Poèmes de Mi de Messiaen nous fait regretter la brièveté de l’extrait de ce cycle où s’illustrèrent naguère Françoise Pollet et Pierre Boulez.

Mater dolorosa

Mais on attend évidemment ce qui va constituer la conclusion et l’acmé de ce programme : le Stabat Mater de Poulenc. Lorsque son ami, le peintre et décorateur Christian Bérard (1902-1949), meurt brutalement en 1949, Poulenc songe d’abord à un requiem, mais devant la Vierge noire de Rocamadour, celui qui se définissait lui-même comme « moine ou voyou », choisit le texte médiéval du Stabat Mater et compose, en 1950, une œuvre d’envergure – la seule de ce type avec le Gloria créé dix ans plus tard – pour soprano solo, chœur et orchestre, en douze parties. 

  1. Stabat mater dolorosa (Très calme) – Chœur
  2. Cujus animam gementem (Allegro molto – Très violent) – Chœur
  3. O quam tristis (Très lent) – Chœur a cappella
  4. Quæ mœrebat (Andantino) – Chœur
  5. Quis est homo (Allegro molto – Prestissimo) – Chœur
  6. Vidit suum (Andante) Soprano (ou mezzo-soprano) – Chœur
  7. Eja mater (Allegro) – Chœur
  8. Fac ut ardeat (Maestoso) – Chœur a cappella
  9. Sancta mater (Moderato – Allegretto) – Chœur
  10. Fac ut portem (Tempo de Sarabande) Soprano – Chœur
  11. Inflammatus et accensus (Animé et très rythmé) – Chœur
  12. Quando corpus (Très calme) Soprano – Chœur

Douze parties qui sont du pur Poulenc, alternance de gravité et de légèreté – la douleur de la mère du Christ n’est pas toujours tragique, plutôt révoltée ou contemplative. Marianne Croux fait d’autant moins un numéro que le soprano solo n’intervient jamais seul. Elle en laisse plus d’un au bord de l’émotion lorsque s’achève ce Stabat mater, sa voix si douce au milieu de celles d’un chœur qui se fond dans le silence.

On a pu regretter, dans les épisodes les plus puissants, que le chœur ne soit pas plus nombreux quand l’orchestre se déploie, regret vite effacé eu égard à l’engagement collectif des interprètes, chanteurs et musiciens, et à la performance du maître d’œuvre d’un programme exemplaire. 


La soprano Marianne Croux, Les Siècles et l’ensemble AEDES dirigés par Mathieu Romano © Robert Lefèvre/Festival de Laon

Mathieu Romano, pour remercier un public remarquablement attentif et silencieux, offre en bis une chanson de Clément Janequin, les musiciens des Siècles debout se joignant aux chanteurs d’Aedes :

* précision de linguiste : l’alphabet russe comporte une lettre – Щ – qui phonétiquement se transcrit en français par 5 lettres chtch !

(@Forumopera/JPR)

>>Ainsi chantait Caligula (18 septembre 2022)

La haute ville est quasiment déserte à moins d’une heure du concert d’ouverture du 34e Festival de Laon. La vaste nef de la cathédrale Notre-Dame sera pourtant bien remplie à 19 heures. Oui, 19 heures pour un concert sans entracte qui s’achèvera avant 20h30 ! Une idée pour les concerts à Paris et dans les grandes métropoles ?

Pour une fois, les inévitables discours d’entrée – le Maire, le président du festival – sonnent juste : il fallait une dose certaine d’audace et d’inconscience aux fondateurs de la manifestation, à commencer par son infatigable directeur artistique Jean-Michel Verneiges, pour lancer d’abord, et surtout maintenir au fil des décennies et des changements électoraux, un festival à l’ambition artistique avérée qui rassemble pour des programmes originaux la crème des ensembles vocaux et orchestraux français et prend appui, quasiment dès l’origine, sur un partenariat avec Radio France. Cette nouvelle édition ne déroge pas à la règle (voir le programme ci-dessous).

Ce sont justement deux des formations de Radio France, la Maîtrise dirigée par Sofi Jeannin, et l’Orchestre Philharmonique sous la houlette de son directeur musical Mikko Franck que l’on retrouvait ce 15 septembre (la veille de leur rentrée parisienne) dans un programme intrigant : deux raretés, un « tube ». 

Ainsi parlait Mikko Franck

Commençons par la fin, le tube : une semaine tout juste après avoir entendu le très jeune compatriote de Mikko Franck (43 ans), Klaus Mäkelä (26 ans) empoigner le poème symphonique de Richard Strauss Also sprach Zarathustra à la tête de l’Orchestre de Paris et en déployer les épisodes parfois bruyants dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie, on pouvait se demander ce qu’allait donner la même oeuvre (bravo la coordination entre les orchestres parisiens !) dans une acoustique de cathédrale. Et quelle vision en livrerait Mikko Franck qui illustrera sa dilection pour le compositeur bavarois à plusieurs reprises au cours de la saison. On avait gardé un souvenir ébloui des débuts de Mikko Franck à la tête de l’orchestre philharmonique de Vienne, en juin 2014, où il dirigeait Till Eulenspiegel et une danse des sept voiles de Salome, vénéneuse à souhait. Mikko Franck tient la bride courte à un orchestre philharmonique de Radio France en grande forme : une fois passé le portique d’entrée (on perçoit la rumeur du public qui reconnaît la musique de 2001 Odyssée de l’espace) d’une majesté un rien démonstrative, le chef finnois va privilégier les épisodes chambristes, une narration qui évite les boursouflures d’une partition qui n’en est pas avare, au risque parfois d’en atténuer les contrastes. Là où on est placé, dans les premiers rangs, on est agréablement surpris par le rendu acoustique de ce grand orchestre (dont on a quand même rogné les effectifs de cordes) : la précision, la définition sont au rendez-vous. Les solistes, très sollicités, brillent de tous leurs feux : mention spéciale pour le violoncelle d’Eric Levionnois et surtout le violon solo du jeune Nathan Mierdl (24 ans), qu’on avait repéré dans les rangs de l’Orchestre national, et qui étrenne ce jeudi sa nouvelle position de premier violon super-soliste de l’Orchestre philharmonique de Radio France.

Soulage sans s et avec trio

Avant Richard Strauss, le programme proposait une rareté, dont on n’a pas bien perçu le sens, sauf à comprendre que Radio France se doit de faire une plus large place aux compositrices ? Personne autour de moi, ni moi non plus, ne connaissait  le nom de Marcelle Soulage (1894-1970), professeur de solfège au conservatoire de Paris durant une vingtaine d’années après la Seconde Guerre mondiale. Mais c’était une très bonne idée de faire jouer sa Légende op.13, une brève pièce écrite en 1919, et d’y faire briller trois magnifiques solistes de l’Orchestre philharmonique de Radio France : Magali Mosnier à la flûte, Olivier Doise au hautbois et Nicolas Tulliez à la harpe.

Un duo pour Caligula

Mais ce qui motivait notre présence à ce concert, c’était une autre vraie rareté, la suite tirée de la musique de scène écrite par Gabriel Fauré pour la pièce Caligula d’un enfant du pays, Alexandre Dumas. Alexandre Dumas est né à Villers-Cotterêts, à une soixantaine de kilomètres du chef-lieu de l’Aisne. Le Festival 2022 est placé sous les auspices de la future Cité internationale de la langue française, en cours d’installation dans le château où François 1er édicta en 1539 sa fameuse Ordonnance sur le fait de la justice qui stipule en ses articles 110 et 111 que le français devient la langue officielle du droit et de l’administration en lieu et place du latin.

A défaut de notices sur les oeuvres dans le programme remis au public, on emprunte au Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française ce qu’on doit savoir de l’oeuvre donnée en ouverture qui rassemblait ce jeudi le grand effectif de la Maîtrise de Radio France préparé par sa cheffe Sofi Jeannin et l’orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Mikko Franck.

Le directeur du théâtre de l’Odéon, Paul Porel, reprend en 1888 la tragédie Caligulad’Alexandre Dumas, créée en 1837. Il sollicite Gabriel Fauré pour une musique de scène qui n’interviendra que dans le prologue et le 5e acte. La nouvelle production, créée le 8 novembre, connaîtra 34 représentations. Fauré arrange sa partition pour le concert, il remplace le petit ensemble instrumental par l’orchestre, mais ne change rien à la structure de sa musique de scène. La première de cette suite est donnée le 6 avril 1889 à la Société nationale de musique. 

Dans la pièce, la musique apparaît à la fin du prologue, les Fanfares annoncent l’arrivée de César, la Marche accompagne le cortège en l’honneur de Caligula, avant le Choeur des Heures, martial pour les « heures guerrières » et lyrique pour les « heures heureuses ». Le Quasi adagio est une marche qui annonce la mort de Lepidus. Mais ce sont surtout les morceaux du 5e acte qui, du vivant de Fauré, sont déjà des succès. L’Hiver s’enfuit est un choeur charmant tandis que l’Air de danse (orchestré avec Vincent d’Indy), cherche à « donner l’impression d’une danse de caractère antique » (une lettre de Fauré à son fils Philippe mentionne l’usage par le compositeur du mode lydien). Après le mélodrame avec violon et violoncelle solos, introduisant le choeur De roses vermeilles un mélodrame mystérieux annonce le choeur César a fermé la paupière (Source : Palazzetto Bru Zane).

On reconnaît immédiatement la patte de Fauré, dans des pages joliment descriptives, où n’affleure qu’allusivement le drame qui se joue sur scène. D’autant que la suite de concert ne fait que juxtaposer des éléments composites. La direction trop placide du chef, malgré le bel engagement de la Maitrise de Radio France, renforce ce sentiment d’une musique décorative sans grand relief. On réécoutera au retour le seul disque que nous connaissons de cette musique de scène – Michel Plasson et le Capitole de Toulouse – qui, par contraste, frôle presque l’agitation ! Mais c’était l’occasion ou jamais de ressusciter cette part méconnue de Fauré, à l’orée d’une édition 2022 d’un Festival qui promet encore bien des découvertes sous le signe des « Mots à la clef  ! »

(@Forumopera/JPR)

Cadeau

Ce « duetto » d’une imperturbable joie fait mon bonheur quand je sors de ma discothèque l’antique mais si vivante version de Felix Prohaska enregistrée à Vienne avec Teresa Stich Randall et Dagmar Hermann en 1954 puis « stéréophonique ». Une pure merveille !

Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog (Céline et la Callas)

Indépendance

La création par des musiciens de l’Opéra de Paris d’un nouvel orchestre – Philopera – et son concert inaugural dimanche soir au Palais Garnier – compte-rendu à lire sur Bachtrack – ont suscité, comme c’est normal, commentaires et interrogations. Je ne partage ni le titre ni toutes les analyses d’Yves Riesel (voir son article et l’interview du président de Philopera sur le site couacs-info) mais son interpellation a le double mérite d’éclairer le mélomane sur le mode de fonctionnement de nombre d’orchestres et d’interroger sur la place que peut occuper cette nouvelle phalange dans un paysage musical parisien qu’on peut juger saturé.

Daniel Harding et le nouvel orchestre Philopera à l’issue du concert inaugural le dimanche 6 septembre 2026.

Autogestion ?

Je ne sais pas s’il faut trop s’attarder sur les modes d’organisation des orchestres symphoniques, en France notamment. Parce que les situations varient d’une ville à l’autre : certains sont des régies municipales, d’autres sont chapeautés par une structure publique, comme une Métropole, certains sont constitués en EPIC ou associations subventionnés par les collectivités locales, et bien sûr dans le cas de l’Orchestre national de France et de l’Orchestre philharmonique de Radio France gérés par Radio France. Ces orchestres font figure de structures « lourdes » – et c’est bien ce qui nourrit le débat depuis des lustres (relire ce qu’en dit Lionel Esparza dans mon dernier billet) – avec leurs musiciens titulaires, leur encadrement technique, administratif, artistique.

Mais Philopera, constitué en une association de musiciens, n’est ni une nouveauté ni une exception. Même si elles ont peu à peu perdu de leur importance, les associations symphoniques parisiennes portent bien leur nom. Lamoureux, Colonne, Pasdeloup, n’ont toujours existé que sous forme de libre association des musiciens, avec une organisation minimaliste.

L’exemple le plus frappant est celui de tous les ensembles dits « baroques ». Ce sont des structures légères, faiblement subventionnées, dont les effectifs ne sont jamais figés – pas de musiciens titulaires ! -. Il n’est pas rare de voir dans les rangs du Concert spirituel un musicien qu’on reverra quelques semaines plus tard dans ceux des Siècles.

Indépendance

Mais pour justifier leur création, les musiciens « associés » de Philopera ont pris leurs exemples à l’étranger. Ainsi, historiquement, l’orchestre philharmonique de Vienne quand il se produit en concert en tant que Wiener Philharmoniker est l’émanation de l’orchestre de l’opéra d’Etat de Vienne (Wiener Staatsoper). Une émanation autonome et autogérée : le directeur de l’opéra de Vienne n’a pas droit de regard sur la programmation des concerts des Philharmoniker. Ainsi le choix du chef qui dirige les concerts de Nouvel an relève-t-il exclusivement des représentants élus des musiciens.

On a pris aussi l’exemple de la Scala de Milan et de la Filarmonica della Scala créée en 1982 à l’instigation de Claudio Abbado. Je trouve l’analogie avec le Bayerisches Staatsorchester – l’orchestre de l’opéra d’Etat de Munich – moins pertinent mais il y a peut-être des détails qui m’échappent.

J’avais pu trouver à Bologne, dans un magasin d’occasion, des disques jamais diffusés en France de Riccardo Muti dirigeant les symphonies de Beethoven à la tête de la Filarmonica della Scala.

Quel est le degré d’indépendance, d’autonomie, y compris financière et administrative, de ces formations ? je n’ai pas la réponse.

Apparences et réalité

Quels que soient la structure et l’organigramme de l’orchestre, la vraie question – à laquelle je ne répondrai pas ici en quelques lignes – est : qui a le pouvoir ? Le chef d’orchestre, le collectif des musiciens, l’administration… ou les sponsors ?

Dans le cas des Berliner ou des Wiener Philharmoniker, c’est net : c’est le board élu des musiciens qui tient dans ses mains la programmation, le choix des chefs. La période des chefs tout-puissants est à jamais révolue. Dans tous les autres cas, et singulièrement dans les pays anglo-saxons où les ressources des orchestres sont quasi exclusivement dépendantes du privé, la personnalité, la réputation… et l’engagement personnel du directeur musical sont décisifs. Je l’avais encore vérifié en me rendant à Cincinnati en octobre 2023 (Lire Sur les ailes de la musique et mon entretien avec Louis Langrée paru en novembre 2023 dans Bachtrack : « Le chef providentiel n’existe pas »).

Dans beaucoup d’autres cas, les responsabilités sont plus diluées ou masquées. Ayant eu quinze ans la responsabilité d’un grand orchestre – l’Orchestre philharmonique de Liège – puis pendant une courte mais intense année celle de la direction de la Musique de Radio France – j’ai pu mesurer ce qui sépare les apparences des réalités.

J’ai toujours privilégié la clarté dans la chaîne de responsabilités : il ne peut pas y avoir de dyarchie ou de dilution des rôles. Le directeur général dirige selon une vision artistique et avec des objectifs définis en accord avec les partenaires subsistants (mais pas sous leurs ordres !), le directeur musical s’inscrit et enrichit cette vision et devant les musiciens c’est le seul patron. Et c’est assez logiquement lui qui prend la lumière quand tout va bien, et le DG qui assume les soucis quand ça va moins bien. Mais quand les responsables sont faibles, la structure a vite fait de s’auto-gérer, de s’auto-planifier, et de fait d’imposer ses vues et ses méthodes à ceux qui sont censés les diriger. Pierre Boulez était féroce contre ceux qui n’étaient pas professionnels… et il avait raison. Je me rappelle un moment très particulier de mon mandat à Radio France. C’était juste après l’inauguration de l’Auditorium et du studio 104 rénové. Il était prévu évidemment que les deux orchestres – le National et le Philhar’ – répètent leurs programmes dans chacun de ces lieux. Le problème était qu’on avait promis au National d’être à l’Auditorium et le Philhar au 104. Or d’évidence les programmes de l’un et de l’autre (notamment pour le Philharmonique le très grand effectif des Notations de Boulez) ne permettaient pas qu’on respecte cette « promesse ». Or les représentants de l’une et l’autre formation, les techniciens et toutes sortes de gens impliqués dans ces productions exigeaient que je respecte cette « promesse » jusqu’au moment où je fis la démonstration que c’était littéralement impossible compte-tenu de ces partitions. Je leur donnai une heure pour se mettre d’accord, moyennant quoi le National joua au 104 et le Philharmonique à l’Auditorium sans qu’aucun ne déchoie, pour le plus grand service de la Musique. Et j’y gagnai accessoirement le respect des musiciens.

Cadeau

Après la 1e symphonie de Mahler de dimanche soir, cet extrait de l’une de mes versions de référence, captée dans une excellente stéréo en 1961, malheureusement introuvable : Paul Kletzki avec l’orchestre philharmonique de Vienne

Dans mes brèves de blog, des rencontres inattendues, de la musique bien sûr et d’autres humeurs du moment.

Ravel #150 : apothéose

Cette année de célébration du sesquicentenaire de la naissance de Ravel – le 8 mars 1875, s’est achevée à Paris par deux concerts d’exception, comme je le relate pour Bachtrack : L’accomplissement ravélien d’Alain Altinoglu

Le Choeur et l’Orchestre de Paris dirigés par Alain Altinoglu à la Philharmonie le 17 décembre 2025 (Photo JPR)

Il y avait d’abord… une création, la première audition publique de Semiramis, les esquisses d’une cantate que Ravel avait prévu de présenter pour le Prix de Rome en 1902. Lire la note très complète que publie le site raveledition.com.

Ici la création à New York, de la première partie – Prélude et danse

Mais le clou de cette soirée parisienne, ce fut l’intégrale de Daphnis et Chloé, une partition magistrale, essentielle, qu’on entend trop peu souvent en concert. Je lui avais consacré un billet en mars dernier (Ravel #150 : Daphnis et Chloé) en y confiant mes références, qui n’ont guère changé. Mais j’ai un peu revisité ma discothèque, où j’ai trouvé 24 versions différentes, qui ont toutes leurs mérites – il est rare qu’on se lance dans l’enregistrement d’une telle oeuvre si l’on n’a pas au moins quelques affinités avec elle ! Je ne vais pas les passer toutes en revue, mais m’arrêter seulement à celles qui, en plus des versions déjà citées comme mes références, attirent l’oreille.

  • Claudio Abbado, London Symphony Orchestra (1994)
  • Ernest Ansermet, Orchestre de la Suisse romande (1958)
  • Leonard Bernstein, New York Philharmonic (1961)
  • Pierre Boulez, Berliner Philharmoniker
  • Pierre Boulez, New York Philharmonic
  • André Cluytens, Société des Concerts du Conservatoire
  • Stéphane Denève, Südwestrundfunk Orchester
  • Charles Dutoit, Orchestre symphonique de Montréal
  • Michael Gielen, Südwestrundfunk Orchester
  • Bernard Haitink, Boston Symphony Orchestra
  • Armin Jordan, Orchestre de la Suisse romande
  • Philippe Jordan, Orchestre de l’Opéra de Paris
  • Vladimir Jurowski, London Philharmonic Orchestra
  • Kirill Kondrachine, Concertgebouw Amsterdam

Après maintes écoutes et réécoutes, c’est bien ce prodigieux « live » à Amsterdam qui tient le haut du pavé

  • Lorin Maazel, Cleveland Orchestra
  • Jean Martinon, Orchestre de Paris
  • Pierre Monteux, London Symphony Orchestra (1962)
  • Pierre Monteux, Concertgebouw Amsterdam (1955)
  • Charles Munch, Boston Symphony Orchestra
  • Seiji Ozawa, Boston Symphony Orchestra
  • André Previn, London Symphony Orchestra
  • Simon Rattle, City of Birmingham Symphony Orchestra
  • François-Xavier Roth, Les Siècles
  • Donald Runnicles, BBC Scottish Symphony Orchestra

Quelques autres recommandations en cette fin d’année.

Pour le piano de Ravel, je ne suis pas sûr d’avoir déjà mentionné la belle intégrale qu’en a réalisée un pianiste trop discret, François Dumont

Je n’ai pas encore évoqué non plus le dernier disque de Nelson Goerner, impérial dans les deux concertos pour piano.

Humeurs et bonheurs du jour à suivre sur mes brèves de blog

La vie des chefs

Pour en avoir côtoyé, engagé un grand nombre, je me pose toujours, à propos des chefs d’orchestre, une question à laquelle j’ai rarement eu une réponse convaincante : pourquoi devient-on chef d’orchestre ? Qu’est-ce qui pousse un musicien à le devenir, sachant que tel Saint-Sébastien il sera plus souvent criblé de flèches que de compliments par ceux qu’il tiendra sous sa baguette ?

Question d’autant plus actuelle à l’heure des réseaux sociaux, des investigations orientées, des procès médiatiques. L’article que je publiais il y a tout juste un an, à propos de ce qu’on a appelé l’affaire Roth (Confidences et confidentialité), n’a rien perdu de son actualité. Notons qu’aucune instance judiciaire, aucune plainte, aucune enquête n’ont été engagées depuis les « révélations » concernant le chef français, mais le résultat est le même : F.X. Roth a été banni de toutes les formations qu’il avait l’habitude de diriger, y compris celle qu’il a fondée, Les Siècles !

Enquêtes ?

France Musique et la presse musicale se font l’écho d’une vaste enquête menée par un media néerlandais sur le comportement du chef d’orchestre Jaap van Zweden, sur lequel, bien avant d’apprendre sa nomination comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Radio France, je m’étais exprimé sans fard (lire Bâtons migrateurs) : Jaap Van Zweden accusé de faire régner un climat de peur

J’avais écrit pour Bachtrack les réserves que m’avait inspirées une exécution pour le moins sommaire de la IXe symphonie de Beethoven au tout début de cette année.

J’entends déjà dire, à mots à peine couverts, qu’on va regretter Mikko Franck au Philhar’…

Sur une autre nomination – Chung à la Scala – j’ai dit ce que je peux en dire (lire brèves de blog). Je doute qu’on enquête un jour sérieusement sur ses comportements passés en France – il y a prescription, mais certains n’ont pas la mémoire courte ! Aurait-on oublié ce qui s’est passé en Corée il y a dix ans ? (Le maestro Chung en difficulté en Corée).Mais il faut absolument lire l’article très complet et très informé du Blog du Wanderer : Scala, Le nouveau directeur musical n’est pas celui qu’on attendait.

Daniele Gatti vient d’ailleurs d’annoncer qu’il annule tous ses futurs engagements à la Scala de Milan !

Mais il y a heureusement des nouvelles beaucoup plus réjouissantes dans l’actualité.

Daniel Harding vient de quitter la direction musicale de l’Orchestre symphonique de la radio suédoise, qu’il occupait depuis dix-huit ans.

L’orchestre lui a fait une belle ovation à sa manière :

Pierre Dumoussaud, plusieurs fois invité à Montpellier, est le futur chef de l’Opéra de Rouen. il en est heureux, et nous plus encore !

Il dirigeait le concert final du Concours Eurovision des jeunes musiciens en 2022 :

Enfin ma découverte d’avant-hier au Châtelet, la jeune cheffe coréenne Sora Elisabeth Lee, qui se tire avec tous les honneurs d’un spectacle inégal. Lire ma critique sur Bachtrack : Purges et élixirs du docteur Bizet (et ma brève de blog)

L’été 24 (IV) : Yes we Kam and other News

Pardon pour ce titre en anglais, mais les nouvelles, les bonnes surtout viennent d’Outre-Atlantique

Yes She can

La presse, les commentateurs, les « spécialistes » des plateaux télé ont souvent en commun de partager les mêmes analyses – si tant est que le terme convienne ! – et de répéter les mêmes éléments de langage jusqu’à ce que les faits, la réalité démentent leurs propos.

Qui a pu croire une seconde que le retrait de Joe Biden de la course présidentielle n’a pas été très soigneusement préparé, derrière le rideau de fumée propagé par l’intéressé lui-même, sa femme et son entourage ? Et que le surgissement sur le devant de la scène de Kamala Harris a été improvisé au dernier moment ? Il faut vraiment mal connaître le système politique américain.

Ce qui s’est passé aux Etats-Unis depuis le 21 juillet est un coup de maître, peut-être même un coup de génie. Laisser Trump être investi après un attentat manqué, quelques personnalités démocrates monter au filet (et pas des moindres comme Barack Obama) pour préparer le terrain de la « renonciation », après avoir laissé dans l’ombre la vice-présidente, pour pouvoir en moins de 24 heures retourner complètement la situation, c’est exceptionnel.

Et les mêmes qui, aux Etats-Unis et chez nous, trouvaient tout un tas de défauts à Kamala Harris, lui tressent depuis deux jours, des lauriers qui vont finir par paraître suspects. J’attends avec une immense impatience les prochains face-‘à-face entre Trump et elle.

Cela donne encore moins envie de s’attarder sur la situation politique française. Je suis surpris que Ségolène Royal ne se soit pas proposée pour Matignon. Que la gauche mélenchonisée en soit rendue à jeter en pâture à la presse des femmes dont on sait par avance qu’elles seront incapables de constituer un gouvernement, révèle un mépris abyssal d’abord pour les électeurs, ensuite pour le Parlement, sans parler du président de la République.

L’un sort, l’autre reste

Quelques jours après que le festival de Montpellier lui a offert une sorte de réhabilitation, après de longs mois de retrait de la vie musicale – John Eliot Gardiner dirigeait l’Orchestre philharmonique de Radio France le 16 juillet – on apprend que le chef anglais est banni définitivement du choeur et de l’orchestre Monteverdi qu’il a fondé (John Eliot Gardiner’s exit statement).

Dans le cas de François-Xavier Roth, déjà évoqué ici, comme dans l’éditorial très mesuré d’Emmanuel Dupuy dans le numéro de juillet de Diapason, la situation est très contrastée. Le chef français s’étant de lui-même mis en retrait – il n’avait pas d’autre moyen face à l’avalanche d’annulations de ses engagements -, il a été remplacé (comme à Montpellier) partout où il devait diriger ces prochains mois. L’ensemble qu’il a fondé – Les Siècles – a fait disparaître toute référence à son fondateur, y compris dans la « bio » de la formation; Le Gürzenich et l’opéra de Cologne ont mis fin avant terme au contrat qui les liaient à FXR.

Mais l’orchestre allemand de la SWR, où Roth est nommé à partir de 2025, vient de faire savoir qu’il n’avait trouvé aucune raison de renoncer à cette nomination : L’orchestre de la SWR maintient François-Xavier Roth à son poste.

Vive les Jeux

Enfin, un mot de l’événement planétaire qui commence cette fin de semaine. Je n’ai pas été le dernier à râler, à discuter de l’opportunité d’avoir les Jeux Olympiques à Paris et en France. Mais je ne supporte plus ces reportages qui passent en boucle sur les malheureux cafetiers et commerçants de l’extrême centre de Paris qui sont « confinés » jusqu’à samedi à cause de la cérémonie d’ouverture sur la Seine. Cet art si français de ronchonner à propos de tout, de se dévaloriser en permanence.

Alors que finalement ces Jeux à Paris auront permis des investissements considérables… et durables, propulsé quantité de projets, d’abord les transports publics, qui sans cette perspective, auraient mis des années à aboutir… ou pas. Sans parler de toutes les autres retombées. Je n’ai jamais vu les trains de banlieue ni les rames de métro aussi propres que ces jours-ci, jamais traversé les aéroports parisiens de manière aussi fluide, jamais vu autant d’agents d’information et de conseil dans les gares, les rues, etc.

Réjouissons-nous pour une fois d’avoir été capables d’organiser un tel événement, réjouissons-nous de découvrir une cérémonie d’ouverture qui sera la plus belle fête du monde.

J’étais ce midi dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés… les photos sont éloquentes !

Le baromètre des chefs

Le cas Roth

Il me faut revenir sur le billet que j’ai publié le 27 mai – Confidences et confidentialité – où j’évoque la situation du chef François-Xavier Roth. J’ai eu nombre de commentaires, d’interpellations, de réactions de la part d’amis, de musiciens et de musiciennes, qui me conduisent à préciser mon propos.

Lorsque j’écris  » il n’y a pas eu de violence sur autrui, ni fait pénalement répréhensible, juste des situations ridicules dont la seule victime est l’auteur » c’est au minimum incomplet, s’agissant des personnes, musiciens ou non, placés sous l’autorité artistique et/ou hiérarchique du chef. On pense évidemment en premier lieu aux artistes qui jouent au sein de l’orchestre Les Siècles, qui, à la différence des autres orchestres et institutions que dirige FXR (le Gürzenich à Cologne) n’est pas une structure permanente. Des amis musiciens me faisaient très justement remarquer que des SMS de nature sexuelle constituent bien une forme de harcèlement, réprimé par la loi. et qu’il faut bien du courage aux victimes de harcèlement pour engager une procédure judiciaire.

Pour le reste, la prudence me semble devoir être la règle dans les commentaires, l’expression sur les réseaux sociaux. À ceux qui sont en situation de responsabilité – et à eux seuls – d’exercer leurs droits et surtout leurs devoirs pour faire toute la lumière sur cette malheureuse affaire.

L’ascension d’un chef

Je ne veux faire aucun rapprochement hasardeux, mais c’est bien à cause d’un phénomène de même type que celui qui est reproché à Roth – le comportement du chef britannique John Eliot Gardiner à l’égard de l’un de ses interprètes (lire ici) – qu’un jeune chef portugais, Dinis Sousa, a surgi en pleine lumière depuis quelques mois. Il a dû remplacer en effet Gardiner dans la totalité des projets que ce dernier avait engagés avec ses forces du Monteverdi Choir and Orchestra.

Hier s’est achevé une forme de marathon Beethoven à la Philharmonie de Paris : en quatre concerts, le Monteverdi Choir et son jumeau orchestral ici dénommé Orchestre révolutionnaire et romantique, dirigés par Dinis Sousa, ont donné les symphonies 2,3,4,5,6,7 et 9 ainsi que la Messe en do.

J’invite à lire mes comptes-rendus sur Bachtrack, en particulier sur une mémorable Neuvième, une Héroïque impressionnante, et finalement tout cette aventure.

Au bonheur de la Pastorale

Le triomphe de la fraternité

L’apothéose finale

Je reviendrai sur ces concerts et sur la personnalité de ce jeune chef qui me paraît avoir tout compris des enjeux et des risques d’une carrière musicale à notre époque.

Pour le moment il n’y a pas de captation disponible des concerts de la Philharmonie, mais celle-ci, réalisée il y a moins d’un an à Newcastle, avec l’orchestre Northern Sinfonia, dont Dinis Sousa est le directeur musical, donne une assez juste idée de sa direction et de sa conception des symphonies de Beethoven :

Je reviendrai aussi sur le coffret que je viens de recevoir, qui récapitule le mandat du chef anglais Antonio Pappano avec la Santa Cecilia de Rome

Antonio Pappano que j’applaudissais il y a un mois à la Philharmonie de Paris. Lire : Pappano et le LSO. Il dirigeait la 2e symphonie de Rachmaninov, qu’il a gravée à Rome et qu’on retrouve dans ce coffret :

Deux opéras, deux orchestres

On peut difficilement imaginer soirées plus contrastées, et chez l’auteur de ce blog situations parfois schizophréniques. Celle où le critique musical est en activité, celle où l’auditeur jouit pleinement du moment sans l’angoisse du papier à écrire.

Un couple mal assorti

J’aime les soirs de première, non par snobisme (les mondanités, ça n’a jamais été mon truc !), mais parce que l’effervescence est partout perceptible, côté public comme côté interprètes et organisation. Lorsque je prends mes places vendredi soir au guichet du théâtre des Champs-Elysées, après en avoir salué l’actuel et le futur directeurs, J.Ph. me laisse deviner un spectacle qui décoiffe. Il faut dire que Le Rossignol de Stravinsky et Les Mamelles de Tiresias de Poulenc dans une même soirée, mis en scène par Olivier Py, ça promet.

Résultat mitigé ! A lire sur Bachtrack : Le Rossignol et Les Mamelles de Tiresias un couple mal assorti. Avis partagés par mes « collègues » de Forumopera, du Figaro ou du Monde

Un spectacle à voir… pour les Mamelles !

San Francisco à Paris

Samedi soir, programme généreux pour le troisième des concerts du San Francisco Symphony en résidence à la Philharmonie. Esa-Pekka Salonen sur le podium, Yuja Wang au piano !

(Yuja Wang, Esa-Pekka Salonen, le San Fransisco Symphony dans un extrait du finale du 3ème concerto de Rachmaninov)

La pièce d’ouverture est due à une jeune compositrice californienne, Gabriella Smith. Une musique vraiment descriptive, qu’elle situe à 40 kilomètres au nord de San Francisco sur le majestueux cap de Point Reyes. Adolescente, Gabriella Smith y a participé à un projet de recherche sur les chants d’oiseau. Et c’est là contemplant l’océan, bercée par les bruits environnants, que lui vient l’idée de Tumblebird Contrails. Tous les instruments de l’orchestre sont sollicités pour reproduire la houle, le ressac, le sable qui crisse sur la grève. C’est mieux qu’un exercice de style, l’affirmation d’une authentique maîtrise du grand orchestre.

Que dire, ensuite, qui n’ait déjà dit sur Yuja Wang, sa technique superlative, son approche aussi virtuose que poétique de l’immense 3ème concerto de Rachmaninov (cf. l’extrait ci-dessus) ! En bis, la sublime transcription par Liszt de « Marguerite au rouet » de Schubert presque murmurée, dans un souffle.

Puis devant l’insistance du public, un « encore » qui était si familier à Nelson Freire, les Ombres heureuses de l’Orphée et Eurydice de Gluck arrangées par Sgambati

En seconde partie, le Concerto pour orchestre de Bartok, où les Californiens et leur chef n’ont pas de mal à briller de tous leurs feux. Mais ce n’est décidément pas l’oeuvre qu’on préfère de Bartok.

Les beaux dimanches du National

Je me rappelle encore l’énergie qu’il avait fallu développer, après l’inauguration de l’auditorium de Radio France en novembre 2014, pour installer l’idée que la musique et les formations musicales de la Maison ronde devaient être proposées au public le week-end. J’avais lancé le principe de concerts symphoniques le dimanche après midi, me heurtant d’emblée à l’incrédulité voire à l’hostilité générale, à l’exception, je dois le dire, du PDG Mathieu Gallet qui souhaitait une Maison de la Radio en format VSD !

J’ai eu évidemment beaucoup de plaisir à constater ce dimanche après-midi qu’un public jeune et familial avait pris place dans l’Auditorium. Pour un concert en tous points admirable. Comme je l’ai écrit pour Bachtrack : Gianandrea Noseda, Joshua Bell et le National au meilleur de leur forme.`

Les bonnes raisons

Mon père, qui aurait eu 95 ans hier, si la grande faucheuse ne l’avait brutalement emporté il y a cinquante ans, me disait toujours quand je critiquais un camarade d’école ou de collège : « Il y a toujours quelque chose de bon à trouver chez chacun, dans chaque situation ». Vision angélique ou naïve ? Je me demande ce que le professeur adoré de ses élèves qu’il était aurait pensé du monde d’aujourd’hui. Mais je n’ai jamais oublié son injonction, qui continue de me guider. Pourquoi perdre son temps et son énergie à détester, combattre, se fâcher? Les bonnes raisons d’espérer existent en ce début d’année 2023. À nous de les préférer à la résignation.

Inutile méchanceté

Mais puisque mon dernier billet – Même pas drôle – a suscité quelques commentaires, je confirme et signe ce que j’ai écrit à propos de Roselyne Bachelot et de son passage plus que controversé au ministère de la Culture. Le Monde (Michel Guerrin) n’est pas moins sévère que moi : « Si Roselyne Bachelot pose une bonne question – à quoi sert une politique culturelle aujourd’hui ? –, ses réponses sont un peu courtes ». Le Point relève : Roselyne Bachelot règle ses comptes avec la culture, ce qui est quand même un comble pour une ministre qui était censée défendre et aider le monde de la culture.

En fait, ce bouquin est la pire des publicités qu’on puisse faire à la Culture, Comme si nous avions besoin de tomber encore plus bas… Imaginons seulement la même chose de la part d’un ancien ministre de l’Intérieur ou de la Justice qui passerait « à la sulfateuse » – c’est l’expression employée par les médias pour Bachelot – les magistrats, policiers, gendarmes, hauts responsables dont il avait la charge. Ce serait un scandale ! Mais puisque c’est la Culture, allons-y gaiement. Non merci Roselyne !

Les jeunes Siècles

L’année musicale a bien commencé pour moi. Il y a une semaine c’était le concert-anniversaire des 20 ans des Siècles au Théâtre des Champs-Elysées. J’ai écrit pour Bachtrack un compte-rendu enthousiaste : Les Siècles ont vingt ans : une fête française.

Le même programme avait été capté le 5 janvier à Tourcoing. A déguster sans modération, surtout pour la première suite de Namouna de Lalo.

Les fabuleux Pražák

Depuis que je suis rentré de vacances, je prends un plaisir non dissimulé à découvrir le contenu d’un fabuleux coffret : celui que le label Praga consacre au plus célèbre quatuor tchèque du siècle dernier, les Pražák (prononcer Pra-jacques)

Une somme admirable, un enchantement sur chaque galette

Gothique

Ce blog prend du retard… Dès lors que j’ai accepté d’écrire des chroniques pour Forumopera.com sur des disques (De la nuit à la lumière, De si de Sa) et maintenant sur des concerts (Ainsi chantait Caligula, Douceur de la douleur), je leur consacre le temps et l’attention que l’exercice requiert. Et je n’entends pas, a priori, mélanger les deux disciplines.

Précision

Un ami musicien à qui je racontais mes nouvelles aventures de critique musical me disait mi-sérieux mi-moqueur : « Tu vas pouvoir balancer ! »… Comme si j’avais des comptes à régler, des vengeances à assouvir. C’est mal me connaître. Il n’y a que les aigris, les jaloux, les envieux (et il y en a quelques-uns – euphémisme -dans le milieu artistique) qui puissent nourrir de tels sentiments. J’ai eu la chance d’approcher, parfois de faire jouer, de très grands artistes, qui étaient aussi, pour l’immense majorité, de magnifiques êtres humains. De quoi et pourquoi devrais-je me « venger » ? Sans doute me priverai-je moins de dire ce que je pense, de dégonfler certaines baudruches, mais c’est tellement mieux, plus rassurant, de dire du bien…

Retour à Laon

Mais je peux raconter mes visites du week-end. Gothiques à plein. Grâce à de beaux concerts : Laon, Royaumont.

Pas des inconnues. Mais Laon ça faisait un sacré bail: un concert à la mi-octobre il y a une vingtaine d’années avec l’Orchestre philharmonique de Liège, George Pehlivanian à la baguette et Pierre Amoyal au violon. Il avait failli jouer avec des mitaines tant il faisait cru dans la haute nef de la cathédrale Notre Dame. Quant à l’orchestre ils n’étaient pas loin de faire jouer la clause du règlement de travail interdisant de jouer à moins de 18 degrés de température ambiante. Plus lointain encore, 1997 je crois, un Requiem allemand de Brahms avec lOrchestre philharmonique de Radio France, un chef que je n’aimais vraiment pas – Marek Janowski – mais ce soir-là je baissai la garde. Il avait invité le choeur du Singverein de Vienne (on avait encore les moyens à Radio France !). J’en ressens encore l’émotion.

Ci-dessus Les Siècles et l’ensemble Aedes dirigés par Mathieu Romano vendredi soir dans la cathédrale Notre-Dame.

Mon « papier » paru ce mardi sur Forumopera.com : Douceur de la douleur

En bis, une chanson de Clément Janequin chantée par les musiciens debout et le choeur. Beau.

Royaumont en majesté

L’abbaye de Royaumont, ce que c’est devenu depuis bientôt quarante ans, grâce à la volonté, l’énergie inlassable de Francis Maréchal, un centre de formation, de création voué à l’art vocal et à la danse. Dans un site exceptionnel. Deux concerts ce week-end, beaucoup de bonheur avec quatre jeunes duos (lire La relève à Royaumont) et une chanteuse qui me bouleverse toujours, Véronique Gens.

Le piano qu’on aime

Crise du disque ? crise du classique ? pas pour le piano semble-t-il.

Quelques pépites repérées dans les dernières sorties, des pianistes, des amis que j’admire depuis longtemps.

Benjamin et Chopin

Faut-il que je redise ici tout le bien que j’entends, pense et écris de Benjamin Grosvenor ? Le pianiste anglais, qui fête ses 30 ans le 8 juillet, revient à Montpellier les 28 et 29 juillet, dans le cadre du #FestivalRF22, jouer les 3ème et 4ème concertos de Beethoven (il est recommandé de réserver au plus vite : lefestival.eu) avec ses complices du Scottish Chamber Orchestra.

J’ai profité du week-end dernier pour écouter un disque remarqué évidemment dès sa sortie il y a un an, dont je remettais l’écoute à des moments plus favorables. Et, comme toujours, avec ce diable d’artiste, le choc. Ces deux concertos de Chopin qu’on croit connaître par coeur, sous les doigts de Rubinstein, Clara Haskil (pour le second), Martha Argerich, et tant d’autres illustres, je les ai redécouverts avec Benjamin Grosvenor.

Foin d’un romantisme de jeune fille phtisique, du piano puissant, charnel, éloquent, virtuose mais une liberté souveraine dans le choix des tempi, des phrasés, un nuancier sans limite, une jeunesse enivrante.

Et puis la découverte, pour moi, d’une jeune cheffe d’orchestre chinoise, Elim Chan, qui ne se contente pas du service minimum, loin de là, pour accompagner son génial soliste.

Cédric et Ravel

Gramophone en a fait son « disque du mois » de juin. Alain Lompech ne tarit pas d’éloges sur les réseaux sociaux. C’est le dernier disque de Cédric Tiberghien et de François-Xavier Roth (je n’oublie pas la présence de Stéphane Degout, j’y reviendrai plus loin) :

« Ecouté, réécouté avec une attention soutenue, chaque fois plus soutenue devrais-je dire, ce disque est une merveille à laquelle je ne fais qu’un reproche : le choix d’un grand patron Pleyel de 1892 en lieu et place du Erard qui s’imposait ici : c’était l’instrument de Ravel, celui dont son imaginaire sonore s’est nourri, et le grand Erard cordes parallèles 90 notes en cadre serrurerie ou le rarissime cordes parallèles avec cadre en fonte s’imposaient ici d’un point de vue historique et musical.
Ceci dit, le Pleyel joué par Cédric Tiberghien est une merveille et joué par lui une splendeur dont bénéficient les mélodies qu’il accompagne de façon magistrale, et je pèse mes mots, à Stéphane Degout qui chante d’une façon directe, sans apprêt, d’une façon qui vise juste en chaque mot, chaque accent…
Les deux concertos se hissent tout en haut de mon panthéon en raison de la façon si précise, si fulgurante parfois dont Thibergien les joue, en raison aussi de la sensibilité sans la moindre sollicitation dont il fait preuve: le deuxième mouvement du concerto en sol est à couper le souffle tant il sait le tenir en apesanteur, comme sa joie conquérante dans le finale et son allant si swinguant dans le premier mouvement. Le même pianiste réussit le Concerto de la main gauche au-delà de toute espérance, car il n’est pas si fréquent que le même pianiste réussisse les deux de façon également convaincante. Tiberghien joue dents serrées, taille dans le vif du clavier et chante sa cadence finale admirablement sur un piano qui tient le choc et rend les textures plus transparentes… François Xavier Roth et les Siècles sont vraiment exemplaires : la saveur des couleurs des instruments d’hier et le caractère précis, analytique et inspiré de la direction apportent vraiment beaucoup à ces deux oeuvres…
(Alain Lompech sur Facebook, 27 juin 2022).

L’une des merveilles de ce disque est la présence de plusieurs mélodies de Ravel, où l’on retrouve Stéphane Degout et Cédric Tiberghien.

J’en profite pour rappeler que Stéphane Degout est l’un des invités de choix du prochain Festival Radio France (lefestival.eu), d’abord parce qu’il donne le 25 juillet le cycle La Belle Maguelone de Brahms, quasiment sur les lieux mêmes de la légende (lire La légende de la belle Maguelone) mais aussi parce qu’il anime une Masterclass les 26,27 et 28 juillet.

Eric et Mozart

L’ami et compagnon de tant d’aventures Eric Le Sage se lance au disque dans Mozart.

Une surprise ? Pas pour ceux qui suivent le pianiste français depuis longtemps (souvenir personnel d’un concerto de Mozart avec Armin Jordan à Liège !) Celui qui a été unanimement reconnu, et souvent récompensé, pour ses Schumann, Poulenc en solo, ses Fauré et Brahms en musique de chambre, trouve pour ces deux concertos un partenaire de choix en la personne de François Leleux et de son orchestre suédois.

Je n’ai pas encore pu entendre tout le disque – le mouvement lent du 24ème sur Idagio – et ce matin une partie du 17ème concerto sur France Musique (à réécouter ici). J’aime l’allégresse, le mouvement allant, voire très allant, qu’adoptent Eric Le Sage et François Leleux. Et la grande et belle allure de ce Mozart franco-suédois.