Brouillons de culture

Un titre accrocheur, une quatrième de couverture bien tournée. Et comme le sujet est quasiment absent de cette campagne présidentielle, j’achète et je commence à lire. Jusqu’à ce que je comprenne qu’il s’agit d’un bouquin à charge exclusive contre le quinquennat finissant, venant d’un représentant d’une droite la plus conservatrice et étriquée qui soit. Normal, diront ceux qui s’arrêtent aux clichés, qu’attendre d’autre d’un élu de Versailles ?

Et pourtant d’accord sur un point avec lui : « Sans véritable ambition culturelle, toute entreprise de réforme de la société française et de lutte contre la violence, y compris terroriste, est promise à l’échec »

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Se tourner vers le dernier opus de Christiane Taubira ? Au moins la langue ne me décevra pas…

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Céder à la facilité, en tout cas au plaisir d’une lecture rapide, avec ce faux roman à clés dont on a entendu grand bien ?

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Décembre 2016. Trente ans après s’être perdus de vue, deux anciens camarades d’études se retrouvent à l’occasion d’une émission de télévision. La fille en noir  est écrivain, Guillaume Fronsac un marquis de l’aristocratie d’État devenu banquier d’affaires.
De 17h à minuit, au cœur d’un Paris hanté par le terrorisme mais où la beauté de l’histoire française se révèle à chaque pas, ils vont se juger, se jauger, se confier, se séduire peut-être. À travers la confrontation de leurs existences, de leurs désirs, de leurs illusions perdues, se dessine le tableau d’un pays abimé par l’oubli de sa grandeur littéraire, enkysté dans la décomposition politique et le cynisme de son oligarchie. Comment échapper au déclinisme et aux ruines mentales de la République des Lettres ? En allant jusqu’au bout de la nuit (
Présentation de l’éditeur)

On se doute que toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n’est nullement fortuite !

Et puis, cette fois sans risque d’être déçu, retrouver une plume coruscante, acerbe, virtuose, et chaque jour, à petite dose, feuilleter ce journal de Matthieu Galeyréédité intégralement.

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Pour la politique culturelle on repassera…

Pas de panique

Tous les adjectifs y sont passés depuis hier soir, à propos du premier tour des élections régionales françaises. Un peu de raison ce matin peut ne pas nuire à la réflexion.

D’abord ceci que j’ai lu sur le « mur » d’un ami musicien, signé d’une dame sans doute très bien, mélomane certainement :

Cher…, pour la 1ère fois j’ai voté FN après une longue réflexion. 
Vous voulez protéger vos enfants moi aussi.
Vous voulez « du bien vivre ensemble » moi aussi. Je hais les racistes. 
Mais il y a des dérives que je ne souhaite pas voir aboutir d’où ce vote. Ce qui ne fait pas de moi une personne idiote ou amorale.

Et ceci encore sur Libération.fr :

http://www.liberation.fr/france/2015/12/06/nicolas-lebourg-les-themes-du-fn-parlent-aux-gens_1418781

Quand on analyse un scrutin, il faut d’une part ne pas céder à l’irrationnel, d’autre part regarder les réalités et se garder des effets de loupe déformants.

Ceux qui crient « panique », « horreur », « marée noire » expriment un sentiment compréhensible –  que je partage – mais je doute que tous se soient déplacés pour voter. Le premier parti de France, et depuis plusieurs scrutins, est celui des abstentionnistes. Je n’ai entendu personne analyser sérieusement ce phénomène qui est vraiment, mais vraiment, préoccupant. Pourquoi la moitié des électeurs ne vote-t-elle plus, pourquoi la moitié des électeurs semble-t-elle réfuter, récuser un système de représentation politique que les Constitutions successives de la République française ont donné l’illusion qu’il était immortel ?

Le Front National ne fait plus peur, on ne glisse plus honteusement son bulletin FN dans l’urne (cf. supra la réflexion de cette dame mélomane), les jeunes n’entendent plus les mises en garde de la classe politique traditionnelle. Et puis, on est bien navré de le dire, c’est le seul parti qui présente de nouveaux visages, qui met en selle de tout jeunes candidats : les succès de tous ces jeunes maires aux municipales, l’élection à 22 ans de   la députée du Vaucluse, la montée en puissance d’une équipe rajeunie autour de la fille du fondateur. Qu’ont fait les forces politiques traditionnelles pendant ce temps-là ? Elles donnent à revoir un film qui n’a pas changé de casting depuis des lustres. La déconvenue risque d’être pire encore en 2017 si l’élection présidentielle n’est que le match retour de 2012 !

Ajoutons qu’on n’a pas cessé hier de comparer des éléments incomparables ! On est passé de 22 à 13 régions. On n’a pas cessé de rappeler que le Nord-Pas de Calais était un fief de gauche, sauf que la nouvelle région comprend la Picardie, qui n’est pas négligeable. Idem pour  d’autres nouvelles grandes régions (comme Midi Pyrénées Languedoc Roussillon). Qui a remarqué que, dans le cas de la région la plus peuplée, dont le périmètre n’a pas été modifié, l’Ile-de-France, il n’y a pas d’irruption du FN, l’étiage gauche-droite n’a quasiment pas bougé depuis 2010 ?

Pour autant faut-il céder à la panique ? Rien n’est moins sûr. Dans toutes les élections de ce type, le deuxième tour corrige le premier tour, la raison l’emporte sur l’humeur, les clivages traditionnels se retrouvent. Mais ceux qui vont s’exprimer cette semaine, responsables politiques, médias, seraient bien inspirés de s’abstenir de stigmatiser, de dénoncer les millions d’électeurs du FN. Ils ne feraient que les renforcer dans leur conviction qu’ils ont fait le bon choix au premier tour, et donneraient aux hésitants des arguments pour le confirmer au second.

Une chose encore : la démocratie, c’est accepter la liberté des électeurs, le verdict des urnes. Et s’engager pour faire prévaloir ses idées, faire partager à ceux qui doutent, craignent, hésitent, des valeurs simples, essentielles, comme la liberté, l’égalité et la fraternité. Et aller voter dimanche prochain !

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