Les fraîcheurs du chef (III) : Neeme Järvi et les valses de Prokofiev

Dans L’exception, je me remémorais l’extraordinaire ouverture de l’édition 2019 du festival de Radio France avec Neeme Järvi et l’orchestre national d’Estonie.

Je n’ai pas besoin d’aller chercher très loin dans la surabondante discographie du chef estonien pour trouver des musiques évocatrices de fraicheur, voire de froidures, sentimentales comme météorologiques. Neeme Järvi a particulièrement bien servi la musique de Prokofiev (Chandos aurait été bien inspiré de regrouper tous ces enregistrements en un seul coffret, et pas seulement les sept symphonies)

La Dame de pique

En 1936, Prokofiev écrit une musique pour un film de Mikhaïl Romm, qui ne sera jamais réalisé, sur la célèbre nouvelle de Pouchkine, La Dame de pique

Guennadi Rojdestvenski – comme il l’a fait pour Chostakovitch – en tirera une suite « Pushkiniana« 

Suite de valses

Dix ans plus tard, désoeuvré après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Prokofiev réalise une suite de valses, son opus 110, à partir de trois de ses partitions, son opéra Guerre et Paix, la musique de Lermontov, un film soviétique de 1943, et son ballet Cendrillon.

Au hasard d’un disque au titre un peu banal, mais dont le contenu ne l’est pas, comme toujours avec Neeme Järvi, on découvre cette charmante valse du compositeur letton Emīls Dārziņš (1875-1910).

Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog !

L’aristocrate et le moujik

Presque simultanément Deutsche Grammophon nous livre deux beaux coffrets sur l’art de deux des plus grands violoncellistes du XXème siècle, qui ont fait les riches heures de la marque jaune (et accessoirement de Philips et Decca) : Mstislav Rostropovitchet Pierre Fournier.

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Deux immenses personnalités, deux styles pour le moins opposés (pour user de clichés un peu faciles, l’élégance aristocratique du Français, l’intensité contagieuse du Russe). On peut aimer l’un et l’autre, et s’amuser au jeu des comparaisons lorsque le même chef (Karajan) les accompagne dans la même oeuvre (Don Quichotte de Richard Strauss).

Le coffret Rostropovitch ne contient rien qui n’ait été déjà réédité, mais regroupe tout ce qui est paru sous les labels DGG, Decca et Philips (et par Melodia pour ce qui est des séances de trios avec Kogan et Gilels), et inclut – à la différence du coffret EMI/Warner – les prestations du violoncelliste comme chef d’orchestre (et d’opéra) et pianiste accompagnateur de son épouse Galina Vichnievskaia. Plusieurs doublons, voire triplons (le Quintette à deux violoncelles de Schubert avec les Taneiev, les Melos et les Emerson) Détails ici : Rostropovitch l’intégrale Deutsche Grammophon.

Dans le cas de Pierre Fournier, on attendait depuis longtemps pareil hommage (après le coffret Warner). La longue carrière du violoncelliste français y est richement documentée, depuis les premières gravures avec Clemens Krauss et Karl Münchinger en 1953, jusqu’à une ultime séance en 1984 deux ans avant sa mort avec son fils Jean Fonda. Deux versions du Don Quichotte de Richard Strauss. Deux intégrales magnifiques des sonates piano-violoncelle de Beethoven avec Friedrich Gulda et Wilhelm Kempff, et de celles de Brahms  avec Rudolf Firkusny et Wilhelm BackhausEt ce qui reste pour moi une référence des Suites pour violoncelle de BachDétails à lire ici : Pierre Fournier, l’aristocrate du violoncelle

De Pierre Fournier, Rostropovitch*, jamais avare d’un superlatif, avait dit qu’il était son « dieu », son « maître ».

*Sur l’orthographe et la prononciation de Rostropovitch, lire Comment prononcer les noms de musiciens