La dérive des festivals

Interruption de subsides

J’écoutais ce lundi midi un débat sur France Inter, biaisé d’avance puisque le sujet en était : l’Etat doit-il continuer à subventionner la culture ? alors que le ministère de la Culture a annoncé un gel brutal des subventions à 28 grandes institutions culturelles pour l’exercice 2026 ! A réécouter ici : France Inter, gel des subventions, la culture est-elle un luxe ou une nécessité ?

J’ai raconté sur Facebook un extrait, assez sidérant, de l’émission : « Moment d’intense gêne (je devrais dire gênance non ?) ce midi sur France Inter pendant un débat sur les subventions « gelées » aux institutions culturelles – avec entre autres Xavier Bertrand qui a bien défendu la Culture -. L’animatrice de l’émission prend un auditeur au téléphone : « Nous avons en ligne Jean-Claude Casadesus, vous êtes chef d’orchestre je crois ? » JCC rappelle brièvement que oui il a fondé l’orchestre il y a 50 ans (sans préciser lequel, puisque cela allait de soi..) et développe en quelques mots sentis pourquoi la culture est indispensable. La présentatrice le remercie – mais ne l’a toujours pas identifié manifestement – et demande à Xavier Bertrand s’il « connait cet orchestre »… Bertrand évite d’enfoncer un peu plus son interlocutrice..« 

Evidemment qu’il est inadmissible que l’Etat gèle des crédits de fonctionnement en cours d’exercice, prouvant ainsi – une fois de plus pourrait-on dire – la méconnaissance abyssale des services de Bercy du fonctionnement des entreprises culturelles !

Mais ce comportement, pour spectaculaire qu’il soit cette année, n’est pas du tout isolé. Et si on a parlé des coupes budgétaires opérées dans la culture par Laurent Wauquiez ou Christelle Morançais, présidents – de droite – des régions Auvergne Rhône-Alpes et Pays de la Loire, en criant au scandale, je n’ai pas entendu grand monde protester contre les mêmes procédés opérés par la région Occitanie, certes présidée par une élue de gauche. J’en ai été, comme directeur de festival, à la fois le témoin et la victime.

J’ai entendu Xavier Bertrand évoquer, sur France Inter, l’idée d’un financement pluri-annuel de la Culture. J’ai ici même – Variables d’ajustement – évoqué mes propres expériences en Suisse romande comme en Belgique francophone. Où en tant que responsable ou dirigeant de structures ou d’entreprises culturelles, je n’ai jamais entendu parler que de restrictions, de « contraintes » budgétaires.

Mais dans notre beau pays de France, je ne vois, ni dans les programmes des candidats, ni dans le discours politique en général, quelque perspective encourageante. Je n’ai malheureusement aucune ligne à changer à ces deux billets : L’Absente (mars 2017) Ceinture pour la culture (avril 2024).

Les festivals ne sont plus ce qu’ils étaient

L’ironie de l’histoire, c’est que c’est au cours de rencontres professionnelles à Aix-en Provence qu’un fonctionnaire du Ministère de la Culture, et pas la ministre elle-même – courageuse mais pas téméraire ! – a confirmé le « gel » – on admire la pudeur de l’euphémisme ! – des subventions.

Mon propos initial qui justifie le titre de cet article est une réflexion que je me fais depuis quelques années sur la dérive de nombre de festivals, la perte, voire la disparition, des idéaux de leurs fondateurs.

Après guerre, le besoin, la soif de culture étaient tels qu’on a vu fleurir, parfois avec bien peu de moyens, mais beaucoup d’imagination, des manifestations estivales qui compensaient l’absence ou le vide de structures culturelles permanentes. Ce furent Avignon, Aix, pour ne citer que les plus emblématiques.

A-t-on le droit aujourd’hui de poser la question de la pertinence du maintien d’un festival comme Aix-en-Provence? L’argent investi par l’Etat et les collectivités territoriales dans une manifestation qui est devenue au fil des années, une vitrine et le lieu de villégiature favori des entreprises du CAC 40, et absolument pas un festival populaire – le prix des places en atteste – ne serait-il pas mieux utilisé à irriguer les structures régionales symphoniques et lyriques qui oeuvrent, sur toute une saison, au profit de publics beaucoup plus diversifiés et plus gourmands de culture et de musique ?

Il m’arrivait lorsque j’étais directeur du Festival Radio France de Montpellier de comparer les prix des billets à Aix et à Montpellier : ma très chère Karine Deshayes chantait le 16 juillet à Aix, dans une version de concert des Vêpres Siciliennes de Verdi (prix des places de 32 à 195 €. La même Karine Deshayes chantait, le 15 juillet 2017 à Montpellier, toujours en version de concert, I Puritani de Bellini (prix des places de 5 à 45 €).

En juillet 2016 avec Karine Deshayes et Lambert Wilson à Montpellier

Et pour que la démonstration soit complète, le Tristan et Isolde donné le 11 juillet dernier à Montpellier, toujours en version de concert : prix des places de 20 à 90 €.

Mais si l’on veut bien pousser plus loin la réflexion, n’y aurait-il pas matière à s’interroger non seulement sur le modèle économique, mais peut-être d’abord sur la nécessité artistique, culturelle, d’un grand nombre de manifestations qui furent pionnières, audacieuses, innovantes, dans la promotion de talents émergents, inconnus, et qui semblent devenues de grandes machines à consommer des stars : Les Francofolies de La Rochelle, Jazz in Marciac, les Eurockéennes, les Vieilles Charrues, le Printemps de Bourges, j’en oublie, mais c’est vrai aussi dans le classique de La Roque d’Anthéron (dont la nouvelle équipe n’avait rien trouvé de mieux pour ouvrir l’édition 2026 que de faire appel à une musicienne* qui certes attire les foules mais qui n’est pas vraiment emblématique de la politique artistique développée durant des années par le fondateur du festival René Martin), même La Folle journée de Nantes sans parler d’un festival que je connais très bien (lire L’exception). J’ai aimé mettre l’accent sur la nouvelle orientation prise par le Festival de Colmar (lire Les promesses tenues d’Alain Altinoglu à Colmar) et je pourrais citer bien d’autres manifestations – je pense à La Chaise-Dieu – qui sont restées fidèles à l’enthousiasme de leurs origines et ont su se renouveler, se développer en mettant le public, les publics, en appétit.

La Rochelle, 15 juillet 2026

*Khatia Buniatishvili

Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog

Les meilleures notes de 2025

Oublier l’encombrant, le navrant, l’accessoire, ne garder que l’exceptionnel, le singulier, l’essentiel. C’est ainsi que je fais mon bilan d’une année musicale dont je ne veux retenir que les moments de grâce. Ces souvenirs de concert, j’ai la chance de les avoir consignés pour Bachtrack.

C’est ce que j’écrivais le 31 décembre 2024 (Les meilleures notes de 2024). Je n’attends pas le dernier jour de cette année, parce que j’espère le passer dans un lieu très emblématique pour célébrer un anniversaire dont j’ai beaucoup parlé sur ce blog.

J’ai fait le compte : 48 concerts ou représentations d’opéra chroniques pour Bachtrack au cours d’une année pas encore tout à fait terminée ! Des déceptions bien sûr, des avis mitigés parfois, mais surtout beaucoup d’enthousiasmes et de joies partagés. Ce sont ces temps forts que je veux rappeler aujourd’hui

Klaus Mäkelä exalte l’esprit français (Orchestre de Paris, 9 janvier 2025)

La petite renarde rusée à l’Opéra Bastille (Opéra de Paris, 15 janvier 2025)

Deux maîtrises pour Notre Dame (Notre-Dame de Paris, 5 février 2025)

L’intense poésie de Renaud Capuçon et Daniel Harding (Radio France, 27 février 2025)

« En quelques minutes, Éric Tanguy nous empoigne pour ne plus nous lâcher : la narration qu’il confie au violon, et l’espace qu’il dessine autour de lui dans l’orchestre provoquent toutes sortes de sentiments chez l’auditeur. On retrouve cette singularité du compositeur aujourd’hui quinquagénaire, qui se défie des modes, des dogmes, sans renier ses modèles – Dutilleux, Messiaen, Sibelius – et nous livre une musique libre, romantique au sens où Chopin ou Liszt l’entendaient. Comme un costume bien coupé, une robe bien faite, rien n’est de trop, tout est à sa juste place« 

Le Printemps des Arts de Monte Carlo (16 mars 2025)

« Un mot d’abord d’un festival qui porte bien et haut son nom, qui n’est pas juste une addition de grands noms et de tubes du classique, qui rempliraient à coup sûr le Forum Grimaldi ou l’Auditorium Rainier III, mais un patchwork astucieux de rencontres d’avant (les before) ou d’après (les after) concert, de soirées de musique de chambre, de récitals, de concerts symphoniques, et à l’intérieur de ces formats habituels, des surprises, des aventures, et toujours ce lien entre un directeur artistique, le compositeur Bruno Mantovani, aussi savant que pédagogue, et le public qui boit ses paroles introductives, rit à ses souvenirs croustillants ou admire sa capacité d’expliquer simplement des concepts bien complexes.« 
Dans la salle du Conseil National, un exemple de ces before entre Bruno Mantovani (à gauche) et Tristan Labouret (à droite)

Dusapin, Il Viaggio, Dante (Opéra Garnier, 22 mars 2025)

Après l’enthousiasme de la reprise à Garnier d’un spectacle créé à Aix, c’était une nouvelle création de Pascal Dusapin à la Philharmonie cette fois – Antigone – en octobre dernier (voir Pendant ce temps)

Le sacre des frères Jussen (Théâtre des Champs-Elysées, 2 avril 2025)

Trop glamour ? les deux frères blonds doivent en énerver plus d’un. Arthur et Lucas Jussen sont beaux et incroyablement doués. J’en avais déjà eu la preuve à l’automne 2009 à Liège, ça se confirmait en avril à Paris

La prodigieuse Voix humaine de Barbara Hannigan (Philharmonie de Paris, 3 avril 2025)

Qui n’aime pas Barbara Hannigan ? À jamais pour moi liée à une date définitivement impossible à oublier : Le silence des larmes

Les joyeuses Pâques musicales de Deauville (Deauville, 19 avril 2025)

À Deauville, il y a toujours de la musique, des musiciens… et des instruments à découvrir !

La noblesse du Chevalier à la rose de Warlikowski (Théâtre des Champs-Elysées, 21 mai 2025)

Personne n’a plus douté, après cette série de représentations, que Véronique Gens est une Maréchale idéale…

Herbert Blomstedt et l’Orchestre de Paris pour l’éternité (Philharmonie, 22 mai 2025)

Sonya Yoncheva enchante le festival d’Auvers (Auvers-sur-Oise, 12 juin 2025)

L’exultation de Sabine Devieilhe et Maxim Emelyanychev (Théâtre des Champs-Elysées, 27 juin 2025)

Fin août, ce furent Les miracles de La Chaise-Dieu

Vivaldi et Mozart avec Julien Chauvin (La Chaise-Dieu, 28 août 2025)

Le concert référence de Langrée et Degout (La Chaise-Dieu, 30 août 2025)

Le succès des Prem’s à la Philharmonie (3 septembre 2025)

Entente parfaite au festival de Laon (Laon, 11 septembre 2025)

L’éclatant succès du Chineke! Orchestra (Philharmonie, 26 septembre 2025)

L’apothéose de Daniel Barenboim (Philharmonie, 16 octobre 2025)

Un trio radieux à la Fondation Vuitton (24 octobre 2025)

Lahav Shani et l’orchestre philharmonique d’Israël (Philharmonie, 6 novembre 2025)
Je ne peux pas ne pas mentionner ce concert comme étant un des événements de mon année musicale, mais tout ce qui s’est passé avant, pendant et après continue de me navrer (La haine, la honte et finalement la musique)

L’heure exquise du duo Ancelle-Berlinskaia (Musée d’Orsay, 25 novembre 2025)

Les mélodies du bonheur de Lea Desandre (Opéra-Comique, 14 décembre 2025)

L’accomplissement ravélien d’Alain Altinoglu (Philharmonie, 17 décembre 2025)

Rentrée

Depuis une semaine, pas un jour ne ressemble à l’autre. C’est une effervescence que j’aime, que j’apprécie d’autant plus que la situation de « retraité » qui est la mienne atténue inévitablement les sentiments qu’on éprouve quand on est dans la reprise, la rentrée, le retour du feu de l’action.

Conciliation

Je n’évoque pas souvent, sur ce blog, l’activité de conciliateur de justice, que j’exerce depuis juin 2021. D’abord parce que, par principe, les affaires qu’on me soumet n’ont pas à être mises sur la place publique, la confidentialité est même la condition nécessaire du succès éventuel d’une procédure de conciliation. Mais je l’évoque ici parce que c’est, à chaque fois, une plongée au coeur de l’humain, des difficultés, petites ou grandes qui pourrissent la vie des gens, des problèmes qui pourraient être résolus s’il y avait juste un peu de bon sens, d’attention à l’autre. Cela ne m’empêche pas d’être parfois surpris par le comportement de ceux qui me demandent mon aide – la conciliation est gratuite pour les demandeurs, bénévole pour le conciliateur -. Entre ceux qui ne me disent pas toute la vérité – euphémisme – et qui pensent que je ne vais pas m’en apercevoir, ceux qui espèrent trouver un avocat à bon compte, et ceux qui oublient juste de dire « merci » ou de m’informer que le litige pour lequel je me suis démené… a été résolu.

Le plus étonnant, humainement parlant, ce sont les conflits de voisinage. Combien de litiges portant sur la taille d’une haie, un droit de passage, ou l’entretien d’un mur séparatif, qui trahissent en réalité de vieilles rancoeurs mal recuites !

En avant la musique

Six concerts en deux semaines, c’est mon programme de rentrée. Après La Chaise Dieu (Julien Chauvin et Louis Langrée et Stéphane Degout), deux soirées à la Philharmonie (avec le Gewandhaus de Leipzig et l’Orchestre de Paris), un concert mémorable à Laon (Rouvali, Kavakos et l’Orchestre philharmonique de Radio France) et ce mercredi soir au théâtre des Champs-Elysées, la venue de Lahav Shani et de l’orchestre philharmonique de Munich, après la polémique déclenchée par la « désinvitation » du Festival des Flandres. Critique à lire sur Bachtrack

Un fourgon de police devant le théâtre des Champs-Elysées, c’est plutôt inhabituel !

On y reviendra, mais noter dès maintenant que les aménagements réalisés dans le hall du théâtre, à la demande du nouveau maître des lieux, Baptiste Charroing, sont particulièrement réussis et s’intègrent parfaitement dans l’esthétique originelle des lieux.

Cinéma

Un mort et une révélation : c’est l’actualité cinématographique pour moi de ces dernières heures.

J’avais adoré ce film quand il est sorti, je crois bien que je suis allé le revoir tant il m’avait ému. Et puis beaucoup d’autres. Je me rappelle une séance de cinéma à Radio France il y a pas mal d’années où Jean-Luc Hees avait présenté, avant sa sortie en France, ‘L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux ». Heureusement que j’ai comme ami, dans la vie comme sur Facebook, Jean-Marc Luisada – oui le grand pianiste ! – qui est une incroyable encyclopédie du cinéma mondial à lui seul. Fascinant…

Et ce matin, après ma lecture du Canard Enchaîné et la séquence cinéma de Télématin, j’avise une séance au cinéma Hautefeuille, aujourd’hui MK2 Odéon, pour le film Nino de Pauline Loquès.

Sur un sujet grave, la réalisatrice réussit la performance d’un film léger, sans être mièvre, toujours à bonne distance des personnages et des situations, avec un acteur formidable Théodore Pellerin. La critique, pour une fois, est unanime. Elle a raison. Courez-le voir !

Achats

A Paris évidemment les visites chez mon/mes libraires et disquaire s’imposent.

Pour une raison que j’ignore, j’avais perdu l’intégrale des concertos de Beethoven gravée par le formidable Richard Goode et Ivan Fischer. Je l’ai retrouvée d’occasion chez Gibert.

C’est Renaud Machart qui a écrit le livret de ce coffret récapitulatif des grandes années du contre-ténor Andreas Scholl. Que c’est bon de réentendre cet art si subtil !

Et puis, parce que je dois être un peu masochiste – parce que la dame Duras m’agace plus qu’à son tour – je lis à petites doses ce bouquin d’entretiens de Marguerite D.. Il y a de tout, à prendre, à laisser, avec un personnage que je ne m’attendais pas à y trouver, Antoine Livio (Lire Un baptême de radio)

Pour les humeurs et les impressions au jour le jour, voir mes brèves de blog !

Les miracles de La Chaise-Dieu

Sacrée Arielle

Je ne me rappelais plus exactement quand j’étais venu la dernière fois à La Chaise-Dieu. J’avais été invité, dans ce qui était alors le fief de Jacques Barrot, par le président du festival, à un concert présenté comme « extraordinaire » et au dîner qui le précédait. Grâce aux archives de l’INA, j’ai retrouvé la date – août 1994 ! et un extrait éloquent de la prestation d’ Arielle Dombasle (à voir ici) puisque c’était elle l’invitée exceptionnelle ! Ce fut la seule fois où je l’entendis sur une scène, la seule aussi je partageai la table de son mari, Bernard-Henri Lévy, arrivé de Paris dans sa Rolls…

Retour à La Chaise-Dieu

C’est dire si j’étais impatient de revenir à La Chaise Dieu, version 2025, pour deux jours et quatre concerts dont je pressentais qu’ils ne me laisseraient pas indifférent.

Je ne me rappelais plus l’ampleur de l’Abbatiale Saint-Robert, encore moins ses qualités acoustiques plutôt exceptionnelles.

Première soirée : un programme Mozart particulièrement copieux, mais tout à fait dans la veine de ce que Julien Chauvin et son Concert de la Loge ont coutume d’oser.

Compte-rendu tout frais sur Bachtrack : La métaphysique des tubes par Julien Chauvin à La Chaise-Dieu

Dès le lendemain, jeudi après-midi, les mêmes remettaient le couvert – un peu moins nombreux que la veille – pour un programme tout Vivaldi, avec même Les Quatre saisons ! (cf. mon papier pour Bachtrack)

Ce jeudi, j’enchaînais à 17h30 avec un concert de musique de chambre, dans l’écrin parfait du petit Auditorium Cziffra – c’est en effet le pianiste français d’origine hongroise qui est à l’origine du festival de La Chaise-Dieu – dont j’ai renoncé à rendre compte. Non pas que le programme et les artistes ne présentassent pas d’intérêt, mais j’ai eu, tout le long, un sentiment d’inabouti, parfois d’impréparation, en tout cas de disparité tant dans le jeu que même dans la conception. C’étaient pourtant tous d’excellents musiciens, mais voilà ça n’a pas « fonctionné » comme je l’aurais souhaité. Il y avait un septuor de Rita Strohl, pas désagréable mais vraiment court d’inspiration, le célèbre quintette avec piano « La truite » de Schubert – annoncé dans le programme comme « quintette à cordes » (!) qui manquait d’à peu près tout ce qui est nécessaire pour faire passer les longueurs et les redites de l’oeuvre. Et la sublime Fantaisie en fa mineur pour piano à 4 mains, mais si séparément on aime le piano de Romain Descharmes et celui de Theo Fouchenneret, leur duo ici n’a jamais trouvé le chemin d’une communion de jeu et de pensée. Rien de grave, c’est cela aussi le risque du concert.

Le temps de casser une croûte très sympathique au Blizart, on se préparait à un programme comme on les aime, avec un chef, un chanteur et un orchestre qu’on aime depuis longtemps, depuis 1998 précisément et toute une semaine de France Musique organisée dans la capitale des Gaules (Lire 30 ans ont passé).

Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, Poème de l’amour et de la mer de Chausson, Valse et Boléro de Ravel. Une suite de merveilles, comme je l’ai écrit pour Bachtrack : Un concert référence.

Humeurs et impressions au jour le jour dans mes brèves de blog

Un vrai festival

Qu’est-ce que ça fait du bien d’assister à un vrai festival, de partager débats, discussions, moments de musique et d’amitié qui réchauffent le coeur autant que les oreilles ! C’est ce qui m’est arrivé le week-end dernier au Printemps des Arts de Monte-Carlo, et dont j’ai essayé de rendre compte pour Bachtrack.:

Le Bruckner « objectif » de Jukka Pekka Saraste

Venise et Vienne à Monte Carlo

« Un mot d’abord d’un festival qui porte bien et haut son nom, qui n’est pas juste une addition de grands noms et de tubes du classique, qui rempliraient à coup sûr le Forum Grimaldi ou l’Auditorium Rainier III, mais un patchwork astucieux de rencontres d’avant (les before) ou d’après (les after) concert, de soirées de musique de chambre, de récitals, de concerts symphoniques, et à l’intérieur de ces formats habituels, des surprises, des aventures, et toujours ce lien entre un directeur artistique, le compositeur Bruno Mantovani, aussi savant que pédagogue, et le public qui boit ses paroles introductives, rit à ses souvenirs croustillants ou admire sa capacité d’expliquer simplement des concepts bien complexes. » (Extrait de Venise et Vienne au Printemps des Arts de Monte Carlo @JPR)

Ne pas prendre le public pour des c…

En réalité, il n’y a pas de mystère. Un bon festival, une bonne saison de concerts (ou d’opéra) c’est d’abord un(e) bon(ne) « patron(ne)  » qui a des envies, des idées, des intuitions, si possible une grande culture, et qui n’oublie pas qu’il fait partie lui aussi, lui d’abord, du public auquel il s’adresse.

Lors d’une de mes premières présentations de saison à Liège, j’avais eu cette formule, qui avait surpris la presse : « Je ne programme que ce que j’ai envie d’entendre » Au-delà de la formule elliptique, je voulais évidemment dire qu’on ne peut rien faire sans la passion, le désir de convaincre, mais surtout cette irrépressible envie de partager avec le plus grand nombre les merveilles – artistes et/ou partitions – qu’on aime, qu’on a découverts.

Quand j’évoquais avec Bruno Mantovani sa programmation à Monte Carlo, en louant son audace, son courage même, sa réplique a fusé : « Il faut arrêter de prendre le public pour des cons« . Du Mantovani tout craché, tel que je l’aime et le pratique (pas assez souvent à mon gré) depuis des années. J’ai ici même théorisé – ou plus modestement rapporté mon expérience personnelle – sur « le grand public« . Je n’ai pas une ligne à changer à cet article d’il y a bientôt dix ans. J’ajoute, dans le cas de l’ami Mantovani, une sorte de gourmandise (pas seulement celle du gastronome !), d’exubérance absolument contagieuses, que ses origines catalanes n’expliquent pas totalement.

Porter la musique partout où elle peut aller

Lorsque j’ai dû composer ma première édition en 2015 comme directeur du festival de Radio France, fondé il y quarante ans par Georges Frêche (maire de Montpellier), Jean-Noël Jeanneney (PDG de Radio France) et René Koering, j’ai immédiatement pensé célébrer « 30 ans d’amour« , d’audace, de premières, de découvertes d’un festival unique en son genre. Et c’est la même idée qui a présidé à toutes les éditions qui ont suivi jusqu’en 2022. Comme l’attestent ces quelques bandes-annonces

En 2021, après l’épreuve du COVID, nous avions affirmé : Chaque concert est une fête

En réalité, ce n’est pas seulement le slogan d’un festival. C’est l’essence même du concert.

Heureusement, il y a plein de festivals en France qui se sont régénérés ces dernières années, grâce à des musiciens et des animateurs gourmands, créatifs, attentifs précisément à offrir au public l’aventure de la découverte, je pense – liste absolument pas exhaustive – à Colmar, Beaune, La Chaise-Dieu…

Pour les à-côté de mon séjour à Monaco : brevesdeblog

Napoléon et la musique ?

Napoléon est mort il y a deux cents ans, on ne saurait l’ignorer.

J’avoue que je n’ai jamais aperçu – mais je suis loin d’avoir exploré le sujet ! – le lien entre le premier empereur des Français et la musique.

J’avais une vague idée des musiques écrites pour son sacre :

Mais c’était sans compter sur l’excellent site Forumopera qui consacre en ce jour de commémoration, pas moins de deux articles érudits à l’opéra sous et à propos de Napoléon :

Dix opéras qui nous parlent de Napoléon et de son temps

L’opéra au temps de Napoléon, un âge d’or ?

Dans l’excellent article de Cédric Manuel figure un ouvrage que, de moi-même, je n’aurais vraiment pas songé à associer à Napoléon, l’opérette posthume de Johann Strauss, WIener Blut / Sang viennois. Mais, en effet, l’opérette a pour cadre le Congrès de Vienne, qui va redessiner la carte de l’Europe après la chute de Napoléon.

Ça tombe bien, c’est un ouvrage dont je ne me lasse pas, surtout dans la version insurpassée d’Otto Ackermann, avec Elisabeth Schwarzkopf et Nicolai Gedda