Le cousin de Wolfgang

Rappelez-vous les amours de Mozart, deux soeurs parmi quatre toutes musiciennes, Aloysia dont Wolfgang était amoureux, sans que cela soit réciproque, et Constance que le compositeur finit par épouser en 1782. Il faut aussi citer Josepha qui créa le rôle de la Reine de la Nuit dans la Flûte enchantée. Le patronyme de ces soeurs ? Weber.

Toutes les quatre étaient les cousines germaines d’un autre Weber célèbre, Carl Maria, né le 18 novembre 1786, mort il y a tout juste deux cents ans, le 5 juin 1826 à Londres. Mozart est donc le cousin par alliance de Weber.

Warner publie à cette occasion un coffret intéressant mais par bien des côtés insuffisant voire décevant

Il faut lire les dossiers remarquables que Diapason de juin consacre à Weber et en particulier la critique parue sur ce coffret, qui relève des oublis fâcheux.

Ainsi pas d’Euryanthe, opéra pourtant si emblématique du premier romantisme allemand, avec la version Janowski qui embarquait Jessye Norman, publiée naguère sous double étiquette EMI/Berlin Classics. Ainsi pas de version, pourtant idéale, de Keilberth du Freischütz avec l’inégalable Elisabeth Grümmer. Warner nous a habitué à des compilations plus complètes et fouillées.

Pour les ouvertures, c’est un nième recyclage de l’enregistrement de Sawallisch et du Philharmonia, multi-réédité. Pour les concertos pour clarinette, c’est Sabine Meyer avec Blomstedt. Je n’ai jamais été très fan du son si « rough » de celle que Karajan voulait embaucher à Berlin, je préfère de loin l’autre Meyer, Paul, et sa très belle version avec Günther Herbig.

En revanche, c’est un vrai bonheur – et une authentique curiosité – que cette réédition de la 2e sonate et autres oeurves pour piano par le pianiste Thierry de Brunhoff, retiré comme moine à l’abbaye d’En Calcat depuis 1974.

J’aurai d’autres occasions de faire état de mes préférences discographiques pour un compositeur que j’admire profondément comme l’essence du premier romantisme allemand.

On peut aussi lire mes humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog !

Les voix aimées

J’ai le sentiment d’arriver après la cognée. Tout a été écrit, toutes les récompenses se sont déversées sur un formidable disque, que je n’avais pas encore eu le temps de déguster comme il convient, c’est-à-dire à pas comptés, mesurés, pour en apprécier toutes les textures et les saveurs.

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À la suite de petits labels pionniers en la matière (Ricercar, Palazzetto Bru Zane), les « majors » semblent vouloir se mettre à leur tour au disque « concept », au bel objet dont chaque détail a été pensé, organisé pour mettre en valeur un programme intelligent et des interprètes totalement impliqués.

La jeune célébrité, l’envol prodigieux de la carrière de Sabine Devieilhe auraient pu conduire le producteur du disque comme la soprano à graver un disque de grands airs de Mozart, un de plus. Succès de vente assuré…

La chanteuse et ses partenaires, les musiciens de l’ensemble Pygmalion et leur exceptionnel animateur (au premier sens du terme, celui qui en est l’âme), Raphaël Pichon, en ont décidé autrement, et l’expliquent avec une clarté, une simplicité d’évidence, dans le riche et remarquable livret de cet épais CD cartonné.Ils nous racontent une histoire, font de la musicologie enfin vivante : celle d’une relation amoureuse, de passions successives et inspiratrices de Mozart pour des soeurs nées musiciennes, les filles de Fridolin Weber de Mannheim (par ailleurs cousines du fondateur du romantisme musical allemand, le compositeur Carl Maria von Weber).

Comme le rappelle Raphaël Pichon, « il y avait Aloysia Weber. Mozart en fut amoureux et composa pour elle plusieurs pages bouleversantes. Il y avait aussi Konstanze, la petite sœur d’Aloysia, que Mozart épousa en 1782. Il y avait enfin Josepha, l’aînée de la famille, pour qui le compositeur écrivit le rôle de la Reine de la nuit dans La Flûte enchantée. Ce programme reconstitue l’ambiance dans laquelle évoluait Mozart entre ses passions amoureuses et ses passions musicales. Il nous rappelle qu’un concert, au XVIIIe siècle, n’avait rien à voir avec un concert d’aujourd’hui. Les soirées étaient longues, faites d’œuvres diverses rarement données intégralement, et on ponctuait les improvisations de collations et autres libations. Des concerts vécus comme des fêtes ! » (http://www.ensemblepygmalion.com/#!mozart-soeurs-weber/c1y09)

Un disque indispensable !

Et puisque j’évoque l’autre Weber, le compositeur du Freischütz, un hommage à une illustre devancière de Sabine Devieilhe, Elisabeth Grümmer (1911-1986).

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