Le plus beau métier du monde

Les amis m’ont prévenu, les anciens m’ont mis en garde : je n’accède pas à un boulot de tout repos. Mais je n’avais pas l’intention de me reposer en acceptant la proposition du nouveau PDG de Radio France. Je vais même faire un aveu, rien n’est vraiment difficile quand on fait le plus beau métier du monde. Ou plus exactement quand on côtoie, quand on sert celles et ceux qui font le plus beau métier du monde : les musiciens.

Je n’ai pas une vision angélique ou romanesque des musiciens, je connais leurs vices et leurs vertus, leurs petits défauts et leurs grandes qualités, un condensé d’humanité en somme.

Mais on leur pardonne (presque) tout quand ils nous donnent ces moments incroyables, ces rencontres improbables, comme hier à Vienne.

ImageMenahem Pressler jouait hier et avant-hier au Konzerthaus de Vienne le dernier et sublime concerto de Mozart. Nous lui avions fait passer un petit mot, sachant qu’il logeait dans le même hôtel que nous. Il était au Musikverein à la fin du concert de l’OPRL… juste pour nous saluer, Christian Arming et moi. Incroyable, mais vrai ! Qui d’autre aurait fait ce geste de pure amitié… J’en suis encore bouleversé !

Un peu plus tard, nous retrouvant dans le repère connu des musiciens et du tout Vienne, Il Sole, dans Annagasse (à deux pas de l’Opéra), ce sont deux chefs de l’OPRL, l’ancien et l’actuel, qui se retrouvent, s’embrassent et se racontent leur soirée : Louis Langrée très fier de sa Traviata du soir et de sa complicité avec les musiciens (ceux de l’Opéra de Vienne, donc l’orchestre philharmonique de Vienne !), qui avait dirigé le premier concert des Liégeois au Musikverein en 2005 – avec l’inévitable Symphonie de Franck, prenait des nouvelles du concert qui venait de s’achever, avec cette même symphonie, mais cette fois Christian Arming, le pur produit de Vienne, au pupitre.

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Et puis comment se lasser d’une salle qui transfigure les artistes qui s’y produisent, qui magnifie le son des orchestres, leur font rendre la plus pulpeuse des images sonores. On eût voulu que la radio fût là pour garder la trace d’une symphonie de Franck d’anthologie…et de la création viennoise – 90 ans après sa composition – d’Harmonie du Soir d’Ysaye. C’est une autre chance de ce métier, que de ne jamais être blasé !

Les soirées de Vienne

Les chiffres donnent le tournis : plus de 800 concerts par saison ! C’est ce que me rappelait hier Thomas Angyan, l’intendant du Musikverein de Vienne… Tandis que nous parlions dans son bureau, il pouvait suivre sur un écran de contrôle les trois répétitions qui se déroulaient simultanément dans les lieux : Harnoncourt et son Concentus musicus Wien, les Wiener Symphoniker dirigés par Simone Young, et les Wiener Philharmoniker répétant avec Christoph Eschenbach et Lang Lang

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Je me rappelle, comme si c’était hier, l’émotion qui nous avait tous saisis, des plus chevronnés aux plus jeunes musiciens de l’Orchestre philharmonique – qui n’était pas encore Royal ! – de Liège, lorsqu’en octobre 2005 nous étions entrés dans les coulisses, puis sur la scène de la grande salle du Musikverein. Pour un concert dirigé par Louis Langrée – le concerto en sol de Ravel avec Claire-Marie Le Guay, et bien évidemment la Symphonie de Franck. Je n’imaginais pas alors que l’OPRL reviendrait en 2011 puis en 2014, trois fois en moins de dix ans !

Le concert de ce soir va revêtir un caractère doublement particulier : c’est Christian Arming, l’enfant de Vienne, qui connaît chaque visage, chaque recoin, chaque maison de sa ville natale, qui va diriger « son » orchestre liégeois, dans un programme tout franco-liégeois : Harmonie du soir d’Eugène Ysaye, les Nuits d’été de Berlioz et la Symphonie de Franck !

Image(Christian Arming et le plus illustre des Viennois, Johann Strauss – Photo JBR)

C’est aussi, pour moi, la dernière tournée avec l’OPRL, et le traditionnel dîner de tournée qu’on offre aux musiciens avait lieu hier soir, avec un invité surprise, qui dirige en ce moment La Traviata à l’opéra de Vienne, Louis Langrée !

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La soirée fut longue, belle, chargée de souvenirs et d’émotion. Comme une manière élégante de boucler la boucle…

Un mot encore

J’ai conçu ce blog, au départ, comme un journal personnel où je pourrais exprimer en toute liberté mes enthousiasmes, mes découvertes ou mes déceptions. Je me suis aperçu au fil du temps – même si je pouvais m’en douter – qu’inévitablement on confondait l’homme et ce qu’il représente, qu’un avis personnel prenait le poids des responsabilités que j’assume.

Ces derniers jours, beaucoup m’ont envoyé des messages, me conjurant de ne pas interrompre ce blog.

Je ne vais pas l’interrompre, mais je vais m’abstenir désormais de m’exprimer sur un domaine dont je suis l’un des acteurs : la Musique et les musiciens. Dans ma nouvelle fonction, on ne peut pas être à la fois commentateur et acteur, critique et organisateur. Ce qui ne m’interdira pas d’évoquer, le cas échéant, des souvenirs et des rencontres.

Jour J

Je l’ai annoncé (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/05/08/la-saison-des-saisons/) c’est aujourd’hui le jour J.

Successivement, aux musiciens, au personnel, à la presse et au public, nous allons dévoiler la saison nouvelle de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège (et de la Salle Philharmonique – qui est, il faut toujours le rappeler, l’une des plus belles salles de concert d’Europe)

ImageCe « rituel » de la présentation de saison, je l’ai inauguré dès mon arrivée à Liège – il y aura bientôt 15 ans ! -. J’ai toujours trouvé injuste et frustrant que les premiers concernés – les musiciens, les collaborateurs, le public – découvrent « leur » saison après la presse ! Dès avril 2000, rompant avec l’habitude de la seule conférence de presse, nous avions convié journalistes, auditeurs et musiciens à découvrir ensemble et simultanément ce que serait la première saison que j’avais préparée pour le retour de l’Orchestre dans sa salle de concerts remise à neuf après deux ans de travaux.

Ce soir, comme chaque année depuis 2000, ce sera d’abord une fête, une rencontre entre les musiciens, notre directeur musical Christian Arming, et un public aussi fidèle qu’impatient. Des extraits de la prochaine saison : le 2e mouvement de la 9e symphonie de Beethoven, le dernier de la 5e symphonie de Tchaikovski, une superbe pièce concertante d’Eugène Ysaye – que l’OPRL joue en tournée la semaine prochaine en Suisse et en Autriche – « Harmonies du Soir« , un nouveau disque, un film qui balaie tous les temps forts d’une saison qui promet son lot de surprises…

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Quelques pistes dans le dernier numéro d’OPRL Magazinehttp://www.rtc.be/emissions/opl-magazine/1461164-oprl-magazine-09052014.

Rendez-vous dans quelques heures pour tout savoir !

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