Début de mai

La folie de Lucie

L’Opéra Comique programme en ce moment la version française du chef-d’oeuvre lyrique de Donizetti : Lucie de Lammermoor, comme je l’ai déjà évoqué dans ma brève de blog du 1er mai.

Je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai écrit pour Bachtrack : La Lucie superlative de Sabine Deveilhe à l’Opéra Comique

Je n’avais pas vu cet extrait des dernières Victoires de la musique classique et cette formidable prestation de Sabine Devieilhe, qui n’a heureusement nul besoin de la mise en scène « gore » qu’on lui inflige à l’Opéra Comique

L’autre révélation de ce spectacle est pour moi le jeune ténor Léo Vermot-Desroches, que j’ai eu la chance d’entendre à plusieurs reprises dans des rôles moins importants ces derniers mois. Ici il incarne un Edgard magnifique, tourmenté, romantique.

Une flûte enchantée

Pour ma génération, c’était le grand flûtiste français, moins célèbre sans doute que Jean-Pierre Rampal, mais immense musicien, surtout dans ses fonctions de flûte solo de la Société des Concerts du Conservatoire puis de l’Orchestre de Paris de 1960 à 1990 : Michel Debost vient de mourir à 92 ans.

Dans le coffret récent des enregistrements de Daniel Barenboim avec l’Orchestre de Paris (voir Mon premier Barenboim), il y a tout un disque Mozart, dont je n’avais aucun souvenir, où brillent les solistes de l’orchestre dont Michel Debost.

Claviers contrastés

L’affiche était attirante : ce dimanche 3 mai, la série Piano 4 étoiles avait convié Martha Argerich et Ivo Pogorelich à donner les deux concertos de Chopin en version de chambre (avec quatuor à cordes). Et puis Martha a dû déclarer forfait en raison d’un conflit d’agenda – que non seulement l’organisateur n’a pas cherché à dissimuler et dont il a donné l’explication à son public. Et le duo s’est transformé en récital solo pour Pogorelich.

Ni mon camarade Alain Lompech ni moi, il y a trois ans, n’étions sortis très convaincus par ses dernières « apparitions » parisiennes (si l’on en croit les rédacteurs des « bios » des artistes, ceux-ci, tels la Vierge à Lourdes font des « apparitions » en concert ou sur scène…)

C’est un rituel pour le pianiste croate que de passer de longues minutes devant son piano sous un déguisement qui ne trompe personne…

Et puis on sort de ce long récital assez retourné par ce qu’on a entendu, cette sorte de chemin de rigueur qu’emprunte désormais Ivo Pogorelich qui se débarrasse de toutes ces joliesses narcissiques qui masquaient la réalité d’un talent hors normes.

Mardi soir au théâtre des Champs-Elysées, c’était au tour de Nelson Goerner de s’inscrire dans la série Piano 4 étoiles de l’infatigable André Furno, 88 printemps au compteur !

Comptes-rendus de ces deux soirées à lire bientôt sur Bachtrack !

Une disparition

Au moment de clore ce billet, j’apprends la disparition de Pierre-François Veil. Un homme bien, un homme de bien. Je l’apercevais parfois au concert, notamment à Radio France, dont sa nièce (l’épouse de son neveu Sébastien Veil) est la PDG. D’évidence mélomane. Et puis j’ai un vague souvenir d’une rencontre, il y a cinquante ans, chez les voisins de ses parents place Vauban, où une de mes amies, Françoise C. fêtait son anniversaire. Le prénom était peu courant à l’époque.

De bonne compagnie

Il me faut ajouter deux noms à ma liste de Disparus de mai : Tina Turner et Jean-Louis Murat. Mais on me pardonnera, j’espère, de n’en avoir rien à dire de mieux ou de plus que toutes les louanges qui ont été déversées par les médias et les réseaux sociaux.

En moins de 48 heures, je suis passé par toute une palette d’impressions, de sentiments, plutôt agréables, même s’ils ont été parfois troublés par les alarmes que le grand âge de ma mère (qui a fêté ses 96 ans il y a trois jours) peut engendrer.

Le bon Compagnon

Je l’avais aperçu en 2018 au festival Radio France, membre du quatuor de saxophones Zahir. Sandro Compagnon m’a invité hier à une soirée « privée », en réalité très courue, dans une galerie du centre de Paris, pour présenter son nouvel enregistrement. Prouvant avec brio que le répertoire du saxophone ne se limite pas au jazz, à quelques concertos du XXème siècle ou à quelques brillantes interventions dans Ravel, Bizet ou Berg. Je n’ai pas pu rester jusqu’à la fin, mais j’ai eu le bonheur d’entendre plusieurs pièces de l’autre héros de la soirée, le compositeur Bruno Mantovani (à gauche sur la photo).

Pourquoi le cacher ? j’ai été heureux de retrouver bien sûr Bruno Mantovani, à qui me lient tant de souvenirs – lui-même se montrait nostalgique d’une époque, sa jeunesse, Liège, où tout semblait permis. Il reste, on en a encore eu la preuve hier, l’un des compositeurs les plus originaux de notre temps. On comprend que Sandro Compagnon en ait bavé pour dire la force et la poésie de « Rondes de printemps ». Belle réussite ! Mais, en plus de Bruno Mantovani, on a aperçu, salué, Philippe Hersant, Eric Montalbetti, Marc Monnet, Marc Coppey, Michel Dalberto, Laurence Equilbey, Arnaud Merlin, j’en oublie sûrement… J’ai beau avoir quitté la « vie active » comme on dit, les amitiés, les aventures d’antan demeurent.

La reconstruction Pogorelich

La rumeur, des collègues, les réseaux sociaux m’avaient mis en garde. Un récital d’Ivo Pogorelich, la star du piano des années 80, c’était un risque, une probable déception. Comme je l’ai écrit pour Bachtrack – lire Le piano hypnotique d’Ivo Pogorelich -, je ne vais jamais à un concert chargé de préjugés. Je me mets toujours dans un état d’écoute et de disponibilité, et puis j’attends d’être entraîné, intrigué, séduit.. ou irrité par l’interprète.

Photo surprenante, prise cinq minutes avant le début du concert : Ivo Pogorelich fait les derniers réglages…

Pas vraiment orthodoxe le pianiste croate, mais tant mieux…

Il y avait déjà tout cela dans les enregistrements des jeunes années.

Dudamel s’en va

Gustavo Duhamel démissionne de son poste de directeur musical de l’Opéra de Paris, qu’il devait occuper jusqu’en 2027.

Je n’ai envie d’aucun commentaire. Et surtout pas des airs entendus – « c’était à prévoir », « on le savait d’avance » -.

J’ai juste une question, de bon sens et de principe : dès lors qu’un vaisseau amiral comme l’Opéra de Paris est très largement dépendant de la subvention publique, de l’argent de l’Etat, du nôtre donc, comment tolérer que le traitement, salaire, cachets du directeur musical soient classés « secret défense »‘. Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, la rémunération des chefs est publique, alors qu’elle dépend de subsides privés. En France, on est incapable de jouer la transparence, alors qu’il s’agit de deniers publics…Il faudra que j’y consacre bientôt un billet !