Sir Neville

Je ne l’ai vu qu’une fois en concert, en 2008 à Berlin, mais depuis toujours son nom m’évoquait l’élégance, la classe, une allure toute britannique : Neville MarrinerIl est mort la nuit dernière à l’âge respectable de 92 ans…

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On a un peu oublié aujourd’hui le pionnier qu’il fut, l’aventurier même, dans la redécouverte de tout un répertoire baroque et classique que des décennies d’emphase victorienne avaient enseveli : Vivaldi, Bach, Haendel, Haydn. Chef d’attaque des seconds violons du London Symphony dans les années 50, il fonde avec quelques amis ce qui deviendra une institution du paysage musical londonien, l’Academy of Saint Martin in the Fields (du nom de l’élégante église qui jouxte Trafalgar Square)

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D’autres – Harnoncourt, Gardiner, Brüggen – iront plus loin, mais tout ce que Marriner et son Academy ont donné au disque (pour Argo puis Decca) dans les années 60 et 70, reste d’une étonnante actualité au regard des critères « historiquement informés ».

Le coffret publié pour les 90 ans de Marriner est un magnifique résumé de cette aventure musicale et musicologique (voir le détail ici : Neville Marriner : un héritage)

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Neville Marriner ne s’est pas contenté d’aborder le répertoire baroque et classique, et de l’orchestre de chambre. Il est à la tête d’une discographie surabondante qui couvre quasiment tout le répertoire symphonique, avec des bonheurs divers. Il a beaucoup accompagné les plus grands solistes, une intégrale des concertos de Mozart avec Alfred Brendel (dans l’édition Philips du bicentenaire de Mozart en 1991), mais aussi quelques concertos – des versions de référence pour moi – avec le trop méconnu pianiste tchèque, disparu l’an dernier, Ivan Moravec

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Dans un registre plus léger, Marriner est l’élégance incarnée dans ces pièces de musique « légère » que sont les ouvertures de Suppé ou de Sullivan

 

Ce n’est pas un médiocre chef d’opéra, comme en témoignent plusieurs réussites au disque dans Rossini ou Mozart !

Et on pourrait ajouter une très belle série de symphonies de Haydn…

Souhaitons que les éditeurs successifs de Sir Neville (Decca/Philips, EMI/Warner, Hänssler) nous restituent, quand ils ne l’ont pas déjà fait, les grands moments d’une vie et d’une discographie célébrant l’aventure, la fantaisie, le style, l’élégance d’aussi vastes répertoires.

Deux vidéos émouvantes : le fondateur au pupitre et celui qui lui a aujourd’hui succédé à la tête de l’Academy of St Martin in the Fields, Murray Perahia

Souvenirs mêlés

Ce blog va prendre le rythme des vacances qui approchent. Avant une échappée ibérique, quelques souvenirs en vrac, tout récents ou plus anciens.

J’apprends la mort ce matin du pianiste tchèque  Ivan Moravec. J’ai beaucoup de ses disques, des Chopin, Brahms, Beethoven, Mozart, il faudra que je les réécoute pour me convaincre que c’est mieux et plus que du grand piano sérieux, ce qui n’est déjà pas si mal !

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Je l’avais invité à la fin des années 80 au studio Ansermet de la Radio Suisse Romande à Genève, sur la recommandation d’un agent artistique. Une allure de fonctionnaire soviétique d’un roman de John Le Carré, une prestation plutôt ratée du 20ème concerto (le ré mineur) de Mozart, la pression du direct ? Mais quand Tom Deacon l’avait retenu dans sa monumentale collection des Grands Pianistes du XXème siècle, j’avais redécouvert un interprète attachant sinon transcendant.

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Etrange comme Montpellier et ce festival 2015 m’ont ramené à mes années suisses. Un soir au concert assis à ma droite l’ex-grand boss radio de l’UER, celui qui a eu la bien curieuse idée de me recruter en 1986 comme « producteur responsable de la musique symphonique » – c’était l’intitulé exact du poste, ça ne s’invente pas ! – de la Radio Suisse Romande. Ni lui ni moi n’aurions imaginé alors ce que serait la suite du parcours…

Dans les couloirs du Corum avant hier, un ancien proviseur du lycée de Thonon-les-Bains,  dans la salle, un autre ancien proviseur genevois celui-là, venu pour François-Frédéric Guy et son intégrale des concertos de Beethoven…

Sur Facebook, une info glanée au vol : la réédition, avec une couverture pas vraiment sexy, mais tellement dans la ligne austère, on allait dire calviniste, du label suisse fondé par Marguerite Dütschler, Claves, d’une intégrale des symphonies de Schubert, passée inaperçue à sa publication : mon cher Marcello Viotti, bien trop tôt disparu d’une crise cardiaque à 50 ans en 2005, avait enregistré ces Schubert à Sarrebrück. Je me suis précipité pour les télécharger, et j’ai retrouvé le chef fougueux, romantique, si proche de l’esprit de Schubert, que j’avais connu pendant mes années romandes.

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Et pour achever le tableau, je me repose ce lundi des (belles) fatigues montpelliéraines  chez un ami rencontré à la Radio Suisse Romande, avec qui j’ai partagé tant d’aventures radiophoniques et musicales, qui s’est établi sous des ciels jadis chers à Henri Dutilleux, à l’exact confluent des Deux-Sèvres, de la Vienne et du Maine-et-Loire et je m’apprête à découvrir un tout jeune pianiste de sa famille qui travaille auprès de Nelson Goerner… la boucle est bouclée.

Dernière recommandation : consulter toutes les photos, magnifiques, de Marc Ginot sur http://www.festivalradiofrancemontpellier.com.