Que la fête commence !

Avant d’évoquer les premiers jours de fête du #FestivalRF21, une pensée amicale et solidaire pour tous mes amis de Liège et de Belgique, pour toutes les victimes des terribles inondations qui ont frappé l’est de la Belgique et la région de Cologne que je connais bien.

(La Meuse au centre de Liège il y a 3 jours / Photo G. Gilson sur Facebook)

Je sais que ni le courage ni la solidarité ne manqueront à ceux qui doivent maintenant réparer, nettoyer, restaurer…

Chaque concert est une fête

Entre une proclamation, une promesse, et la réalité, il peut parfois y avoir un fossé. Le pari que nous avions fait en annonçant le 7 avril dernier une édition complète (155 concerts) du Festival Radio France Occitanie Montpellier est très largement relevé, comme en témoignent les premiers jours du Festival.

Avant-hier matin, au micro de Clément Rochefort sur France Musique, c’est ce que j’affirmais : Chaque concert est une fête, la musique est une fête !.

Dimanche soir à Saussan, le quatuor Alborea enchantait la petite église du village pleine comme un oeuf.

Mardi matin, j’étais heureux de retrouver « en vrai » les musiciens de l’Orchestre national de Montpellier et leur chef Michael Schonwandt pour la première répétition de leur concert de ce soir

Mercredi jour de fête nationale, on y était enfin, sur la place de l’Hôtel de Ville de Montpellier, après un montage compliqué.

(Le maire de Montpellier, Michael Delafosse, ouvre le concert du 14 juillet sur le parvis de l’Hôtel de Ville)

(de gauche à droite les artistes du 14 juillet : Isabelle Georges, Roland Romanelli, Claude Salmieri, Benoît Dunoyer de Segonzac, Frederik Steenbrink)

Après le feu d’artifice républicain du 14 juillet, les Feux d’artifice royaux de Haendel tirés par un Hervé Niquet en pleine forme à la tête des choeurs et de l’orchestre du Concert spirituel.

Mais avant le concert du soir, le festival offrait, comme chaque année, deux concerts, les « Découvertes » à 12h30, « Musique ensemble » à 18 h. Honneur d’abord au Quatuor Hanson qui ouvrait le feu salle Pasteur…

et à 18h ma très chère Sophie Karthäuser, et un autre ami cher, Cédric Tiberghien, que je n’avais plus revus, l’une et l’autre, depuis quelques années déjà.

Hier soir, très attendus par le millier de spectateurs réunis à l’opéra Berlioz (la jauge maximale que nous avions retenue pour éviter le recours au pass sanitaire), Renaud Capuçon et Michel Dalberto ont donné un programme plus que rare, devant une salle impressionnante de silence et de concentration. Un concert à réécouter sur francemusique.fr

Un copieux programme attend les festivaliers ce week-end, à découvrir ici.

La quarantaine rugissante

Riccardo Muti fête ses 80 ans le 28 juillet prochain.

Pour l’occasion, Warner réédite la totalité de ses enregistrements symphoniques parus sous l’étiquette EMI, 91 CD avec les pochettes d’origine, alors que le chef italien était directeur musical successivement du Philharmonia Orchestra de Londres (1973-1982) et de l’orchestre de Philadelphie (1980-1992)

Voir tous les détails du coffret ici : Muti l’intégrale symphonique

Je pensais avoir acquis, au fil des ans, la quasi-totalité de ces enregistrements, sans y prêter toujours une grande attention. J’ai redécouvert, voire découvert des disques dont je ne me souvenais pas. Et surtout réévalué des versions que j’avais négligées.

Ce qui ressort, de manière presque caricaturale, de ces vingt et quelques années d’enregistrements, c’est l’évolution d’un jeune chef fougueux, cinglant (il n’a pas gagné pour rien le concours Guido Cantelli !), brillant, qui redonne une pleine jeunesse à une formation qui s’était assoupie sous le règne du vieil Otto Klemperer – le Philharmonia de Londres -, qui, la décennie suivante, tout juste quadragénaire, fait briller de tous ses feux Philadelphie, une phalange héritée en ligne directe de son légendaire bâtisseur Eugene Ormandy.

Chez Riccardo Muti, au fil des ans, la silhouette s’est empâtée comme sa direction. Le lendemain du concert de Nouvel an 2021, je le constatais dans ces lignes : Ces vieux qui rajeunissent…et inversement

La baguette affûtée, l’allure élégante ont laissé peu à peu la place à une sorte d’embourgeoisement confortable*, de perfection formelle un peu vaine. Témoin cette Neuvième de Beethoven, captée à Chicago, sans nerf, sans énergie, sans feu intérieur…

J’ai quelques souvenirs parisiens de concerts dirigés par Muti dans les années 80 et 90, c’était alors la sveltesse, l’allant, parfois l’audace. On retrouve tout cela dans une bonne moitié de ce coffret, quelques symphonies de Mozart, sa première intégrale des symphonies de Schumann, de superbes Mendelssohn 3, 4, 5…

Une intégrale des symphonies de Tchaikovski avec le Philharmonia (Muti reprendra les trois dernières symphonies avec Philadelphie quelques années plus tard) que j’ai redécouverte avec ce coffret : on y retrouve le chef napolitain con fuoco !

Faut-il penser que Muti a toujours été et reste d’abord un chef de théâtre, comme en témoigne d’abondance un legs discographique exceptionnel où dominent Mozart (la trilogie Da Ponte captée à Salzbourg), et bien sûr Verdi (à la Scala notamment) ? Dans ce coffret « symphonique » l’éditeur a glissé la quasi-intégrale des messes et requiems de Cherubini dont Muti s’est fait le héraut, ainsi que deux Requiem de Verdi (avec le Philharmonia et avec la Scala)

Mais s’il y a bien un répertoire où Muti, jeune ou moins jeune, semble ignorer le mouvement de « l’interprétation historiquement informée », c’est bien Vivaldi ou Haendel! Quelle étrange idée d’enregistrer à Berlin cette Water Music engluée dans un legato hors de propos (Kubelik avait fait de même avec les mêmes Berlinois pour DG) !

Et si c’était dans le post-romantisme d’un Scriabine, qu’on retrouvait le grand, l’admirable Riccardo Muti ?

* Riccardo Muti détient – selon Diapason – le record des chefs les mieux payés au monde pour son poste de directeur musical du Chicago Symphony !

Déconfinement

Lorsque j’ai fait cette annonce – c’était le 7 avril dernier ! – je me suis heurté à ceux, y compris dans mon entourage, qui me trouvaient, au choix, inconscient, imprudent, excessivement optimiste. Certains faisaient le rapprochement avec l’an dernier : le 2 avril j’avais annoncé l’édition 2020 du Festival Radio France, pour finalement devoir l’annuler le 24 avril (et pourtant nous avons fait un Festival malgré tout !)

La meilleure réponse nous a été apportée par le public qui, dès l’ouverture des réservations le 8 avril, s’est précipité sur la billetterie en ligne du Festival et a, ainsi, validé notre optimisme et surtout la programmation festive de cette édition 2021 (lefestival.eu)

Chaque concert est une fête

C’est plus que le slogan de ce prochain Festival, c’est une conviction, une promesse.

Des preuves ? Un premier florilège des oeuvres et des artistes programmés (il y a aura une suite !)

Le 14 juillet, l’Umlaut Big Band ouvre le Bal à Montpellier

Le lendemain du feu d’artifice de la Fête nationale, Hervé Niquet lance les Feux d’artifice royaux

Ce même 15 juillet, un duo de charme, Sophie Karthäuser et Cédric Tiberghien, ouvre la série Musique ensemble

Le lendemain, le très talentueux Dmitry Shishkin, 2ème prix du Concours Tchaikovski 2019*- l’un des 30 pianistes invités du Festival ! – figure parmi les Découvertes de cette édition 2021.

Le 16 juillet, dans la grande salle de l’Opéra Berlioz, une séance de sonates au sommet : Richard Strauss, Elgar, Fauré sous les doigts et l’archet de Michel Dalberto et Renaud Capuçon

Le 18 juillet, le Festival retrouve son chef porte-bonheur, Santtu-Matias Rouvali. Découvert, pour ma part, en 2014 lorsqu’il était venu diriger deux concerts, deux programmes, déjà à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France

SMR était revenu avec les mêmes en 2018 pour un Sacre du printemps mémorable, et en 2019 pour deux concerts tout aussi exceptionnels avec l’orchestre philharmonique de Tampere (Finlande) dont il est le directeur musical depuis 2013

(de gauche à droite, Santtu-Matias Rouvali, JPR, Jean-Luc Votano qui venait de jouer l’extraordinaire concerto pour clarinette de Magnus Lindberg)

Thibaut Garcia est un autre invité de choix du #FestivalRF21. Il sera de la soirée du 18 juillet, et de plusieurs autres à Montpellier et dans la Région Occitanie.

Le 19 juillet, François-Xavier Roth, son orchestre « Les Siècles » et la violoncelliste argentine Sol Gabetta nous offrent un programme tout Saint-Saëns, dont le rare 2ème concerto pour violoncelle.

Je ne peux m’empêcher de redonner un coup de projecteur sur un projet discographique qui m’avait passionné : l’intégrale des oeuvres concertantes de Saint-Saëns pour violon et violoncelle.

Saint-Saëns est à l’honneur du concert de l’Orchestre National de France et de son chef Cristian Măcelaru, avec une vraie rareté, pour ma part, jamais entendue en concert, l’une des cinq symphonies du compositeur français, Urbs Roma. On se réjouit de l’appétit que manifeste le nouveau directeur musical de l’ONF pour le répertoire français, comme en témoigne cet enregistrement – sans public – réalisé durant le confinement.

On poursuivra bientôt ces invitations aux concerts de l’été.

Tout le programme est à retrouver et télécharger ici. Et les réservations sont plus que recommandées : https://lefestival.eu

*Le premier Prix du Concours Tchaikovski 2019 sera aussi présent au Festival le 24 juillet (Alexandre Kantorow)

Les raretés du confinement (XV) : Déconfinement, Thomas Pesquet, Milva, Christa Ludwig, André Previn, Svetlanov

Déconfinement

Dans Le Figaro du 22 avril, ceci : Beaucoup de directeurs de festival poussent au pass sanitaire ou au QR code sur l’application Anti-Covid: « «Je ne trouve pas ça plus attentatoire aux libertés que l’attitude irresponsable de quelques-uns, qui empêche tous les autres de travailler ou de vivre. Et je suis sûr que le public comprendrait», dit Jean-Pierre Rousseau (lire Les festivals de l’été).

Il arrive – parfois – qu’on soit entendu, et que l’optimisme raisonnable que je manifestais le 7 avril dernier en annonçant l’édition 2021 du Festival Radio France Occitanie Montpellier se traduise désormais en certitude.

Le président de la République, ce matin dans la presse régionale (voir Le Midi Libre), donne enfin des perspectives, un calendrier précis. Oui l’été sera festif !

Cette chronique est peut-être une des dernières !

19 avril : Veronica la cheffe russe

Du compositeur arménien Aram Khatchaturian (1903-1978) on connaît surtout ses ballets Gayaneh et Spartacus ou Mascarade, une musique de scène pour une pièce de Liermontov. J’ai redécouvert dans ma discothèque une oeuvre beaucoup plus rare… dirigée par une cheffe d’orchestre russe ! La Veuve de Valence est une musique de scène écrite par Khatchaturian, en 1939/40, pour la pièce éponyme de Lope de la Vega, qui devient une brillante suite d’orchestre en 1953. Espagnolades garanties, revues à la manière arménienne !

Quant à Veronica Dudarova (1916-2009) c’est la première femme cheffe d’orchestre au monde à diriger un orchestre permanent au XXème siècle. Elle prend la direction de l’orchestre symphonique d’Etat de Moscou en 1947 et dirigera jusqu’en 2007 !

Aram Khatchaturian : La Veuve de Valence, suite d’orchestre

Orchestre symphonique d’Etat de Moscou

dir. Veronica Dudarova

20 avril : La Veuve de Gardiner

John Eliot Gardiner fête aujourd’hui ses 78 ans.Dans son abondante discographie, où dominent Bach, Haendel, les baroques, les premiers romantiques, la Veuve joyeuse enregistrée il y a 25 ans à Vienne fait figure de glorieuse exception. On n’a pas refait mieux depuis…

21 avril : Elizabeth a 95 ans

Nul ne peut ignorer que la reine Elizabeth fête aujourd’hui ses 95 ans, cinq jours après les funérailles de celui qu’elle épousa en 1947. C’est pour le couronnement du roi George II en 1727 que George Friedrich Haendel écrit Zadok the Priest. Depuis lors, ce Coronation Anthem est joué à chaque couronnement.

Il le fut donc en 1953 lors de celui d’Elizabeth II.

Neville Marriner (1924-2016) dirige le choeur et l’ Academy of St Martin in the Fields

22 avril : Julia Varady, bientôt 80 ans

J’ai depuis longtemps une admiration infinie pour la cantatrice d’origine roumaine, Julia Varady (lire mes souvenirs de ses débuts à Carnegie Hall : Julia Varady à Carnegie Hall)

Je me rappelle, entre bien d’autres prestations incomparables, sa formidable incarnation d’Abigaille dans le Nabucco de Verdi qui a ouvert l’ère Gall à l’Opéra Bastille en septembre 1995.

Julia Varady a gravé, pour Orfeo, plusieurs disques d’airs d’opéra, de Verdi notamment, avec le plus aimant et le plus aimé des chefs d’orchestre, son mari Dietrich Fischer-Dieskau (1925-2012)

23 avril : Thomas Pesquet, de la Terre aux étoiles

Au moment où Thomas Pesquet se confine pour six mois dans la station spatiale internationale, revue – non exhaustive – de quelques musiques des sphères (De la terre aux étoiles) et pour moi la plus ardente, et pourtant méconnue, des versions des Planètes de Holst. Et quelle prise de son !

James Levine dirige le Chicago Symphony Orchestra

24 avril : Le roi des étoiles

Thomas Pesquet est le nouveau roi des étoiles. En 1911, Stravinsky écrit « Le roi des étoiles » une brève cantate (moins de 6′) sur un poème de Constantin Balmont, pour choeur d’hommes et grand orchestre.

Au début de sa carrière, Michael Tilson Thomas en donne une très belle version.

Stravinsky : Le roi des étoiles / The King of Stars (Zvezdoliki)

New England Conservatory Chorus · Lorna Cooke De Varon

Boston Symphony Orchestra

dir. Michael Tilson Thomas (1972)

25 avril : Christa Ludwig… et Milva

La disparition de Christa Ludwig ce 24 avril a occulté celle d’une autre chanteuse, la veille, Maria Ilva Biolcati, plus connue sous le pseudonyme de Milva.

Christa Ludwig est morte hier à 93 ans.

Carrière immense, personnalité rayonnante, voix admirable, tous les hommages seront rendus à la cantatrice disparue (Eternelle Christa Ludwig)

Elle n’était pas que l’inoubliable interprète de Beethoven, Schubert, Schumann, Mahler, Wagner, elle pouvait aussi être la facétieuse Old Lady du Candide d’un Leonard Bernstein qu’elle adorait :

26 avril : Christa en Adalgise

Hommage à Christa Ludwig (suite): (Eternelle Christa Ludwig).

Cette fois, dans un répertoire où elle n’a fait que de rares incursions, mais un duo inoubliable avec Maria Callas dans l’enregistrement de Norma de Bellini dirigé par Tullio Serafin en 1961;

Bellini: Norma (duo Mira o Norma)

Maria Callas

Christa Ludwig

Orchestre du Teatro alla Scala Milan

dir. Tullio Serafin

27 avril : Christa en Orlofsky

Christa Ludwig était plutôt Richard que Johann Strauss. Elle a tout de même interprété – au disque en tout cas – le rôle travesti du prince Orlofsky dans La Chauve-souris / Die Fledermaus de Johann Strauss, dans une version injustement méconnue de 1959 – Elisabeth Schwarzkopf avait été remplacée au dernier moment par Gerda Schreyer – dirigée par le chef suisse, d’origine roumaine, Otto Ackermann, trop tôt disparu en 1960.

Christa Ludwig n’en rajoute pas dans l’exotisme de pacotille, ni dans la caricature.

28 avril : la valse des empereurs

Warner Classics & Erato publie un coffret de 96 CD avec la totalité des enregistrements réalisés par André Previn (1929-2019) pour HMV et Teldec (lire :Réévaluation).

Du très connu, et du très rare, comme l’unique valse de Johann Strauss que Previn ait jamais enregistrée.

D’abord intitulée Hand in Hand, cette valse composée lors de la visite de Guillaume II de Prusse à Vienne change de titre, lors de la visite retour de François Joseph à Berlin le 21 octobre 1889, et devient Kaiserwalzer – qu’il faudrait donc traduire par Valse des… empereurs.

Sans doute cette valse rappelait-elle à André Previn ses origines berlinoises…

29 avril : Svetlanov au piano

Le grand chef russe Evgueni Svetlanov (1928-2002) – lire Le génie de Genia – était aussi un excellent pianiste et un compositeur qui s’est soigneusement tenu à l’écart de la modernité.

Dans son unique concerto pour piano, il est le soliste, dirigé par Maxime Chostakovitch à la tête de l’Orchestre de la radio-télévision d’URSS.

Evgueni Svetlanov: concerto pour piano en do m

Evgueni Svetlanov, piano

Orchestre symphonique de la Radio-Télévision d’URSS dir. Maxime Chostakovitch

Les raretés du confinement (XIV) : Funérailles, Baudelaire, la culture à Bordeaux, Dudamel, Mozart etc.

9 avril : Baudelaire a 200 ans

Evoquer le bicentenaire de la naissance de Baudelaire, c’est immédiatement songer à tous ces musiciens d’hier et d’aujourd’hui que le poète des Fleurs du Mal a inspirés et continue d’inspirer – Lire : Baudelaire en musique – Je diffusais hier L’invitation au voyage version Diepenbrock. Aujourd’hui la sublime version de Duparc, dans l’interprétation bouleversante du très grand José Van Dam

10 avril : quand Bordeaux voit vert

Tout a commencé par un tweet du ténor bordelais Stanislas de Barbeyrac « sans voix » devant une campagne d’affichage. J’ai retwitté son message en interpellant le maire écologiste de Bordeaux, la ministre de la Culture puis tous les médias se sont emparés de l’affaire : Une campagne de communication de la Ville de Bordeaux fait scandale

11 avril : la Reine de la nuit

Une version un peu négligée de la Flûte enchantée de Mozart, la première qui ait figuré dans ma discothèque (Sawallisch 1973), et l’une des plus formidables Reine de la Nuit de toute la discographie de l’oeuvre, Edda Moser

12 avril : Offenbach et Scherchen

Un peu de légèreté ne nuit pas en ces temps pesants. Le grand Hermann Scherchen (1891-1966) ne dédaignait pas ces musiques qu’on dit « légères ». Son ouverture de La Grande Duchesse de Gérolstein d’Offenbach fait frétiller les musiciens de l’Opéra de Vienne (et nous avec !)

13 avril : la création du Messie

L’oratorio le plus célèbre de Haendel, Le Messie, a été créé le 13 avril 1742 lors d’un gala de charité au Temple Bar de Dublin.

« Why do the nations so furiously rage together? » c’est une question toujours actuelle et c’est l’un des airs les plus virtuoses du Messie. Ici c’est le baryton-basse britannique John Shirley-Quirk (1931-2014) qui l’a gravé à quatre reprises qui l’interprète sous la direction de Raymond Leppard (1927-2019)

14 avril : la grande dame n’est pas celle qu’on croit

L’ex-candidate (il y a 14 ans !) à l’élection présidentielle ne se résout pas à prendre, à 68 ans, une retraite qu’elle prône pour tous les travailleurs à 60 ans. Voici Ségolène Royal candidate à devenir sénatrice des Français de l’étranger !! et elle parle de crédibilité de la classe politique ? (Je me sens très proche des Français de l’étranger)

Une vraie grande dame, elle, c’est Maria Tipo :

J’ai eu la chance de connaître (un peu) la grande pianiste italienne Maria Tipo (90 ans cette année !), de siéger avec elle dans le jury du Concours de Genève il y a plus de trente ans. Elle a gravé plusieurs concertos de Mozart avec Armin Jordan et l’Ensemble Orchestral de Paris pour EMI. Disques devenus introuvables. Warner Classics & Erato devrait les rééditer.

15 avril : Notre Dame deux ans après

Deux ans après l’incendie de Notre Dame (lire Les héros de Notre Dame) qui mieux que Bach, qui mieux que Wilhelm Kempff pour consoler et redonner l’espérance ? L’évidence.

J.S.Bach : Choral BWV 639 « Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ »

16 avril : Dudamel à Paris

C’était un secret de polichinelle depuis des semaines: la nomination de Gustavo Dudamel à la direction musicale de l’Opéra de Paris a été officiellement annoncée ce vendredi.

Pour saluer la nomination de Gustavo Dudamel à la direction musicale de l’ Opéra national de Paris, cet extrait d’une oeuvre rare – La Noche de Los Mayas – du compositeur mexicain Silvestre Revueltas (1899-1940). Une oeuvre qui sera donnée le 18 juillet au Festival Radio France Occitanie Montpellier par l’ Orchestre Philharmonique de Radio France (dir. Santtu-Matias Rouvali).

Silvestre Revueltas : La Noche de Los Mayas, scherzo

Orchestre Simon Bolivar du Vénézuela

dir. Gustavo Dudamel

17 avril : simplicité royale

Ma mère (un an de moins que la reine d’Angleterre !) samedi au téléphone : « Tu vas regarder les obsèques du prince Philip ? C’est un peu ton pays, puisque tu as été conçu à Londres, et qu’à trois mois près tu aurais pu y naître « .

J’ai suivi en partie son conseil, et comme beaucoup de téléspectateurs, j’ai été frappé par la simplicité d’une cérémonie certes contrainte par la crise sanitaire, la pure beauté des musiques choisies pour ces funérailles et de leurs interprètes.

18 avril : Peter Maag

Je signalais le 16 avril – vingt ans après sa mort – l’hommage rendu au chef suisse Peter Maag (1919-2001) : lire Peter le Suisse/

En dehors de ce coffret, la discographie de ce chef qui n’aimait rien tant que sa liberté est éparpillée en de multiples labels, et rarement disponible, sauf sur certains sites de téléchargement.

Ainsi ce 23ème concerto de Mozart – dont le sublime adagio parcourt tout le film L’Incompris de Luigi Comencini (1967) – joué ici par le bien oublié pianiste autrichien Walter Klien (1928-1991).

Mozart : Concerto pour piano n°23, adagio

Walter Klien, piano

Orchestre du Volksoper Wiendir. Peter Maag (Vox 1963)

Groupe de Six

Voilà des semaines que je n’ai rien dit ici de mes lectures. Six livres achetés ou reçus ces dernières semaines, cadeaux ou non. Sur la musique et la politique, deux de mes passions avouées.

Cocteau l’insupportable

Ce n’est pas le premier ouvrage sur ce que, par facilité, on a appelé Le Groupe des Six, mais c’est assurément le plus savoureux.

Sur cette toile de Jacques-Émile Blanche de1923, seuls cinq des Six sont représentés ; Louis Durey n’est pas représenté. De gauche à droite : Germaine TailleferreDarius MilhaudArthur HoneggerJean WienerMarcelle MeyerFrancis PoulencGeorges Auric (assis) et Jean Cocteau.

Le Groupe des Six ? Voilà les musiciens qui ont occupé le devant de la scène artistique parisienne dans l’immédiat après-Première Guerre mondiale. Parrainés par Erik Satie et soutenus par Jean Cocteau, à la fois leur imprésario et leur éminence grise, les Six furent les porte-drapeaux de l’Esprit Nouveau qui soufflait alors sur Paris. Voix intermittentes du néoclassicisme hexagonal pour les uns, simples farceurs embobinant dans leurs canulars un public crédule et une critique complaisante pour les autres, ils ont marqué comme peu cette période d’effervescence, où tout semblait possible. Les Six, donc : Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre

C’est ainsi qu’Actes Sud présente le dernier opus de Pierre Brévignon.

Il faut lire l’excellent papier que Yann Beuvard consacre à l’ouvrage sur Forumopera : Le Groupe des Six, météorite de la musique française. Il faut évidemment surtout lire le style inimitable de Pierre Brévignon, naguère co-auteur avec Olivier Philipponnat d’un Dictionnaire superflu de la musique classique qu’on avait adoré !

Brévignon règle son compte à un personnage que je ne suis jamais parvenu à lire, ni donc à apprécier, l’ineffable Jean Cocteau. J’ai l’âge d’avoir connu des gens qui ont connu, approché – parfois de très près – celui qui s’est toujours piqué d’être l’ami des grands de ce monde, voire leur inspirateur ou leur impresario. Ainsi Le Groupe des Six serait une invention de Cocteau… une de plus ! Invention, dans toutes les acceptions du terme ! :

« De son propre aveu, Cocteau s’est toujours rêvé Paganini du violon d’Ingres. Parmi ses nombreux dons, le plus remarquable était d’imprimer sa marque dans tous les domaines où il s’aventurait, unifiés sous le même label de « poésie » (de roman, de théâtre, de journalisme, graphique, critique, cinématographique)… Son sens de la publicité et sa prolixité lui valaient autant d’admirateurs que d’adversaires, la frontière entre les deux étant souvent fluctuante comme purent l’expérimenter un Gide, un Picasso, un Stravinsky ou un Mauriac/…../ Ce désir de se trouver au coeur du mouvement et de la vie des arts constitue l’impetus coctaldien par excellence. Cocteau se défendra souvent de courir après l’avant-garde…. Si quelque chose de neuf doit voir le jour sur la scène artistique, il faut qu’il ait un rôle à y jouer. Quitte à s’y inviter par effraction. »

S’agissant de la seule femme membre du Groupe des Six, on doit à la vérité philologique de préciser que Germaine Tailleferre est née Marcelle Taillefesse!

Seul résultat collectif de la cogitation du Groupe des Six, ces Mariés de la Tour Eiffel :

Les secrets de Chopin

Le directeur artistique du Festival de Nohant, écrivain, philosophe et critique Jean-Yves Clément n’en est pas à son coup d’essai sur Chopin. Depuis cet essai paru au printemps, il a même récidivé avec ce Voyage de Majorque qui se présente comme un « faux journal » de Chopin et de son séjour dans l’île espagnole (voir Chez George et Frédéric)

L’auteur nous invite à réentendre Chopin hors des clichés répandus, à partir de sa musique seule, encore insuffisamment comprise dans sa singularité et ses audaces. Il brosse un portrait inédit de l’âme divisée du compositeur:  » Chez Chopin, seule la musique répond à la musique. Son oeuvre, à proprement parler, ne figure rien. Ni l’amour, ni la nature, ni l’humanité. Seul le vase clos et infini de la musique.  » 
Indépendante de sa vie même, l’oeuvre de Chopin se dérobe, par sa nature, aux circonstances qui la voient naître. Elle s’affirme ainsi comme l’expression la plus affirmée de la solitude absolue du créateur. 
Elle révèle la dualité de son être comme de son expression – de son génie même : français et polonais, classique et romantique, révolutionnaire et conservateur, sociable et renfermé, mondain 
et secret… Toute sa vie, le musicien restera un exilé du monde. 
Chaque chapitre du livre s’appuie sur les oeuvres les plus importantes de Chopin, liées aux périodes essentielles de son existence, de la Pologne à Nohant, en passant par Majorque et Paris, comme autant de cheminements significatifs de son évolution.
(Présentation de l’éditeur)

Lire Le piano d’Ivan Moravec

Une amitié particulière

C’est à une discussion sur Facebook à propos du pianiste Youri Egorov (La nostalgie des météores) que je dois d’avoir découvert (et acheté par correspondance) un ouvrage atypique, curieux mélange de journal intime, autobiographie, manifeste politique. Qui constitue surtout un passionnant témoignage sur la vie musicale du temps de l’ex-URSS. Celui du pianiste Andrei Gavrilov, né en 1955 à Moscou.

« Scènes de la vie d’un artiste » c’est bien de cela qu’il s’agit, sans ordre apparent. On peut prendre un chapitre au hasard, puis un autre, sans risquer de perdre le fil d’un récit qui n’en a pas. Quelque chose me dit que c’est l’auteur lui-même qui a écrit cette « présentation de l’éditeur » (précisons d’emblée que la traduction française est souvent approximative)

En 1974, à l’âge de 18 ans il remporte le cinquième Concours Tchaïkovski. La même année il fait ses débuts sur la scène internationale par un triomphe au fameux Festival de Salzbourg où il remplace Sviatoslav Richter malade. Depuis lors, il a connu une impressionnante carrière internationale et s’est produit avec les plus grands orchestres du monde. Persécuté par le KGB depuis 1979, Andrei Gavrilov échappe à quatre tentatives d’assassinat. En 1984 il parvient à fuir l’URSS, il s’établit d’abord en Angleterre, puis en Allemagne, et définitivement en Suisse en 2001. Nous publions dans ce livre les souvenirs des incroyables événements qui se sont produits au cours de sa vie entre 1973 et 1985. L’artiste partage avec nous ses analyses philosophiques sur les principaux problèmes du monde moderne qui ne se limitent pas au totalitarisme et à la décadence de notre culture. C’est un regard perçant de l’homme à travers la musique. On y trouve également de nombreuses anecdotes sur les grandes célébrités internationales, comme Malkovich, Richter, Rostropovitch et beaucoup d’autres. Gavrilov se penche sur son passé et nous livre avec bonheur et amertume un regard inédit sur la fin de l’Union sovietique, à travers un récit où la caricature la plus grotesque se mêle étroitement à la tragédie et aux épreuves que traverse un jeune homme sincère et un artiste de génie. Ce livre hors norme et bouleveversant est un témoignage historique de première importance.« 

Ce qui retient d’abord l’attention c’est l’amitié qui a lié le jeune pianiste de 23 ans à son glorieux aîné de quarante ans, Sviatoslav Richter, Fira dans l’intimité. A en juger par la violence de certains commentaires de la discussion sur Facebook (cf. supra), on ne touche pas impunément à une statue comme Richter.

« En 1978 Richter et moi avons eu un véritable coup de foudre. Ce ne fut pas une année ordinaire, mais la lune de miel de notre amitié. Se fréquenter était pour nous fascinant et captivant. Lorsqu’on se voyait, nous sautions tous les deux de joie comme des singes (sic) ».

Parmi mille anecdotes et aventures racontées ici, on relève un projet étonnant, qui a débouché sur une série d’enregistrements (en partie réalisés à la Grange de Meslay si je ne me trompe) : une intégrale des Suites pour clavier de Haendel au piano, partagée entre Richter et Gavrilov.

De Gaulle intime

Sur De Gaulle on a tout dit, tout écrit, mais pas forcément tout montré. Le cinquantenaire de sa mort (lire Le chêne abattu) a donné lieu à d’opportunes publications, comme cet ouvrage de Raphaëlle Bacqué, qui permet d’accéder à quantité de manuscrits, brouillons, notes écrites ou annotées par celui qui fut président de la République de 1959 à 1969. J’ai toujours été fasciné par le contraste entre la taille imposante du personnage (1m96) et son écriture très penchée.

L’homme qui lit

L’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, remercié en juin dernier, m’a toujours paru sympathique, avec ce quelque chose de décalé dans l’allure, dans l’expression, une sorte de distinction assez british. Et dans la gestion des débuts de la crise du Covid, un sang-froid, une maîtrise, qui contrastaient heureusement avec les emballements – pour user d’un euphémisme – d’autres responsables publics. Pour autant je n’avais rien lu de lui ni sur lui. Ce n’est que récemment que j’ai découvert ce livre, paru en juillet 2017 : un essai politique de plus ? Réponse de l’auteur :

«  Lorsque je regarde ma bibliothèque, je vois ce que j’ai appris et une bonne partie de ce que j’aime. Ces livres m’ont construit. Des romans, des essais, des manuels, des bandes dessinées, le tout mélangé, muri ou oublié, redécouvert et discuté. Une bibliothèque est comme le « lieu de mémoire » de notre existence. Elle nous chuchote d’anciennes joies, murmure nos lacunes et trahit des promesses de lecture.
Les livres relient les hommes. Derrière ce qui ressemble à une formule, il y a une réalité, particulièrement évidente dans mon histoire familiale, dans ma vie. Dans ma relation avec mon père mais aussi dans le parcours de mon grand-père, dans la vie de ceux qui m’entourent et qui comptent pour moi.
  »

On a la certitude en le lisant que nul n’a tenu la plume à sa place. L’homme sait lire; et écrire. Bien écrire.

Le lion de Belfort

Dans un tout autre genre, mais d’une plume tout aussi alerte, quoique plus traditionnelle, les Mémoires de Jean-Pierre Chevènement se dégustent à petites lampées mais avec gourmandise. L’ancien ministre de Mitterrand a un art du récit, de la mise en scène des événements auxquels il participe ou qu’il engendre, doublé d’un talent d’écrivain, qui ont peu d’équivalents dans le monde politique actuel.

L’avantage d’un tel ouvrage, c’est qu’à 80 ans, le fondateur du CERES n’a plus rien à prouver, plus personne à convaincre ou à flatter, encore moins à combattre. Sans s’interdire quelques belles formules, quelques bons mots, les portraits que JPC dresse de ses contemporains, de ceux avec qui il a travaillé, qu’il a côtoyés ou combattus, la relation qu’il fait de son action et de celle des gouvernements et assemblées auxquels il a participé, ne sont suspects d’aucune exagération, d’aucune omission. Le pavé fourmille de détails, mais aucun n’est négligeable.

Un peu de nostalgie étreint le lecteur quand il referme l’ouvrage. Qui, aujourd’hui, dans le monde politique français en activité, a l’envergure, la densité, la culture, d’un Chevènement ?

Le beau piano

Erato/Warner nous gâte en cet automne confiné.

D’abord un coffret Samson François (à l’occasion, j’imagine, du cinquantième anniversaire de sa disparition) : je n’en ai pas bien compris la nécessité.

Nous avions déjà eu il y a dix ans une édition complète « remastérisée »

Mais les deux très bonnes surprises – de superbes cadeaux à offrir à ceux qu’on aime ! – sont ces coffrets consacrés, l’un à Pierre Barbizet (1922-1990), l’autre à Eric Heidsieck, 84 ans depuis le 21 août dernier.

Deux très grands musiciens français, mais qui font la démonstration, chère à l’ami Alain Lompech, qu’il n’y a pas une « école française de piano », comme tant de mauvais clichés colportés au fil des ans et des critiques veulent nous le faire accroire (comme il n’y a pas une « école russe » ou une « école allemande »). On peut difficilement imaginer talents plus dissemblables que le Marseillais Barbizet et le Rémois Heidsieck. Mais qu’on est heureux de retrouver leur précieux legs discographique !

Pierre Barbizet

Pour être honnête, il y a peu de nouveautés dans le coffret Barbizet, puisque tous ses disques avec Christian Ferras ont été à de multiples reprises édités et réédités (je reste surpris qu’en 1958 – alors que tous les grands labels étaient passés à la stéréo depuis 1954-1955 – les sonates de Beethoven aient été enregistrées seulement en mono)

Mais un disque de sonates de Beethoven, enregistrées en 1979, où la liberté créatrice de l’interprète compte plus que la stricte précision technique.

Le quatuor avec piano de Schumann avec le quatuor Parrenin resté étrangement inédit. Et surtout peut-être la réédition d’un double CD Chabrier (les 4 mains avec Jean Hubeau) naguère certes édité en CD, mais depuis longtemps devenu introuvable.

C’est sans doute là, malgré des limites techniques audibles, que s’entend le mieux la poésie heureuse de Pierre Barbizet.

Eric Heidsieck

Jeune comme aujourd’hui, le pianiste Eric Heidsieck porte beau. Et il y a dans son jeu cette fière et altière allure.

Je ne l’ai jamais entendu en concert (à la différence de Pierre Barbizet), mais, pour je ne sais quelle raison, j’ai assez tôt collectionné ses enregistrements, quand ils étaient disponibles, souvent dans d’impropables collections économiques.

C’est avec lui – et son voisin champenois, Jean-Philippe Collard – que j’ai découvert le piano de Fauré. Puis j’ai aimé l’irrésitible fougue de ses concertos de Mozart, où un grand chef belge aujourd’hui bien oublié – André Vandernoot (1927-1991) partageait ses élans juvéniles.

Même si ses sonates de Beethoven n’étaient pas mon premier choix (Kempff !) elles n’étaient jamais très loin de ma platine.

Eric Heidsieck s’est fait le champion du maître de Bonn – ce qui était plutôt insolite pour un pianiste français dans les années 60. A plusieurs reprises, il en a donné l’intégrale en concert, notamment au Japon où il est l’objet d’une véritable vénération, alors qu’il est devenu très rare dans son pays natal !

Et puis ces raretés – que j’ignorais ! étaient-elles même jamais parues en CD ? – Hindemith, les trois sonates de 1936, Haendel, ces suites que Heidsieck mettait fréquemment à ses programmes (et qu’un Richter ne dédaigna pas de jouer à la Grange de Meslay), et finalement assez peu de musique française, à la notable exception de Fauré, souvent en duo avec sa femme Tania.

Découverte aussi pour moi que ce 1er concerto de Chopin, que Pierre Dervaux, à la tête de l’orchestre Colonne, empoigne avec une fièvre contagieuse.

Retour à la vie

C’était l’événement, le premier concert dans le monde dans une salle de concert devant un vrai public – 600 personnes ! – depuis le début du confinement. Ce 25 juin, Michel Orier, le directeur de la Musique et de la Création de Radio France, a eu les mots justes : « 105 jours sans vous, c’est long, trop long », après qu’une puissante salve d’applaudissements a salué l’arrivée sur la scène de l’Auditorium de Radio France les musiciens de l’Orchestre National de France.

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Le temps retrouvé

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Un orchestre qui ne peut encore (mais bientôt ?) jouer en grande formation, notamment avec les vents et les cuivres, des pupitres de cordes donc très sollicités.

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Un programme admirable, idéalement conduit par François-Xavier RothPeu sont capables comme lui de passer d’une symphonie du plus original des fils Bach, Carl Philip Emanuel au Divertimento de Bartók

Je me rappelle toujours avec bonheur – même si l’aventure fut de courte durée – les programmes imaginés dans l’enthousiasme avec le chef français pour son concert inaugural de directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en 2009 : Haendel (Royal fireworks), Haydn (symphonie n°96) et Holst (Les Planètes) ! Pas moins !

Conjurer l’angoisse

Comme Daniele Gatti le 11 juin dernier avec la 2ème symphonie d’Honegger (1941), le programme d’hier soir reprenait deux oeuvres quasi-contemporaines, écrites en 1939-1940, à la demande du chef et mécène suisse Paul Sachercomme de Double concerto pour cordes, piano et timbales de Martinů.

Le compositeur explique la frénésie de ce concerto par la pesanteur des années précédant la Seconde Guerre mondiale : « J’ai voulu me dégager de cette oppression, me défendre par mon travail et lutter contre cette menace qui devrait tourmenter chaque artiste et chaque homme dans ses convictions les plus profondes »

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Cédric Tiberghien avait rejoint les cordes et le timbalier de l’Orchestre National de France. Et ce fut sans doute une découverte pour une majorité du public présent comme de celui qui suivait le concert sur France Musique et/ou sur ArteConcert.

Concert à réécouter/revoir dans son intégralité ici sur francemusique.fr

Le Divertimento de Bartók

C’est dans le chalet de son commanditaire, Paul Sacher, près de Saanen (en Suisse), que Bartókcompose du 1er au 17 août 1939, cette oeuvre au titre paradoxal, qui n’a vraiment rien d’un aimable divertissement qui exprime « l’angoisse de l’auteur confronté à la guerre qui menace ». L’oeuvre est créée le 11 juin 1940 par l’orchestre de chambre de Bâle. Deux mois plus tard le compositeur s’exile aux Etats-Unis où il mourra en 1945 au terme d’un véritable chemin de croix physique et moral.

Il se trouve que c’est l’oeuvre qui m’a fait découvrir et aimer Bartok, lors de l’un des rares concerts auxquels j’ai pu assister, adolescent, à Poitiers (La découverte de la musique)Et à la différence du Concerto pour orchestre ou de la Musique pour cordes, percussions et célesta, elle reste peu programmée au concert.

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C’est donc avec une intense émotion que j’ai entendu ce Divertimento hier soir. Une vision, une version d’anthologie, sous la houlette de la merveilleuse Sarah Nemtanu – qui chantait dans son arbre généalogique – et de François-Xavier Roth restituant idéalement douleur et nostalgie, effroi et espérance, d’une partition si profondément bouleversante

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Au disque, des chefs d’origine hongroise pourtant comme Ormandy ou Solti ont trop gommé les aspérités, les racines populaires du Divertimento. Boulez à Chicago est tellement dans la musique pure qu’il passe à côté de l’oeuvre.

Pour moi, il n’y a guère que deux références, Sandor Vegh (1912-1997) et Antal Dorati (1906-1987).

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Après le concert

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, on a retrouvé, après le concert, une adresse qu’on avait tellement aimée et qu’on avait vu lentement dépérir ces derniers mois – Chaumette rue Gros, rouverte il y a trois semaines sous un autre nom, mais avec le même décor, le même chef, cette cuisine joyeuse et goûteuse, ces vins aimables servis à la ficelle, comme dans la bonne tradition lyonnaise. Des serveurs virevoltant d’une table à l’autre, dans la bonne humeur et l’efficacité. On aura de nouveau plaisir à y revenir…

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Journal d’Ecosse : Édimbourg, trois décès

La loi des séries se vérifie ces jours-ci avec la disparition coup sur coup de trois vétérans, les chefs d’orchestre Raymond Leppard, Hans Zender et du baryton Rolando Panerai.

Que dire des uns et des autres, hors des souvenirs d’antan ?

Le premier coffret des oeuvres pour orchestre de Haendel que je reçus – c’était un « service de presse » adressé au très jeune « animateur » du Conservatoire de Poitiers que j’étais ! – c’était un coffret Philips dont Raymond Leppard était le héraut. J’ai appris les Royal Fireworks, Water Music et autres concerti a due cori avec lui. Il est ensuite passé de mode, tout le monde a oublié Raymond Leppard. Et c’est bien dommage, parce que, comme ses contemporains Colin Davis et Neville Marriner, il n’a pas peu contribué à « rénover » la musique baroque. Grâces lui en soient rendues au moment de son décès !

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Hans Zender (1936-2019), peu l’ont connu de ce côté-ci du Rhin. La rigueur, au risque de la sécheresse, sans la liberté créatrice d’un Michael Gielen, voire d’un Pierre Boulez. Je n’ai jamais été très convaincu par ses « réécritures » des cycles de Lieder de Schubert.

La longévité exceptionnelle du baryton Rolando Panerai(1924-2019) est en soi un exploit. La voix, le timbre, tout en vibrations contenues, rayonnant de mille lumières, restent gravés dans les mémoires.

D’autres feront le bilan discographique de cette voix magnifique. Pour moi, il est le Ford des deux Falstaff de Karajan. À jamais.

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Edimbourgc’est une première fois. Comme l’Ecosse. Et pourtant il y avait si longtemps que je le souhaitais. Les récits de mes amis, ou de ma mère partie découvrir les Highlands au début des années 50 avec son futur, mon père.

IMG_6496(La statue d’Adam Smith à côté de la cathédrale Saint-Gilles)

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IMG_6596Le château et la vieille ville

IMG_6537Le château d’Edimbourg où est née Marie Stuart

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IMG_6598Le palais royal d’Holyroodhouse, la résidence officielle de la reine en Ecosse.

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Séjour professionnel aussi. Ce soir un concert du Scottish Chamber orchestra.

 

Doux zéphyrs

Les gros coffrets de CD semblaient être l’apanage des seules majors. Harmonia Mundi s’y était mis aussi. Voici qu’Alpha, le label amiral du groupe Outhereprend le même pli, et tire une salve magnifique.

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Le 3 octobre dernier, France Musique consacrait toute une journée à l’ensemble Le Poème harmonique fondé il y a vingt ans par Vincent Dumestre.

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On reviendra sur cette belle aventure. On peut déjà dire que Le Poème harmonique et Vincent Dumestre seront des invités de choix du prochain Festival Radio France pour une série de concerts exceptionnels dans les plus beaux lieux d’Occitanie !

Autre proposition passionnante, ce parcours populaire et savant à et dans Naples (voir Sur les traces de Stendhal)

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Last but not least, une formation – Zefiro – don’t j’ai peine à croire qu’elle a été fondée il y a trente ans déjà et dont j’ai suivi, avec gourmandise, le parcours musical et discographique, gorgé de couleurs et de saveurs italiennes, pulpeux, sensuel, comme le jeu de ses trois fondateurs, Alfredo Bernardini, Paolo et Alberto Grazzi.

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Il y a comme un goût de trop peu dans ce parfait coffret de 10 CD.

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Une aubaine ! Un indispensable de toute discothèque !