D comme Danube

Y a-t-il fleuve plus admirable que le Danube ? Au fil des ans, j’ai fini par le parcourir de sa source (Donaueschingen une aimable cité de Forêt Noire bien connue des amateurs de musique contemporaine) à son embouchure, l’immense zone préservée du Delta du Danube.

Je connais le Danube en Allemagne bien sûr, à Vienne évidemment, à Budapest – majestueux – et je l’ai traversé récemment pour passer en Bulgarie (voir De Syldavie en Bordurie)

Je ne vais pas me lancer (pas maintenant en tout cas !) dans un recensement des musiques liées au Danube, elles sont innombrables et aussi diverses que les paysages que traverse le deuxième plus long fleuve d’Europe.

Juste trois raretés pour le plaisir, deux valses et un poème symphonique. De Julius Fucik, la valse des légendes du Danube (Donausagen).

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De Leoš Janáček un poème symphonique tardif (1925) intitulé… Danube

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Et il faut bien un compositeur roumain – Iosif Ivanovici – pour évoquer Les Flots du Danube.

Un mot sur le chef de cette version toute en légèreté et pulsation, Henry Kripsqui est bien le frère de l’autre, Josefmais qui a eu un tout autre destin puisque l’essentiel de sa carrière s’est faite en Australie ! C’est par Henry Krips et son Philharmonia Promenade orchestra – un orchestre de studio voué à la musique dite légère – que j’ai découvert Suppé, Waldteufel, etc.

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On trouve malheureusement très peu de rééditions en CD de ce chef, et il faut se méfier de celles qui sont proposées en téléchargement (notamment le très médiocre label Mastercorp).

Revenons au delta du Danube où j’ai passé toute la journée de ce dimanche, entre petit bateau à moteur, voiture à cheval, balade en forêt et sur des chemins sablonneux.

J’avais un souvenir assez étonnant de mon premier voyage en 1973 (lire le récit détaillé ici : Les grenouilles du delta). Lorsque je suis revenu en 2003 je n’ai pas refait l’excursion. C’était donc, quarante-quatre ans après, un retour aux sources, mais cette fois en grand et en large, presque onze heures passées dans le delta, à observer des centaines d’oiseaux – les pélicans qu’on avait vus si nombreux il y a quatorze ans se faisaient discrets -, à essayer d’apercevoir les chevaux sauvages de Letea, que la chaleur et l’afflux de touristes ont semble-t-il dissuadés de se montrer…

Toutes les photos de cette journée extraordinaire à voir ici : Le delta du Danube

 

La découverte de la musique (IV) : l’été 73 suite

Après Munich, Salzbourg, Vienne, Budapest (L’été 73), la Roumanie final destination de mon périple estival. On peut encore circuler librement dans le pays dirigé par le sinistre « génie des Carpathes » Nicolae Ceaușescu, moyennant l’obligation de se signaler à la police locale à chacune de nos étapes. L’année suivante les voyages individuels seront interdits. Partout où s’arrête notre Peugeot flanquée de son F (qui nous sera finalement volé), c’est la sensation. Paris, la France, c’est quelque chose pour un peuple si voisin par la langue et la culture… et l’admiration pour le général de Gaulle !

Première étape en Transylvanie dans le village de Blaj près de la petite ville d’Alba Iulia. Mon cousin et moi sommes reçus comme des rois dans la famille de Florin N. au point d’en être embarrassés, mon « correspondant » devenu mon ami – il l’est toujours quarante-trois ans après ! – s’empresse de nous faire visiter les environs, sur les traces de quelque colonie romaine. Beaucoup de Roumains parlent français comme une deuxième langue maternelle (lorsque j’y retournerai trente ans plus tard, il ne subsistera plus beaucoup de signes de cette francophonie/philie). La ville universitaire la plus proche est Cluj Napoca

La grande Julia Varady n’y a pas encore fait ses débuts (en 1982), et je ne suis pas alors très versé dans l’opéra. Mais je me rattraperai dans l’admiration quinze ans plus tard (Carnegie Hall)

Après Alba Iulia et Cluj, direction le nord du pays, la Bucovine, la Moldavie roumaine et ses fabuleux paysages sylvestres, ses fermes anciennes, ses églises en bois ou couvertes de fresques. Nous dormons dans un couvent de bonnes soeurs à Sucevița (prononcer Sou-ché-vi-tsa). Avant de partir, j’ai dévoré les livres de Virgil Gheorghiu.

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Après un passage à Iași (une des villes jumelées à Poitiers (Initiation), nous arrivons sur les rives du delta du Danube, non sans encombres. La carte routière  est loin d’être précise : une route qu’on croit goudronnée débouche brusquement sur un chemin à peine carrossable, là où un pont est indiqué, on tombe sur un bac qui ne fonctionne plus la nuit tombée (on en sera quittes pour dormir dans la voiture). On a lu dans un guide qu’on pouvait faire une excursion dans le delta du Danube, en compagnie d’un pêcheur de… grenouilles. On passera quatre longues heures silencieuses dans une barque au milieu de nulle part, à compter les batraciens qui se laissent appâter par les morceaux de carotte que leur tend notre pêcheur. La récompense sera à la hauteur : je ne mangerai plus jamais ensuite d’aussi succulentes et copieuses cuisses de grenouille que celles que nous fera déguster la femme de notre batelier.

Nous avons installé notre tente dans un camping proche de la station balnéaire de Mamaia, et un soir, je ne sais plus comment ni pourquoi, j’y retrouve un autre cousin suisse celui-là (j’en ai de nombreux du côté de ma famille maternelle !), nous dînons sur la plage, à quelques tables d’une immense célébrité nationale que je n’oserai aller saluer même si je l’admire beaucoup, le virtuose de la flûte de Pan Gheorghe Zamfir.

L’un de ses tubes est une mélodie populaire L’alouette (Ciocîrlia), qu’Enesco a reprise telle quelle dans sa célèbre Rhapsodie roumaine n°1

L’étape suivante est Bucarest qui n’a pas encore été défigurée par la folie des grandeurs de Ceaucescu. Cette fois nous sommes accueillis par des amis de la famille de mon cousin. Le père est, semble-t-il, proche de la nomenklatura, et reçoit avec un faste culinaire plutôt inhabituel. Sa fille ne me laisse pas indifférent, je lui conte fleurette, sans parvenir à échapper à la vigilance paternelle. Les photos que je verrai d’A. une dizaine d’années plus tard me confirmeront que les attraits de la jeunesse ne sont pas éternels… À Bucarest, on ne visite pas le palais Cantacuzène, on fait quelques photos devant l’Athénée roumain, mais pas de concert !

La route du retour empruntera les routes sinueuses des Carpathes, où nous ferons halte dans la maison de vacances d’Enesco, comme je l’ai déjà raconté (Chez Enesco à Sinaia)

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La dernière nuit passée en Roumanie, dans un vaste camping dont nous étions les seuls hôtes, est associée à un autre souvenir musical. France Inter qu’on captait (on appelait cela alors les « grandes ondes ») diffusait ce soir-là Carmen de Bizet dans la version de Maria Callas et Georges Prêtre. Je ne comprenais pas grand chose à ce que chantait la diva grecque, je me suis longtemps demandé ce qu’étaient les « deux Mansanilla » et ce que voulait dire « je l’ai mis à la portière » (avant que je ne découvre le livret en achetant la version Solti en 1977 : « du Manzanilla » et « je l’ai mis à la porte hier » !!)