L’opéra parfait

Le plus souvent vu

Bonne idée, l’Orchestre de chambre de Paris avait choisi de sortir des sentiers de rentrée trop battus, en ouvrant sa saison avec une représentation de Don Giovanni de Mozart. C’était jeudi soir au Théâtre des Champs-Elysées.

Je n’ai pas fait le compte, mais je crois que Don Giovanni est l’opéra que j’ai vu le plus souvent, depuis que j’ai commencé à fréquenter, un peu, les scènes lyriques. Premier grand et fort souvenir, le Don Giovanni du bicentenaire (de la mort de Mozart) au Grand Théâtre de Genève, raconté ici : Don Juan.

« J’ai vu assez souvent Thomas Hampson sur scène, mais je conserve un souvenir tout particulier d’un Don Giovanni, donné en 1991 – bicentenaire de la mort de Wolfgang oblige – au Grand Théâtre de Genève, dans la mise en scène éblouissante du grand Matthias Langhoff, sous la baguette de mon cher Armin Jordan, avec une équipe comme savait les constituer le patron de la scène genevoise de l’époque, Hugues Gall : aux côtés de Thomas Hampson, prestance physique et vocale idéale pour Don Juan, Marylin Mims (Donna Anna), Gregory Kunde (Don Ottavio), Nancy Gustafson (Donna Elvira), Willard White (Leporello), Francois Harismendy (Masetto), Della Jones (Zerlina), Carsten Harboe Stabell (le Commandeur), et bien sûr l’Orchestre de la Suisse Romande »

Et puis, j’en oublie certainement, il y eut 1998 l’inauguration de l’ère Lissner à Aix-en-Provence avec Peter Mattei mis en scène par Peter Brook et la direction confiée en alternance à Claudio Abbado et Daniel Harding (21 ans !).

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Il y eut l’été 2002 à Glyndebourne : Louis Langrée me donna à entendre ce soir-là une version, une vision, une incarnation – plus qu’une interprétation – comme je ne l’ai plus jamais entendue depuis, même sous baguette. C’est simple, à part le grand cheval mort qui obstruait la scène, je n’ai pas retenu grand chose de la mise en scène de Graham Vick, je n’ai pas non plus retenu le détail d’une distribution inégale, mais j’ai compris, grâce à Louis Langrée, pourquoi  Don Giovanni est une oeuvre parfaite (toujours citée d’ailleurs dans les 10 opéras les plus marquants de l’histoire de la musique).

L’opéra parfait

Dans tous les autres ouvrages de Mozart, les Noces, Cosi, la Flûte, on peut trouver quelques longueurs, ou des conventions de théâtre qui diluent le propos. Pas dans Don Giovanni ! Il y a comme un concentré du génie dramatique et mélodique de Mozart, rien de trop, une « urgence » (mon Dieu, que je déteste ce mot, mais je n’en trouve pas d’équivalent ici), des scènes, des airs, des ensembles qui s’enchaînent, quintessence du dramma giocosoà un rythme qui ne laisse aucun répit ni au spectateur ni aux interprètes.

A Glyndebourne, The Guardian (lire l’article de Tim Ashley) écrivait : « Louis Langrée conducts with a combination of driven intensity and heady languor ». Une combinaison d’intensité passionnée et de langueur enivrante. Tout est dit.

En 2010 à Aix-en-Provence, Louis Langrée renouvelle presque l’exploit, musicalement, mais le moins qu’on puisse dire est que les tripatouillages de Dmitri Tcherniakov n’ont pas convaincu. Gilles Macassar dans Télérama ne contient pas sa rage à l’encontre du metteur en scène russe (Un Don Giovanni navrant par Monsieur Sans-Gêne

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Puis j’ai vu à la télévision le Don Giovanni de Michael Haneke.

Dalla sua pace

Je laisse à d’autres le soin de faire la critique du concert de jeudi, une version semi-scénique donnée cet été au Festival de Garsington (une sorte de petit frère, créé en 1989, du festival de Glyndebourne).

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Je ne connaissais a priori aucun des chanteurs :

Jonathan McGovern Don Giovanni
David Ireland Leporello
Camila Titinger Donna Anna
Sky Ingram Donna Elvira
Trystan Llŷr Griffiths Don Ottavio
Mireille Asselin Zerlina
Paul Whelan Le Commandeur
Thomas Faulkner Masetto

Un cast inégal et pas toujours convaincant.

Au début de ce papier, j’évoquais Thomas Hampson qui était, par la taille, l’allure, la séduction de ses traits, un Don Giovanni idéal. On a un peu de mal à imaginer que celui qui chantait le rôle hier tombe toutes ses conquêtes grâce à un physique avantageux ou un organe vocal remarquable… Leporello ressemble à un pilier de pub, le Commandeur n’est pas très effrayant, Masetto donne le change, tandis que les trois femmes, à défaut de belles voix (une Elvira un peu ingrate) incarnent aussi justement qu’il est possible leurs rôles. On garde le meilleur pour la fin, le jeune ténor gallois Trystan Llyr Griffiths

France Musique l’avait déjà repéré l’an dernier. Il a à peu près tout pour lui ! Et comme Mozart a eu la bonne idée de confier deux de ses plus beaux airs de ténor à l’Ottavio de son Don Giovanni – Dalla sua pace et Il mio tesoro intanto – Trystan Llyr Griffiths m’a mené plus d’une fois au bord des larmes… Ah cette reprise sur les cîmes du souffle du thèmé de Dalla sua pace ! Instant d’éternité.

La dernière fois – c’était en concert en 2006 à Liège – qu’un chanteur m’avait à ce point ému et ébloui dans ces airs, c’était Kenneth Tarver

J’ai eu envie de revenir ce week-end à un grand classique du disque, à une version qui tient toujours son rang de référence :

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Dictionnaire amoureux

On connaît cette collection déjà très fournie de pavés publiés par Plon, une vénérable maison d’édition naguère installée rue Garancière à Paris, à quelques mètres du Sénat et que j’ai un temps fréquentée pour préparer la sortie d’un ouvrage fondamental (!!) auquel j’avais contribué comme assistant parlementaire – je n’ai pas dit nègre ! – de l’auteur.

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La collection Dictionnaire amoureux (lancée en 2000) n’existait pas encore à l’époque…

L’idée qui a présidé à cette collection a donné quelques pépites.. et quelques ratés, la célébrité des auteurs n’étant pas toujours une garantie de qualité littéraire ou scientifique.

Ainsi le tout dernier paru m’enchante, d’abord par une qualité d’écriture qui transparaissait déjà dans ses précédents ouvrages, ensuite par la précision d’anecdotes et de souvenirs vécus au plus près de l’événement. Qui mieux que l’ancien tout-puissant Délégué général puis président Gilles Jacob pourrait nous faire aimer le festival de Cannes ?

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« Il y a les films, les évènements, les palmarès. Il y a l’air du temps.
Les stars que j’ai aimées et dont je tire le portrait – personnel, artistique, réel, rêvé.
Il y a les metteurs en scène venus de partout, et qui me sont proches. Les pays, les
écoles, les genres. La presse. Les photos.
Les jurys, les discussions, les rires. Les pleurs aussi.
Il y a la palme d’or.
Il y a les fêtes, les surprises, les polémiques, les excentricités.
Il y a les festivaliers, tout ce monde mystérieux du cinéma que le public envie et
auquel chacun voudrait appartenir.
Ce dictionnaire amoureux conte le roman vrai du plus grand festival de cinéma au
monde, et en révèle quelques secrets.
Tour à tour historien, romancier, diariste, commentateur, j’ai souhaité témoigner de
ces moments tragi-comiques qui forment la folle aventure du Festival.
J’aimerais que le lecteur se coule dans l’esprit d’un sélectionneur, d’un juré, d’un
critique, d’un cinéaste, et suive en coulisses le spectacle inouï de ces années éblouissantes. » (Gilles Jacob)

En revanche, on peut se demander qui a eu l’idée de confier un Dictionnaire amoureux de Mozart à une auteure qui, certes, a réussi à laisser accroire qu’elle était une spécialiste de musique classique, mais dont la compétence et la rigueur scientifique restent à démontrer. Une chose est de raconter des histoires dans le poste, une autre est de ne pas écrire n’importe quoi, formules à l’emporte-pièce, clichés en abondance, sur un compositeur qui a déjà été largement – et excellemment – vulgarisé.

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Parmi les « dictionnaires » de ma bibliothèque, je voudrais en citer beaucoup, auxquels je reviens souvent. Ceux qui connaissent mon amour des langues ne seront pas surpris que je cite celui-ci :

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Personne n’est indifférent aux langues humaines, dont l’apparition, aux aurores de notre espèce, est ce qui a permis à ses membres de nouer des relations sociales qu’aucune autre espèce animale ne connaît. Ceux et celles qui n’aiment pas les langues, parce que la difficulté d’apprendre certaines d’entre elles les rebute, trouveront dans ce Dictionnaire, sinon des raisons de les aimer, du moins assez de matière pour rester étonnés devant tout ce que les langues nous permettent de faire, de dire, et de comprendre sur notre nature. Partout apparaît avec éclat l’ingéniosité infinie des populations humaines, confrontées au défi de dire le monde avec des moyens très limités.
 » Comme tout dictionnaire, celui-ci ne requiert pas de lecture d’un bout à l’autre : il est inspiré par l’amour des langues, qui est peut-être un des aspects de l’amour des gens. « (Claude Hagège)

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Le titre du « dictionnaire » d’André Tubeuf peut être trompeur pour qui n’est pas familier du style, du personnage, de l’érudition de l’auteur. Qui explique lui-même ce qu’il a entendu fixer dans ce Dictionnaire :

Cet ouvrage est le livre d’une vie. Une vie d’écoute et donc de passion. D’aussi loin que je me souvienne, la musique fut pour moi comme une évidence. Du coté de ma mère, tout le monde avait chanté, joué du piano, été à l’opéra. Du coté de mon père, il y avait eu deux très bons professionnels. Enfin, les Sœurs m’ont fait un don, entre tous inestimable : elles m’ont appris à poser ma voix sur mon oreille. L’enfant solitaire que j’ai été n’a pas eu de mal à apprendre du Chérubin de Mozart et, quand on n’a personne pour qui chanter (ou même à qui parler), eh bien, on chante aux brises. Enseignant je fus, ce qui oblige à mieux savoir ce qu’on sait et mieux aimer ce qu’on aime.
Rassure-toi donc, lecteur : de Glyndebourne à Salzbourg, de Bach à Dutilleux, tu trouveras ici tout ce qu’il faut pour te plaire tant le vagabondage de l’auteur est insatiable.

 

Le Suisse d’honneur

Il faut bien qu’au moins une fois par an le calendrier me rappelle que je suis aussi citoyen helvète. C’est en effet le 1er août qu’est célébrée la Fête nationale de la Confédération helvétique, ce tout petit pays qu’est la Suisse, qui résulte d’une construction démocratique exemplaire. Salut à mes nombreux cousins, cousines, membres de ma famille maternelle, avec qui le lien est maintenu grâce à ce blog !

Hasard ou choix ? C’est en tout cas à la veille de cette fête nationale qu’a été annoncée la grande nouvelle de la nomination à Vienne du plus célèbre chef suisse du moment, Philippe Jordan

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Philippe Jordan dirigera l’Opéra de Vienne

Extrait de l’article du Figaro : 

« Pianiste de formation, Philippe Jordan fait ses armes en tant que répétiteur à l’opéra de la petite ville d’Ulm, en Allemagne. Dans l’ombre, le jeune musicien apprend à diriger. En 1998, le chef d’orchestre de nationalités argentine et israélienne, Daniel Barenboïm, cherche un assistant à Berlin et lui confie la direction de son spectacle.

Le jeune apprenti devient un maître. S’offrent à lui des postes de prestige. De 2001 à 2004, il est directeur musical de l’Opéra de Graz et de l’orchestre Philharmonique de Graz, puis de 2006 à 2010, il est le principal chef invité à la Staatsoper Unter den Linden Berlin. Entre-temps, la consécration: en 2009, Philippe Jordan prend en charge la direction musicale de l’Opéra national de Paris. Cinq ans plus tard, il est nommé chef de l’Orchestre symphonique de Vienne en 2014. À nouveau, l’Autriche lui tend les bras.

Le musicien tient la baguette dans les plus grands opéras et festivals du monde. Pour ne nommer que les plus prestigieux: le Metropolitan Opera de New York, la Scala de Milan, le Royal Opera House de Londres, le Festival de Salzbourg, celui d’Aix-en-Provence. »

Heureusement, Philippe reste à l’Opéra de Paris jusqu’à la fin de son contrat en 2021.

Je ne suis pas objectif, évoquant le fils d’Armin Jordan (Emmanuel Pahud me rappelait, l’autre soir, que c’est à Liège, en mai 2006, qu’il avait joué pour la dernière fois avec le grand chef suisse quelques semaines avant sa disparition).

Tant de souvenirs personnels et musicaux me rattachent à Philippe Jordan. La première fois que je l’ai vu, c’était encore un à peine adolescent, au Victoria Hall à Genève, où il assistait à un concert de son père. Pourtant, les activités du père laissaient peu de place à la vie de famille, et Philippe a fait seul son chemin de musicien, sans renier l’influence, mais sans rester dans l’ombre paternelle. Je tiens d’Armin ce souvenir : Quelques semaines avant de rejoindre Aix, où il dirigeait pratiquement chaque année (comme je l’ai raconté après la disparition de Jeffrey Tate), il s’enquiert auprès de Philippe, qui vient de fêter ses 19 ans, de ce qu’il a prévu pour l’été à venir… Philippe lui répond : Je serai aussi à Aix-en-Provence, j’ai été engagé comme assistant de Jeffrey Tate » !

Depuis lors, le parcours du jeune homme n’a cessé d’être exemplaire. Un parcours « à l’ancienne », comme ses illustres aînés, comme son père, il a fait ses classes, sans brûler les étapes. Souvenir des pelouses de Glyndebourne en 2002, où je m’étais rendu pour un Don Giovanni décapant dirigé par Louis Langréed’un pic-nic partagé avec le chef suisse qui, lui, dirigeait sa première Carmen.

L’année suivante, Philippe Jordan vient diriger à Liège et à St Vith un programme original, une sérénade pour vents de Mozart (la K.388), la sérénade pour cor et ténor de Britten avec le ténor Patrick Raftery et le cor solo de l’OPRL Nico de Marchi, et la 3ème symphonie « Rhénane » de Schumann. Je n’aurai plus d’autre occasion de le réinviter à Liège, tant l’agenda du nouveau directeur de l’opéra de Graz se remplit, et les engagements internationaux du jeune chef explosent.

En 2009, à 35 ans, il est nommé directeur musical de l’Opéra de Paris. On sait ce qu’il est advenu de cette aventure artistique à haut risque, une relation d’une intensité, d’une exigence et d’une confiance exemplaires entre un chef qui sait ce qu’il veut et où il va et un orchestre composé de brillantes individualités qui n’était pas toujours réputé pour sa discipline.

Lorsque Philippe Jordan achèvera son mandat, en 2021, à la tête de l’opéra de Paris, on pourra sans risque inscrire son « règne » en lettres d’or dans l’histoire du vaisseau amiral de l’art lyrique français. Et lui dire notre infinie gratitude. Pour tant de soirées d’exception (comme ces Gurre-Lieder de Schoenberg à la Philharmonie), d’ouvrages lyriques où il nous a fait redécouvrir un orchestre débarrassé de l’empois d’une certaine tradition (que n’a-t-on lu sous la plume de certains spécialistes auto-proclamés : Philippe Jordan « manquait ditalianita » dans Verdi ou Puccini, ou « dirigeait Wagner comme du Debussy » et inversement !).

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Les arbitres des (in)élégances

Je me rappelle l’admiration que j’éprouvais jadis pour des critiques musicaux qui me semblaient exprimer idéalement ce qu’ils avaient entendu, ressenti, observé au concert ou à l’opéra. Jacques Lonchampt était l’un d’eux, pilier du journal Le Monde de 1961 à 1990.

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D’un autre, à Genève, j’étais plus proche – je l’ai revu récemment, tel que l’âge ne l’a pas changé ! – j’avais coutume de lui dire : « Quand j’ai assisté au même concert que toi, je lis dans ton papier tout ce que j’ai ressenti – évidemment mieux écrit que je n’aurais su le faire – quand je n’y ai pas assisté, il me suffit de te lire pour savoir ce que j’ai manqué (ou pas !) ».

Pourquoi ce préambule, avant de parler du Cosi fan tutte que j’ai vu hier soir à Aix-en-Provence ? Parce  que je n’ai jamais lu, sous la plume de ces critiques, de formules à l’emporte-pièce, de jugements péremptoires, de facilités dans l’air du temps. Aujourd’hui n’importe qui, sur les réseaux sociaux, sur son blog (!), sur des sites dédiés, peut se déclarer critique musical, émettre avis et jugements, sans craindre l’autorité d’un rédacteur en chef ni suivre une ligne éditoriale. Il y a heureusement le bon grain et l’ivraie, et quelques vrais talents.

Je me suis toujours senti incapable, sauf dans des domaines ou des répertoires que je pense à peu près connaître, de porter un jugement définitif sur ce que j’ai vu ou entendu, notamment à l’opéra. Réaction primaire sans doute, j’aime ou j’aime pas, j’ai été porté, transporté par ce que j’ai vu, ou je me suis ennuyé ferme.

Tenez, par exemple, ce Cosi aixois dirigé par Louis Langrée, mis en scène par le cinéaste Christophe Honoré. J’ai à peu près tout lu, et sans nuance, sur cette mise en scène. On est prié de détester, de rejeter ou d’accepter en bloc, selon les censeurs patentés. Moi je n’ai pas été gêné par les partis-pris d’Honoré, il privilégie la violence des rapports humains, la veulerie des sentiments et des attirances, et en tout cas ne déforme pas l’ouvrage de Mozart et da Ponte. J’avais été beaucoup plus réservé sur la mise en scène du même Cosi  à Aix par Patrice Chéreau en 2005, l’intéressé avait lui-même reconnu son échec.

Je ne sais pas si le spectacle a été « sauvé » (de quoi?) par Louis Langrée.  Le chef français n’a plus à prouver qu’il est chez lui dans Mozart – je me rappelle ma toute première visite à Glyndebourne à l’été 2000, un Cosi fan tutte dirigé par lui révélant à chaque instant les complexités et les grandeurs d’un opéra jadis découvert dans l’austère version Böhm/Schwarzkopf/Ludwig (EMI). Même si la distribution d’Aix 2016 n’est pas d’un niveau exceptionnel, les ensembles , si nombreux dans cet ouvrage, fonctionnent admirablement grâce à l’alchimie créée par Louis Langrée avec l’aide ô combien précieuse du Freiburger Barockorchester. Oserai-je avouer, quitte à encourir les foudres de ceux qui savent, que ça me va très bien quand la fosse et le plateau me contentent et que la scène n’obstrue pas la musique ?

On peut revoir ici ce Cosi fan tutte Aix 2016. Et se faire sa propre opinion sur tous les éléments de cette production. Lire aussi le papier de Raphael de Gubernatis dans L’Obs

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COSI FAN TUTTE, Wolfgang Amadeus Mozart, Direction musicale Louis Langree, Mise en scene Christophe Honore, Decors Alban Ho Van, Costumes Thibault Vancraenenbroeck, Lumiere Dominique Bruguiere, ChÏur Cape Town Opera Chorus, Orchestre Freiburger Barockorchester du 30 juin au 19 juillet 2016 au Theatre de l’archeveche. Avec : Lenneke Ruiten (Fiordiligi), Kate Lindsey (Dorabella), Sandrine Piau (Despina), Joel Prieto (Ferrando), Nahuel di Pierro (Guglielmo), Rod Gilfry (Don Alfonso) (photo by Pascal Victor/ArtComArt)

 

 

 

 

 

 

Les moutons du Sussex sont en deuil

Reçu hier un long message, que je m’autorise à reproduire pour l’essentiel :

« Sir George Christie est mort il y a trois jours. Tristesse…L’avais-tu rencontré à Glyndebourne ? Très grand monsieur ! La nouvelle est passée presque inaperçue en France… à part une dépêche sur France-Musique recopiant le blog de Norman Lebrecht. Je suis sûr que, dans cent ans, l’oeuvre de George sera regardée et jugée comme beaucoup plus importante et déterminante que celle de feu Gérard Mortier. Il a fait débuter tant de chanteurs, metteurs en scène et chefs dans son théâtre quand il a pris les rênes de son opéra : Joan Sutherland, Felicity Lott, Simon Rattle, Luciano Pavarotti, Janet Baker, etc. C’est là qu’il permit aux Peter Sellars, Hanish Kapoor, Deborah Warner, David Hockney de s’exprimer pleinement, sans céder à la mode de qui/quoi que ce soit ! Il a construit son nouveau théâtre sans un centime d’argent public ! Il a créé les tournées de Glyndebourne, où nous avons tous eu notre chance, et son soutien permanent ! Il a grandi avec Fritz Busch, Rudolf Bing, travaillé avec Kathleen Ferrier, Benjamin Britten, Ernest Ansermet, Rafael Kubelik, Georg Solti (très mauvais souvenir)…

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Il était fidèle en amitié, voyageait sans cesse, écoutait, conseillait qui le voulait, ouvrait sa maison à tous ceux qu’il aimait ! Un grand seigneur des arts est parti… Tristesse… »

Celui qui m’écrit ces lignes ajoute des souvenirs plus personnels, qui resteront… personnels !

C’est le père de George, John Christie, qui avait fondé Glyndebourne et sa légende en 1934, c’est le fils de George, Gus, que j’ai rencontré souvent, qui est aujourd’hui l’âme de ce festival unique au monde, dans la campagne du Sussex, à quelques miles de Lewis et Brighton.

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(Gus et George Christie devant la maison familiale de Glyndebourne)

ImageImage(http://en.wikipedia.org/wiki/Glyndebourne_Festival_Opera)