José Van Dam (1940-2026)

On apprend aujourd’hui la disparition, le 17 février, d’un géant du chant José Van Dam.

L’ami Nicolas Blanmont lui consacre, sur le site de la RTBF, un article extrêmement complet et documenté auquel je ne peux que renvoyer, puisque tout y est dit, de la formation, de la carrière incroyable de José Van Dam et de sa place éminente dans le club très fermé des plus grands chanteurs du XXe siècle.

Le simple examen de ses rôles à l’opéra, sous les baguettes les plus fameuses, le relevé de sa discographie, donnent le vertige. Je me rappelle ces Grands entretiens réalisés par France Musique en 2019 avec le grand baryton belge et, par exemple, ce qu’il disait de sa longue collaboration avec Karajan : « Il était rigoureux, exigeant… C’est le ‘grand’ chef avec lequel j’ai eu le plus de plaisir à chanter. »

Dans ma mémoire, se mêlent des souvenirs – finalement pas si fréquents – de José Van Dam sur scène .Deux, très forts, me reviennent à l’instant d’écrire ces lignes.

Don Carlos au Châtelet

A l’opéra, il y a assez peu de spectacles dont je puisse dire qu’ils approchent la perfection; Ce Don Carlos de 1996 en faisait partie.

Pelléas et Melisande à Genève

« En février 2000, c’est à Genève, au Grand Théâtre (puis au Victoria Hall) que je retrouve Langrée. Il dirige son premier Pelléas, avec une équipe de rêve, une Mélisande de 20 ans, Alexia Cousin, Simon Keenlyside, José van Dam, Patrice Caurier et Moshé Leiser à la manœuvre » (Lire Portrait d’ami).

Jamais un Golaud ne m’a bouleversé à ce point. José Van Dam est pour toujours « mon » Golaud.

Et cette présence si remarquable, ce timbre, cette diction uniques, on les retrouve à leur acmé dans tant d’enregistrements que je vais redécouvrir dans une discothèque proprement vertigineuse !

Bach : Magnificat / Messe en si (Corboz) Erato

Beethoven : Fidelio (Karajan) EMI / Missa solemnis (Karajan) DG

Beethoven : 9e symphonie (Karajan x 2) DG

Berg : Wozzeck (Levine) Met

Berlioz : L’enfance du Christ (Gardiner) Erato

Berlioz : La damnation de Faust (Levine) Munich / (Nagano) EMI

Berlioz : Roméo et Juliette (Ozawa) DG

Bizet : Carmen (Karajan) DG / (Solti) Decca

Bizet : La jolie fille de Perth (Plasson) EMI

Brahms : Un requiem allemand (Karajan) DG-EMI

Bruckner : Te Deum (Karajan) DG

Debussy : Pelleas et Mélisande (Abbado) DG / (Karajan) EMI / (Levine) Met

Debussy : Rodrigue et Chimène (Nagano) EMI

Delibes : Lakmé (Plasson) EMI

Duruflé : Requiem (Corboz) Erato

Enesco : Oedipe (Plasson) EMI

Fauré : Pénélope (Dutoit) EMI

Fauré : Requiem (Plasson) EMI

Gluck : Iphigenie en Aulide (Gardiner) Decca

Gluck : Iphigenie en Tauride (Gardiner) Erato

Gounod : Faust (Plasson) EMI

Gounod : Mireille (Plasson) EMI

Gounod : Mors et vita (Plasson) EMI

Gounod : Roméo et Juliette (Plasson) EMI

Hahn : Ciboulette (Diederich) EMI

Haydn : Die Schöpfung (Karajan) DG

Ibert : Don Quichotte (Nagano) EMI

Magnard : Guercoeur (Plasson) EMI

Mahler : Symphonie n°8 (Bernstein) DG

Martin : Monologues de Jedermann (Nagano) Erato

Massenet : Hérodiade (Plasson) EMI

Massenet : Manon (Pappano (EMI)

Mozart: Cosi fan tutte (Muti) EMI

Mozart : la Flûte enchantée (Karajan) DG / (Levine) Sony / (Marriner) Philips

Mozart : Don Giovanni (Maazel) Sony /

Mozart : Les noces de Figaro (Karajan) DG

Mozart : Requiem (Karajan) DG

Offenbach : Les contes d’Hoffmann (Nagano) EMI/ (Cambreling) EMI

Poulenc / Chansons gaillardes (Collard) EMI

Puccini / Gianni Schicchi (Pappano) EMI

Ravel : Don Quichotte à Dulcinée , Mélodies populaires grecques (Boulez) Sony

Ravel : L’enfant et les sortilèges (Rattle) EMI

Ravel : L’heure espagnole (Maazel) DG

Roussel : Evocations, Padmâvâti (Plasson) EMI

Saint-Saëns : Mélodies (Collard) EMI

Richard Strauss : Die Frau ohne Schatten (Solti) Decca

Richard Strauss : Salomé (Karajan) EMI

Verdi : Aida (Karajan) EMI

Verdi : Don Carlo (Karajan) EMI

Verdi: Don Carlos (Pappano) EMI

Verdi : Falstaff (Solti) Decca

Verdi : Otello (Karajan) EMI

Verdi : Requiem (Karajan) DG / (Solti) RCA

Verdi : Simon Boccanegra (Abbado) DG

Verdi : Un bal masqué (Barbirolli) EMI

Wagner : Le Vaisseau fantôme (Karajan) EMI

Wagner : Les Maîtres Chanteurs (Solti) Decca

Wagner : Parsifal (Karajan) DG

Cette discographie est loin d’être exhaustive !

Il y a quelques années Erato avait publié un magnifique coffret de 10 CD dans la série Autograph

C’est à l’évidence l’un des portraits les plus fidèles de l’art et de la carrière du baryton disparu, avec plusieurs raretés, notamment les magnifiques Monologues de Jedermann de Frank Martin, de larges extraits des deux enregistrements de Salomé auxquels José Van Dam a participé, celui très célèbre de Karajan, et l’autre beaucoup moins de Kent Nagano à l’opéra de Lyon.. dans la version française de l’opéra de Richard Strauss. De la même manière José Van Dam est magnifique dans le Don Carlo (Karajan) comme dans le Don Carlos de Verdi (Pappano). Un joli bouquet de mélodies de Saint-Saëns, Ravel, Poulenc, Ropartz et Berlioz (Les nuits d’été notamment avec Jean-Philippe Collard)

J »évoquerai certainement sur mes prochaines brèves de blog les hommages qui viendront en nombre saluer José Van Dam.

Karajan Live

J’ai hésité avant de commander d’abord ce coffret qui couvre la période 1971-1979, puis le précédent – 1953-1969 -. Le prix fait réfléchir (puisque j’achète tous mes disques !) mais le travail éditorial et l’objet même sont remarquables.

Tout semble avoir été déjà dit, écrit sur le chef d’orchestre salzbourgeois : Karajan est né dans la ville natale de Mozart le 5 avril 1908 et mort dans sa maison d’Anif, à 8 km de Salzbourg le 16 juillet 1989. Ici même les occurrences ne manquent pas : lire Mon Karajan

Alors pourquoi revenir à Karajan et à ces captations de concert ? D’abord en raison de quelques raretés, pas toujours indispensables, mais surtout parce qu’une fois de plus le concert, le « live » révèlent l’artiste tel qu’en lui-même le studio, trop léché, trop poli – surtout à cette période-là – le corsètent.

Avant ces coffrets réalisés à l’initiative et sous le contrôle des Berliner Philharmoniker eux-mêmes, on avait déjà les documents d’archives mis au jour par Yves St.Laurent (lire La collection St Laurent : les bons plans)

CD 1 25/09/1971

>Vivaldi, sinfonia « al san sepolcro »/ Sibelius concerto violon – Christian Ferras / Stravinsky Le sacre du printemps

CD 2 12/02/1972

>Mendelssohn symph 3 / Debussy prélude à l’après-midi d’un faune / Ravel Daphnis suite 2

CD 3 31/12/1972

>Bruckner symph 5

CD 4 8/09/73

>Mozart symph 41 / Tchaikovski symph 5

CD 5 17/02/74

>Schubert symph 8 / Penderecki capriccio violon – Leon Spierer / Moussorgski Les tableaux d’une exposition

CD 6 25/09/74

>Mozart concerto piano 23 – Jean-Bernard Pommier / Schoenberg Pelleas und Melisande. *

CD 7 8/12/74

>Bartok musique cordes / Dvorak symph 9

CD 8 20/05/75

>Berg suite lyrique / Bruckner symph 4

CD 9 25/09/75

>Richard Strauss Métamorphoses / Also sprach Zarathustra

CD 10 16/10/76

>Mozart symph conc vents – Karl Steins, Karl Leister, Gerd Seifert, Manfred Braun / Sibelius symph 5, Finlandia

CD 11 12/12/76

>Bruckner symph 5

CD 12 31/12/76

>Mozart symph 41 / Richard Strauss Ein Heldenleben

CD 13 25/06/77

>Wimberger Plays für 12 Solo-Violoncelli, Bläser und Schlagzeug / Berlioz symph fantastique

CD 14 25/09/77

>Thärichen Batrachomyomachia / Stravinsky Le sacre du printemps

CD 15 21/10/77

>Brahms double concerto – Thomas Brandis, Ottomar Borwitzky / Brahms symph 2

CD 16 04/01/78

>Mahler Das Lied von der Erde – Agnes Baltsa, Hermann Winkler

CD 17/01/78

>Sibelius symph 4. / Beethoven symph 7

CD 18 4/01/79

>Bach conc brandebourgeois 3 / Berg pièces op 6 / Dvorak symph 8

CD 19 27/01/79

>Webern pièces op 5 / Schumann symph 4 / Tchaikovski conc piano 1 – Mark Zeltser

CD 20 25/11/79

>Bach conc brandebourgeois 1 / Beethoven symph 3

*J’ai raconté le souvenir très particulier que j’ai gardé du concert que donnaient Karajan et ses Berliner à Lucerne, trois semaines avant ce concert, le 31 août 1974, avec au programme ce Pelleas de Schoenberg (L’été 74).

Les surprises d’un coffret

Les textes et les photos qui font une grande partie de la valeur de ce coffret – en allemand et en anglais seulement ! – dressent des portraits contrastés du chef, surtout lors de cette décennie 70 où la recherche du beau son va sembler l’emporter sur les considérations purement musicales. On sort en réalité des clichés, des postures, par le témoignage de musiciens, de preneurs de son, de collaborateurs qui n’étaient pas, n’ont jamais été de simples faire-valoir. Mais on admire ce qui a fait la légende Karajan – et que m’avait rapporté jadis l’un de ses rares « élèves », le chef allemand Günther Herbig, invité plusieurs fois à Liège – la fabrication, la construction d’une interprétation, avant même la recherche du son d’ensemble. Tous les documents – rares jusqu’à maintenant – qui montrent Karajan en répétition l’attestent.

On comparera donc avec intérêt les doublons qui figurent dans ce coffret (‘Le Sacre du printemps, la 5e de Bruckner, la 41e de Mozart), on ne s’attardera pas longtemps sur les rares « créations » – on imagine bien pourquoi Karajan dirige une oeuvre de Werner Thärichen, l’indéboulonnable timbalier et surtout délégué des musiciens des Berliner (!) – mais on relèvera un art consommé de la programmation. On a sans doute choisi les concerts les plus originaux pour ce coffret, mais on reste rêveur devant ce qui était proposé au public berlinois.

Il faut aussi relever que le système mis en place par Karajan et Berlin de contrôle absolu de tout ce qui était enregistré, produit, pour le concert et pour le disque, est encore très largement en vigueur aujourd’hui. On ne trouve quasiment pas trace sur internet, a fortiori sur YouTube, d’un « live » qui n’ait pas été formellement approuvé par la firme !

Exception avec ce Chant de la Terre, capté en janvier 1978 (cf. ci-dessus), avec Agnes Baltsa et Hermann Winkler :

Je rappelle que le fameux Grand Echiquier qui réunissait l’orchestre philharmonique de Berlin et Herbert von Karajan le 24 juin 1978 est visible ici : Grand Echiquier 1e partie et Grand Echiquier 2e partie.

Et toujours mes brèves de blog en fonction de l’actualité et de mes humeurs.

Les raretés de l’été (VII) : Zinman chez les Suisses

Je ne pourrai pas cette année non plus souhaiter une joyeuse Fête nationale à ma mère, mais je peux le faire à cette grande famille éparpillée de cousins, cousins et autres descendants de la branche maternelle des Zemp, et en particulier à mon cousin Joseph, auteur prolifique d’un blog passionnant (dernier article paru sur Arthur Honegger !)

En ce 1er août, honneur donc à la Suisse et à l’un de ses orchestres – je n’ai pas écrit « le meilleur » parce que la discussion s’envenime toujours lorsque, à Genève, Bâle, ou Zurich, il s’agit de s’attribuer le titre ! – Mais l’orchestre de la Tonhalle – qui, comme celui d’Amsterdam, porte le nom de la salle de concert où il se produit – compte dans le paysage musical européen : je lui avais d’ailleurs consacré tout un article (Tonhalle) à l’occasion de son 150e anniversaire en 2018.

Pour peu que vous soyez un peu collectionneur, de disques, de livres, de DVD, vous savez ce que c’est : vous achetez un coffret, vous l’écoutez en tout ou partie, et vous le posez dans votre bibliothèque, le destinant parfois à un repos éternel. C’est un peu ce qui m’est arrivé avec le bien mal intitulé coffret qui regroupe tous les enregistrements réalisés pour les labels américains RCA / Arte Nova / Sony par le chef américain David Zinman avec la Tonhalle dont il fut le directeur musical, vingt ans durant, de 1995 à 2014.

Pourquoi avais-je délaissé ce coffret ? et du coup, perdu de vue l’originalité, la qualité, l’intelligence de la démarche interprétative de ce chef dans un répertoire où la concurrence est vive : des intégrales des symphonies de Beethoven, Brahms, Schubert, Schumann et Mahler et un admirable bouquet de poèmes symphoniques de Richard Strauss.

Quand on célèbre – ou pas – son successeur (Paavo Järvi) dans les mêmes répertoires, quand on rappelle les mérites de feu Roger Norrington dans son intégrale Beethoven, on doit absolument se replonger dans ce legs prodigieux, où on a le sentiment que Zinman réinvente ce qu’il dirige, subtilement, sans grands effets de manche : l’articulation, l’impulsion, le phrasé, et un travail sur les rythmes internes à un mouvement.

Trois exemples éloquents :

La toute première phrase de la 8e symphonie de Beethoven est vraiment un « allegro vivace con brio », qui donne furieusement envie de poursuivre l’écoute.

La comparaison avec un autre chef que j’admire, Karl Böhm, est, comment dire, bien peu convaincante.

Même choc à l’écoute de la si rabâchée symphonie « inachevée » de Schubert. David Zinman n’en fait pas, comme tant de ses confrères, un monument brucknérien. Le 2e mouvement est une pure poésie, et surtout écoutez bien ce que font le hautbois et la clarinette, leurs ornements subtils qui ôtent à ce mouvement la dimension tragique qu’on y entend trop souvent :

Pour être tout à fait honnête, j’avais laissé de côté les symphonies de Mahler – une intégrale – de David Zinman. Quelle erreur ! En commençant par la 9e, j’ai vraiment très envie de découvrir tout le corpus, parce que j’ai l’impression qu’en suivant à la lettre les indications du compositeur – très précises et nombreuses dans ses partitions – Zinman en restitue parfaitement l’esprit.

Et puisque mon cousin évoque aujourd’hui Arthur Honegger, compositeur aussi français que suisse (et inversement !), je signale ce très beau disque… de David Zinman et la Tonhalle.

L’une des premières oeuvres que j’ai programmées à Liège était la Pastorale d’été. C’était en juin 2001, j’avais invité Stéphane Denève et Sophie Karthäuser, l’une et l’autre à l’orée d’une carrière formidable, dans un programme qui comprenait outre la Pastorale d’été, les Nuits d’été de Berlioz, la suite de Pelléas et Melisande de Fauré et la 2e suite de Bacchus et Ariane de Roussel !

Je vais évoquer la figure de Bob Wilson, disparu hier, sur mes brèves de blog

Que sont-ils devenus ? (II)

Suite d’un premier article sur le sort d’artistes, de personnalités disparus de nos radars : Que sont-ils/elles devenu(e)s ?

Depuis janvier, j’ai continué à répondre à cette question au gré de certaines rééditions. Comme pour Michel Béroff, ou l’un des disques du récent coffret Maazel. Parfois la réponse à la question consiste en une annonce mortuaire…

Le fils de Pierre Fournier

Lorsqu’était paru le beau coffret consacré par Deutsche Grammophon au violoncelliste français Pierre Fournier (1906-1986), j’avais brièvement cité le nom de son fils, qui fut aussi son accompagnateur dans plusieurs enregistrements, Jean Fonda, ou plus exactement Jean-Pierre Fournier de son vrai nom, disparu il y a peu à l’âge de 87 ans.

Je l’ai un peu connu – il m’invitait souvent à dîner – à la fin des années 80 à Genève où il résidait et où je travaillais. Etrangement, lorsque je le lançais sur son père et leur relation familiale et artistique, il ramenait la discussion à lui, à sa carrière, dont nous savions qu’elle n’avait alors pas grand chose à voir avec les formidables projets de tournées et de récitals dont il nous entretenait.

Enrique Batiz (1942-2025)

Voilà un chef d’orchestre que je n’ai connu que par le disque, mais grâce à lui j’ai découvert tant d’oeuvres, certes pas toutes géniales, mais qui méritent mieux que l’ignorance dans laquelle nous, Européens, les tenons. C’est le cas du grand compositeur mexicain Carlos Chavez, et plus généralement de la sphère hispanique. Mais on voit aussi des disques Beethoven, Rachmaninov, Sibelius… Et même quelques brèves vidéos sur YouTube où l’on constate qu’à la fin les relations entre le chef et son orchestre de Mexico n’étaient pas au beau fixe !

Christine Walevska (1945-)

Elle a fêté ses 80 ans au début du mois, dans la plus grande discrétion. Personne ne savait ce que la violoncelliste Christine Walevska était devenue depuis les quelques disques – magnifiques – que Philips lui avait fait enregistrer dans les années 70. Jean-Charles Hoffelé signale un coffret apparemment tiré de la collection personnelle de la musicienne (La retrouvée). J’ai eu l’idée de rechercher dans ma discothèque ce que j’ai d’elle… et de regretter de ne pas avoir plus de témoignages d’un violoncelle somptueux.

Il manque les concertos de Dvorak et de Schumann, peut-être d’autres que j’ignore.

Et pour l’actualité chargée du jour : brevesdeblog

Ave Maria

Il y a des rencontres qui marquent une vie : depuis que j’ai eu la chance de siéger à ses côtés au sein du jury du Concours de Genève en 1990, j’ai aimé, admiré intensément la pianiste italienne Maria Tipo qui vient de nous quitter à l’âge vénérable de 93 ans. Une grande dame d’une beauté qui n’avait d’égale que le considérable talent.

Dans ce concours de Genève, elle avait deux de ses élèves, et je peux témoigner qu’elle n’a en rien influencé le jury : Pietro de Maria qui termina dans les premiers…. et mon très cher Nelson Goerner, que j’applaudis il y a à peine deux mois à la Philharmonie de Paris (L’admirable Nelson).

Mais quelle frustration de n’avoir entendu cette magnifique pianiste qu’une seule fois en concerto à Genève, d’avoir du courir, au gré des éditions, rééditions incohérentes, après une discographie erratique, qui ne compte que des pépites.

Peut-on supplier Warner de rééditer enfin, dans un coffret digne de ce nom, tout un fonds qui n’a jamais été correctement distribué ?

Je ne mentionne ici que les disques que j’ai réussi à rassembler dans ma discothèque. Il en manque sûrement.

Vive YouTube qui nous restitue tant d’instantanés d’une vie, d’une carrière, restées bien trop discrètes, d’un art du chant (Maria Tipo n’était pas napolitaine pour rien!) qui faisaient l’admiration de ses pairs.


Que sont-ils ou elles devenu(e)s ?

J’ai toujours été intéressé, fasciné parfois, intrigué souvent, par le sort de ceux ou celles qui sont tôt devenus célèbres, qu’il s’agisse d’artistes, de musiciens, de responsables politiques ou autres personnalités. Pourquoi, à un moment donné, disparaissent-ils de nos radars, des réseaux d’information, des véhicules de la notoriété ?

C’est à cette fin que j’avais créé à France Musique la série « Mémoire retrouvée » à l’été 1994. Ma première idée de titre était d’ailleurs… le titre de cet article : Que sont-ils devenus ? Comme me l’avaient fait alors remarquer des collaborateurs de la chaîne, cela risquait d’être vexant, au moins discourtois, pour quelques unes des personnalités que nous allions interroger, qui s’étaient certes retirées de la carrière active, mais qui n’avaient pas forcément disparu de nos mémoires. C’est ainsi que ma chère Mildred Clary avait réalisé en 1997 trois émissions de Mémoire retrouvée avec Renata Scotto, que France Musique a rediffusées en août 2023 lors du décès de la cantatrice italienne (à réécouter ici)

Au gré de mes voyages dans ma discothèque, je retrouve finalement un grand nombre de musiciens, dont je me demande ce qu’ils sont devenus.

Le violoncelliste Julian Lloyd Webber

Il porte un patronyme très familier aux amateurs de comédie musicale, puisque c’est le frère d’Andrew Lloyd Webber, le compositeur entre autres de The Phantom of the Opera, Evita ou Cats. J’ai un seul disque de Julian, que je n’ai jamais entendu en concert.

Comment s’est-il, lui le Britannique, retrouvé à enregistrer à Prague avec l’orchestre philharmonique tchèque et son chef d’alors, Václav Neumann (1920-1995). Mystère ! Mais le disque est beau.. et généreux (avec les concertos de Dvorak et Elgar)

Le ténor Luca Canonici

Ce devait être en janvier 1989, un concert-événement filmé (pour une fois) par la télévision suisse romande, à Genève, avec l’Orchestre de la Suisse romande dirigé par Armin Jordan. La star de la soirée (la télévision avait fait spécialement confectionner une affiche dont elle tenait toute la place !) était Barbara Hendricks, mais je ne me rappelle plus qui a eu l’idée de lui adjoindre un jeune ténor qui avait remplacé José Carreras dans La Bohème le film que Luigi Comencini avait réalisé à partir de la bande-son enregistrée par James Conlon

Pour tout dire, je ne suis pas le seul, ce jour-là, à être tombé sous le charme de Luca Canonici, beaucoup plus convaincant en Rodolfo que B.H. en Mimi. Et dans tous les autres airs en solo ou en duo dont il nous régala.

Je revis le jeune ténor italien une seule fois, à l’été 1990, à Aix-en-Provence où il chantait dans L’élixir d’amour de Donizetti. J’avais passé une partie de l’après-midi à l’hôtel du Roi René à recueillir les confidences d’un ami que la maladie allait emporter trois ans plus tard… C’est dire si la rencontre inopinée de Luca Canonici dans le hall de l’hôtel fut une distraction bienvenue : nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. Je le vis préoccupé – le stress d’avant représentation ? -, il me confia ne pas savoir mettre sa cravate. L’amitié tient parfois à bien peu de choses : je lui refis sa cravate dans un grand éclat de rire. Et depuis lors, je ne l’ai jamais revu. Je n’ai eu que ses rares disques pour garder la trace de ces fugaces souvenirs.

En allant sur sa chaîne YouTube, je découvre qu’un peu à la manière d’un Roberto Alagna, le sexagénaire Luca Canonici, ne dédaigne pas pousser la chanson

La mezzo-soprano Doris Soffel

A Genève, j’ai le souvenir de l’avoir vue et entendue plusieurs fois, dans Mahler, comme dans Rossini. Aussi belle qu’immédiatement sympathique, drôle, ne s’économisant jamais, l’anti-diva !

Je découvre cette mélodie de Massenet magnifiquement dite par Doris Soffel.

Suite à un prochain épisode.

Authentiques

Je m’apprêtais à évoquer la figure singulière du chef Christoph von Dohnányi et un nouveau coffret (voir ci-après) lorsque j’ai appris le décès, ce 9 octobre, d’un autre chef très singulier, le Finlandais Leif Segerstam

Leif Segerstam (1944-2024)

Le chef et compositeur finlandais Leif Segerstam est mort le 9 octobre, sans susciter de réaction notable en France où il a été plutôt rare. Mais nul discophile n’ignore son nom.

J’ai un souvenir personnel de ce chef à Genève. Je ne me rappelle plus pourquoi (ni par qui) il avait été engagé pour diriger l’Orchestre de la Suisse Romande dans le studio Ansermet de la maison de la Radio suisse romande, bd Carl Vogt. Mais c’est moi qui avais « négocié » une partie du programme, l’autre étant imposée (un concert UER ?). En première partie, une symphonie (la 21e ou 25e ?) parmi les 371 (oui 371 !) qu’a laissées le chef-compositeur, la création d’un concerto pour trompette d’un compositeur ayant remporté, je crois, le concours de composition Reine Marie-José* – le soliste étant Jouko Harjanne – et en deuxième partie les quatre Légendes de Sibelius.

Segerstam à l’époque – vers la fin des années 80 – portait déjà barbe nourrie et embonpoint certain. En le voyant se mouvoir et diriger, j’avais toujours l’image de Brahms à la fin de sa vie.

On ne peut pas dire que la comparaison soit forcée !

Les deux ou trois fois où j’ai entendu et vu diriger Leif Segerstam comme les disques que j’ai de lui, laissent l’empreinte d’une personnalité profondément originale, d’un musicien qui n’a cure d’aucun dogme, d’aucune convenance dans sa manière d’approcher une oeuvre. Et cela donne toujours, toujours, un résultat étonnant. Surtout ne pas limiter Segerstam à la sphère scandinave, où il est bien entendu chez lui, mais pas seul. Il n’est que d’essayer de consulter sa discographie pour constater qu’il a embrassé un répertoire incroyablement vaste.

J’ai ainsi découvert l’oeuvre symphonique du Français Louis Aubert (1877-1968) grâce à lui

J’aime beaucoup, même si ce n’est pas mon premier choix, sa version de l’opéra de Korngold, Die tote Stadt

Et puisque mon premier souvenir au concert des quatre Légendes de Sibelius, c’est à lui que je le dois, je découvre avec bonheur cette récente captation de concert à Turku, dont il était le chef depuis 2012.

On ne peut d’un seul article faire le tour d’une personnalité aussi protéiforme, mais encore un mot de son oeuvre de compositeur. Le nombre de ses symphonies fait sourire : 371 achevées. Voici au hasard l’une d’elles… sans chef !

Impossible d’établir une discographie. Quelques indispensables néanmoins pris dans ma discothèque :

Christoph von Dohnányi #95

Je l’annonçais à l’occasion d’un billet sur Bruckner. Il a fallu attendre qu’il fête ses 95 ans le 8 septembre dernier pour que son éditeur de toujours – Decca – songe à honorer Christoph von Dohnányi ! Pourquoi n’a-t-on retenu que les enregistrements réalisés à Cleveland, alors qu’en y adjoignant ceux de Vienne (avec les Wiener Philharmoniker) on n’aurait pas vraiment alourdi le coffret ?

Contenu du coffret :

CDs 1–5 MOZART
Symphonies 35, 36, 38, 39, 40, 41
Bassoon Concerto K.191
Clarinet Concerto K.622
Flute & Harp Concerto K.299
Oboe Concerto K.314 
Serenade No.13 “Eine kleine Nachtmusik”
Sinfonia concertante K.364

CD 6
BERLIOZ Symphonie fantastique
WEBER/BERLIOZ L’Invitation a la valse

CDs 7 & 8 SCHUMANN
Symphonies 1–4

CD 9
BRAHMS Violin Concerto
SCHUMANN Violin Concerto

CDs 10–16 BRUCKNER
Symphonies Nos. 3–9

CDs 17–22 WAGNER
Das Rheingold
Die Walküre

CD 23 R. STRAUSS
Ein Heldenleben
Till Eulenspiegels lustige Streiche

CDs 24–28 MAHLER
Symphonies Nos. 1, 4, 5, 6 & 9

CD 29 SMETANA
Dvě vdovy (The Two Widows): Overture & Polka
Hubička (The Kiss): Overture
Libuše: Overture
Prodana nevěsta (The Bartered Bride):
Overture & 3 Dances
Vltava (The Moldau)

CDs 30–36
BARTÓK Concerto for Orchestra
Music for strings, percussion & celesta
DVOŘAK Symphonies 6, 7, 8 & 9 ・ Scherzo capriccioso
Slavonic Dances Opp. 46 & 72
JANAČEK Rhapsody for Orchestra “Taras Bulba”
Capriccio
LUTOSŁAWSKI Concerto for Orchestra ・ Musique funebre
MARTINŮ Concerto for string quartet & orchestra
SHOSTAKOVICH Symphony No.10

CD 37 WEBERN
Fuga (Ricercata) aus dem Musikalischen Opfer
Im Sommerwind ・ Passacaglia ・ 5 Pieces Op.10 ・ 6 Pieces Op.6a
Symphony Op.21 ・ Variations Op.30

CDs 38 & 39
CRAWFORD SEEGER Andante for Strings
IVES Orchestral Set No.2
Symphony No.4
Three Places in New England (Orchestral Set No.1)
The Unanswered Question
RUGGLES Men and Mountains ・ Sun-treader
VARESE Ameriques

CD 40
BIRTWISTLE Earth Dances
HARTMANN Adagio (Symphony No.2)
SCHOENBERG 5 Orchesterstücke Op.16

Tous ces disques ont été à un moment ou un autre disponibles, mais plus dans les pays anglo-saxons qu’en France, où pourtant le chef allemand a officié plusieurs années à la tête de l’Orchestre de Paris. On m’a rapporté naguère que son mauvais caractère ne lui avait pas toujours attiré les sympathies des musiciens…

Je vois sur le site de la Philharmonie de Paris la captation d’un concert de 2019 – que j’ai manqué ! – où l’on remarque avec émotion la présence à la première chaise du regretté Philippe Aïche, disparu il y a deux ans déjà (lire Les morts et les jours)

https://philharmoniedeparis.fr/fr/live/concert/1104230-orchestre-de-paris-christoph-von-dohnanyi

Ecouter Dohnanyi c’est comme respirer une tradition venue en ligne directe d’Europe centrale, un style, une rigueur, une puissance, qui conviennent autant à Haydn ou Mozart qu’à Brahms, Schumann, Bruckner, Mahler ou à Schoenberg. On a de tout cela dans ce coffret, et bien sûr le son inimitable de Cleveland.

Cette captation de la 2e symphonie de Schumann au Carnegie Hall de New York en 2000 est d’autant plus émouvante qu’elle est introduite par celui qui fut l’inamovible président de la mythique salle, le violoniste Isaac Stern, déjà très fatigué par la maladie qui allait l’emporter quelques mois plus tard.

* Marie-José de Belgique (1906-2001), dernière reine d’Italie par son mariage avec Umberto II qui a régné 35 jours de mai à juin 1946, vit à partir de 1947, séparée de son mari, au château de Thônex dans la banlieue de Genève, et participe activement à la vie musicale et culturelle de la région. C’est ainsi qu’elle fonde en 1959 un Prix international de composition musicale.Elle est la grand-tante de Philippe, l’actuel roi des Belges,

La douce compagnie de la mort

Ces derniers jours, la mort est ma compagne, non pas que je m’en approche ou que je la redoute pour moi – je suis bien placé pour savoir qu’elle peut survenir à l’improviste ou qu’on peut la frôler (Une expérience singulière ). Mais tous les jours la mort s’impose dans l’actualité, brutale, massive, lors des guerres en cours au Moyen-Orient ou en Ukraine. Dans les cercles de famille ou d’amitié.

Ist dies etwa der Tod ?

La plus belle, la plus douce, la plus sereine des odes à la mort est la dernière mélodie des « Vier letzte Lieder » de Richard Strauss sur un poème de Joseph von Eichendorff : Im Abendrot / Au couchant

Wir sind durch Not und Freude
gegangen Hand in Hand;
vom Wandern ruhen wir
nun überm stillen Land.

Rings sich die Täler neigen,
es dunkelt schon die Luft,
zwei Lerchen nur noch steigen
nachträumend in den Duft.

Tritt her und laß sie schwirren,
bald ist es Schlafenszeit,
daß wir uns nicht verirren
in dieser Einsamkeit.

O weiter, stiller Friede!
So tief im Abendrot.
Wie sind wir wandermüde–
Ist dies etwa der Tod?

Dans la peine et la joie

Nous avons marché main dans la main ;

De cette errance nous nous reposons

Maintenant dans la campagne silencieuse.

Autour de nous les vallées descendent en pente,

Le ciel déjà s’assombrit

Seules deux alouettes s’élèvent,

Rêvant dans la brise parfumée.

Approche, laisse-les battre des ailes,

Il va être l’heure de dormir ;

Viens, que nous ne nous égarions pas

Dans cette solitude.

Ô paix immense et sereine,

Si profonde à l’heure du soleil couchant!

Comme nous sommes las d’errer !

Serait-ce déjà la mort ?

La traduction est bien faible pour traduire le sublime du poème allemand.

Se rejoindre dans la mort

J’ai immédiatement pensé à ce poème en apprenant la mort, le 8 juin dernier, du danseur Eric Vu-An, trois semaines après celle de son compagnon Hugues Gall, surtout après la très longue épreuve d’une cruelle maladie.

Wir sind durch Not und Freude
gegangen Hand in Hand;
vom Wandern ruhen wir
nun überm stillen Land.

J’imagine que, si l’on croit au Ciel, le parfait germanophone qu’était Hugues Gall a pu accueillir Eric avec ces mots si forts, si justes.

Je n’ai pas l’habitude d’assister à des obsèques, sauf de très proches bien sûr. Pourtant j’ai assisté ce lundi à celles d’Hugues Gall en l’église Saint-Roch. Sans doute le besoin de revivre un peu d’un passé heureux. De partager silencieusement des souvenirs que les témoignages de ses proches ont ravivés, en particulier les deux Christian, Christian de Pange, qui fut secrétaire général de l’Opéra de Paris (et brièvement mon adjoint à la direction de la Musique de Radio France), et Christian Schirm, fidèle entre les fidèles de Genève à Paris.

Il y avait des ministres, des personnalités du monde musical, et beaucoup de gens que je n’ai pas reconnus. De belles plages de musique aussi et surtout, sommet d’émotion, Ständchen, la sérénade de Schubert transcrite par Liszt sous les doigts de Lucas Debargue. La réverbération de la nef de l’église Saint-Roch ajoutait à l’intensité de ce moment.

Ici dans l’interprétation d’un autre magnifique artiste, Alexandre Kantorow

La maison de ses chansons

Lundi matin, dans Télématin, l’interview de Loïc Résibois, atteint de la maladie de Charcot, qui regrettait que la loi sur la fin de vie en discussion à l’Assemblée nationale n’ait pas pu aboutir en raison de la dissolution prononcée dimanche soir par Emmanuel Macron, m’avait fait penser à Françoise Hardy. Son fils Thomas qui donnait régulièrement de ses nouvelles ne disait plus rien depuis quelque temps, je redoutais que ce silence soit de mauvais augure.

Ce matin au réveil on a su que Françoise Hardy était enfin délivrée de ses souffrances. Que n’a-t-elle pu choisir de partir avant de subir l’intolérable ? pourquoi lui refuser une mort douce ?

J’ai aimé cette belle personne, et ses chansons qui nous étreignent, qui ont le parfum de la mélancolie, de ces larmes qui font du bien… Les artistes ne meurent pas, ils demeurent en nous.

Quelques-unes des chansons de Françoise Hardy qui me touchent plus particulièrement :

Les maisons où j’ai grandi

Confidences et confidentialité

Aussi paradoxal que cela paraisse pour l’auteur d’un blog, je répugne à l’étalage des sentiments, et surtout à la divulgation de ce qui est et doit rester intime, voire secret. Or les réseaux sociaux ont, semble-t-il, levé tout scrupule même chez des personnages qu’on aurait pensé plus avertis des nécessités de la confidentialité.

Ainsi à propos de deux « moments » tout récents d’actualité, sans lien autre que chronologique entre eux : »l’affaire » François-Xavier Roth et la disparition d’Hugues Gall.

François-Xavier Roth, ce que je sais

J’ai écrit ici même hier: Difficile d’ignorer la tourmente dans laquelle se trouve plongé François-Xavier Roth depuis l’article que lui a consacré Le Canard enchaîné ce mercredi. Je n’entends pas participer à la curée. Je me suis déjà exprimé ici – Remugles – sur les « affaires » qui avaient déjà éclaboussé le monde musical. La prudence s’impose et seule la justice, pour autant qu’elle soit saisie, peut qualifier la réalité des faits allégués.

Si je m’en tenais à la période compliquée que j’ai traversée en 2009-2010 à cause de FXR (lire Le choix d’un chef) j’aurais des raisons de lui en vouloir, et peut-être d’aboyer avec la meute. Oui j’ai su, à l’époque, que, s’ennuyant sans doute dans l’appartement qu’il occupait à Liège, il lui arrivait de draguer par SMS, des musiciennes, des musiciens et sans doute pas qu’eux…Alors que, durant tout mon mandat de directeur à Liège, j’ai toujours été extrêmement attentif, et intransigeant, sur tout ce qui pouvait relever du harcèlement, en dehors parfois même des procédures légales, que j’ai en toutes circonstances été disponible pour celles ou ceux qui souhaitaient me confier leurs problèmes personnels, de quelque nature qu’ils fussent – parce que tous savaient que je conserverais le secret le plus absolu sur leurs..confidences (confidence = confiance). Je n’ai jamais dérogé à cette règle.

S’agissant de FX Roth, lorsqu’on me rapportait ses tentatives, c’était le plus souvent pour s’en amuser, évoquer les « râteaux » qu’il se prenait. Dans une communauté comme un orchestre, tout se sait ou finit par se savoir de qui « sort » avec qui, des comportements des uns et des autres. Jamais je n’ai reçu la moindre plainte à l’encontre du chef.

A ce jour, depuis l’article du Canard enchaîné, je ne sache pas d’ailleurs que la justice ait été saisie, en France ou en Allemagne, là où le chef français exerce ses responsabilités. Je rapprocherais plutôt la situation de FXR de l’épisode qui a valu à un ancien secrétaire d’Etat, candidat à la Mairie de Paris en 2020 – Benjamin Griveaux – son retrait forcé de la vie politique. Dans les deux cas, il n’y a pas eu de violence sur autrui, ni fait pénalement répréhensible, juste des situations ridicules dont la seule victime est l’auteur.

Mais dans l’esprit des abonnés aux réseaux sociaux, la cause est entendue : Griveaux comme Roth sont coupables !

Demain on révèlera que tel pianiste est sur Grindr, tel patron sur Tinder, et on balancera sur les réseaux le contenu de leurs échanges, leurs photos intimes ?

Hugues Gall l’homme d’honneurs

Depuis que Jean-Louis Grinda l’a, le premier, annoncé avant-hier soir sur Facebook, le décès d’Hugues Gall, ancien directeur du Grand Théâtre de Genève puis de l’Opéra de Paris, n’en finit pas de susciter des flots de confidences, qui ne ressortissent pas toutes – euphémisme ! – à des souvenirs professionnels. Et tout cela complaisamment étalé sur les réseaux sociaux…

Tel ancien collègue du disparu se répand en détails très personnels, ou à l’inverse un autre raconte par le menu des interventions d’Hugues Gall dans un dossier complexe, avec force détails et insinuations, auxquels évidemment l’intéressé ne peut plus répliquer.

Il se trouve que j’ai un peu connu Hugues Gall. D’abord à Genève, où il était le tout-puissant patron du Grand-Théâtre (l’opéra). J’étais alors à la Radio suisse romande, pas directement en charge des relations avec les institutions lyriques. Mais en 1992, j’avais été chargé d’organiser une journée/soirée commune entre la chaîne culturelle romande, Espace 2, et France Musique, qui devait s’achever par une diffusion en direct du Grand Théâtre. J’avais pris contact avec l’équipe du GTG pour régler tous les détails, ne sachant pas que Gall contrôlait tout, décidait de tout. Je reçus un coup de fil de sa part, courroucé – le terme est aimable ! – me reprochant de le tenir à l’écart, etc… Sous l’algarade, je ne pus que bafouiller quelques excuses. J’entendis mon interlocuteur se détendre et me dire : « Je sais très bien qui vous êtes, vous ne m’aimez pas ! ».Il insista : « Oui quand je vous vois au théâtre, vous m’ignorez« . J’en étais comme deux ronds de flan. Le personnage m’impressionnait, je ne lui avais jamais parlé, et je pensais évidemment qu’il ne m’avait jamais remarqué… On était à fronts renversés ! L’année qui suivit, jusqu’à mon départ pour France Musique à l’été 1993, fut plus sereine. Au point que quand j’annonçai mon départ de la Radio suisse romande à Hugues Gall, il me répondit un petit mot : « Vous me chaufferez la place ! ». Sa nomination à la direction de l’Opéra de Paris en 1995 venait d’être annoncée.

Je laisse à d’autres le soin de rappeler sa carrière et son engagement au service de la musique et de l’art lyrique, comme Emmanuel Dupuy pour Diapason : Le réformateur de l’Opéra de Paris

Je garde, tant à Genève qu’à Paris, de merveilleux souvenirs de représentations d’opéra, souvent liés à la mémoire d’Armin Jordan qu’Hugues Gall admirait profondément – c’est lui, qui sauf erreur de ma part, l’a invité pour la première fois à l’Opéra de Paris, pratiquement chaque année durant son mandat, et on en sait le résultat, puisque si Philippe Jordan en est devenu plus tard le directeur musical, c’est bien sûr en raison de son talent, mais aussi de la trace qu’avait laissée son père dans la fosse de Bastille ou de Garnier.

Pardon pour la piètre qualité de cette copie de cette Veuve joyeuse impérissable qui rassemblait, en 1997, Karina Mattila, Bo Skovhus.. et Armin Jordan, dans une mise en scène d’un autre récent disparu, Jorge Lavelli.

Pour l’ouverture de sa première saison parisienne, Hugues Gall avait frappé un grand coup avec un Nabucco extraordinaire, avec Julia Varady en Abigaille :

Hugues Gall aimait le pouvoir, et même s’il n’était dupe d’aucun des travers des puissants, auxquels il réservait une ironie jouissive, il aimait les honneurs. La liste de ses décorations m’a toujours fait sourire : Commandeur de la Légion d’honneur, Grand officier de l’Ordre national du Mérite, Commandeur des Arts et Lettres, Commandeur des Palmes académiques… et même Chevalier de l’ordre du Mérite agricole ! Sous la présidence Sarkozy, il jouait le rôle de ministre bis de la Culture. Il présida l’Orchestre français des jeunes et son influence y fut réelle (je me rappelle un échange de correspondances plutôt vif entre lui et Mathieu Gallet, alors PDG de Radio France, lorsque ce dernier envisageait de ne plus héberger l’OFJ dans les locaux de la Maison ronde, faute de place en raison des travaux de « réhabilitation » du bâtiment).

Le dernier souvenir que j’ai de lui, c’était il y a quelques mois : le hasard du protocole nous avait assis l’un à côté de l’autre à l’Opéra Bastille. Je ne l’avais pas revu depuis longtemps et je m’étonnais de sa présence, sachant qu’il avait refusé de revenir comme spectateur à l’Opéra de Paris durant tout le mandat de Stéphane Lissner… Il s’était montré charmant et apparemment très informé de mes activités, puisque nous étions « amis » sur Facebook et que, s’il s’exprimait peu sur ce réseau, il suivait manifestement de près les aventures des uns et des autres.

Des nouvelles de près, de loin

De Suisse

J’écris pour Bachtrack, je l’ai fait un temps pour Forumopera, mais je lis les autres sites surtout lorsque j’y découvre des pépites: il y a peu je suis allé sur ResMusica pour lire une critique d’un concert que j’avais moi-même chroniqué, et je suis tombé sur un puis des articles évoquant la vie musicale suisse, les compositeurs helvètes, signés Joseph Zemp. Comme j’ai un cousin – dans ma très nombreuse famille maternelle – qui porte le même patronyme que notre illustre ancêtre commun (Joseph Zemp) – j’ai interrogé la rédactrice en chef du site pour voir si ce rédacteur très cultivé pouvait être… ce cousin dont j’avais un peu perdu le contact, et j’ai reçu un long courriel de la part de ce cher cousin qui m’a confié être un collaborateur régulier de ResMusica depuis 2021 ! Joseph m’avait naguère orienté vers les livres de son ami Étienne Barilier (lire Musiques de l’exil), un écrivain que je connaissais de nom depuis mes années à la Radio Suisse romande, mais que je n’avais pas lu à ma grande honte. Je me suis rattrapé depuis… Je vais désormais suivre régulièrement la plume de Joseph Zemp sur ResMusica. Sa dernière chronique est consacrée à un compositeur bien oublié et pourtant bien singulier : Vladimir Vogel (1896-1984)

D’Italie

J’avais brièvement évoqué ici un artiste italien, dont on ne comprend pas pourquoi il est aussi peu connu en France – comme le relevait Jean-Charles Hoffelé sur son blog : Hors Chopin -, le pianiste Pietro de Maria (lire Frontières), qui a complété, il y a peu, une intégrale de l’oeuvre pour piano de Chopin, que je ne cesse d’admirer au fur et à mesure que je la réécoute, par les deux concertos.

De Finlande

J’ai très souvent évoqué ici la Finlande, ses compositeurs, ses interprètes, encore récemment à l’occasion de la parution du coffret Paavo Berglund (Fleurs de Paavo). Comme je le fais périodiquement, je me replonge dans tel ou tel « quartier » de ma discothèque. Sur Facebook une discussion s’engageait sur les qualités d’interprète de Sibelius d’un grand chef britannique – Alexander Gibson (1926-1995) – que j’eus le bonheur de connaître en 1992 lorsque je fis partie du jury du Concours de jeunes chefs d’orchestre de Besançon qu’il présidait.

Et sur un disque catalogue acheté jadis à Helsinki, je trouve une oeuvre que j’avais dû écouter distraitement et qui n’est pas de Sibelius, mais de Robert Kajanus (1856-1933) qui fut l’un des tout premiers chefs à diriger et promouvoir Sibelius. C’est un poème symphonique intitulé Aino composé en 1885, dont Sibelius s’est inspiré pour sa musique tirée du Kalevala, comme son vaste Kullervo qui date de 1892.