Premières

Début de semaine chargé en premières (ou presque), lundi soir à l’Opéra Garnier, mardi au théâtre Marigny.

Bychkov et Onéguine

C’est un soir de première, avec tout ce que cela peut représenter d’excitant pour le mélo/lyricomane et de prétentieux pour un public bling bling où les élégances se font rares. On entend beaucoup parler russe, on repère quelques célébrités, à l’entrée Marielle Labèque accueille les invités de son mari (Semyon Bychkov), le metteur en scène Robert Carsen précède de quelques marches Claire Chazal dans le grand escalier, et au premier rang de la corbeille on apercevra, discrète et attentive, l’inoubliable partenaire de Ralph Fiennes dans Le Patient anglais, Juliette Binoche (ils ont fait trois films ensemble).

La dernière fois que j’ai vu l’opéra de Tchaikovski à Paris, c’était en novembre 2021 au théâtre des Champs-Elysées et je n’ai pas que de bonnes raisons de m’en souvenir : Des Champs-Elysées à l’hôpital.

Ma critique de ce nouvel Onéguine à lire sur Bachtrack.: L’Eugène Onéguine classique et respectueux de Ralph Fiennes au Palais Garnier

(@Gergana Diamanova / Opéra de Paris)

Amadeus 270 ans après

Le pur hasard des disponibilités a voulu que j’assiste à une autre première, plutôt une nouvelle production de la pièce de Peter Shaffer, Amadeus, 270 ans exactement après la naissance de Mozart, le 27 janvier 1756 !

Sans la promo très efficace qui a précédé ce spectacle – avec les frères Thomas et Olivier Solivérès – je n’aurais peut-être pas songé à prendre des places, pensant à tort que depuis le film de Milos Forman – inspiré de la pièce de Shaffer – tout avait été dit de la vraie-fausse légende de la rivalité Mozart-Salieri.

Je n’ai pas vu passer les 2 heures et quart d’un excellent spectacle de théâtre et de musique, qui n’a nul besoin d’être « revisité » ou de céder à quelque mode contemporaine. Jérôme Kircher qui incarne Salieri et Thomas Solivérès qui est littéralement Mozart sont parfaits, mais pour une fois je veux citer tous les acteurs/chanteurs/musiciens d’une distribution idéale : Lison Pennec (Constance), Eric Berger (formidable Joseph II), Laurent d’Olce (Orsini), Philippe Escudié (redoutable baron Van Swieten), Romain Pascal (chambellan roué à souhait), Laurent Arcaro (baryton), Artus Maël (basse), Flore Philis (la Reine de la nuit), Stella Siecinska (la cantatrice Caterina Corsini), Loïc Simonet (violon), Marjolaine Alziary et Jade Robinet (violoncelle).

Vivement recommandé !

Souvenirs (I): Hugues Cuénod

Au fil de mes activités professionnelles, j’ai beaucoup déménagé, emportant dans des cartons de précieux souvenirs enregistrés sur des cassettes audio et vidéo. Et puis lorsque je me suis fixé il y a quelques années dans une jolie maison près de la dernière demeure de Vincent et Theo Van Gogh, j’ai posé ces cartons dans ma cave, en attendant, en repoussant plutôt, le jour où j’aurais et prendrais le temps de les ouvrir. Ce jour est enfin venu, et j’ai trouvé près de chez moi un professionnel qui a accepté de numériser une série de vidéos qui ont plus ou moins bien résisté à l’usure du temps, à l’humidité, aux déménagements successifs.

Premier de ces documents exceptionnels, la soirée d’anniversaire que la radio et la télévision suisse romande avaient concoctée pour les 90 ans du plus illustre des Veveysans, le ténor Hugues Cuénod (1902-2010).

J’ai eu l’immense chance de rencontrer plusieurs fois ce merveilleux personnage qui avait coutume de dire, quand on s’étonnait de sa forme vocale à un âge avancé « Je n’ai pas perdu ma voix, je n’en ai jamais eu ». C’est grâce à François Hudry et à l’émission Disques en Lice de la Radio suisse romande que je fis sa connaissance : je me rappelle en particulier une émission exceptionnelle sur Pelléas et Mélisande , pour laquelle François avait convié deux immortels interprètes de l’unique opéra de Debussy, Irène Joachim et Jacques Jansen… ainsi que leur aîné Hugues Cuénod.

Et il y eut bien d’autres occasions, radiophoniques ou privées, l’octogénaire ténor nous éblouissant à chaque fois par sa forme de jeune homme, ses souvenirs et ses réparties d’une drôlerie insolente. J’ai retrouvé dans mes cartons le joli livre d’entretiens que François Hudry avait réalisés avec lui… et une dédicace qui m’a profondément ému et que je garde pour moi.

Et comme on le constate dans cette vidéo, notre chanteur, mort à 108 ans dans le manoir qu’il a toujours habité à Vevey, est, à 90 ans, dans une forme exceptionnelle. Cette vidéo est aussi très émouvante parce qu’elle montre un autre géant du XXe siècle, le pianiste Nikita Magaloff (1912-1992), un voisin de Cuénod, tout juste octogénaire… quelques mois avant sa mort. C’est l’ultime témoignage dont on dispose de cet immense musicien, au piano bien sûr, mais aussi de son parler si particulier qui insistait sur ses origines russes; On remarquera aussi un tout jeune Michel Dalberto, et un autre « collègue » et voisin d’Hugues Cuénod, le ténor Nicolai Gedda (lire Le tsar Nicolai) à l’époque âgé de seulement 67 ans (!).

Et puis, bien entendu, le plus spectaculaire ce sont les prestations de Cuénod lui-même, dans des extraits du Bestiaire et de L’histoire de Babar de Poulenc, et la conclusion magnifique de l’émission, que je laisse découvrir.

Soirée d’hommage à Hugues Cuénod pour ses 90 ans / Juin 1992 / Droits réservés JPR

D’autres souvenirs suivront : Karajan, Martha Argerich, etc.

Des Champs-Elysées à l’hôpital

Semaine parisienne chargée et achevée de façon inattendue à l’hôpital.

J’ai manqué lundi le récital de Jean-Marc Luisada à la salle Gaveau. Imprévu familial. Mais il y a ce beau dernier disque Schubert. Comme l’écrivait Jean-Charles Hoffelé : Et si après Chopin et GranadosJean-Marc Luisada avait trouvé en Schubert son nouveau compagnon de route ? Qu’il poursuive ce voyage ! (Artalinna, 8 octobre 2021)

J’ai manqué aussi Tedi Papavrami et Martha Argerich dans cette même salle Gaveau mercredi (lire le papier d’Alain Lompech sur Bachtrack : Argerich et Papavrami à l’unisson), et sans doute plusieurs autres concerts et artistes que j’aurais aimé entendre.

Mercredi la présence de l’Orchestre national de France dans la fosse, de chanteurs français de premier rang dans la distribution, et le plaisir de retrouver un ouvrage connu et aimé m’avaient conduit au théâtre des Champs-Elysées pour l’avant-dernière représentation d’Eugène Onéguine, l’opéra de Tchaikovski inspiré du poème éponyme de Pouchkine.

On va penser que je manque singulièrement de personnalité, puisque je me réfère à d’autres papiers que les miens. Mais quand ils disent mieux que moi ce que j’ai vu, entendu, pensé, alors autant en conseiller la lecture. Ainsi, pour Eugène Onéguine, je n’ai rien à ajouter à la critique de Diapason, sauf peut-être pour remarquer combien il est difficile pour des chanteurs français (en l’occurrence les excellents Jean-François Borras/Lenski, Jean-Sébastien Bou/Onéguine, Jean Teitgen/Grémine) de s’approprier la langue russe. C’était moins flagrant pour les deux autres Françaises de la distribution, Mireille Delunsch et Delphine Haidan. Mais c’est bien de la fosse que la déception est venue.

Jeudi retour au TCE, pour un programme que je n’avais pas d’avance repéré mais qui m’a immédiatement séduit : l’Orchestre de chambre de Paris, dirigé par un expert en réjouissances musicales, Hervé Niquet, donnait un programme « Paris en fête« , qui n’a pas attiré la foule, mais infiniment ravi les présents.

Pourquoi ne joue-t-on jamais ce type de programme à Paris ?

Hahn Mozart, ouverture
Duparc Aux étoiles
Hahn Concerto pour piano
Dukas Villanelle
Milhaud Scaramouche
Chabrier Lamento, Habanera
Anderson The Typewriter
Delibes Fanfare des chasseresses, extraite de Sylvia 

C’était l’occasion de faire briller les solistes de l’orchestre, d’entendre des raretés, comme le concerto pour piano de Reynaldo Hahn que le talent de la pianiste Shani Diluka ne sauve pas d’un verbiage assez creux.

Avant ce concert, j’avais passé l’après-midi à la Bibliothèque naguère Gustav Mahler, aujourd’hui La Grange / Fleuret du nom de ceux qui la fondèrent, Henry-Louis de la Grange et Maurice Fleuret.

Pour y auditionner de jeunes chanteurs et chanteuses sélectionnées par le pôle voix de la fondation Royaumont (plaisir de saluer son fondateur Francis Maréchal), dans la perspective d’une future production au Festival Radio France

Un week-end à l’hôpital

Je n’avais pas vraiment prévu d’achever cette semaine à l’hôpital de Pontoise. Je ressentais depuis quelques jours des douleurs thoraciques tenaces, j’ai fini par appeler le 15 vendredi après-midi. Bien m’en a pris, puisqu’ on a détecté et immédiatement opéré un infarctus coronarien. Mon père, mon oncle, mon grand-père n’avaient pas eu cette chance…

Je voulais juste mentionner ici – puisque, après tout, c’est un blog personnel – l’expérience que j’ai faite de la fantastique chaîne humaine et professionnelle qui m’a pris en charge. Les pompiers, le SMUR, l’accueil aux urgences de l’hôpital public de Pontoise, tout le personnel soignant, cardiologues, chirurgiens, mobilisés un vendredi soir, avec cette chaleur humaine qui fait tant de bien quand on est en situation de souffrance. Grâce à eux, je peux écrire ce soir ce billet et regarder la vie devant moi. Merci !

Onéguine à Dresde

L’an dernier, c’était Stockholm (voir Stockholm en majesté). Cette fin d’année, j’ai choisi Dresde, son orchestre légendaire, le plus ancien du monde (?) – la Staatskapelle qui, comme à Vienne, joue sur la scène et dans la fosse du Semperoper.

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Le faible soleil d’hiver se couche tôt. On a à peine aperçu la vieille ville reconstruite.

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L’opéra nous attendait, ce mercredi soir Eugène Onéguine de Tchaikovski.

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IMG_3643J’adore cet ouvrage, et le poème éponyme de PouchkineIdéal pour une « première fois ».

L’acoustique d’abord de l’opéra de Dresde : parfait équilibre fosse/scène, du 16ème rang du parterre, de face, on entendait tout sans effort. Et quel orchestre ! Ce son unique, à la fois rond, chaud et transparent (je reviendrai sur quelques enregistrements légendaires de la formation). Mise en scène astucieuse de Marcus Bothe – décor unique et mobile, belle direction d’acteurs. Mais côté distribution, on reste sur sa faim, à l’exception du Lenski puissant et sensible de Tomislav Musek. Une Tatiana sans charme, trop mûre pour le rôle, et surtout un Onéguine manquant autant de prestance que de séduction physique et vocale. Dans la fosse, une direction tout en énergie, sans beaucoup de poésie.

Quand on a le souvenir de Dmitri Hvorostovsky (lire Le combat perdu de Dmitri H.dans ce rôle, la comparaison n’est pas flatteuse…

Peu importe, on a passé une belle soirée, une autre se profile pour la Saint-Sylvestre…

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