Le baryton oublié

Dans un article de 2017 – Blocs de bonheur – j’avais déjà évoqué ce baryton allemand qui fête ses 70 ans, qui n’a jamais eu la notoriété d’un Mathias Goerne, ou a fortiori d’un Fischer-Dieskau.

Le label australien Eloquence a – une fois de plus – la très bonne idée de republier en un coffret de 13 CD ce que Wolfgang Holzmair a enregistré dans les années 80 pour Philips.

Comme Mathias Goerne, la voix, le timbre de Wolfgang Holzmair peuvent déranger, voire déplaire. Et pourtant, dès la première fois où je l’ai entendu, j’ai aimé ce chanteur qui vivait, incarnait de l’intérieur, d’abord les trois grands cycles de Lieder de Schubert (Winterreise, Die schöne Müllerin, Schwanengesang) cherchant moins la beauté du chant que la vérité du texte.

J’ai un souvenir très précis d’une émission Disques en Lice dont l’invité était le pianiste allemand Christian Zacharias. François Hudry avait mis en comparaison – à l’aveugle – plusieurs versions de La belle meunière de Schubert (lire Holzmair à la grange de Meslay) Lorsque Zacharias entend la version de Holzmair, il s’exclame qu’il n’a jamais entendu quelque chose de plus juste, de plus « schubertien ». A la fin de l’émission, il demandera les coordonnées de ce chanteur qui l’a bouleversé, Wolfgang Holzmair. Ils feront plusieurs concerts ensemble.

Plus récemment, le pianiste et producteur de France Musique, Philippe Cassard, s’est attaché avec le même enthousiasme à faire entendre ce chanteur si amoureux de la mélodie française.

On chérit particulièrement le récital de mélodies françaises, notamment des Duparc de toute beauté, enregistré avec le pianiste suisse Gérard Wyss. On est moins convaincu par le disque plus tardif qu’on ne connaissait pas avec la pianiste Maria Belooussova.

De nouveau, grâce à Cyrus Meher-Homji, le patron du label australien, on dispose d’un merveilleux ensemble qui honore un artiste qui ne cesse d’émouvoir.

Journal de printemps

Pierre Naftule (1960-2022)

Personne, en France, ne sait qui était le Suisse Pierre Naftule, disparu à 61 ans le 19 mars après une longue souffrance (maladie de Charcot). J’ai connu cet auteur, humoriste, homme de théâtre et de télévision, pendant mes années à la Radio suisse romande. Mais je l’ai surtout suivi dans ses aventures avec Marie-Thérèse Porchet, alias Joseph Gorgoni, le comédien qui avait inventé avec Pierre Naftule ce personnage si savoureux, que le public parisien avait pu applaudir à plusieurs reprises.

La musique de Salon

Les années passent, l’amitié demeure. C’est ce qu’on se disait l’autre jour avec Eric Le Sage, que je n’avais plus revu depuis son récital en 2016 au Festival Radio France. Nous déjeunions dans un petit établissement de Montmartre, au nom tout indiqué pour ces retrouvailles : le Chantoiseau

Eric Le Sage, Paul Meyer, Emmanuel Pahud, c’est la bande du festival de Salon-de-Provence, ce sont surtout trois amis véritables, indéfectibles, que je ne vois ni n’entends assez souvent à mon gré. C’est dire si ce déjeuner montmartrois avec le pianiste avait une saveur particulière.

Cadeau de mon hôte, les récents échos discographiques des dernières productions de Salon. La curiosité alliée au talent, c’est la recette de la réussite exceptionnelle de ce rendez-vous estival où l’élite de la musique européenne arpente, depuis 1993, les chemins de traverse du répertoire de chambre.

Eloquence de Knappertsbusch

Hans Knappertbusch (1888-1965) est un chef d’orchestre allemand qui fait l’objet d’un véritable culte, dont je n’ai pas toujours compris la raison. Il est vrai qu’il s’est largement illustré dans Wagner, et comme je l’écrivais dans mon précédent billet (Wagner et Goerne), c’est un univers qui m’a longtemps échappé.

Cyrus Meher-Homji, le responsable du label Eloquence Australie, a eu l’excellente idée de regrouper en deux coffrets une partie du legs discographique du chef allemand, tel qu’il était paru sous étiquette Philips, Decca ou Westminster.

Le travail de « remasterisation » est impressionnant, notamment pour les premières années stéréo avec Vienne chez Decca. On reviendra sur ces deux parutions, mais savourons déjà les voix printanières de ces Badner Mädl’n de Komzak.

Régime de fête (II) : Rêves d’hiver

Rien de nouveau sous le pâle soleil de ce matin : c’est le premier jour de l’hiver !

Il y a un an, j’avais consacré un long article à la Première symphonie de Tchaikovski. Je le reproduis ici, et l’actualise à la fin, en évoquant des versions ou rééditions récentes, qui surprennent… ou déçoivent !

Les rêves d’hiver de Tchaikovski

Comme je l’ai raconté dans le premier billet de cette série – La découverte de la musique (I) – j’ai, adolescent, en grande partie constitué ma discothèque classique grâce à une filiale de la puissante coopérative suisse MigrosEx Libris, qui était à la fois un club et une chaîne de magasins culturels. C’est grâce à Ex Libris que j’ai eu ma première version d’une oeuvre qui a toujours puissamment résonné en moi (Musiques climatiques) : la première symphonie « Rêves d’hiver » de Tchaikovski

Cette symphonie, commencée au printemps 1866, est sans doute celle qui va donner le plus de mal à son auteur, qui traverse de graves crises nerveuses : «  Mes nerfs sont à nouveau complètement détraqués. Les raisons en sont les suivantes : 

1) les difficultés dans la composition de la symphonie ;

2) Rubinstein et Tarnovski, remarquant à quel point je suis susceptible, passent leur temps à me faire enrager ;

3) la pensée omniprésente que je mourrai bientôt sans avoir eu le temps d’achever ma symphonie.

J’attends l’été et Kamenka comme une terre promise. Depuis hier, je ne prends plus de vodka, de vin ni de thé fort. Je hais l’humanité et voudrais me retirer dans un désert. J’ai déjà pris mon billet de diligence pour le 22 mai… »

Il faudra à Tchaikovski surmonter les refus, les sarcasmes, pour enfin atteindre le succès, deux ans plus tard, lorsque sa symphonie est créée par son dédicataire, Nikolai Rubinstein, le 15 février 1868, à Moscou, lors d’un concert de la Société musicale russe. Ce n’est pourtant que, quinze ans plus tard, le 1er décembre 1883, qu’on pourra la réentendre à Moscou et lire dans Les Nouvelles russes cette critique qui résume bien l’oeuvre : « C’est une symphonie authentiquement russe. Dans chaque mesure, on sent qu’elle n’a pu être écrite que par un Russe« . Tchaikovski lui-même écrit à Nadiejda von Meck: « Même si elle demeure à bien des égards d’une immaturité évidente, elle a pourtant au bout du compte plus de substance et s’avère bien plus réussie que beaucoup de mes œuvres ultérieures« .

C’est donc avec Lorin Maazel – lire Un Américain de Paris – et l’Orchestre philharmonique de Vienne (ah ces couleurs du hautbois solo, des cors !) que je découvre ces Rêves d’hiver, une version qui ne m’a jamais quitté et que je place toujours en tête de ma discographie personnelle de l’oeuvre.

Quelques mois plus tard, je découvrirai l’un des premiers disques du jeune Michael Tilson Thomas 

Et lorsque Karajan, qui a si souvent enregistré les trois dernières symphonies, grave les trois premières pour Deutsche Grammophon, cela donne une Rêves d’hiver intensément lyrique, tragique parfois, comme dans le mouvement lent, d’une abyssale nostalgie

Au moment de clore ce billet, j’ai une pensée toute particulière pour Patrick Davin, tragiquement disparu au début de l’automne (Un ami disparaît) qui avait magnifiquement dirigé, à ma demande, cette symphonie qu’il ne connaissait pas, à la tête de l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

(Billet paru le 24 décembre 2020 : La découverte de la musique : Les rêves d’hiver de Tchaikovski)

A aimer.. ou à fuir

Aux versions citées dans cet article, je voudrais en rajouter quelques-unes, à conseiller.. ou à fuir !

Markevitch et Marriner à Londres

La réédition unanimement saluée dans la collection Eloquence des disques enregistrés par Igor Markevitch pour Philips (voir Igor Markevitch la collection Philips) comprend l’intégrale des symphonies de Tchaikovski réalisée à Londres au début des années 60, intégrale inégale dont se distingue une première symphonie idéale d’allure, d’atmosphère juvénile.

Une autre surprise de ma discothèque, vraiment passée sous le radar de la critique, est une intégrale des symphonies de Tchaikovski dirigée par Neville Marriner – qui l’eût cru ? Ses « rêves d’hiver » bien peu « tranquilles » captent notre attention

Désolé pour eux !

Le grand Bernstein a laissé plusieurs enregistrements des dernières symphonies de Tchaikovski. C’est peu dire qu’il a raté les premières : où sont les grands paysages enneigés dans ce premier mouvement qui commence de manière si scolaire, et se poursuit dans une instabilité rythmique bien peu contrôlée ?

Beaucoup plus surprenant le prosaïsme de chefs qui sont nés dans ces contrées, comme Valery Gergiev capté ici avec son orchestre du Marinski à la salle Pleyel à Paris.

Le grand Svetlanov n’est guère plus inspiré par la poésie de ces paysages d’hiver.

On n’est guère plus convaincu par une Première symphonie bien sérieuse et terre-à-terre captée à Zurich – la dernière intégrale en date des symphonies de Tchaikovski.

Même Mariss Jansons – dans une intégrale pourtant souvent célébrée – reste dans un entre-deux, loin des emballements poétiques de Tilson Thomas ou Markevitch.

Régime de fête (I): un duo à Vienne

Chaque année, je crois, j’écris ici que je n’aime pas cette période de l’année, où la fête devient obligatoire, sans que plus personne ne sache ce que sont, ce qu’étaient, l’Avent, la Saint-Nicolas, Noël, la Saint-Sylvestre, a fortiori la légende du père Noël. Même dans la matinale de France 2, on ouvre chaque jour un volet d’un calendrier de l’Avent : qui, parmi les téléspectateurs, en connaît l’origine ?

Pas plus cette année que les précédentes, je n’aurai à me forcer pour adopter un régime alimentaire raisonnable, même si de récentes circonstances (Une expérience singulière) m’obligent à une prudence plus grande encore.

Des cadeaux

Puisque cadeaux il doit y avoir, je vais proposer, dans les jours qui viennent, quelques idées, peut-être originales, inattendues.

Il y a des dizaines de compilations, de best of, d’airs d’opéras, d’opérettes, de crooners, parmi lesquelles on est bien embarrassé de choisir, ou qui parfois échappent à la vigilance du collectionneur.

En revisitant ma discothèque, je suis tombé sur ce CD qui n’avait pas spécialement retenu mon attention. Un chef, Anton Paulik, deux chanteurs, Werner Krenn, Renate Holm, qui ne font pas partie des stars multi-rééditées, et pourtant un modèle absolu ce que peuvent être le charme, le raffinement, le bon goût de l’opérette viennoise.

La couverture du double CD est muette sur les chanteurs – inhabituel oubli dans cette collection d’excellence – et pourtant leurs noms ne sont pas inconnus des discophiles.

Renate Holm, 90 ans, a commencé sa carrière comme actrice chanteuse, il faut reconnaître qu’elle en avait tous les atouts. Sa célébrité, sa notoriété, n’ont jamais vraiment franchi les limites de la sphère germanique. Sa discographie n’est pas pléthorique, à la différence d’autres de ses contemporaines, comme Anneliese Rothenberger (1924-2010) qui a littéralement phagocyté la branche allemande d’EMI, Electrola.

Ce qu’on aime chez Renate Holm, c’est qu’elle n’est pas simplement un rossignol virtuose, une de ces petites voix pointues et agiles, qui foisonnent dans les enregistrements viennois de l’époque. Elle a du corps, de la chair, et par dessus tout une classe, une élégance, qui la distinguent de ses concurrentes. Ainsi dans le rôle d’Adèle de La Chauve-Souris de Johann Strauss, elle ne surjoue pas la soubrette nunuche, elle pourrait presque tenir la dragée haute à la Rosalinde de Gundula Janowitz, surtout quand la troupe est tenue par Karl Böhm.

Werner Krenn est né en 1943 à Vienne. Il a commencé sa carrière de musicien comme basson solo de l’Orchestre symphonique de Vienne de 1962 à 1966, mais il a reçu son éducation musicale comme membre des Petits Chanteurs de Vienne (Wiener Sängerknaben). De nouveau, comme pour sa partenaire sur ce double album, Werner Krenn est resté dans l’ombre d’autres stars de l’époque, comme Fritz Wunderlich, repéré toutefois par les grands chefs des années 60 et 70. C’est d’ailleurs à lui que Karajan fit appel pour « compléter » son premier enregistrement de la Création de Haydn, Fritz Wunderlich étant mort (accidentellement) au cours de la période d’enregistrement !

On retrouve Werner Krenn dans pas mal de disques, mais on cherchera en vain un disque portrait ou monographique. Pas assez star pour y avoir droit ?

Quant au chef, Anton Paulik (1901-1975) on cherchera en vain une notice biographique, sauf une fiche Wikipedia en néerlandais ! On dira, faute de mieux, que c’était un honnête spécialiste de l’opérette et de la valse viennoise. Et on dira beaucoup mieux de son art lorsqu’on aura entendu ce double album où le chic, la classe le disputent à l’élégance. Une bonne dose de Paulik semble bien nécessaire avant d’affronter le concert viennois du Nouvel an 2022 qui ne promet rien de bon sous la baguette octogénaire d’un chef qui n’a jamais compris l’essence ni le sens de cette musique.

Krips le Viennois

Josef Krips, né à Vienne en 1902, mort à Genève en 1974, est sans doute l’incarnation du chef d’orchestre viennois. Reste à définir ce qui distingue Vienne du reste des capitales européennes.. et ce n’est pas ici qu’on va s’y risquer en quelques mots. Historiquement, c’est en tous cas le centre et le phare de l’Europe musicale aux XVIIIème, XIXème et (début du) XXème siècles.

J’ai failli ne pas apercevoir une édition/réédition qui me réjouit au plus haut point.

L’intérêt considérable de ce coffret c’est de regrouper des disques publiés jusqu’alors sous des labels disparates, voire de révéler des enregistrements que je ne connaissais pas. Voir le détail ci-dessous.

Premier souvenir personnel : pour l’option musique du bac, il y avait au programme la première symphonie de Beethoven. J’ai déjà raconté mes premiers pas dans la constitution d’une discothèque classique (Initiation), c’était à Poitiers. Priorité aux collections « économiques », vu la modestie de mes moyens. Et pour écouter cette première symphonie de Beethoven, c’est sur ce disque bon marché que je jetai mon dévolu :

Déjà à l’époque, sur ma petite chaîne stéréo Dual, et malgré un diamant de bonne qualité sur ma platine, je trouvais que la prise de son et/ou la gravure n’étaient pas satisfaisantes.

Plus tard, sous différents labels, je chercherais à acquérir l’intégrale de ces symphonies gravées à Londres par Josef Krips au début des années 60. On frisait souvent la catastrophe, comme le montre cet extrait :

Le coffret Scribendum nous restitue enfin cette intégrale de référence dans un son enfin lumineux.

Il y a bien sûr quelques enregistrements bien connus, déjà réédités par Decca, et récemment dans la merveilleuse collection Eloquence (les Strauss par exemple).

C’est ici que s’exprime le mieux l’art de Krips le Viennois, le sens parfait des proportions, la justesse des tempi, des articulations : rien n’est plus difficile à diriger qu’une valse de Strauss, on en a la démonstration chaque année le 1er janvier. Avec Krips tout semble si naturel. Comme dans ses Schubert.

Pour le reste, les collectionneurs avaient depuis longtemps repéré des Mozart et Haydn parus, entre autres, sous le label Chesky, les ouvertures de Beethoven (avec un « orchestre du festival de Vienne » qui n’est autre que le faux nez des Wiener Philharmoniker), des Brahms et Schubert chez Concert Hall, et – pour moi une découverte – des Brahms et Richard Strauss gravés avec le Philharmonia, réédités par Testament.

Encore un indispensable de toute discothèque.

Les détails du coffret

CD 1
  Franz Joseph Haydn (1732-1809)
Symphony No.94 in G major « Surprise »
Symphony No.99 in E flat major
  Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphony No.40 in G minor KV 550 *

Wiener Philharmoniker
Orchestre National de France *
Recording: Sept. 1957 [Haydn]; Nov. 2, 1965 [Mozart]  

CD 2
  J. Strauss II (1825-1899)
An der schönen blauen Donau Op.314
  J. Strauss II (1825-1899) & Josef Strauss (1827-1870)
Pizzicato-Polka Op.447 
  J. Strauss II (1825-1899)
Kaiser – Walzer Op.437 
Rosen aus dem Süden – Walzer Op.338 
Accelerationen – Walzer Op.234 
  Josef Strauss (1827-1870)
Dorfschwalben aus Österreich – Walzer Op.164 *
  J. Strauss II (1825-1899)
Frühlingsstimmen – Walzer Op.410 *

Hilde Gueden soprano (*)
Wiener Philharmoniker
Recording: Sept. 9-14, 1957; Oct. 12, 1956 [*] 

CD 3
  Piotr Illich Tchaikovsky (1840-1893)
Symphony No.5 in E minor Op.64
  Franz Peter Schubert (1797-1828)
Symphony No.8 in B minor D. 759 « Unfinished » *

Wiener Philharmoniker
Wiener Symphoniker *
Recording: Sept. 1958; June 3, 1962 [*] 

CD 4
  Johannes Brahms (1833-1897)
Symphony No.1 in C minor Op.68 *
  Robert Schumann (1810-1856)
Symphony No.1 in B flat major Op.38 « Spring » 

Wiener Philharmoniker *
London Symphony Orchestra
Recording: Oct. 1956 [*]; May 1957 

CD 5
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Overtures:
Fidelio, Op.72 
Egmont, Op.84 
Coriolan, Op.62 
Leonore No.3, Op.72a 
Die Weihe des Hauses, Op.124 

Wiener Festspielorchester
Recording: 1962 

CD 6
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphony No.1 in C major Op.21
Symphony No.3 in E flat major Op.55 « Eroica »

London Symphony Orchestra
Recording: Jan. 1960 

CD 7
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphony No.2 in D major Op.36 
Symphony No.6 in F major Op.68 « Pastorale »

London Symphony Orchestra
Recording: Jan. 1960 

CD 8
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphony No.5 in C minor Op.67 
Symphony No.7 in A major Op.92 

London Symphony Orchestra
Recording: Jan. 1960 

CD 9
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphony No.4 in B flat major Op.60 
Symphony No.8 in F major Op.93 
Egmont; Overture Op.84

London Symphony Orchestra
Recording: Jan. 1960 

CD 10
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphony No.9 in D minor Op.125 « Choral »

Jennifer Vyvyan soprano, Shirley Verrett mezzo-soprano
Rudolf Petrak tenor, Donald Bell bass
BBC Chorus, Leslie Woodgate Chorus Master 
London Symphony Orchestra 
Recording: Jan. 1960 

CD 11
  Robert Schumann (1810-1856)
Symphony No.4 in D minor Op.120 *
  Franz Peter Schubert (1797-1828)
Symphony No.9 in C major D. 944 « The Great »

London Symphony Orchestra
Recording: Oct. 1956 [*]; May 1958 

CD 12
  Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphony No.35 in D major KV 385 « Haffner »
  Franz Joseph Haydn (1732-1809)
Symphony No.104 in D major « London »
  Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphony No.41 in C major KV 551 « Jupiter » *

Royal Philharmonic Orchestra
Israel Philharmonic Orchestra *
Recording: Sept. 28-29, 1962; April 1957 [*] 

CD 13
  Johannes Brahms (1833-1897)
Academic Festival Overture Op.80 *
Variations on a theme by Joseph Haydn, Op.56a
Tragic Overture Op.81 *
  Richard Strauss (1864-1949)  
Der Rosenkavalier Suite

Philharmonia Orchestra
Recording: June 22, 1963 [*]; June 1, 1963  

CD 14
  Johannes Brahms (1833-1897)
Symphony No.2 in B minor Op.73  *
  Richard Strauss (1864-1949)  
Till Eulenspiegels lustige Streiche Op.28

Tonhalle Orchester, Zürich  *
Wiener Symphoniker
Recording: May-June 1960 [*]; August 1972

Sous les pavés la musique (IX) : Igor Markevitch la collection Philips

C’était annoncé depuis l’été (lire Igor Markevitch et la zarzuela), attendu avec impatience. Deux coffrets reprenant les disques gravés par Igor Markevitch (1912-1983) pour Philips et pour Deutsche Grammophon.

C’est peu dire qu’on est comblé par le travail, une fois de plus remarquable, que le responsable de la collection Eloquence, Cyrus Meher-Homji a effectué d’abord pour rassembler l’intégralité des enregistrements réalisés par le chef d’origine russe pour le label hollandais Philips, et restaurer (« remasteriser » dit-on maintenant) les bandes d’origine, le plus spectaculaire étant la véritable résurrection des captations moscovites de 1962 (cf.ci-dessous)

Le « nettoyage » des bandes a aussi pour effet secondaire de rendre plus audibles les sonorités parfois crues de certaines phalanges – on a tant perdu l’habitude des saveurs parfois acidulées des bois français dans l’orchestre Lamoureux du début des années 60 ! – et, pour ce qui est des troupes espagnoles, chanteurs et orchestre, de défauts d’intonation et de justesse qui ne doivent pas cependant nous faire regretter de disposer enfin de ce patrimoine inattendu de la part de Markevitch.

CD 1
FRANZ JOSEPH HAYDN (1732–1809)
1–4 Symphony No. 103 in E flat major, H.I:103 ‘Drum Roll’*
5–8 Symphony No. 104 in D major, H.I:104 ‘London’*
Orchestre des Concerts Lamoureux

CARL MARIA VON WEBER (1786–1826)
Preciosa – Overture, Op. 78, J.279
Orquesta Sinfónica de la RTV Española

*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 2
WOLFGANG AMADEUS MOZART (1756–1791)
1–3 Piano Concerto No. 20 in D minor, KV 466
4–6  Piano Concerto No. 24 in C minor, KV 491
Clara Haskil, piano
Orchestre des Concerts Lamoureux

CD 3
LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827)
1–4 Symphony No. 1 in C major, Op. 21*
5–8  Symphony No. 5 in C minor, Op. 67*
9–12 Symphony No. 8 in F major, Op. 93*
Orchestre des Concerts Lamoureux
*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 4
LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827)
1–4 Symphony No. 9 in D minor, Op. 125 ‘Choral’*
Hilde Gueden, soprano
Aafje Heynis, contralto
Fritz Uhl, tenor
Heinz Rehfuss, baritone
Oratorienchor Karlsruhe
Orchestre des Concerts Lamoureux

*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 5
LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827)
1–3 Piano Concerto No. 3 in C minor, Op. 37

FRÉDÉRIC CHOPIN
 (1810–1849)
4–6 Piano Concerto No. 2 in F minor, Op. 21
Clara Haskil, piano
Orchestre des Concerts Lamoureux

CD 6
ALBAN BERG (1885–1935)
1–2 Violin Concerto ‘To the Memory of an Angel’
Arthur Grumiaux, violin
Concertgebouworkest

JOHANNES BRAHMS (1833–1897)
Tragic Overture, Op. 81
Alto Rhapsody, Op. 53

ZOLTÁN KODÁLY (1882–1967)
Psalmus Hungaricus, Op. 13
Irina Arkhipova, contralto (Alto Rhapsody)
Róbert Ilosfalvy, tenor (Psalmus Hungaricus)
Russian State Academy Choir
USSR State Symphony Orchestra

CD 7
GEORGES BIZET (1838–1875)
1–5 Carmen – Suite No. 1
6–10 Carmen – Suite No. 2
11–14 L’Arlésienne – Suite No. 1
15–17 L’Arlésienne – Suite No. 2
Orchestre des Concerts Lamoureux

CD 8
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 1 in G minor, Op. 13, TH.24 ‘Winter Daydreams’
5–8 Symphony No. 2 in C minor, Op. 17, TH.25 ‘Little Russian’
London Symphony Orchestra

CD 9
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–5 Symphony No. 3 in D major, Op. 29, TH.26 ‘Polish’
London Symphony Orchestra
Francesca da Rimini, Op. 32, TH.46
New Philharmonia Orchestra

CD 10
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 4 in F minor, Op. 36, TH.27
Hamlet, Op. 67
London Symphony Orchestra
New Philharmonia Orchestra

CD 11
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 5 in E minor, Op. 64, TH.29
London Symphony Orchestra

CD 12
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 6 in B minor, Op. 74, TH.30 ‘Pathétique’
London Symphony Orchestra

CD 13
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Manfred Symphony, Op. 58, TH.28
London Symphony Orchestra

CD 14
NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV (1844–1908)
1–5 Capriccio Espagnol, Op. 34
6–9 Scheherazade, Op. 35
Erich Gruenberg, solo violin
London Symphony Orchestra

CD 15
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
Ouverture solennelle ‘1812,’ Op. 49

NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV (1844–1908)
Russian Easter Festival, Overture, Op. 36

ALEXANDER BORODIN (1833–1887)
Polovtsian Dances (from Prince Igor)
Netherlands Radio Chorus (Borodin)
Concertgebouworkest

CD 16
IGOR STRAVINSKY (1882–1971)
1–10 Apollon musagète (1947 version)
11–14 Suite No. 1 for Small Orchestra
15–18 Suite No. 2 for Small Orchestra
19–22 Four Norwegian Moods
23 Circus Polka for a Young Elephant
London Symphony Orchestra

CD 17
IGOR STRAVINSKY (1882–1971)
1–24 L’Histoire du Soldat
Jean Cocteau, Jean-Marie Fertey, Peter Ustinov, narrators
Manoug Parikian, violin
Joachim Gut, double bass
Ulysse Delécluse, clarinet · Henri Helaerts, bassoon
Maurice André, trumpet · Roland Schnorkh, trombone
Charles Peschier, percussion

25–27 Symphonie de Psaumes
Boys’ and Male Voices of the Russian State Academic Choir
Russian State Academy Orchestra

CD 18
MODEST MUSSORGSKY (1839–1881)
Orch. Markevitch
1 Cradle Song
2 The Magpie
3 Night
4 Where art thou, little star?
5 The Ragamuffin
6 On The Dnieper
Galina Vishnevskaya, soprano

NIKOLAI TCHEREPNIN (1873–1945)
7–13 Tàti-Tàti*
Olga Rostropovich, piano

LEOPOLD MOZART (1719–1787)
14–16 Toy Symphony (Cassation in G major for Orchestra and Toys)°

GEORGES BIZET (1838–1875)
17–21 Jeux d’enfants – Petite Suite, Op. 22°
Children’s Ensemble of the Moscow School of Music (Toy Symphony)
USSR State Symphony Orchestra

*FIRST CD RELEASE ON DECCA
°FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 19
GIUSEPPE VERDI (1813–1901)
La forza del destino – Sinfonia
Macbeth – Ballet Music (Act III)
La traviata – Prelude (Act I)
Luisa Miller – Overture
Aida – Overture
Giovanna d’Arco – Overture
La traviata – Prelude (Act III)
I vespri siciliani – Overture
New Philharmonia Orchestra

Messa da Requiem*
beginning
9–10 Requiem et Kyrie

CD 20
GIUSEPPE VERDI (1813–1901)
1–19 Messa da Requiem*
conclusion
Galina Vishnevskaya, soprano
Nina Isakova, mezzo-soprano
Vladimir Ivanovsky, tenor
Ivan Petrov, bass
Russian State Academy Choir
Moscow Philharmonic Orchestra

*FIRST STEREO CD RELEASE ON CD

CD 21
FEDERICO MOMPOU (1893–1987)
1–8 Los Improperios
Peter Christoph Runge, baritone
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

TOMÁS LUIS DE VICTORIA (c. 1548–1611)
Ave Maria
10 Vexilla regis
Escolania de nuestra Señora del Buen Retiro
César Sanchez, Maestro de la Escolanía
Coro de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

PADRE JAIME FERRER (1762–1824)
11–16 Lamentación 1a
Ángeles Chamorro, soprano
Norma Lerer, contralto
Julian Molina, tenor
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española

CD 22
TOMÁS LUIS DE VICTORIA (c. 1548–1611)
1–8 Magnificat primi toni
Coro de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

ÓSCAR ESPLÁ Y TRIAY (1886–1976)
9–12 De Profundis
Ángeles Chamorro, soprano
Ines Rivadeneyra, mezzo-soprano
Carlo del Monte, tenor
Antonio Blancas, baritone
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

ERNESTO HALFFTER (1905–1989)
13 Canticum in P.P. Johannem XXIII*

IGNACIO RAMONEDA (1735–1781)
14 Veni Creator*
Ángeles Chamorro, soprano
Antonio Blancas, baritone
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

*FIRST CD RELEASE ON DECCA

CD 23
MANUEL DE FALLA (1876–1946)
1–7 Siete Canciones populares españolas*
Orchestrated by Igor Markevitch

ISAAC ALBÉNIZ (1860–1909)
8 Catalonia°

ERNESTO HALFFTER (1905–1989)
9 Fanfare (a la memoria de Enrique Granados)*

ENRIQUE GRANADOS (1867–1916)
10 Spanish Dance, Op. 37 No. 9 ‘Romantica’°
11 Spanish Dance, Op. 37 No. 4 ‘Villanesca’°
12 Intermezzo (from Goyescas)°
13 Zapateado (from Six Pieces on Spanish Folksongs)°
14 Spanish Dance, Op. 37 No. 8 ‘Asturiana’°
Ángeles Chamorro, soprano (Falla)
Orquesta Sinfónica de la RTV Española

*FIRST CD RELEASE ON DECCA
°FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 24
MANUEL DE FALLA (1876–1946)
1–3 Noches en los jardines de España
Clara Haskil, piano
Orchestre des Concerts Lamoureux

4–16 El amor brujo

EMMANUEL CHABRIER (1841–1894)
17 España – rapsodie pour orchestre

MAURICE RAVEL (1875–1937)
18 Boléro
Ines Rivadeneyra, contralto (El amor brujo)
Orquesta Sinfónica de la RTV Española

CD 25
ANTOLOGIA DE LA ZARZUELA
*
GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
1–3 La Tempranica (excerpts)

AMADEO VIVES (1871–1932)
4–5 Doña Francisquita (excerpts)

GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
El baile de Luis Alonso: Intermedio

VICENTE LLEÓ BALBASTRE (1870–1922)
La corte de Faraón: Son las mujeres de Babilonia – ¡Ay ba!

PABLO LUNA (1879–1942)
8–10 El Niño Judio (excerpts)

TOMÁS BRETÓN (1850–1923)
11–13 La Verbena de la Paloma (excerpts)
Ángeles Chamorro, Alicia de la Victoria, sopranos · Norma Lerer, contralto
Angel Custodio, Gregorio Gil, Carlo del Monte, tenors
Rafael Enderis, baritone
Julio Catania, Jesus Coiras, José Granados, Antonio Lagar, José Le Matt, basses
Coro y Orquesta Sinfónica de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

CD 26
MANUEL PENELLA (1880–1939)
El Gato Montés: Pasadoble

FRANCISCO ALONSO (1887–1948)
La Calesera: Dice el Rey que le debe guardar

RUPERTO CHAPÍ Y LORENTE (1851–1909)
3–4 La Revoltosa (excerpts)

FEDERICO CHUECA (1846–1908)
Agua, Azucarillos y Aguardiente: Vivimos en la Ronda de Embajadores

GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
La Tempranica: Zapateado
La boda de Luis Alonso: Intermedio

RUPERTO CHAPÍ Y LORENTE (1851–1909)
El tambor de Granaderos: Preludio

FRANCISCO ASENJO BARBIERI (1823–1894)
9–11 El barberillo de Lavapiés (excerpts)

RUPERTO CHAPI Y LORENTE (1851–1909)
12 El Rey que Rabio: Coro de doctores

GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
13 Enseñanza Libre: Gavota

MANUEL FERNANDEZ-CABALLERO (1835–1906)
14 Gigantes y Cabezudos: Jota
Ángeles Chamorro, Alicia de la Victoria, sopranos · Norma Lerer, contralto
Carlo del Monte, José Antonio Viñe, tenors · Antonio Lagar, bass
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

IGOR MARKEVITCH
*FIRST COMPLETE RELEASE ON CD OF ‘ANTOLOGIA DE LA ZARZUELA’

STEREO RECORDINGS

On attend maintenant avec autant d’impatience le coffret Eloquence Deutsche Grammophon !

Les chefs de l’été (X) : Igor Markevitch et la zarzuela

Dans un billet de… 2015, je regrettais que le centenaire de la naissance d’Igor Markevitch (1912-1983) fût passé inaperçu et je remerciais Warner d’avoir – un peu – rattrapé le coup avec un coffret intéressant. Mais je notais : Mais rien du côté de chez Universal ! Pourtant le catalogue Markevitch chez Philipset Deutsche Grammophon est très loin d’être négligeable. N’y a-t-il plus personne dans les équipes de cette major qui connaisse la richesse et la variété des catalogues de ces marques prestigieuses ?

Six ans après, j’ai été entendu, puisque l’infatigable Cyrus Meher-Homji (lire La fête de Meher), responsable de la branche classique d’Universal Australie, et à ce titre de la magnifique collection Eloquence, propose dans les semaines à venir de nous restituer la totalité des enregistrements d’Igor Markevitch pour Philips et Deutsche Grammophon.

Dans le coffret Philips il y aura de vraies raretés, que j’avais pu acheter en Espagne, mais jamais revues ailleurs depuis, notamment un disque d’extraits de zarzuelas – le coffret à venir en annonce deux !.

Les chanteurs, les choeurs, et même l’orchestre de la radio-TV espagnole sont parfois fâchés avec la justesse, mais inutile de dire que Markevitch donne l’impression d’être né dans cet univers si particulier de l’opérette espagnole (et même madrilène si on veut être historiquement plus précis).

Du soleil pour clore cette série estivale !

La fête de Meher

On – l’intéressé en premier ? – me pardonnera, je l’espère, ce jeu de mots de circonstance – en France la Fête des mères est toujours le dernier dimanche de mai, à la différence de quasiment tous les autres pays !.

C’est un personnage que les discophiles chevronnés connaissent au moins de nom, un Australien au palmarès impressionnant (voir sa notice sur Linkedin) : Cyrus Meher-Homji. A ce titre, il est le responsable de la collection Eloquence, aujourd’hui très largement distribuée dans le monde entier, mais que, pendant quelques années, j’ai dû acheter par correspondance… en Australie !

Je ne sais pas si, dans l’univers de la musique classique, Cyrus Meher-Homji a un équivalent encore en activité. J’en doute. Il est le seul, à ma connaissance, à aussi bien connaître et explorer les fonds et tréfonds de l’immense catalogue constitué par Philips, Decca, Deutsche Grammophon, labels historiques aujourd’hui rassemblés sous la bannière d’Universal.

Dorati

En septembre dernier, je me réjouissais de retrouver des Mozart et des Haydn de Dorati, qui avaient échappé aux rééditions Decca ou Mercury du chef hongrois (lire Haydn dans les Pyrénées)

Kubelik

J’attends avec impatience un coffret commandé il y a quelques semaines, les enregistrés réalisés au tournant des années 50 par Rafael Kubelik pour Decca

Des disques que j’ai déjà, en CD séparés, mais qui vont ressortir dans un son nouveau, « remastérisé ».

Et puis, l’avantage considérable de cette collection et du travail de Cyrus Meher-Homji, c’est de nous donner à redécouvrir, et parfois découvrir tout court, des artistes demeurés dans une ombre que leur talent n’aurait pas dû leur infliger, jusqu’à des noms dont je n’avais jamais entendu parler.

Ainsi d’Anja Thauer (1945-1973), une violoncelliste allemande lumineuse, qui va se suicider à 28 ans, à cause d’une histoire d’amour impossible (lire : Anja Thauer. On l’a comparée à Jacqueline du Pré, autre musicienne exceptionnelle, arrêtée dans son élan par la maladie (la sclérose en plaques).

Le violoniste roumain Ion Voicu (1923-1997) avait lui aussi disparu des radars, quelques disques en Allemagne de l’Est encore trouvables sur le label Berlin Classics.

Ici une belle réédition qui rend hommage à un art du violon « natif » de Roumanie.

Il y a parfois des sommes sans doute utiles à certains collectionneurs, mais sur la pertinence desquelles on peut s’interroger. Je suis loin de partager l’enthousiasme de certains amis sur la réédition de ce coffret. La pianiste Ruth Slenczynska, 96 ans aujourd’hui, a d’évidences qualités de virtuosité, mais un jeu qui confine parfois à la sécheresse, affaire de prise de son ?

Ses études de Chopin respirent large, ce qui est n’est pas pour me déplaire :

Il y a un peu plus d’un mois, j’avais loué la réédition, si attendue, des enregistrements du chef suisse Peter Maag (voir Peter le Suisse) en regrettant une étrange prise de son, pourtant annoncée comme « stéréo », pour un disque de concertos avec Fou Ts’ong. Cyrus Meher-Homji m’avait lui-même répondu en signalant, en toute transparence, qu’il n’avait pu remettre la main sur la bande originale en stéréo.

Dans ce blog, les citations des publications de cette collection sont innombrables.

Je signale que le site britannique prestomusic.com fait actuellement une promotion très intéressante sur l’ensemble de la collection…

En tout cas on doit un fier coup de chapeau à Cyrus Meher-Homji. On a hâte qu’il continue de nous restituer ce qui nous semble une inépuisable réserve de trésors, corrigeant au passage les erreurs ou les oublis des maisons-mères (Deutsche Grammophon ou Decca) comme il l’avait fait pour Eugen Jochum

Peter le Suisse

Il est mort il y a vingt ans, le 16 avril 2001. Il n’a jamais été une star de la baguette, même s’il a attiré très tôt l’attention du public, de ses confrères chefs, par des dons précoces.

Peter Maag est l’un des rares chefs d’orchestre suisses, avec Ernest Ansermet, Armin Jordan ou Silvio Varviso à avoir fait une carrière internationale au XXème siècle. Né le 10 mai 1919 à Saint-Gall, il est mort à Vérone. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’avait pas le sens de l’auto-promotion et ne recherchait ni les honneurs ni les postes.

La collection Eloquence de Decca vient rappeler, en un coffret de 20 CD, l’originalité du talent de Peter Maag, des disques réalisés pour l’essentiel au début de sa carrière pour Decca ou, plus rarement, pour Deutsche Grammophon.

Mozart d’abord, dont Peter Maag fut l’un des hérauts. Malheureusement une discographie très hétérogène, avec des labels, des orchestres très divers.

Une leçon de style, comme dans Schubert, Mendelssohn ou Brahms.

Peter Maag n’a jamais eu de poste fixe, sauf à Berne dans les années 1990. Il était trop indépendant, ou trop dépendant de ses humeurs, refusant le poids de la célébrité. Après avoir triomphé à l’opéra au début des années 60, il se retire deux ans durant dans un monastère bouddhiste !

Maurizio Jacobi évoque de jolis souvenirs des dernières années italiennes de Peter Maag :

D’un point de vue artistique, il était certainement un grand chef d’orchestre ; quelques gestes, souvent sans baguette et avec des mains qui semblaient rétrécies ; mais des gestes essentiels et très clairs. Et puis, il avait un sens de la narration fluide et de la structure globale.
Il avait beaucoup de métier, mais c’était avant tout un artiste ; s’il n’était pas d’humeur, il semblait s’ennuyer ; d’où une certaine réputation de discontinuité, et pourtant il y avait toujours un moment où l’on avait l’impression, même dans les répertoires les plus connus, de découvrir des beautés que l’on n’avait jamais saisies auparavant : de vrais trucs de musicien.

Personnellement, je préfère encore cela à la perfection ou à l’exécution parfaite de chefs d’orchestre célèbres dirigeant des orchestres d’une impeccable froideur.
Maag en revanche ne dédaignait pas de diriger des orchestres « mineurs », dont il pouvait tirer un son bien à lui, transparent, jamais écrasant même dans les fortissimi.
Il cherchait un équilibre « mozartien » ; et justement, Mozart est un compositeur d’une mystérieuse ambiguïté, avec un risque très élevé d’interprétation incomplète ou de fausse représentation.
Avec Mozart notamment, Maag a atteint des sommets d’interprétation, anticipant même les critères philologiques actuels, qu’il n’appréciait pas particulièrement.
(in Wanderersite.com).

Merci à Cyrus Meher-Homji, le responsable de cette collection Eloquence, qui explore, remet au jour, revivifie des trésors parfois oubliés ou négligés de l’immense fonds Decca, Philipe ou Deutsche Grammophon.

C’est à lui qu’on doit ces 20 CD

Seule déception de ce coffret, le disque de concertos de Schumann et Chopin enregistré pourtant en 1962 – en stéréo – Londres par le magnifique pianiste chinois disparu il y a quelques mois, Fou Ts’ong. Prise de son très médiocre en mono ! Cyrus Meher-Homji a reconnu que les bandes originales avaient été perdues, et qu’il ne disposait que de cette prise.

Mozart: Serenade No. 4 in D major, K203 ‘Colloredo’

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Serenade No. 9 in D major, K320 ‘Posthorn’

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 28 in C major, K200

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 29 in A major, K201

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 34 in C major, K338

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 32 in G major, K318

  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Clarinet Concerto in A major, K622

  • Gervase de Peyer (clarinet)
  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Horn Concertos Nos. 1-4

  • Barry Tuckwell (horn)
  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Piano Concerto No. 13 in C major, K415

  • Julius Katchen (piano), Peter Maag
  • New Symphony Orchestra of London

Mozart: Piano Concerto No. 20 in D minor, K466

  • Julius Katchen (piano), New Symphony Orchestra of London, Peter Maag

Mozart: Violin Concerto No. 3 in G major, K216

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Adagio for Violin and Orchestra in E, K261

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Violin Concerto No. 5 in A major, K219 ‘Turkish’

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Rondo for Violin and Orchestra in C, K373

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Notturno in D major K286

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Serenade No. 6 in D major, K239 ‘Serenata Notturna’

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Lucio Silla, K135: Overture

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Thamos, König in Ägypten, KV 345: four interludes

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (6), K509

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (6), K600

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (4), K602

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (3), K605

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Madamina, il catalogo è questo (from Don Giovanni)

  • Fernando Corena (bass), Peter Maag
  • Orchestre de la Suisse Romande

Mozart: Se vuol ballare (from Le nozze di Figaro)

  • Fernando Corena (bass), Peter Maag
  • Orchestre de la Suisse Romande

Mozart: Ah se in ciel, benigne stelle, K538

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Mass in C minor, K427 ‘Great’ – Et incarnatus est

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Exsultate, jubilate, K165 – Alleluia

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mendelssohn: Symphony No. 3 in A minor, Op. 56 ‘Scottish’

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mendelssohn: Hebrides Overture, Op. 26

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mendelssohn: A Midsummer Night’s Dream – incidental music, Op. 61

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Chopin: Les Sylphides (arr.Douglas)

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: Guillaume Tell Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: La Cenerentola Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: Semiramide Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: La gazza ladra Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Delibes: La Source – suite

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Tchaikovsky: Piano Concerto No. 1 in B flat minor, Op. 23

  • Peter Jablonski (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Grieg: Piano Concerto in A minor, Op. 16

  • Peter Jablonski (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Paër: Leonora

  • Siegfried Jerusalem (tenor), Ursula Koszut, Giorgio Tadeo, Edita Gruberova (soprano), Peter Maag
  • Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks

Verdi: Luisa Miller

  • Montserrat Caballé (soprano), Luciano Pavarotti (tenor), Sherrill Milnes (baritone), Peter Maag
  • National Philharmonic Orchestra

Bellini: Oboe Concerto in E flat major

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Salieri: Concerto in C major for flute & oboe

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Cimarosa: Oboe Concerto in C major / C minor

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Donizetti: Concertino for English horn and orchestra in G major

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Dvořák: Violin Concerto in A minor, Op. 53

  • Edith Peinemann (violin), Peter Maag
  • Czech Philharmonic Orchestra

Ravel: Tzigane

  • Edith Peinemann (violin), Peter Maag
  • Czech Philharmonic Orchestra

Wagner: In fernem Land (from Lohengrin)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Inbrunst im Herzen (from Tannhäuser)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Nur eine Waffe taugt (from Parsifal)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Winterstürme wichen dem Wonnemond (from Die Walküre)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Ein Schwert verhieß mir der Vater (from Die Walküre)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Nothung! Nothung! Neidliches Schwert! (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Hoho! Hoho! Hohei! Schmiede, mein Hammer, ein hartes Schwert! (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Dass der mein Vater nicht ist (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Brünnhilde, heilige Braut! (from Götterdammerung)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Beethoven: Gott! Welch Dunkel hier! (from Fidelio)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Weber: Nein! länger trag’ ich nicht die Qualen…Durch die Wälder (from Der Freischütz)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Schumann: Piano Concerto in A minor, Op. 54

  • Fou Ts’ong (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Chopin: Piano Concerto No. 2 in F minor, Op. 21

  • Fou Ts’ong (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mauvais traitements (IV) : une affaire de tempo

J’ai commencé cette série de chroniques par Schubert (Quand ça se termine mal pour Schubert) et j’y reviens aujourd’hui… pour les mêmes raisons.

Schubert est le compositeur de l’intime, de la tendresse, de la douleur retenue, des bonheurs simples et bucoliques.

Dans ses symphonies, les indications de tempo sont tout sauf précises, elles donnent une idée, une allure, de ce que le compositeur avait en tête. D’où des différences, parfois abyssales.

Allegro moderato (6ème symphonie)

Le meilleur exemple en est donné par le finale de la 6ème symphonie marqué « allegro moderato » (bel oxymore !)

Karl Böhm penche nettement du côté moderato :

Mais il est largement battu par un Harnoncourt soporifique !

Le jeune Lorin Maazel, en 1961, oublie complètement le « moderato »

Quarante ans plus tard, il récidive en public avec l’orchestre symphonique de la radio bavaroise – dont il fut le directeur musical de 1993 à 2002.

Ecouter à partir de 17’12

Si le chef américain voulait démontrer la virtuosité collective de son orchestre, c’est réussi. En revanche, on est à des lustres de l’humeur joyeuse de Schubert, plutôt dans une bande-son d’un Tom and Jerry ! À côté de la plaque.

Dans la jeune génération, Andres Orozco Estrada fait la preuve qu’on peut adopter un tempo rapide et varier les atmosphères : la reprise du thème comme un écho alenti de l’allégresse initiale, une trouvaille ! Et quel magnifique orchestre ! à partir de 22’02

A l’inverse, on ne pourra pas accuser René Jacobs d’irrégularité métronomique. Ce dernier mouvement avance désespérément tout droit, comme si le chef s’y ennuyait, avant de décider de bousculer la coda pour en finir !

Et si les clés de cet « allegro moderato » se trouvaient dans la version du Viennois Josef Krips ? Tout y est, un tempo alerte, l’humeur joyeuse qui musarde, s’attarde, la respiration collective d’un orchestre dont ce n’était pas le répertoire d’élection.

Andante (9ème symphonie)

Je ne devrais pas l’écrire, mais, s’agissant de la « Grande » 9ème symphonie de Schubert, je ne trouve pas ses longueurs toujours « divines« , pour reprendre un mot prêté à Schumann qui se démena pour faire créer l’oeuvre, le 21 mars 1839, neuf ans après la mort du compositeur (c’est Mendelssohn qui dirigeait l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig !).

De nouveau, la question du tempo se pose dans l’andante initial, confié au cor solo. Le tempo mais surtout l’esprit, le phrasé. C’est peu dire qu’indépendamment des générations, les chefs abordent l’oeuvre très différemment.

Il y a d’abord un problème de matériel : sur les partitions les plus anciennes, cet andante est indiqué à 4/4, sur les plus récentes (et donc les plus conformes au manuscrit de Schubert), il est à C barré autrement dit 2/2, et donc deux fois plus rapide..

Et ce n’est pas qu’affaire de tempo, mais d’articulation, de phrasé, d’imagination aussi.

Si l’on prend la version de Georg Solti qu’on présente souvent comme une référence, on a un bel exemple de lenteur scolaire, peu inspirée…

Charles Munch paraît presque précipité en comparaison, en tout cas il est « allant », vraiment andante !

Wolfgang Sawallisch qui a laissé l’une des plus belles (et l’une des premières) intégrales des symphonies de Schubert dans les années 60 avec la Staatskapelle de Dresde, nous donne ici au soir de sa carrière, avec les glorieux Wiener Philharmoniker, une version magnifiquement équilibrée

Une autre proposition « viennoise » qui retient l’attention est celle de John Eliot Gardiner

C’est d’un natif de Vienne que vient cette toute récente version – que j’avais chroniquée pour DiapasonChristoph von Dohnanyi dirigeait le Philharmonia de Londres le 1er octobre 2015. Et comme je l’écrivais : les choses commencent bien : le vieux chef entame la symphonie d’un pas alerte, un authentique andante, là où tant d’autres posent des pieds de plomb, mais dans l’allegro ma non troppo qui suit (avec toutes les reprises !) l’ennui va progressivement s’installer, qui ne se dissipera pas avec un 2 ème mouvement (andante con moto) rythmiquement instable. Le scherzo manque de rebond et de tendresse – on devrait y entendre l’écho des Ländler et autres
danses populaires viennoises chères à Schubert – et le finale tourne en rond comme épuisé, malgré quelques sursauts inopinés des timbales !

Je me demande si, à tout prendre, ce n’est pas Carlo Maria Giulini qui a réussi la version la plus aboutie de toute la discographie, en 1976 avec l’orchestre symphonique de Chicago. Un début qui donne envie de parcourir jusqu’au bout cette bien longue symphonie, avec un finale fulgurant, qui nous rappelle que Schubert n’avait pas 30 ans lorsqu’il composa son ultime chef-d’oeuvre symphonique !