Les chefs de l’été (X) : Igor Markevitch et la zarzuela

Dans un billet de… 2015, je regrettais que le centenaire de la naissance d’Igor Markevitch (1912-1983) fût passé inaperçu et je remerciais Warner d’avoir – un peu – rattrapé le coup avec un coffret intéressant. Mais je notais : Mais rien du côté de chez Universal ! Pourtant le catalogue Markevitch chez Philipset Deutsche Grammophon est très loin d’être négligeable. N’y a-t-il plus personne dans les équipes de cette major qui connaisse la richesse et la variété des catalogues de ces marques prestigieuses ?

Six ans après, j’ai été entendu, puisque l’infatigable Cyrus Meher-Homji (lire La fête de Meher), responsable de la branche classique d’Universal Australie, et à ce titre de la magnifique collection Eloquence, propose dans les semaines à venir de nous restituer la totalité des enregistrements d’Igor Markevitch pour Philips et Deutsche Grammophon.

Dans le coffret Philips il y aura de vraies raretés, que j’avais pu acheter en Espagne, mais jamais revues ailleurs depuis, notamment un disque d’extraits de zarzuelas – le coffret à venir en annonce deux !.

Les chanteurs, les choeurs, et même l’orchestre de la radio-TV espagnole sont parfois fâchés avec la justesse, mais inutile de dire que Markevitch donne l’impression d’être né dans cet univers si particulier de l’opérette espagnole (et même madrilène si on veut être historiquement plus précis).

Du soleil pour clore cette série estivale !

La fête de Meher

On – l’intéressé en premier ? – me pardonnera, je l’espère, ce jeu de mots de circonstance – en France la Fête des mères est toujours le dernier dimanche de mai, à la différence de quasiment tous les autres pays !.

C’est un personnage que les discophiles chevronnés connaissent au moins de nom, un Australien au palmarès impressionnant (voir sa notice sur Linkedin) : Cyrus Meher-Homji. A ce titre, il est le responsable de la collection Eloquence, aujourd’hui très largement distribuée dans le monde entier, mais que, pendant quelques années, j’ai dû acheter par correspondance… en Australie !

Je ne sais pas si, dans l’univers de la musique classique, Cyrus Meher-Homji a un équivalent encore en activité. J’en doute. Il est le seul, à ma connaissance, à aussi bien connaître et explorer les fonds et tréfonds de l’immense catalogue constitué par Philips, Decca, Deutsche Grammophon, labels historiques aujourd’hui rassemblés sous la bannière d’Universal.

Dorati

En septembre dernier, je me réjouissais de retrouver des Mozart et des Haydn de Dorati, qui avaient échappé aux rééditions Decca ou Mercury du chef hongrois (lire Haydn dans les Pyrénées)

Kubelik

J’attends avec impatience un coffret commandé il y a quelques semaines, les enregistrés réalisés au tournant des années 50 par Rafael Kubelik pour Decca

Des disques que j’ai déjà, en CD séparés, mais qui vont ressortir dans un son nouveau, « remastérisé ».

Et puis, l’avantage considérable de cette collection et du travail de Cyrus Meher-Homji, c’est de nous donner à redécouvrir, et parfois découvrir tout court, des artistes demeurés dans une ombre que leur talent n’aurait pas dû leur infliger, jusqu’à des noms dont je n’avais jamais entendu parler.

Ainsi d’Anja Thauer (1945-1973), une violoncelliste allemande lumineuse, qui va se suicider à 28 ans, à cause d’une histoire d’amour impossible (lire : Anja Thauer. On l’a comparée à Jacqueline du Pré, autre musicienne exceptionnelle, arrêtée dans son élan par la maladie (la sclérose en plaques).

Le violoniste roumain Ion Voicu (1923-1997) avait lui aussi disparu des radars, quelques disques en Allemagne de l’Est encore trouvables sur le label Berlin Classics.

Ici une belle réédition qui rend hommage à un art du violon « natif » de Roumanie.

Il y a parfois des sommes sans doute utiles à certains collectionneurs, mais sur la pertinence desquelles on peut s’interroger. Je suis loin de partager l’enthousiasme de certains amis sur la réédition de ce coffret. La pianiste Ruth Slenczynska, 96 ans aujourd’hui, a d’évidences qualités de virtuosité, mais un jeu qui confine parfois à la sécheresse, affaire de prise de son ?

Ses études de Chopin respirent large, ce qui est n’est pas pour me déplaire :

Il y a un peu plus d’un mois, j’avais loué la réédition, si attendue, des enregistrements du chef suisse Peter Maag (voir Peter le Suisse) en regrettant une étrange prise de son, pourtant annoncée comme « stéréo », pour un disque de concertos avec Fou Ts’ong. Cyrus Meher-Homji m’avait lui-même répondu en signalant, en toute transparence, qu’il n’avait pu remettre la main sur la bande originale en stéréo.

Dans ce blog, les citations des publications de cette collection sont innombrables.

Je signale que le site britannique prestomusic.com fait actuellement une promotion très intéressante sur l’ensemble de la collection…

En tout cas on doit un fier coup de chapeau à Cyrus Meher-Homji. On a hâte qu’il continue de nous restituer ce qui nous semble une inépuisable réserve de trésors, corrigeant au passage les erreurs ou les oublis des maisons-mères (Deutsche Grammophon ou Decca) comme il l’avait fait pour Eugen Jochum

Peter le Suisse

Il est mort il y a vingt ans, le 16 avril 2001. Il n’a jamais été une star de la baguette, même s’il a attiré très tôt l’attention du public, de ses confrères chefs, par des dons précoces.

Peter Maag est l’un des rares chefs d’orchestre suisses, avec Ernest Ansermet, Armin Jordan ou Silvio Varviso à avoir fait une carrière internationale au XXème siècle. Né le 10 mai 1919 à Saint-Gall, il est mort à Vérone. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’avait pas le sens de l’auto-promotion et ne recherchait ni les honneurs ni les postes.

La collection Eloquence de Decca vient rappeler, en un coffret de 20 CD, l’originalité du talent de Peter Maag, des disques réalisés pour l’essentiel au début de sa carrière pour Decca ou, plus rarement, pour Deutsche Grammophon.

Mozart d’abord, dont Peter Maag fut l’un des hérauts. Malheureusement une discographie très hétérogène, avec des labels, des orchestres très divers.

Une leçon de style, comme dans Schubert, Mendelssohn ou Brahms.

Peter Maag n’a jamais eu de poste fixe, sauf à Berne dans les années 1990. Il était trop indépendant, ou trop dépendant de ses humeurs, refusant le poids de la célébrité. Après avoir triomphé à l’opéra au début des années 60, il se retire deux ans durant dans un monastère bouddhiste !

Maurizio Jacobi évoque de jolis souvenirs des dernières années italiennes de Peter Maag :

D’un point de vue artistique, il était certainement un grand chef d’orchestre ; quelques gestes, souvent sans baguette et avec des mains qui semblaient rétrécies ; mais des gestes essentiels et très clairs. Et puis, il avait un sens de la narration fluide et de la structure globale.
Il avait beaucoup de métier, mais c’était avant tout un artiste ; s’il n’était pas d’humeur, il semblait s’ennuyer ; d’où une certaine réputation de discontinuité, et pourtant il y avait toujours un moment où l’on avait l’impression, même dans les répertoires les plus connus, de découvrir des beautés que l’on n’avait jamais saisies auparavant : de vrais trucs de musicien.

Personnellement, je préfère encore cela à la perfection ou à l’exécution parfaite de chefs d’orchestre célèbres dirigeant des orchestres d’une impeccable froideur.
Maag en revanche ne dédaignait pas de diriger des orchestres « mineurs », dont il pouvait tirer un son bien à lui, transparent, jamais écrasant même dans les fortissimi.
Il cherchait un équilibre « mozartien » ; et justement, Mozart est un compositeur d’une mystérieuse ambiguïté, avec un risque très élevé d’interprétation incomplète ou de fausse représentation.
Avec Mozart notamment, Maag a atteint des sommets d’interprétation, anticipant même les critères philologiques actuels, qu’il n’appréciait pas particulièrement.
(in Wanderersite.com).

Merci à Cyrus Meher-Homji, le responsable de cette collection Eloquence, qui explore, remet au jour, revivifie des trésors parfois oubliés ou négligés de l’immense fonds Decca, Philipe ou Deutsche Grammophon.

C’est à lui qu’on doit ces 20 CD

Seule déception de ce coffret, le disque de concertos de Schumann et Chopin enregistré pourtant en 1962 – en stéréo – Londres par le magnifique pianiste chinois disparu il y a quelques mois, Fou Ts’ong. Prise de son très médiocre en mono ! Cyrus Meher-Homji a reconnu que les bandes originales avaient été perdues, et qu’il ne disposait que de cette prise.

Mozart: Serenade No. 4 in D major, K203 ‘Colloredo’

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Serenade No. 9 in D major, K320 ‘Posthorn’

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 28 in C major, K200

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 29 in A major, K201

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 34 in C major, K338

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 32 in G major, K318

  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Clarinet Concerto in A major, K622

  • Gervase de Peyer (clarinet)
  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Horn Concertos Nos. 1-4

  • Barry Tuckwell (horn)
  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Piano Concerto No. 13 in C major, K415

  • Julius Katchen (piano), Peter Maag
  • New Symphony Orchestra of London

Mozart: Piano Concerto No. 20 in D minor, K466

  • Julius Katchen (piano), New Symphony Orchestra of London, Peter Maag

Mozart: Violin Concerto No. 3 in G major, K216

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Adagio for Violin and Orchestra in E, K261

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Violin Concerto No. 5 in A major, K219 ‘Turkish’

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Rondo for Violin and Orchestra in C, K373

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Notturno in D major K286

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Serenade No. 6 in D major, K239 ‘Serenata Notturna’

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Lucio Silla, K135: Overture

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Thamos, König in Ägypten, KV 345: four interludes

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (6), K509

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (6), K600

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (4), K602

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (3), K605

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Madamina, il catalogo è questo (from Don Giovanni)

  • Fernando Corena (bass), Peter Maag
  • Orchestre de la Suisse Romande

Mozart: Se vuol ballare (from Le nozze di Figaro)

  • Fernando Corena (bass), Peter Maag
  • Orchestre de la Suisse Romande

Mozart: Ah se in ciel, benigne stelle, K538

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Mass in C minor, K427 ‘Great’ – Et incarnatus est

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Exsultate, jubilate, K165 – Alleluia

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mendelssohn: Symphony No. 3 in A minor, Op. 56 ‘Scottish’

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mendelssohn: Hebrides Overture, Op. 26

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mendelssohn: A Midsummer Night’s Dream – incidental music, Op. 61

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Chopin: Les Sylphides (arr.Douglas)

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: Guillaume Tell Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: La Cenerentola Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: Semiramide Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: La gazza ladra Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Delibes: La Source – suite

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Tchaikovsky: Piano Concerto No. 1 in B flat minor, Op. 23

  • Peter Jablonski (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Grieg: Piano Concerto in A minor, Op. 16

  • Peter Jablonski (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Paër: Leonora

  • Siegfried Jerusalem (tenor), Ursula Koszut, Giorgio Tadeo, Edita Gruberova (soprano), Peter Maag
  • Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks

Verdi: Luisa Miller

  • Montserrat Caballé (soprano), Luciano Pavarotti (tenor), Sherrill Milnes (baritone), Peter Maag
  • National Philharmonic Orchestra

Bellini: Oboe Concerto in E flat major

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Salieri: Concerto in C major for flute & oboe

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Cimarosa: Oboe Concerto in C major / C minor

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Donizetti: Concertino for English horn and orchestra in G major

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Dvořák: Violin Concerto in A minor, Op. 53

  • Edith Peinemann (violin), Peter Maag
  • Czech Philharmonic Orchestra

Ravel: Tzigane

  • Edith Peinemann (violin), Peter Maag
  • Czech Philharmonic Orchestra

Wagner: In fernem Land (from Lohengrin)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Inbrunst im Herzen (from Tannhäuser)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Nur eine Waffe taugt (from Parsifal)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Winterstürme wichen dem Wonnemond (from Die Walküre)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Ein Schwert verhieß mir der Vater (from Die Walküre)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Nothung! Nothung! Neidliches Schwert! (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Hoho! Hoho! Hohei! Schmiede, mein Hammer, ein hartes Schwert! (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Dass der mein Vater nicht ist (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Brünnhilde, heilige Braut! (from Götterdammerung)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Beethoven: Gott! Welch Dunkel hier! (from Fidelio)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Weber: Nein! länger trag’ ich nicht die Qualen…Durch die Wälder (from Der Freischütz)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Schumann: Piano Concerto in A minor, Op. 54

  • Fou Ts’ong (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Chopin: Piano Concerto No. 2 in F minor, Op. 21

  • Fou Ts’ong (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mauvais traitements (IV) : une affaire de tempo

J’ai commencé cette série de chroniques par Schubert (Quand ça se termine mal pour Schubert) et j’y reviens aujourd’hui… pour les mêmes raisons.

Schubert est le compositeur de l’intime, de la tendresse, de la douleur retenue, des bonheurs simples et bucoliques.

Dans ses symphonies, les indications de tempo sont tout sauf précises, elles donnent une idée, une allure, de ce que le compositeur avait en tête. D’où des différences, parfois abyssales.

Allegro moderato (6ème symphonie)

Le meilleur exemple en est donné par le finale de la 6ème symphonie marqué « allegro moderato » (bel oxymore !)

Karl Böhm penche nettement du côté moderato :

Mais il est largement battu par un Harnoncourt soporifique !

Le jeune Lorin Maazel, en 1961, oublie complètement le « moderato »

Quarante ans plus tard, il récidive en public avec l’orchestre symphonique de la radio bavaroise – dont il fut le directeur musical de 1993 à 2002.

Ecouter à partir de 17’12

Si le chef américain voulait démontrer la virtuosité collective de son orchestre, c’est réussi. En revanche, on est à des lustres de l’humeur joyeuse de Schubert, plutôt dans une bande-son d’un Tom and Jerry ! À côté de la plaque.

Dans la jeune génération, Andres Orozco Estrada fait la preuve qu’on peut adopter un tempo rapide et varier les atmosphères : la reprise du thème comme un écho alenti de l’allégresse initiale, une trouvaille ! Et quel magnifique orchestre ! à partir de 22’02

A l’inverse, on ne pourra pas accuser René Jacobs d’irrégularité métronomique. Ce dernier mouvement avance désespérément tout droit, comme si le chef s’y ennuyait, avant de décider de bousculer la coda pour en finir !

Et si les clés de cet « allegro moderato » se trouvaient dans la version du Viennois Josef Krips ? Tout y est, un tempo alerte, l’humeur joyeuse qui musarde, s’attarde, la respiration collective d’un orchestre dont ce n’était pas le répertoire d’élection.

Andante (9ème symphonie)

Je ne devrais pas l’écrire, mais, s’agissant de la « Grande » 9ème symphonie de Schubert, je ne trouve pas ses longueurs toujours « divines« , pour reprendre un mot prêté à Schumann qui se démena pour faire créer l’oeuvre, le 21 mars 1839, neuf ans après la mort du compositeur (c’est Mendelssohn qui dirigeait l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig !).

De nouveau, la question du tempo se pose dans l’andante initial, confié au cor solo. Le tempo mais surtout l’esprit, le phrasé. C’est peu dire qu’indépendamment des générations, les chefs abordent l’oeuvre très différemment.

Il y a d’abord un problème de matériel : sur les partitions les plus anciennes, cet andante est indiqué à 4/4, sur les plus récentes (et donc les plus conformes au manuscrit de Schubert), il est à C barré autrement dit 2/2, et donc deux fois plus rapide..

Et ce n’est pas qu’affaire de tempo, mais d’articulation, de phrasé, d’imagination aussi.

Si l’on prend la version de Georg Solti qu’on présente souvent comme une référence, on a un bel exemple de lenteur scolaire, peu inspirée…

Charles Munch paraît presque précipité en comparaison, en tout cas il est « allant », vraiment andante !

Wolfgang Sawallisch qui a laissé l’une des plus belles (et l’une des premières) intégrales des symphonies de Schubert dans les années 60 avec la Staatskapelle de Dresde, nous donne ici au soir de sa carrière, avec les glorieux Wiener Philharmoniker, une version magnifiquement équilibrée

Une autre proposition « viennoise » qui retient l’attention est celle de John Eliot Gardiner

C’est d’un natif de Vienne que vient cette toute récente version – que j’avais chroniquée pour DiapasonChristoph von Dohnanyi dirigeait le Philharmonia de Londres le 1er octobre 2015. Et comme je l’écrivais : les choses commencent bien : le vieux chef entame la symphonie d’un pas alerte, un authentique andante, là où tant d’autres posent des pieds de plomb, mais dans l’allegro ma non troppo qui suit (avec toutes les reprises !) l’ennui va progressivement s’installer, qui ne se dissipera pas avec un 2 ème mouvement (andante con moto) rythmiquement instable. Le scherzo manque de rebond et de tendresse – on devrait y entendre l’écho des Ländler et autres
danses populaires viennoises chères à Schubert – et le finale tourne en rond comme épuisé, malgré quelques sursauts inopinés des timbales !

Je me demande si, à tout prendre, ce n’est pas Carlo Maria Giulini qui a réussi la version la plus aboutie de toute la discographie, en 1976 avec l’orchestre symphonique de Chicago. Un début qui donne envie de parcourir jusqu’au bout cette bien longue symphonie, avec un finale fulgurant, qui nous rappelle que Schubert n’avait pas 30 ans lorsqu’il composa son ultime chef-d’oeuvre symphonique !

La découverte de la musique (XV) : Hans Schmidt-Isserstedt

C’était un nom qui plaisait à l’apprenti germaniste que j’étais, quelque chose de bien allemand, et d’imprononçable pour un francophone : Hans Schmidt-Isserstedt (= Isseur-chtett) 1900-1973.

Les danses hongroises de Brahms

Du temps où je fréquentais l’arrière-boutique de la Librairie des Etudiants, rue Gambetta à Poitiers, où se trouvait un excellent rayon de disques classiques (et un disquaire en blouse grise, comme déjà on n’en faisait plus, qui chuintait, et déformait à l’envi les noms illustres qu’il lisait sur les pochettes : Giulini devenait Gü-y-lini !), je me repliais presque toujours sur les collections très bon marché – ou j’attendais les soldes – pour assouvir ma soif de disques avec le bien maigre budget dont je disposais. C’est ainsi que, plus par hasard que par choix, j’acquis ma première intégrale des Danses hongroises de Brahms sous la baguette du fameux Hans Schmidt-Isserstedt dirigeant un orchestre encore mystérieux pour moi à l’époque, le North German Radio symphony orchestra, autrement dit l’orchestre de la radio du nord de l’Allemagne (Norddeutscher Rundfunk), à Hamburg, fondé en 1945, que H S-I. dirigea jusqu’en 1971.

Une intégrale que j’ai longtemps désespéré voir rééditée en CD, et qui le fut il y a une dizaine d’années par Universal Accord : indispensable !

La sérénade pour cordes de Dvořák 

Comme je l’ai déjà raconté (lire : La découverte de la musique : Georges et Christian)

ma bonne ville de Poitiers au début des années 70 c’était morne plaine en matière de musique classique – à l’exception très notable de la formidable activité des Jeunesses Musicales de France -. C’est au cours d’un concert des premières « Rencontres musicales de Poitiers » que j’entendis pour la première fois la Sérénade pour cordes de Dvořák avec l’Orchestre de chambre de Prague dirigé de son premier violon par Josef Vlach !

Quelques années plus tard, je trouverai en Allemagne un 33 tours en collection « économique » de cette Sérénade pour cordes qui m’avait tellement séduit. Rebelote : à nouveau Hans Schmidt-Isserstedt !

Les deux sérénades de Dvořák ont fait l’objet d’une superbe réédition récente dans la collection Eloquence :

On note que les sept Danses hongroises de Brahms qui figurent sur le CD 1 ne font pas partie de l’enregistrement de 1961 cité plus haut, elles ont été captées – en mono – en 1953.

La Pastorale

C’est toujours en Allemagne que j’aborderai le Beethoven de Schmidt-Isserstedt.

Prélude à l’acquisition d’une intégrale qui ne quittera plus le premier rayon de ma discothèque : Beethoven 250 Schmidt-Isserstedt

Le compagnonnage discographique avec ce chef ne cessera plus. On en reparlera !

Les raretés du confinement (X) : Rimbaud, Orozco, Susskind, Seefried, Lalo, Saint-Saëns etc.

#Confinement2 Une rubrique quotidienne sur Facebook qui n’est malheureusement pas près de s’éteindre… Puisqu’on évoque même, avec une sorte de gourmandise malsaine, la perspective d’un reconfinement dans certaines régions de France !

17 février : Les Illuminations de Felicity Lott

Hommage à Steuart Bedford (1939-2021) suite : un extrait de l’une des oeuvres les plus fortes de Benjamin Britten, le cycle de mélodies « Les Illuminations » (sur des poèmes de Rimbaud), une interprète d’exception de ce cycle, ma très chère Felicity Lott (lire : Dame Felicity) ici accompagnée par Steuart Bedford :

18 février : le Chopin de Rafael

Rafael Orozco (1946-1996) est un immense musicien, un pianiste majeur, un interprète d’élection des grands romantiques. Malheureusement ses disques (EMI, Philips, Valois) sont pour l’essentiel devenus introuvables, voire non édités en CD. Souhaitons que la magnifique réédition de ce double album Chopin (une première en CD pour les Préludes) par Warner soit le prélude à d’autres rééditions indispensables (excellente notice de Jean-charles Hoffelé sur les raisons d’une discographie erratique)

19 février : L’Empereur Rafael

#RafaelOrozco Pour prolonger mon billet d’hier sur le pianiste Rafael Orozco (1946-1996) – lire Le Chopin de Rafael – cette captation très émouvante d’un concert à Londres, probablement en 1995, un splendide « Empereur » de Beethoven, où Rafael Orozco retrouve Neville Marriner (1924-2016)

20 février : Un premier disque pour l’éternel second

Ce disque a vingt ans et une histoire. J’avais découvert et aussitôt aimé passionnément la bien trop méconnue Symphonie en sol mineur d’Edouard Lalo grâce à la version impérissable de Thomas Beecham. Je ne l’avais jamais entendue en concert et jusqu’à ma nomination à la direction générale de l’ Orchestre Philharmonique Royal de Liège, je n’étais jamais parvenu à la programmer (lire L’éternel second). Dès la saison 2000/2001 je la confiai au jeune chef belge Jean-Pierre Haeck et dans la foulée proposai au label Cypres un disque tout Lalo, avec la Symphonie en sol mineur (1886), contemporaine de la 3ème symphonie de Saint-Saëns et de la symphonie cévenole de D’Indy.

21 février : Claude Carrière et le Duke

Pour rendre hommage à notre cher Claude Carrière disparu samedi (lire La belle carrière de Claude) et à sa passion pour Duke Ellington, cette soirée du 28 juillet 1965 au festival de Tanglewood où le génial pianiste et compositeur de jazz partageait la scène avec Arthur Fiedler et ses Boston Pops

22 février : Céleste duo

Peut-être pas « historiquement informé », mais depuis longtemps un trésor de ma discothèque. Une bonne dose de jubilation, si nécessaire en cette période.La voix plus « céleste » que jamais de Teresa Stich-Randall mariée à celle de Dagmar Hermann sous la direction de Felix Prohaska (1960)

23 février : Les enfants de Jonas K.

Une des grandes soirées du Festival Radio France Occitanie Montpellier, le 27 juillet 2005, l’opéra d’Engelbert Humperdinck, Les enfants du Roi / Die Köningskinder, un ténor de 36 ans qui n’est pas encore la star qu’il est devenu, Jonas Kaufmann, un merveilleux chef qui dirigeait pour la dernière fois à Montpellier, Armin Jordan

24 février : les Cent de Saint-Saëns

#SaintSaens100 #FestivalRF21 Saint-Saëns (1835-1921) va être à l’honneur toute cette année, centenaire de sa mort oblige, et ce n’est que justice. J’ai découvert le plus connu de ses cinq concertos pour piano, le Deuxième, grâce à Artur Rubinstein, et à sa première version stéréo en 1958, sous la direction d’Alfred Wallenstein (lire : La découverte de la musique)

25 février : Cheffe d’orchestre

On parle et on entend – heureusement – de plus en plus des cheffes d’orchestre. Dans une collection « super-économique » j’ai retrouvé dans ma discothèque un disque magnifique de l’une de ces cheffes pionnières, la Française Claire Gibault – organisatrice du concours La Maestra, fondatrice du Paris Mozart Orchestra – Claire Gibault – un disque gravé au milieu des années 80, à Londres, avec le Royal Philharmonic Orchestra. Sur ce disque une splendide 5ème symphonie de Beethoven, et surtout l’une des versions les plus vivantes, joyeuses, allantes (aux antipodes des accents wagnériens qu’y mettent beaucoup de chefs) de la symphonie n°8 dite « Inachevée » de Schubert.

26 février : Vivement l’été

Un très beau disque, un peu passé inaperçu à sa sortie en 2011, dont je suis fier. De beaux artistes, Anne-Catherine Gillet, le chef Paul Daniel, mon cher Orchestre Philharmonique Royal de Liège, et un programme original et sans concurrence discographique !Envie, en ces temps de morosité, de fatigue morale, de penser à l’été, avec ce titre si évocateur de Samuel Barber (1910-1981) : Knoxville : Summer of 1915 est une « rhapsodie lyrique » qui évoque un soir d’été à Knoxville dans le Tennessee sur un texte de James Agee. L’oeuvre a été créée en 1948 par Eleanor Steber et le Boston Symphony Orchestra dirigé par Serge Koussevitzky

27 février : Walter le Tchèque

Un grand chef d’origine tchèque, Walter Susskind (1913-1980), une discographie remarquable mais disparate (lire : Les sans-grade: Walter Susskind) Ici un extrait des Spirituals de Morton Gould, qui doit rappeler des souvenirs aux plus âgés des téléspectateurs français.

28 février : Dvořák l’Américain

Un chef d’orchestre britannique, d’origine tchèque, Walter Susskind (lire Les sans-grade: Walter Susskind), une violoncelliste canadienne d’origine russe, Zara Nelsova (1918-2002), ça donne une splendide version du concerto pour violoncelle de Dvořák :

Concerto pour violoncelle (3ème mouvement)

Zara Nelsova, violoncelle

St. Louis Symphony Orchestra

dir. Walter Susskind. (Vox/Brilliant Classics)

1er mars : Respighi au couchant

Dans la discographie de la grande soprano allemande Irmgard Seefried (1919-1988) une vraie rareté : cette longue mélodie pour soprano et cordes d’Ottorino Respighi, qui date de 1914, intitulée Il Tramonto.

Les sans-grade (XII) : Walter Susskind

C’est l’un de ces noms qu’on voit sur pas mal de pochettes de disques, surtout comme « accompagnant » de solistes célèbres – Elisabeth Schwarzkopf, Ginette Neveu, Yehudi Menuhin, Shura Cherkassky, Christian Ferras, etc. C’est un patronyme qui ne dit pas grand chose de ses origines, surtout qu’il a passé l’essentiel de sa carrière aux Etats-Unis. Et c’est pourtant un très bon chef, demeuré trop discret : Walter Susskind (1913-1980)

Jan Walter Süsskind – comme on l’orthographie alors – naît dans l’une des nombreuses familles allemandes installées à Prague, le 1er mai 1913. Dans sa ville natale il apprend le piano avec Karl Hoffmeister, la composition avec Josef Suk (1874-1935), le gendre de Dvořák, et Alois Hába (1893-1973), et la direction d’orchestre avec George Szell, en poste alors à l’opéra allemand de Prague (qui sera dissout en 1938). Süsskind fuit la menace nazie et s’installe à Londres pendant la Seconde guerre mondiale. Il devient citoyen britannique en 1946. Une petite dizaine d’années comme chef au Royaume-Uni et en Australie, puis à partir de 1955 un tropisme américain qui le retiendra jusqu’à sa mort en 1980 : la direction de l’Orchestre symphonique de Toronto de 1956 à 1965, puis celui de Saint-Louis (Missouri) de 1968 à 1975, et enfin deux brèves années 1978 et 1979 à Cincinnati avant que la maladie ne le rattrape.

De son apprentissage auprès de Szell, Susskind (le ü a disparu avec l’anglicisation de sa nationalité et de son nom) a conservé la parfaite rigueur d’une lecture au laser des partitions qu’il agence comme personne, une apparente simplicité d’approche qui restitue en réalité l’authenticité des Dvořák, Smetana, Bartok, Prokofiev, Chostakovitch, et même Les planètes de Holst, qui constituent l’essentiel d’une assez maigre discographie d’orchestre. En revanche, son nom reste associé à d’impérissables gravures où il est mieux qu’un accompagnateur, un partenaire à égalité d’inspiration et de concentration.

Ginette Neveu, mais aussi Yehudi Menuhin et le jeune Christian Ferras (éblouissants concerto de Bruch et Symphonie espagnole de Lalo)

C’est Walter Susskind qui offre à Shura Cherkassky sa seconde gravure en stéréo du 2ème concerto pour piano de Tchaikovski

Sur ce même précieux double album, deux versions très classiques, épurées de tout contexte « soviétique » des symphonies 1 et 9 de Chostakovitch, une approche qui « universalise » le compositeur russe.

Enregistrés magnifiquement à St Louis, multi-rééditée, les trois grands concertos de Dvorak trouvent ici leurs versions de référence, et avec quels solistes ! Zara Nelsova, Ruggero Ricci et Rudolf Firkusny.

Il faut un peu chercher pour trouver par exemple cette admirable version du 3ème concerto de Rachmaninov par Leonard Pennario

En cherchant encore un peu plus, on tombe sur un Mozart inattendu… sous les doigts de Glenn Gould.

Rassembler la discographie orchestrale de Susskind n’est pas la chose la plus aisée qui soit. Pourtant on trouve en CD quelques superbes témoignages de l’art du chef d’origine tchèque. Sur les plateformes numériques, l’offre est un peu plus large, quoique encore très disparate.

Toujours dans la série consacrée par le label américain Vox à l’orchestre symphonique de Cincinnati, un double album qui fait entendre une version atypique du Chant de la Terre de Mahler, sans surcharge émotionnelle, avec deux chanteurs américains Richard Cassilly et Lili Chookasian. Belle sélection du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn (et une Inachevée un peu palotte sous la direction d’une star de la baguette prématurément emportée par un cancer à 47 ans, Thomas Schippers)

Couplage étonnant, mais autant dans Holst que Smetana, la quintessence d’un art tout de clarté, de creusement des partitions, le contraire de l’esbroufe et de l’épate. Et quelles prises de son ! quel orchestre !

Eloquence a publié, il y a quelques mois, un double album un peu hétéroclite, où domine la figure d’un autre chef un peu oublié du XXème siècle, Hans Schmit-Isserstedt, mais où se trouve l’un des rares exemples de Susskind dans le répertoire viennois classique, en l’occurrence la 4ème symphonie de Schubert. Une lecture toute d’équilibre et de lumière qui ne prend pas au pied de la lettre le sous-titre – Tragique – de l’oeuvre d’un jeune homme de 19 ans.

Walter Susskind n’a pas oublié de servir les musiciens du pays qui l’a accueilli durant vingt-cinq ans, même si c’est à Londres qu’il a enregistré Copland et les Spirituals de Morton Gould, qui servirent jadis de générique à l’une des plus célèbres émissions de la télévision française, les Dossiers de l’écran !

Les raretés du confinement (II)

Comme je l’écrivais le 11 novembre dernier – Les raretés du confinement :

« Depuis le reconfinement intervenu en France le 30 octobre dernier, j’ai entamé une nouvelle série d’enregistrements, tirés de ma discothèque personnelle, qui présentent un caractère de rareté, une oeuvre inhabituelle dans le répertoire d’un interprète, un musicien qui emprunte des chemins de traverse, un chef qui se hasarde là où on ne l’attend pas… « 

Récapitulons donc la deuxième décade de ce confinement, qui n’est pas près de se terminer même si on nous promet des « allègements ».

12 novembre

L’art du chef allemand Hermann Scherchen (1891-1966) a été abondamment documenté ces dernières années, et récemment par la réédition de son cycle des symphonies de Beethoven.

Mais sauf erreur je n’ai jamais vu reparaître un disque (partagé avec Julius Rudel) d’ouvertures d’Offenbach et Suppé publié jadis par MCA Classics. Et pourtant Scherchen dirigeant Offenbach c’est quelque chose !

13 novembre

En hommage à toutes les victimes des attentats du 13 novembre 2015, cette version inattendue et bouleversante de la Quatrième symphonie de Mahler dirigée par… David Oïstrakh, enregistrée à Moscou en 1967

14 novembre

La cantatrice américaine Teresa Stich-Randall (1927-2007) est restée dans la mémoire collective et discographique comme une interprète d’élection de Mozart (à Aix-en-Provence) et Richard Strauss. Dans un disque portrait enregistré en 1962 elle explore d’autres répertoires, comme cet air « Depuis le jour« , sommet d’érotisme, tiré de l’opéra Louise de Gustave Charpentier (1860-1956)… et non Marc-Antoine Charpentier comme indiqué sur la pochette du disque !!

15 novembre

J’ai une passion pour les mélodies avec orchestre de Richard Strauss. En dehors des Vier letzte Lieder et une petite dizaine d’autres très souvent enregistrées, la discographie des 200 mélodies – dont plus d’une trentaine avec orchestre – est plutôt maigre. J’aime beaucoup ce disque – devenu introuvable, jamais réédité semble-t-il – du ténor Siegfried Jerusalem accompagné par Kurt Masur et le Gewandhausorchester de Leipzig

16 novembre

Le 7 novembre j’évoquais la formidable version de la 4ème symphonie de Brahms enregistrée à Londres, en 1962, par Fritz Reiner avec le Royal Philharmonic Orchestra. En 1959, le chef américain d’origine hongroise grave, pour Decca, avec les Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker le Requiem de Verdi et d’ébouriffantes Danses hongroises de Brahms (ainsi qu’un bouquet de Danses slaves de Dvorak).Le sévère Fritz Reiner se lâche complètement dans cette 6ème danse hongroise, fait rugir les pupitres viennois, et donne une touche authentiquement magyar à ces oeuvres si rebattues.

17 novembre

Le chef australien d’origine américaine Charles Mackerras est né le 17 novembre 1925 (et mort il y a dix ans le 14 juillet 2010). Il a laissé une abondante discographie où figurent des Mozart, Haydn, Beethoven exceptionnels, bien sûr les opéras de Janacek et la musique tchèque dont il avait appris les secrets auprès de Vaclav Talich. Comme beaucoup de ses contemporains, Charles Mackerras pratiquait un art, aujourd’hui oublié, celui de l’arrangement. On connaît Gaîté parisienne fabriquée par Manuel Rosenthal à partir d’airs d’Offenbach, un peu moins les suites d’orchestre tirées des opéras de Richard Strauss par Antal Dorati ou Erich Leinsdorf, moins encore le formidable Graduation Ball, un ballet signé Dorati à partir de pièces de Johann Strauss.

Mackerras lui s’est livré à deux arrangements très réussis, Pineapple Poll à partir d’opérettes d’Arthur Sullivan et The Lady and the Foll qui compile habilement airs plus ou moins connus d’opéras de Verdi.

18 novembre

Vous avez aimé avant-hier Fritz Reiner dans une foudroyante 6ème danse hongroise de Brahms avec les Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker ? que penserez-vous de cette 5ème danse hongroise cravachée (et jouée comme le faisaient les ensembles de musique tzigane dans les restaurants et cabarets de Budapest) ?

19 novembre

Le samedi 23 décembre 1995, j’avais décidé de consacrer, sur France Musique, toute une journée à Elisabeth Schwarzkopf (1915-2006), pour son 80ème anniversaire. La cantatrice avait accepté de quitter sa maison près de Zurich, de venir passer la journée à Paris. Le regretté Jean-Michel Damian (Une voix de radio)l’avait reçue dans son émission de l’après-midi, qui exceptionnellement avait lieu dans le Studio 104 (à l’époque le plus grand) de la Maison de la Radio, archi-comble en cette avant-veille de Noël. J’avais signalé à J.M.Damian que l’enregistrement préféré de la cantatrice elle-même était l’opérette Wiener Blut de Johann Strauss qu’elle avait enregistrée en 1953 avec le jeune Nicolai Gedda, et en particulier ce duo. Une réussite miraculeuse, la perfection stylistique de l’accompagnement du chef suisse Otto Ackermann, cette sublime valse suspendue…. à 1’18

20 novembre

Un disque trouvé jadis à Londres et depuis précieusement conservé, réédité récemment dans la collection Eloquence, l’ambiance unique des dernières nuits des Prom’s et en 1972 la participation exceptionnelle de la grande Jessye Norman dans deux des WesendonckLieder de Wagner, la direction du si regretté Colin Davis (1927-2013)

21 novembre

Ce n’est pas la part la plus importante du legs discographique du regretté Mariss Jansons (1943-2019) mais le chef letton donne le panache nécessaire à ce morceau de bravoure célèbre du violoniste et compositeur roumain Grigoraș Dinicu (1889-1949) Hora staccato

22 novembre

En ce dimanche 22 novembre, jour de la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, la messe solennelle de Sainte-Cécile de Gounod (1816-1896) s’impose, une oeuvre bien peu jouée et enregistrée aujourd’hui. Igor Markevitch en a laissé en 1965 une version magnifique, qui bénéficie de la splendeur des choeurs tchèques et de l’Orchestre philharmonique tchèque et d’un trio de solistes exceptionnel, Irmgard Seefried, Gerhard Stolze et Hermann Uhde. Lire ici l’histoire de cette sainte chère aux musiciens : Une patronne vierge.

Les raretés du confinement (I)

Lors du premier confinement au printemps dernier j’avais entrepris de publier chaque jour sur Facebook une symphonie de Haydn (il y en a… 107!) dans des versions aussi contrastées et originales que possible.

Depuis le reconfinement intervenu en France le 30 octobre dernier, j’ai entamé une nouvelle série d’enregistrements, tirés de ma discothèque personnelle, qui présentent un caractère de rareté, une oeuvre inhabituelle dans le répertoire d’un interprète, un musicien qui emprunte des chemins de traverse, un chef qui se hasarde là où on ne l’attend pas… Récapitulation d’une première décade de publications:

2 novembre

Aujourd’hui Claudio Abbado dirigeant le Concert de l’an 1991 des Wiener Philharmoniker: l’ouverture de l’opérette Waldmeister (1895) de Johann Strauss

3 novembre

#ElectionDay En ce jour d’élection présidentielle américaine, cet extrait d’une soirée donnée au Carnegie Hall de New York en 1988 pour le centenaire d’Irving Berlin. Marilyn Horne chante « God bless America« .

4 novembre

En attendant les résultats de l’élection américaine, ce témoignage inattendu d’hommage au drapeau américain de la part d’Antonin Dvorak, directeur du Conservatoire de New York de 1892 à 1895. Michael Tilson Thomas dirige le RSO Berlin

5 novembre

Un compositeur américain d’origine russe, Alexei Haieff` (1914-1994) qui m’était complètement inconnu avant que je le découvre dans le gros coffret RCA des rééditions de Charles Munch (1891-1968). La 2ème symphonie de Haieff a été créée le 11 avril 1958 par Munch et le Boston Symphony Orchestra

6 novembre

Pour rester dans la sphère américaine, cette étonnante pépite de la discographie du vénérable chef britannique Adrian Boult (1889-1983) qui, à 80 ans passés, enregistre un bouquet de marches, dont la célébrissime « Stars and Stripes forever » de John Philip Sousa (1854-1932) – lire America is beautiful

7 novembre

Le grand Fritz Reiner (1888-1963) délaisse son orchestre de Chicago pour enregistrer, en 1962, à Londres, avec le Royal Philharmonic Orchestra, une extraordinaire Quatrième symphonie de Brahms, celle que je place au sommet de ma discographie de l’oeuvre. Une version rare, superbement enregistrée par Kenneth Wilkinson au Walthamstow Town Hall, publiée par Chesky Records

8 novembre

Clin d’oeil au nouveau président élu, Joe Biden, à la nouvelle vice-présidente élue, Kamala Harris,la plus surprenante des versions de l’ouverture de « Candide » de Bernstein… ou quand le grand chef russe Evgueni Svetlanov (1928-2002) se déchaîne en public à la tête du London Symphony Orchestra au Festival d’Edimbourg le 28 août 1978.

9 novembre

Le 9 novembre 1989 le mur érigé en 1961 entre Berlin Ouest et Berlin Est cédait sous la ferveur populaire.Le 25 décembre, dans la superbe salle du Konzerthaus (à l’époque à Berlin-Est), Leonard Bernstein – qui allait mourir dix mois plus tard – dirigeait la Neuvième symphonie de Beethoven, dont le finale était rebaptisé « Ode an die Freiheit » (Ode à la liberté). Ce concert réunissait autour de l’orchestre de la Radio bavaroise des musiciens des orchestres de Paris, Dresde, Londres, New York et Leningrad (Kirov), les choeurs de la radio bavaroise, de la radio de Berlin-Est et le choeur d’enfants de Dresde, ainsi que quatre solistes June Anderson (USA), Sarah Walker (Grande-Bretagne), Klaus König (RDA) et Jan-Hendrik Rootering (Pays-Bas)

10 novembre

Dans le prolongement de l’élection présidentielle américaine, cette absolue rareté dans la discographie pourtant très abondante d’Antal Dorati, un disque intitulé « Be Glad then America! » et cette oeuvre de Robert Russell Bennett (1894-1981), une commande de l’orchestre National de Washington pour le bicentenaire de l’Indépendance en 1976 : « The fun and faith of William Billings, American ».William Billings (1746-1800) est considéré comme le père de la musique chorale américaine

11 novembre

Le chef suisse Ernest Ansermet est né le 11 novembre 1883 (et mort le 20 février 1969). Il a réalisé l’essentiel de ses enregistrements pour Decca avec l’ OSR – Orchestre de la Suisse Romande qu’il avait fondé en 1918. Ici il dirige, le 17 mars 1966 (à 83 ans), avec une énergie juvénile, un répertoire où il était moins attendu, la Troisième symphonie de Brahms à la tête de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks

Voici ce que j’écrivais le 8 avril 2016 – On aime Brahms

Quant à la 3ème symphonie, depuis que François Hudry me l’avait fait découvrir, je mets au premier rang un chef qu’on n’associe pas spontanément à Brahms (et qui a pourtant réalisé une très belle intégrale – méconnue – chez Decca avec « son » Orchestre de la Suisse romande)Ernest Ansermet, avec l’orchestre de la Radio bavaroise, un « live » de 1966. Tout simplement exceptionnel !

La découverte de la musique (XI) : Haydn dans les Pyrénées

Je désespérais de retrouver un jour un disque qui a déclenché ma passion pour Haydn et mon admiration pour le chef d’orchestre Antal Dorati. Un disque offert par mes parents – pourquoi celui-ci en particulier ? – un 33 tours écouté pour la première fois dans les Pyrénées !

Mes parents avaient loué, pour la semaine de Noël de 1970, une petite maison, une ancienne bergerie, au lieu-dit Gripp, à quelques kilomètres de la station de La Mongie. Je me rappelle que le confort y était plus que spartiate, qu’un seul malheureux poêle à bois servait de chauffage, et que les toutes petites chambres étaient toujours glacées. Nous avions cependant emporté un électrophone, pour pouvoir écouter comme il se doit cantiques et chants de Noël.

Il y avait un terrain en pente, où nous pûmes nous livrer aux joies de la luge, et mon père essayer de tenir sur des skis…. C’était nos premières (et nos dernières) vacances à la neige.

Plus encore que la symphonie n°94 – qui sera trop associée dans ma mémoire ultérieure aux pitreries de Gerard Hoffnung La musique pour rire – j’ai immédiatement aimé cette majestueuse 103ème symphonie, ce début mystérieux venu des profondeurs de l’orchestre – je n’avais pas encore découvert, et pour cause, les roulements de timbales par lesquels Harnoncourt et quelques autres feront débuter l’oeuvre – cet andante aristocratique, ce menuet qui hésite entre la danse de cour et le Ländler paysan, et ce finale étourdissant.

Des années après, je me suis jeté sur la fameuse intégrale des symphonies réalisée par le même Antal Dorati avec la même Philharmonia Hungarica, espérant retrouver en CD ce vinyle disparu dans les différents déménagements familiaux ou personnels. Vu les dates d’enregistrement, ça ne collait pas.

J’ai espéré de nouveau lorsque Universal a réédité le fonds Mercury Living Presence en trois gros coffrets. Beaucoup de Dorati, un fabuleux trésor… mais nulle part ces symphonies de Haydn.

Et voici que la collection Eloquence réédite en quatre pleins CD les Mozart et les Haydn gravés par Dorati à la fin des années 50 :

Coffret commandé la semaine dernière en Angleterre (on recommande le site prestomusic.com 10 € moins cher que sur le continent !) et reçu ce matin ! Infinie reconnaissance à Cyrus Meher-Homji, infatigable défricheur et réhabilitateur du fonds de catalogue Decca/Philips/DG des années 50 et 60, âme de cette collection Eloquence Australie qui nous restitue ainsi d’inimaginables trésors dans des remasterisations respectueuses des splendides prises de son d’origine.

Il se dit que Wilma Cozart Fine (1927-2009) qui, avec son mari Robert C.Fine, avait dirigé le département classique de Mercury Records, et avait personnellement suivi la réédition en CD de cet héritage exceptionnel, n’avait pas voulu y inclure ces Mozart et Haydn, jugeant que ce n’était pas le répertoire dans lequel on attendait Dorati ! Voici ce qu’en dit aujourd’hui l’éditeur :

Antal Doráti’s complete Haydn and Mozart recordings for Mercury, predating his landmark collection of the Haydn cycle for Decca. In 1966 the Stereo Review critic made a prescient observation: ‘Doráti here establishes himself as a first-rate Haydn conductor.’ There is the passion of advocacy as well as the foundational principles of his Haydn performing style in these early recordings: ‘Only a few of his works were done and were always repeated,’ Doráti remarked in interview. ‘The reason for that, I think, is just human modesty. The taste of a public is modest; they are satisfied with little. But that is why we are here – to show them a wider horizon… Haydn began as a talent and ended up as a genius’. Unlike many of his colleagues, Doráti took pleasure in the process of recording, establishing a happy and concordant working relationship with the husband-and-wife Mercury team of Robert and Wilma Cozart Fine. One of the first fruits of that relationship was a pairing of Mozart’s 40th and Mendelssohn’s 4th symphonies, made in Minneapolis where Doráti was music director and released in 1953 (the ‘Italian’ has been reissued separately by Eloquence, coupled with Doráti’s Schumann and more Mendelssohn, 484 0506). There followed Eine kleine Nachtmusik coupled with the ‘Linz’ in 1956, and a stereo remake of the 40th in 1961. The rarity here is the ‘Mozartiana’ LP from 1967, gathering up the Overture to Lucio Silla with marches and dances, and never previously issued complete on CD. In the meanwhile, Doráti had embarked upon what would be the largest Haydn discography of any conductor with the ‘Farewell’ Symphony, from the same sessions as the stereo remake of Mozart’s 40th. He picked a judicious path through mostly named symphonies (‘Fire’, ‘Surprise’, ‘Military’, ‘Clock’ and ‘Drum Roll’) calculated to appeal to consumers hitherto hardly familiar with the extent of Haydn’s symphonic achievement, conducting the LSO, the Bath Festival Orchestra (‘Festival Chamber Orchestra’) and his own Philharmonia Hungarica. The fire and brilliance of these early recordings sometimes exceeds the later Decca remakes within Doráti’s complete cycle.

Détails de ce coffret :

CD 1 Mozart symphonie n°40 / Minneapolis Symphony (avril 1952)

Les noces de Figaro ouv / Une petite musique de nuit London Symphony (août 1965)

Lucio Silla ouv, Marches K 335, 249, 402, Danses allemandes 603 / Bath Festival (juin 1961)

CD 2 Mozart symphonies 36, 40 / London Symphony (1956, 1961)

Haydn symphonie 59 / Bath festival (août 1965)

CD 3 Haydn symphonies 45, 81 / Bath festival (1961, 1965)

Haydn symphonie 94 / Philharmonia Hungarica (juin 1958)

CD 4 Haydn symphonies 100, 101 / London Symphony (avril 1957)

Haydn symphonie 103 / Philharmonia Hungarica (juin 1958)