Le mal aimé de l’orchestre

C’est l’instrument qui a toujours suscité le plus d’ironie et de blagues dans l’orchestre, c’est l’instrument presque toujours dans l’ombre, dans l’entre-deux, et pourtant sans lui le quatuor – le coeur vibrant de l’orchestre – n’existe pas : l’alto

On trouve même plusieurs sites recensant tout ce que cet instrument a nourri comme petites et grandes histoires, comme cette Grande anthologie des blagues d’altiste.

C’est la première fois (!), sauf erreur de ma part, que tout un coffret est consacré à cet instrument et à l’un de ses serviteurs les plus emblématiques, le magnifique Gérard Caussé

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Le titre du coffret pourrait tromper sur la nature de ce musicien. Gérard Caussé c’est le contraire d’une star – à la différence par exemple du flamboyant Yuri Bashmet, c’est le parfait collègue, complice, ami, c’est la générosité faite musique. J’ai eu la chance de l’accueillir plusieurs fois à Liège, pour des concerts ou pour des enregistrements auxquels il venait prêter la voix si sensuelle et profonde de son alto.

Ce coffret Warner/Erato est d’autant mieux venu, qu’il nous permet de redécouvrir des versions et des artistes qu’on avait perdus de vue, je pense au pianiste François-René Duchâble ou au violoniste Pierre Amoyal. Quelle émotion aussi de retrouver ce beau disque, paru chez Mirare, de sonates russes avec la si regrettée Brigitte Engerer (lire Pour Brigitte!

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Ce coffret-anthologie, pour généreux qu’il soit, est évidemment loin d’embrasser la carrière discographique de Gérard Caussé, mais il en donne un bel aperçu.

 

Coup de jeune

L’une des tartes à la crème du débat culturel est le « rajeunissement du public ». Comme si on pouvait décréter qu’une salle de concert, un théâtre, un festival devait se remplir de plus de têtes blondes que de têtes grises. SI le public ne convient pas, il faut le changer !

La réalité est heureusement tout autre, il y a quand même pas mal d’années que les vrais professionnels, je veux dire ceux qui aiment plus que la culture, les artistes, les créateurs, les musiciens, les auteurs, les acteurs,, ont entrepris non pas de « rajeunir », de sectoriser le public, mais de renouveler les formes d’accès de ces publics à la culture.

Deux exemples ce dernier week-end.

Le festival de Pâques à Deauville ouvrait sa 19ème édition samedi dernier. J’ai encore le souvenir des premières éditions, le seul énoncé des noms des artistes qui faisaient alors leurs premiers pas laisse songeur : Renaud Capuçon, Jérôme Ducros, Nicholas Angelich, cornaqués par leurs aînés. Tiens, dans la même soirée le Quintette « La truite » de Schubert mené par Jérôme Ducros au piano, puis le Concert de Chausson avec Augustin Dumay, Nicholas Angelich, Renaud Capuçon, etc… Et cette belle idée a perduré, prospéré. Samedi concert d’orchestre en formation « de chambre », un effectif plutôt inhabituel pour le programme proposé : la Passacaille de Webern, les Wesendonck Lieder de Wagner et la 1ere symphonie de Mahler. Le grand orchestre en miniature, dans la salle Elie de Brignac, des transcriptions et arrangements plutôt réussis (mes lecteurs belges relèveront que c’est à Henri Pousseur qu’on doit la « réduction » de la Passacaille de Webern) , et surtout une performance artistique de la part des tout jeunes musiciens rassemblés dans le Secession Orchestra / L’Atelier de Musique dirigé par Clément Mao-Takacs. Mention particulière pour la voix chaleureuse d’Irina de Baghy dans Wagner. Seul bémol, le contraste entre la moyenne d’âge du public… et celle des musiciens !

Le lendemain, promesse faite de longue date à Arièle Butaux, on se retrouvait pour trois heures de pur bonheur, de partage musical, serrés comme des sardines dans la minuscule salle du Sunside, rue des Lombards. Un « salon idéal », vraiment !

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Vincent Segal, Geneviève Laurenceau, Gwendal Gigueley, Yanowski, Thomas Enhco, David Enhco, Kyrie Kristmanson, Patrick Messina, Guillaume de Chassy, Maria Mosconi, Manuel Nunez Camelino, Pierre-François Blanchard, Antoine Rosenbaum, Marion Rampal, Louis Rodde, je suis sûr que j’en oublie… De la chanson, de la poésie, du cabaret, du jazz, des mélodies populaires, Brahms, Gershwin, Weill, il faisait grand soleil dehors mais la chaleur était sur la minuscule scène du Sunside.

L’éclatante démonstration de l’universalité de la musique, et du bonheur des musiciens de dépasser leurs propres frontières.