Fidélité

Il y a huit ans, j’annonçais la nomination de Christian Arming comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège

Il y a cinq ans, avant de quitter la direction de l’OPRL, j’annonçais la prolongation du mandat de Christian Arming.

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Hier, je tenais à être à Liège pour le dernier concert d’abonnement du chef autrichien en sa qualité de directeur musical de la phalange liégeoise, qui entamera, à la rentrée, un nouveau chapitre de sa belle histoire avec l’arrivée de Gergely Madaras.

IMG_3313Un programme « signature » pour Christian Arming, qui faisait se côtoyer deux oeuvres contemporaines, mais d’esthétiques pour le moins opposées (!), la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartók – créée à Bâle en janvier 1937 par son commanditaire, Paul Sacher – et les célébrissimes Carmina Burana de Carl Orff créées, elles, en juillet 1937 à Francfort.

Le Bartók était un choix courageux: la pièce est extraordinairement difficile, pas seulement parce qu’elle confronte deux orchestres à cordes, mais surtout parce qu’elle expose en pleine lumière le quatuor d’orchestre, singulièrement les altos. C’était d’ailleurs la première fois que cette Musique pour cordes, percussion et célesta était jouée depuis plus de vingt ans ! Le concert d’hier soir montrait que Christian Arming avait eu raison de faire confiance à « son » orchestre, même si l’interprétation est restée de bout en bout trop prudente, manquant de feu intérieur. C’est le type même de partition qu’il faut jouer et rejouer pour y atteindre la liberté et l’élan qu’elle requiert.

Et quand on a, comme moi, dans l’oreille, une version jadis découverte… aux Etats-Unis, une extraordinaire prise de concert réalisée au Conservatoire de Moscou en 1965, avec Evgueni Mravinski et son Philharmonique de Leningrad, difficile de faire des comparaisons…

Mais la seconde partie allait combler toutes les attentes d’une Salle philharmonique comble. Orchestre en grand apparat, formidable Choeur philharmonique tchèque de Brno, excellente Maîtrise de l’Opéra royal de Wallonie, un baryton un peu sous-dimensionné (et surtout peu investi dans le « rôle »), ténor et soprano parfaits.

Ces Carmina Burana sont redonnés ce dimanche après-midi.

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Mais une soirée à la Salle Philharmonique c’est toujours pour moi l’occasion de revoir nombre de visages connus dans le public, les musiciens, les collaborateurs de l’Orchestre, qui m’ont « supporté » pendant quinze ans (!), et puis des amis que je ne m’attendais pas à voir, comme Boris Belkinl’immense violoniste, sur qui les années ne semblent avoir aucune prise, devenu un ami cher et un compagnon de nombre d’aventures musicales. Boris habite à Liège depuis longtemps, il y a sa famille et ses attaches. Il enseigne au conservatoire de Maastricht, où il fait grandir quelques élèves talentueux, naguère Janine Jansen, et plus récemment le plus célèbre recalé de l’actuel Concours Reine ElisabethDaniel Kogan (lire mon billet : De l’utilité des concours (suite) ou la disparition de Daniel K.

Le disciple et le maître étaient au concert hier soir !

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J’ai déjà pris date avec le petit-fils de Leonid Kogan pour l’édition 2020 du Festival Radio France !

La bonne nouvelle

L’horreur étreint et paralyse. Depuis la tuerie d’Orlando hier, qu’écrire, que dire ? Analyses et commentaires ne ressusciteront pas les innocents massacrés.

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Silence, recueillement, compassion, après la révolte.

Et puis la vie prend le dessus, chacun nos activités. La bonne nouvelle est tombée ce début d’après-midi, elle n’a surpris personne de ceux qui avaient de longue date milité pour, puis permis que le projet se réalise. L’Orchestre National de France, l’une des deux deux grandes phalanges symphoniques de Radio France, 44 ans après Jean Martinon, aura un directeur musical français à compter du 1er septembre 2017 : Emmanuel Krivine.

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Mon admiration pour le chef n’est pas récente : le premier concert symphonique que j’ai entendu à la Maison de la radio, encore adolescent, c’est lui qui le dirigeait, à la tête du NOP, le Nouvel Orchestre de Philharmonique de Radio France comme on disait alors. Depuis il y eut beaucoup d’occasions, la plus récente pour moi (Capiteux) remontant à novembre dernier, et désormais nombre de beaux projets (Les Français enfin).

Bonne nouvelle pour la vie musicale, le public et les musiciens, parce qu’Emmanuel Krivine n’a jamais versé dans le consensuel, le moyen de gamme. Certains traits de sa personnalité ou de son comportement lui ont sans doute coûté jadis des postes prestigieux. Comme le souligne Le Monde, la maturité qu’il revendique aujourd’hui n’en sera que plus profitable à sa relation avec un orchestre qui attend beaucoup de lui.

Dans la  belle discographie d’Emmanuel Krivine, ce choix qui ne doit rien au hasard. C’est Karine Deshayes, interprète idéale de Shéhérazade de Ravel, qui ouvre dans moins d’un mois le 32ème  Festival de Radio France à Montpellier avec cette même oeuvre (#LeVoyagedOrient)

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Bravo Maestro

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S’il y a un terme qui m’a toujours paru déplacé, voire ridicule, lorsqu’il est utilisé en français, mais qui, hier soir, était pleinement justifié, c’est celui de Maestro. À un chef d’orchestre italien qui nous a enthousiasmé, on peut en effet dire Bravo Maestro ! ou comme on le ferait à La Scala de Milan ou dans les Arènes de Vérone, crier Viva il maestro !.

C’était ce jeudi le dernier concert officiel de Daniele Gatti en tant que directeur musical de l’Orchestre National de France. Réussite complète sur toute la ligne. Le programme d’abord, choisi par le chef, donnant dans la gravité plus que dans la fantaisie, et d’une rareté bienvenue : la Troisième symphonie d’Honegger dite « Liturgique »et la cantate Alexandre Nevski de Prokofiev. On reviendra sur chacune de ces oeuvres.

Si l’heure est aux hommages et aux compliments, il faut reconnaître que ni le chef ni l’orchestre n’ont été épargnés par la critique pendant leur aventure commune de huit saisons. Hier, comme en maintes autres occasions, l’ONF et Daniele Gatti ont prouvé que, dans le répertoire génétique de l’orchestre, ils sont exceptionnels. J’ai rarement entendu Honegger aussi puissant et émouvant, et dans Prokofiev un orchestre scintillant, virtuose, et un Choeur de Radio France à son meilleur dans cette exaltation de la grande Russie.

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La longue ovation d’un auditorium de Radio France comble a salué l’inoubliable performance d’Olga Borodina, du choeur, de l’orchestre et du directeur musical partant.

Daniele Gatti en a manifestement été touché ! Bravo Maestro et à bientôt à Amsterdam !