De Syldavie en Bordurie

Un dimanche de canicule à Bucarest c’est d’abord la visite des quelques rares églises du centre que n’a pas détruites Ceausescu.

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La colline du Patriarchat demeure à l’arrière du gigantesque Palais du Parlement.

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Et bien sûr au plus fort de la canicule on se réfugie dans le vaste Musée d’art de la Roumanie, où les oeuvres de belle qualité ne manquent pas (voir Les cousins au musée)

Comme quelques Greco et ce Martyre de Saint Maurice

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On quitte Bucarest lundi au petit matin.

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J’aurai vraiment l’impression – paysages, ambiance, villages – de passer de Syldavie en Bordurie, en franchissant le Danube qui marque la frontière entre Roumanie et Bulgarie à Roussé.

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Musiciens du dimanche et des autres jours

Avant mon récent voyage, je n’étais allé qu’une seule fois en Chine, à Pékin. Pour le passage de l’an 2005. Il faisait très beau et très froid. J’avais déjà observé qu’en dépit de la température polaire, les jardins et les parcs étaient le terrain de jeu de dizaines de groupes de gymnastique, de tai shi, de chanteurs, de danseurs.

Le phénomène s’est encore amplifié, et ce qu’on a vu à Pékin (dans l’enceinte du Temple du Ciel) comme dans les jardins de Shanghai semble attester de la vivacité de ces traditions. Même si les jeunes n’y participent guère. Où et comment s’amusent-ils ? Je n’ai pas de réponse…

IMG_2451IMG_2452(Pékin, temple du Ciel)

À Shanghai, le fait que le dimanche 1er mai et le lundi 2 mai étaient fériés cette année a sans doute amplifié (Premier mai en rouge) le phénomène.

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(Le monde en images : Shanghai)

Erreur
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Dernière vue de Shanghai la nuit du Bund vers Pudong.

L’amour

Puisque c’est une figure obligée, avant de relater demain le magnifique concert auquel j’ai assisté hier, avec, entre autres, le Poème de l’amour et de la mer de Chausson, une réédition de mon billet de l’an passé pour la Saint-Valentin :

Quelques nuances de rouge

À la veille de la Saint-Valentin, quelques idées pour échapper à la morosité ambiante et à ces tristes nuances de gris qu’on veut nous faire croire érotiques.

La langue russe désigne d’un même mot la beauté et la couleur rouge : красный = rouge, красота = beauté. Les couleurs de l’amour…

Comme cet air de l’opéra Louise de Charpentier, que je ne suis pas loin de considérer comme le plus érotique de la littérature lyrique : « Depuis le jour … » C’est d’ailleurs dans une somptueuse robe de velours rouge que Renée Fleming nous révèle l’extrême sensualité de cette musique :

Depuis le jour où je me suis donnée, 
toute fleurie semble ma destinée…
Je crois rêver sous un ciel de féerie,
l’âme encore grisée de ton premier baiser.
Quelle belle vie!
Mon rêve n’était pas un rève! 
Ah, je suis heureuse!
L’amour étend sur moi ses ailes!
Au jardin de mon coeur chante 
une joie nouvelle!
Tout vibre, tout se réjouit de mon triomphe!
Autour de moi tout est sourire, lumière et fête,
et je tremble délicieusement 
au souvenir charmant
du premier jour d’amour.
Quelle belle vie! 
Ah, je suis heureuse, trop heureuse,
et je tremble délicieusement
au souvenir charmant 
du premier jour d’amour.

Dans un autre registre, je craque toujours à l’écoute de ce duo :

Les duos amoureux sont légion à l’opéra, j’ai une tendresse particulière pour celui de Madame Butterfly, avec une si belle économie de moyens, Puccini exalte toutes les douleurs de cet amour impossible (ici dans le beau film réalisé par Frédéric Mitterrand)

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Et puis il y a et il y aura toujours des millions d’amoureux pour croire que rien ni personne n’arrête l’amour :

L’amour est aussi, et souvent, une nostalgie. Nostalgie des amis disparus, des jours enfuis, comme ici cet extrait d’un Grand Echiquier de Jacques Chancel, où Jessye Norman donne une sophistication inattendue à une valse écrite pour Yvonne Printemps dans la pièce de Jean Anouilh Léocadia : Les chemins de l’amour

Dans le répertoire symphonique, j’ai toujours associé – pourquoi ? – les trois premières symphonies de Schubert à l’idée du sentiment amoureux, la légèreté, l’allégresse de l’amoureux. C’est particulièrement vrai dans les finales, où la joie est sans nuage, l’espoir sans limite.

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Dernier clin d’oeil à nos plus belles années :

Coup de jeune

L’une des tartes à la crème du débat culturel est le « rajeunissement du public ». Comme si on pouvait décréter qu’une salle de concert, un théâtre, un festival devait se remplir de plus de têtes blondes que de têtes grises. SI le public ne convient pas, il faut le changer !

La réalité est heureusement tout autre, il y a quand même pas mal d’années que les vrais professionnels, je veux dire ceux qui aiment plus que la culture, les artistes, les créateurs, les musiciens, les auteurs, les acteurs,, ont entrepris non pas de « rajeunir », de sectoriser le public, mais de renouveler les formes d’accès de ces publics à la culture.

Deux exemples ce dernier week-end.

Le festival de Pâques à Deauville ouvrait sa 19ème édition samedi dernier. J’ai encore le souvenir des premières éditions, le seul énoncé des noms des artistes qui faisaient alors leurs premiers pas laisse songeur : Renaud Capuçon, Jérôme Ducros, Nicholas Angelich, cornaqués par leurs aînés. Tiens, dans la même soirée le Quintette « La truite » de Schubert mené par Jérôme Ducros au piano, puis le Concert de Chausson avec Augustin Dumay, Nicholas Angelich, Renaud Capuçon, etc… Et cette belle idée a perduré, prospéré. Samedi concert d’orchestre en formation « de chambre », un effectif plutôt inhabituel pour le programme proposé : la Passacaille de Webern, les Wesendonck Lieder de Wagner et la 1ere symphonie de Mahler. Le grand orchestre en miniature, dans la salle Elie de Brignac, des transcriptions et arrangements plutôt réussis (mes lecteurs belges relèveront que c’est à Henri Pousseur qu’on doit la « réduction » de la Passacaille de Webern) , et surtout une performance artistique de la part des tout jeunes musiciens rassemblés dans le Secession Orchestra / L’Atelier de Musique dirigé par Clément Mao-Takacs. Mention particulière pour la voix chaleureuse d’Irina de Baghy dans Wagner. Seul bémol, le contraste entre la moyenne d’âge du public… et celle des musiciens !

Le lendemain, promesse faite de longue date à Arièle Butaux, on se retrouvait pour trois heures de pur bonheur, de partage musical, serrés comme des sardines dans la minuscule salle du Sunside, rue des Lombards. Un « salon idéal », vraiment !

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Vincent Segal, Geneviève Laurenceau, Gwendal Gigueley, Yanowski, Thomas Enhco, David Enhco, Kyrie Kristmanson, Patrick Messina, Guillaume de Chassy, Maria Mosconi, Manuel Nunez Camelino, Pierre-François Blanchard, Antoine Rosenbaum, Marion Rampal, Louis Rodde, je suis sûr que j’en oublie… De la chanson, de la poésie, du cabaret, du jazz, des mélodies populaires, Brahms, Gershwin, Weill, il faisait grand soleil dehors mais la chaleur était sur la minuscule scène du Sunside.

L’éclatante démonstration de l’universalité de la musique, et du bonheur des musiciens de dépasser leurs propres frontières.