Il est libre Max (la suite)

En ce jour de rentrée scolaire, on a vu, un peu partout, musiciens et choristes se joindre aux enfants et à leurs professeurs, le ministre de l’Education nationale ayant réitéré hier sur France Musique sa conviction sur les bienfaits du chant choral. Je plaide depuis si longtemps pour cette mesure simple, universelle, que je ne peux que me réjouir des premiers pas d’une politique nécessaire : Tous en choeursIl faut persévérer, aller plus loin comme le précise cet excellent papier : La musique prend ses quartiers à l’école.

François-Xavier Rothque j’avais laissé jeudi dernier à La Côté Saint-André à la tête de son ensemble Les Sièclesannonce fièrement le concert d’ouverture de sa quatrième saison à la tête de l’orchestre du Gürzenich de Cologne, avec une oeuvre si rare au concert dans nos contrées francophones, qu’on est plutôt surpris – agréablement – d’un tel choix : les Variations et fugue sur un thème joyeux de Hillerl’imposant opus 100 de 1907 de Max Reger (1873-1916).

Voilà un compositeur admiré par Schoenberg, dont on a à peine commémoré le centenaire de la mort en 2016. Extraits de l’article que je lui consacrais il y a deux ans :

Le centenaire de sa mort a été inégalement célébré. Et n’a pas contribué à une meilleure connaissance de son oeuvre de ce côté-ci du Rhin. La France n’a jamais eu beaucoup de considération pour celui qui passe, au mieux, pour un épigone de BrahmsMax Reger.

Né en 1873, mort d’une crise cardiaque à 43 ans le 11 mai 1916, le compositeur allemand reste largement méconnu, voire méprisé, et quasiment jamais au programme d’un concert en France. Je me rappelle l’étonnement du public (et de la critique) lorsque j’avais programmé à Liège les quatre Poèmes symphoniques d’après Böcklinune première fois en 2004, puis en 2011 (pour la saison des 50 ans de l’Orchestre). Lire L’île mystérieuse.

Les clichés sont tenaces, concernant Max Reger. Contrapuntiste sévère, tourné vers le passé (Bach), hors de son temps (voir la liste de ses oeuvres). Contemporaines du Sacre du printemps et de Daphnis et Chloé, ses grandes oeuvres symphoniques, si elles n’épousent la modernité radicale d’un Stravinsky ou les audaces françaises de Debussy ou Ravel, évitent la surcharge post-romantique d’un Richard Strauss ou du Schoenberg de Pelléas et Mélisande.

Les oeuvres concertantes souffrent, au contraire, de redondances que même d’illustres interprètes comme Rudolf Serkin– qui a étudié avec Reger – ne parviennent pas à gommer.

L’autre problème de Reger, c’est sa profusion. Son corpus d’oeuvres instrumentales est tel que l’amateur qui voudrait s’y aventurer s’épuisera vite : le violon, l’alto, le violoncelle, la clarinette et l’orgue. Des sommes un peu indigestes.

Mais pour le mélomane qui ne voudrait pas passer à côté d’un compositeur original, singulier même dans son époque, deux coffrets complémentaires sont de nature à satisfaire sa curiosité. L’un comprend la totalité de son oeuvre symphonique et concertante, dans des versions de premier ordre, l’autre – qui vient de paraître – est plus ouvert à tous les genres abordés par Max Reger et bénéficie aussi d’interprètes remarquables.

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Puisse ce coffret contribuer à faire aimer et connaître un corpus musical somptueux, qui reste scandaleusement méconnu, voire méprisé, injustement oublié des programmateurs hors la sphère germanique.

La Dolce vita

IMG_7681(Santa Maria de Leuca)

J’ai choisi le sud de l’Italie pour cette pause estivale (voir Le talon de la botte).

Les paysages que je traverse, les cités que je visite, les bords de mer où je m’arrête, m’évoquent irrésistiblement des musiques, légères, doucement teintées de nostalgie.

38875521_10155906743217602_236441329784061952_n(Gallipoli au couchant)

Comme celles qu’un magnifique coffret, à petit prix, réédite sous la houlette la plus pertinente et élégante qui soit, celle de Riccardo Muti – bon sang napolitain ne saurait mentir ! –

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Je reviendrai plus longuement sur l’une des figures centrales de ce coffret, Nino Rota, je serai dans quelques jours tout près de la ville de Bari, dont il fut le directeur du Conservatoire de 1950 à sa mort en 1979. Et sur les autres compositeurs illustrés par Muti.

Ce n’est pas avec Muti que j’ai entendu pour la première fois ces musiques qui chavirent, mais avec ce disque d’intermèdes d’opéras, où Karajan raconte mieux que quiconque la langueur, la mélancolie.

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Peut-on imaginer plus nostalgique que ce passage d’Adrienne Lecouvreur de Cilea ?

La légèreté, l’insouciance, l’atmosphère si typiques d’une certaine Italie, c’est chez un drôle de compositeur, Ermanno Wolf Ferrari, et toujours avec ce disque de Karajan, que je les ai aimées la première fois.

Puis par un CD plutôt inattendu de Neville Marriner

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L’excellent Gianandrea Noseda a déjà constitué chez Chandos une impressionnante collection de musique symphonique italienne, dont ce double album consacré à Wolf-Ferrari.

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Un été Bernstein (IV) : pas de côté

Il y a une chose que Leonard Bernstein n’a jamais faite : diriger un Concert de Nouvel an à Vienne. Alors que la relation entre le chef américain et les Wiener Philharmoniker a été l’une des plus fécondes qui soient, notamment dans le répertoire typiquement viennois – Haydn, Mozart, Beethoven, Mahler. Mais la dynastie Strauss ? Les valses de Johann père et fils, Josef ou Eduard Strauss ? C’est peu dire que Leonard Bernstein n’avait aucun atome crochu, aucune idée même du rythme très particulier de la valse viennoise. On l’entend ici dans un extrait des célèbres Young People’s Concerts : un Sang Viennois aussi peu idiomatique que possible. Une battue à trois temps égaux… bien prosaïque.

Dans Le Beau Danube bleu rien n’y fait, Bernstein reste étranger à cette musique.

Le pire, peut-être, est l’ouverture du Baron Tzigane, dont je n’ai pas trouvé de vidéo. Un ratage complet, surtout quand on le compare à la légendaire version (en concert) de Carlos Kleiber !

 

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Bernstein a tellement réussi de choses, qu’on ne peut lui en vouloir d’avoir raté son rendez-vous avec l’univers si particulier des Strauss. On imagine que sa maison de disques a dû le solliciter, comme on le faisait avec tous les chefs célèbres de l’époque. Enregistrer au moins un disque de valses et d’ouvertures viennoises était une figure obligée. En l’occurrence, c’était inutile et n’ajoute (ni n’enlève) rien à la gloire d’un chef si souvent et magnifiquement inspiré par tant d’autres répertoires.

Toute la discographie de Bernstein : Bernstein Centenary

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Un été Bernstein (III) : L’Italie

Arrivant ce dimanche en Italie pour quelques jours de vacances, je me suis demandé quel était le rapport de l’Américain Leonard Bernstein avec ce pays d’opéra et de traditions populaires, plus que de musique symphonique.

Si l’on excepte la présence du chef au pupitre de La Scala dans les années 50, pour des prestations restées dans les mémoires du fait de « la » Callas, Bernstein a relativement peu travaillé en Italie.

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Il a plusieurs fois dirigé l’orchestre de l’Accademia nazionale di Santa Cecilia de Rome.

C’est avec cette formation qu’il enregistre une version pas vraiment idiomatique, ni dans la conduite de l’orchestre puccinien, ni dans le format vocal des principaux protagonistes, de La Bohème de Puccini

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Bernstein retrouve l’Accademia à la fin de sa vie pour un cycle Debussy, crépusculaire, plus wagnérien que français de touche.

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Pour les Italiens proprement dits, morne plaine : un disque d’ouvertures de Rossini, très « show off », et deux des poèmes symphoniques qui forment la « trilogie romaine » de Respighi. Rien d’indispensable…

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Discographie complète de Bernstein : Bernstein Centenary

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Post scriptum : Après publication de cet article, un amical lecteur s’étonnait que je ne mentionne pas les deux enregistrements verdiens de Bernstein : son Falstaff avec Dietrich Fischer-Dieskau et l’inévitable Requiem.

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Je fais un blocage sur DFD dans Verdi (et pas que dans Verdi !), est-ce pour cela que je n’ai jamais prêté une oreille plus attentive à ce que fait Bernstein dans l’ultime chef-d’oeuvre de Verdi ?

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Même « oubli » pour cette version londonienne du Requiem. Je vais – peut-être – réviser mon jugement avec le troisième coffret – annoncé pour la mi-août – de la Leonard Bernstein Edition de Sony, regroupant tous les enregistrements vocaux, choraux et lyriques du chef.

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Un été Bernstein (II) : Schumann

 

Après Mendelssohn (Un été Bernstein (I) : MendelssohnSchumann le romantique a particulièrement réussi au chef Leonard Bernstein. 

Deux gravures des quatre symphonies, avec New York pour Sony, puis Vienne pour DGG, avec une préférence pour la version new-yorkaise.

Bernstein est plus démonstratif à Vienne, plus enthousiasmant à New York, donnant notamment de la 3ème symphonie dite « Rhénane » une version exaltée et exaltante, de surcroît magnifiquement captée.

Belle version live avec l’orchestre de la radio bavaroise de la 2ème symphonie :

Plus remarquable encore – si c’est possible – l’ouverture de Manfred :

Il se trouve que c’est la première oeuvre que Bernstein dirigea en concert, en 1943, lorsqu’il dut remplacer Bruno Walter, malade, à la tête du New York Philharmonic au Carnegie Hall. Tout y était déjà (l’ouverture « Manfred » est à 3’24 »)

Toute la discographie de Bernstein ici : Bernstein Centenary

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Un été Bernstein (I) : Mendelssohn

Leonard Bernstein est né le 25 août 1918. Le centenaire de sa naissance est abondamment et justement célébré (lire La fête à Lenny).

J’ai choisi, pendant ce mois de vacances, de distinguer quelques pépites – et quelques ratages ! – dans l’abondante discographie du chef-pianiste-compositeur-pédagogue (voir Bernstein Centenary)

Commençons par Mendelssohnun compositeur et une oeuvre auxquels on n’associe pas d’emblée le chef américain. Alors que Bernstein est, sans doute, de tous les chefs prestigieux qui ont dirigé et enregistré  Mendelssohn celui qui en a le mieux compris et restitué le romantisme fiévreux, dramatique, inquiet, celui des Troisième (l’Ecossaise) et Cinquième (la Réformation) symphonies et d’ouvertures comme Ruy Blas – phénoménale ! – ou Les Hébrides

Ce n’est pas un hasard si Ruy Blas fait partie du « best of » symphonique concocté par Diapason pour honorer Leonard Bernstein chef d’orchestre

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Pour ces ouvertures, comme pour les symphonies 3 et 5, on préfère les premières versions gravées à New York pour CBS/Sony, aujourd’hui quasi introuvables en éditions séparées

Pour la 4ème symphonie « Italienne », la version gravée avec l’Orchestre philharmonique d’Israël (Deutsche Grammophon) semble plus solaire, plus fluide, élégante que son aînée new-yorkaise.

Toute la discographie Bernstein à retrouver ici : Bernstein Centenary

Yannick à Rotterdam

Belle surprise que cette publication estivale : un coffret de 6 CD composé d’inédits, de prises de concert, et proposé à petit prix. Pour célébrer les dix ans de direction musicale du chef québécois Yannick Nézet-Séguin à l’orchestre philharmonique de Rotterdam…et le centenaire de la phalange néerlandaise !

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Des enregistrements plutôt récents qui ne reflètent que partiellement la décennie YNZ à Rotterdam (mais il est vrai que les premiers enregistrements du jeune chef ont été réalisés pour EMI/Warner)

CD 1 Chostakovich: Symphonie n° 4 (déc. 2016)                                                                           CD 2 Mahler: Symphonie n°10 / éd. Deryck Cooke (avr. 2016)

CD3 Beethoven: Symphonie n° 8 (fév.2016) / Tchaikovski: Francesca da Rimini (nov. 2015) / Turnage: Concerto pour piano – Marc-André Hamelin – (oct. 2013)

CD 4 Bartók: Concerto pour orchestre (juin 2011)

Dvorak: Symphonie n°8 (déc. 2016)

CD 5-6 Bruckner: Symphonie n°8 (fév. 2016)

Debussy: Trois Nocturnes (déc. 2014)

Haydn: Symphonie n°44 « funèbre » (nov. 2012)

Tout a été dit et écrit sur le phénomène Nézet-Séguin (lire Eveil d’impressions joyeuses), une carrière prodigieuse, les postes les plus exposés (il prend les rênes du Met un an plus tôt que prévu, en raison du « scandale » Levine).

On se réjouit de découvrir ce coffret à tête reposée pendant les vacances qui approchent.

Le coffret est accompagné d’un bref livret trilingue (anglais, français, allemand). On aurait pu imaginer qu’un label aussi prestigieux que Deutsche Grammophon d’une part confie l’écriture et les traductions de ses textes de programme à des auteurs compétents, d’autre part qu’avant publication ces textes soient relus et éventuellement corrigés.

Apparemment, malgré la mention d’un nom de traducteur, on a dû faire appel à Google Trad pour le texte français. Le résultat est digne de figurer dans les meilleurs bêtisiers. Tout simplement illisible… qui rime avec risible !

Extraits : « Dès le départ, Nézet-Séguin donnait la sensation galvanisante que ses qualités spéciales réflétaient les propensions uniques de l’orchestre lui-même »….

La Huitième de Beethoven est une symphonie compacte, soigneusement équilibrée, qui porte son érudition avec légèreté »

Le reste à l’avenant…

Visegrád ou Vyšehrad ?

Lors d’un récent sommet européen consacré à la question de l’accueil des migrants, il a beaucoup été question du Groupe de Visegrádun groupe informel réunissant quatre pays d’Europe centrale, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie, du nom de la petite ville, aujourd’hui hongroise, de VisegrádCe « groupe » n’est pas récent puis dès 1335 les rois de Bohème, de Pologne et de Hongrie s’y rencontraient pour créer une alliance anti-Habsbourg, alliance renouvelée en 1991 pour accélérer le processus d’intégration européenne des trois mêmes pays (la Bohème étant devenue la Tchécoslovaquie qui allait se scinder en 1993)

Les prononciations les plus fantaisistes ont cours dès lors qu’il s’agit de noms slaves (les journalistes et les dirigeants européens s’en sont donné à coeur joie… Viz-grade, Ouaille-z-grad !) La meilleure approche, pour un non slavophile, serait : Voui-chê-grade. 

Voilà pour la cité-forteresse aujourd’hui située en Hongrie, dont l’étymologie est simple : Vise = haut, grad = ville. Visegrad = la ville haute.

Les mélomanes connaissent un autre Vyšehradle premier volet du cycle de six poèmes symphoniques Ma Patrie du compositeur tchèque Bedřich SmetanaVyšehrad est le quartier le plus ancien de Prague, le plus élevé aussi, où avait été édifié le premier château-fort au Xème siècle.

1024px-Vysehrad_as_seen_over_the_Vltava_from_Cisarska_louka_732(Vue sur Vysehrad de la MoldauVltava en tchèque = prononcer Veul-tava, et non Vi-ta-va, comme je l’entendis un jour, répété plusieurs fois, sur France Musique !!)

Le festival Le Printemps de Prague s’ouvre chaque année le 12 mai (date anniversaire de la mort de Smetana) par l’exécution du cycle Ma Patrie. Au terme de la Révolution de Velours, qui mit fin à la dictature communiste, l’édition 1990 du Printemps de Prague fut un événement considérable, puisqu’elle marqua le retour de Rafael Kubelik sur sa terre natale, après 41 ans d’exil. La version du cycle de Smetana que donnèrent ce 12 mai 1990 le vieux chef, déjà atteint par la maladie et sa chère Philharmonie tchèque est portée par un souffle, une vision, véritablement historiques.

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Voir la discographie de Rafael Kubelik ici : Rafael Kubelik, un chef en liberté

Je connais une autre belle gravure de ce premier volet de Ma Patrie de Smetana, assez inattendue, mais très réussie (comme les poèmes symphoniques de Liszt qui figurent sur le disque), celle de Karajan

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La fête à Lenny

Je ne reviendrai pas sur la Fête de la MusiqueJe n’ai rien à changer à ce que j’écrivais il y a deux ans : Fête ou défaite de la musique.

C’est à une tout autre fête que nous convie le numéro de juin-juillet de Diapason : la célébration d’un génie du XXème siècle, dont on commémorera le centenaire de la naissance le 25 août prochain, Leonard Bernstein.

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La une du magazine n’est, en l’occurrence, ni racoleuse, ni mensongère. Le dossier constitué sous l’égide – inattendue – d’Ivan Alexandre, dont on ne savait pas qu’il fût un spécialiste voire un fan de Bernstein, est un must. Pour embrasser toutes les facettes d’un génie protéiforme : pianiste, chef d’orchestre, compositeur qui s’est essayé à tous les genres, pédagogue, une vie personnelle au diapason de ses passions multiples.

Le Festival Radio France propose, cet été, du 16 au 27 juillet, de redécouvrir plusieurs aspects de la personnalité de Bernstein : des extraits de la série légendaire, jamais égalée,  parfois imitée, des Young People’s Concerts, des vidéos de répétitions et de concerts dirigés par Leonard Bernstein.

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Les éditeurs historiques (Sony ex-CBS, Deutsche Grammophon) ont mis le paquet pour célébrer ce centenaire pas comme les autres.

Il y a quelques mois, Sony proposait un coffret de 100 CD – avec pochettes originales, donc minutages chiches – « remastérisés » (voir : Bernstein remastered

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après avoir réédité déjà deux coffrets format 33 tours, comportant, pour le premier, la totalité des symphonies gravées pour l’essentiel à New York (voir Bernstein forever), pour le deuxième les oeuvres orchestrales et concertantes (voir Bernstein Centenary), un troisième et dernier est annoncé pour septembre avec les oeuvres vocales et chorales. Un fabuleux legs !

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Quant à DGG, après avoir imité Sony, en reprenant en 2 coffrets format 33 t. la totalité des CD parus sous l’étiquette jaune (voir Leonard Bernstein Collection), nous est proposé – à un prix relativement modéré pour un objet de cette qualité – un gros coffret reprenant l’intégralité des CD et des DVD – ainsi qu’un DVD Blu-ray audio des symphonies de Beethoven – parus sous étiquette DGG et Decca (y compris les premiers enregistrements Decca américains) :

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Chez Warner, on nous annonce pour septembre un coffret particulièrement bienvenu pour rappeler la collaboration du chef américain avec l’Orchestre National de France 

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(Voir tous les détails de la discographie de Bernstein iciBernstein Centenary)

Les livres aussi – en plus des magnifiques ouvrages contenus dans les gros coffrets DGG et Sony – nous dévoilent les facettes, parfois cachées, d’un personnage unique en son temps.

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Renaud Machart avait déjà consacré une belle monographie à Bernstein dans la collection Actes Sud / Classica. Il annonce pour la rentrée un second opus, qui nous restitue, longuement préfacées par ses soins, les six conférences données par le chef compositeur à Harvard en 1973. Fondamentales pour comprendre en quoi Bernstein fut le plus grand et le meilleur « vulgarisateur » de la musique.

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Intéressant aussi ce petit ouvrage de souvenirs du journaliste Jonathan Cott.

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Parmi les centaines de vidéos, heureusement disponibles sur les réseaux sociaux, il y a l’embarras du choix.

Cette Neuvième de Beethoven, captée quelques mois avant la mort de Bernstein, quelques semaines après la chute du Mur de Berlin :

Et celle-ci, vue des millions de fois, montrant le showman, le cabotin que Bernstein ne répugnait pas à être (et quelle leçon de direction !)

Et encore cette prodigieuse version de la Symphonie de Franck, avec l’Orchestre National en 1982 :

 

Les fresques de Rafael

L’année 1914 a été prodigue en grands chefs d’orchestre : Giulini, Kondrachine, Fricsay, Rowicki, Kubelik excusez du peu ! En 2014, Fricsay et Giulini ont bénéficié d’hommages discographiques « à la hauteur » (lire Centenaires). Kondrachine a été oublié, Rowicki partiellement réédité.

Quant au chef tchèque Rafael Kubelik (1914-1996), il avait été bien servi par ses éditeurs successifs, mais incomplètement pour ce qui concerne Deutsche Grammophon :

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La branche italienne d’Universal/DGG avait édité un coffret comportant les quatre intégrales symphoniques réalisées par Kubelik pour l’étiquette jaune : Beethoven, Dvorak, Mahler et Schumann, qui n’avait pas été largement distribué en France.

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Voici que Deutsche Grammophon se rattrape avec une vraie intégrale de tout ce que le chef, né tchèque, mort suisse, avait gravé. A l’apogée d’une carrière mouvementée, qui a prouvé que Rafael Kubelik ne transigeait pas avec la liberté, avec sa liberté.

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Voir les détails de ces coffrets sur : Bestofclassic

Impossible de résumer, de caractériser en quelques mots – laissons cela aux critiques professionnels – l’art et la carrière de Rafael Kubelik. 

J’ai eu, une seule fois, la chance de le voir en concert, à la fin des années 70, dans l’horrible salle du Palais des Congrès à Paris. Il dirigeait l’Orchestre de Paris dans la 9ème symphonie de Mahler. J’en ai conservé un souvenir lumineux, Et c’est aussi avec Kubelik que j’ai commencé mon exploration des symphonies de Dvorak (lire La découverte de la musique : carnet tchèque), puis Smetana.

Que faut-il retenir de son abondante discographie, et en particulier de ce beau coffret Deutsche Grammophon ? Que Kubelik est un musicien du grand large, qui brosse à fresque, s’épanouit dans de vastes paysages symphoniques. Ce n’est pas faire injure à sa mémoire de dire que ses Mozart, ses Beethoven (une intégrale originale réalisée avec un orchestre différent pour chaque symphonie), ne sont pas essentiels, comme si la forme classique lui était un carcan.

En revanche, quel souffle dans Dvorak, Smetana, Martinu ou Janacek ! Quelle poésie dans la musique de scène du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, ou les opéras de Weber (Oberon) et Wagner (Lohengrin) présents dans le coffret DG ! (mais très peu idiomatique dans un Rigoletto capté à la Scala, et souvent présenté – pourquoi ? – comme une référence). Ses symphonies de Mahler me laissent partagé, peut-être à cause d’une prise de son qui m’a toujours semblé étriquée – pourtant c’est l’orchestre de la Radio bavaroise – quand, dans le même temps, Solti faisait des étincelles chez Decca.

Et puis il y a pas mal de curiosités dans ce coffret DG (voir la liste complète sur Bestofclassic: un disque Haendel avec Berlin – Water music et les Royal fireworks – daté mais pas désagréable – pour l’anecdote, c’est un extrait de ce disque qui servait d’indicatif à l’indéboulonnable émission de Jean Fontainele dimanche soir sur France Inter, Prestige de la musique ! -, sans doute la version de référence du grand opéra de Pfitzner, Palestrina, une rareté de Carl Orff, Oedipe le tyran (1959), des concertos pour piano bien peu personnels d’ Alexandre Tcherepnine, avec le compositeur au piano, une grande version des Gurrelieder de Schoenberg, ou encore deux magnifiques visions des 4ème et 8ème symphonies d’un compositeur allemand vraiment trop négligé du XXème siècle, Karl-Amadeus Hartmann

Rafael Kubelik a eu une fin de vie pénible. Après son retour triomphal à Prague – qu’il avait fuie en 1948 – pour le concert d’ouverture du Printemps de Prague 1990 – quelques mois après la chute du mur de Berlin – il devra cesser de diriger, sans doute victime de la maladie d’Alzheimer, et vivra reclus dans sa maison des environs de Lucerne où il s’était établi dans les années 60.

Ci-dessous ce témoignage très émouvant du cycle de Smetana, jamais aussi bien nommé – Ma Patrie – dirigé par Kubelik retrouvant sa chère Philharmonie tchèque.