José Van Dam (1940-2026)

On apprend aujourd’hui la disparition, le 17 février, d’un géant du chant José Van Dam.

L’ami Nicolas Blanmont lui consacre, sur le site de la RTBF, un article extrêmement complet et documenté auquel je ne peux que renvoyer, puisque tout y est dit, de la formation, de la carrière incroyable de José Van Dam et de sa place éminente dans le club très fermé des plus grands chanteurs du XXe siècle.

Le simple examen de ses rôles à l’opéra, sous les baguettes les plus fameuses, le relevé de sa discographie, donnent le vertige. Je me rappelle ces Grands entretiens réalisés par France Musique en 2019 avec le grand baryton belge et, par exemple, ce qu’il disait de sa longue collaboration avec Karajan : « Il était rigoureux, exigeant… C’est le ‘grand’ chef avec lequel j’ai eu le plus de plaisir à chanter. »

Dans ma mémoire, se mêlent des souvenirs – finalement pas si fréquents – de José Van Dam sur scène .Deux, très forts, me reviennent à l’instant d’écrire ces lignes.

Don Carlos au Châtelet

A l’opéra, il y a assez peu de spectacles dont je puisse dire qu’ils approchent la perfection; Ce Don Carlos de 1996 en faisait partie.

Pelléas et Melisande à Genève

« En février 2000, c’est à Genève, au Grand Théâtre (puis au Victoria Hall) que je retrouve Langrée. Il dirige son premier Pelléas, avec une équipe de rêve, une Mélisande de 20 ans, Alexia Cousin, Simon Keenlyside, José van Dam, Patrice Caurier et Moshé Leiser à la manœuvre » (Lire Portrait d’ami).

Jamais un Golaud ne m’a bouleversé à ce point. José Van Dam est pour toujours « mon » Golaud.

Et cette présence si remarquable, ce timbre, cette diction uniques, on les retrouve à leur acmé dans tant d’enregistrements que je vais redécouvrir dans une discothèque proprement vertigineuse !

Bach : Magnificat / Messe en si (Corboz) Erato

Beethoven : Fidelio (Karajan) EMI / Missa solemnis (Karajan) DG

Beethoven : 9e symphonie (Karajan x 2) DG

Berg : Wozzeck (Levine) Met

Berlioz : L’enfance du Christ (Gardiner) Erato

Berlioz : La damnation de Faust (Levine) Munich / (Nagano) EMI

Berlioz : Roméo et Juliette (Ozawa) DG

Bizet : Carmen (Karajan) DG / (Solti) Decca

Bizet : La jolie fille de Perth (Plasson) EMI

Brahms : Un requiem allemand (Karajan) DG-EMI

Bruckner : Te Deum (Karajan) DG

Debussy : Pelleas et Mélisande (Abbado) DG / (Karajan) EMI / (Levine) Met

Debussy : Rodrigue et Chimène (Nagano) EMI

Delibes : Lakmé (Plasson) EMI

Duruflé : Requiem (Corboz) Erato

Enesco : Oedipe (Plasson) EMI

Fauré : Pénélope (Dutoit) EMI

Fauré : Requiem (Plasson) EMI

Gluck : Iphigenie en Aulide (Gardiner) Decca

Gluck : Iphigenie en Tauride (Gardiner) Erato

Gounod : Faust (Plasson) EMI

Gounod : Mireille (Plasson) EMI

Gounod : Mors et vita (Plasson) EMI

Gounod : Roméo et Juliette (Plasson) EMI

Hahn : Ciboulette (Diederich) EMI

Haydn : Die Schöpfung (Karajan) DG

Ibert : Don Quichotte (Nagano) EMI

Magnard : Guercoeur (Plasson) EMI

Mahler : Symphonie n°8 (Bernstein) DG

Martin : Monologues de Jedermann (Nagano) Erato

Massenet : Hérodiade (Plasson) EMI

Massenet : Manon (Pappano (EMI)

Mozart: Cosi fan tutte (Muti) EMI

Mozart : la Flûte enchantée (Karajan) DG / (Levine) Sony / (Marriner) Philips

Mozart : Don Giovanni (Maazel) Sony /

Mozart : Les noces de Figaro (Karajan) DG

Mozart : Requiem (Karajan) DG

Offenbach : Les contes d’Hoffmann (Nagano) EMI/ (Cambreling) EMI

Poulenc / Chansons gaillardes (Collard) EMI

Puccini / Gianni Schicchi (Pappano) EMI

Ravel : Don Quichotte à Dulcinée , Mélodies populaires grecques (Boulez) Sony

Ravel : L’enfant et les sortilèges (Rattle) EMI

Ravel : L’heure espagnole (Maazel) DG

Roussel : Evocations, Padmâvâti (Plasson) EMI

Saint-Saëns : Mélodies (Collard) EMI

Richard Strauss : Die Frau ohne Schatten (Solti) Decca

Richard Strauss : Salomé (Karajan) EMI

Verdi : Aida (Karajan) EMI

Verdi : Don Carlo (Karajan) EMI

Verdi: Don Carlos (Pappano) EMI

Verdi : Falstaff (Solti) Decca

Verdi : Otello (Karajan) EMI

Verdi : Requiem (Karajan) DG / (Solti) RCA

Verdi : Simon Boccanegra (Abbado) DG

Verdi : Un bal masqué (Barbirolli) EMI

Wagner : Le Vaisseau fantôme (Karajan) EMI

Wagner : Les Maîtres Chanteurs (Solti) Decca

Wagner : Parsifal (Karajan) DG

Cette discographie est loin d’être exhaustive !

Il y a quelques années Erato avait publié un magnifique coffret de 10 CD dans la série Autograph

C’est à l’évidence l’un des portraits les plus fidèles de l’art et de la carrière du baryton disparu, avec plusieurs raretés, notamment les magnifiques Monologues de Jedermann de Frank Martin, de larges extraits des deux enregistrements de Salomé auxquels José Van Dam a participé, celui très célèbre de Karajan, et l’autre beaucoup moins de Kent Nagano à l’opéra de Lyon.. dans la version française de l’opéra de Richard Strauss. De la même manière José Van Dam est magnifique dans le Don Carlo (Karajan) comme dans le Don Carlos de Verdi (Pappano). Un joli bouquet de mélodies de Saint-Saëns, Ravel, Poulenc, Ropartz et Berlioz (Les nuits d’été notamment avec Jean-Philippe Collard)

J »évoquerai certainement sur mes prochaines brèves de blog les hommages qui viendront en nombre saluer José Van Dam.

La fête de Meher

On – l’intéressé en premier ? – me pardonnera, je l’espère, ce jeu de mots de circonstance – en France la Fête des mères est toujours le dernier dimanche de mai, à la différence de quasiment tous les autres pays !.

C’est un personnage que les discophiles chevronnés connaissent au moins de nom, un Australien au palmarès impressionnant (voir sa notice sur Linkedin) : Cyrus Meher-Homji. A ce titre, il est le responsable de la collection Eloquence, aujourd’hui très largement distribuée dans le monde entier, mais que, pendant quelques années, j’ai dû acheter par correspondance… en Australie !

Je ne sais pas si, dans l’univers de la musique classique, Cyrus Meher-Homji a un équivalent encore en activité. J’en doute. Il est le seul, à ma connaissance, à aussi bien connaître et explorer les fonds et tréfonds de l’immense catalogue constitué par Philips, Decca, Deutsche Grammophon, labels historiques aujourd’hui rassemblés sous la bannière d’Universal.

Dorati

En septembre dernier, je me réjouissais de retrouver des Mozart et des Haydn de Dorati, qui avaient échappé aux rééditions Decca ou Mercury du chef hongrois (lire Haydn dans les Pyrénées)

Kubelik

J’attends avec impatience un coffret commandé il y a quelques semaines, les enregistrés réalisés au tournant des années 50 par Rafael Kubelik pour Decca

Des disques que j’ai déjà, en CD séparés, mais qui vont ressortir dans un son nouveau, « remastérisé ».

Et puis, l’avantage considérable de cette collection et du travail de Cyrus Meher-Homji, c’est de nous donner à redécouvrir, et parfois découvrir tout court, des artistes demeurés dans une ombre que leur talent n’aurait pas dû leur infliger, jusqu’à des noms dont je n’avais jamais entendu parler.

Ainsi d’Anja Thauer (1945-1973), une violoncelliste allemande lumineuse, qui va se suicider à 28 ans, à cause d’une histoire d’amour impossible (lire : Anja Thauer. On l’a comparée à Jacqueline du Pré, autre musicienne exceptionnelle, arrêtée dans son élan par la maladie (la sclérose en plaques).

Le violoniste roumain Ion Voicu (1923-1997) avait lui aussi disparu des radars, quelques disques en Allemagne de l’Est encore trouvables sur le label Berlin Classics.

Ici une belle réédition qui rend hommage à un art du violon « natif » de Roumanie.

Il y a parfois des sommes sans doute utiles à certains collectionneurs, mais sur la pertinence desquelles on peut s’interroger. Je suis loin de partager l’enthousiasme de certains amis sur la réédition de ce coffret. La pianiste Ruth Slenczynska, 96 ans aujourd’hui, a d’évidences qualités de virtuosité, mais un jeu qui confine parfois à la sécheresse, affaire de prise de son ?

Ses études de Chopin respirent large, ce qui est n’est pas pour me déplaire :

Il y a un peu plus d’un mois, j’avais loué la réédition, si attendue, des enregistrements du chef suisse Peter Maag (voir Peter le Suisse) en regrettant une étrange prise de son, pourtant annoncée comme « stéréo », pour un disque de concertos avec Fou Ts’ong. Cyrus Meher-Homji m’avait lui-même répondu en signalant, en toute transparence, qu’il n’avait pu remettre la main sur la bande originale en stéréo.

Dans ce blog, les citations des publications de cette collection sont innombrables.

Je signale que le site britannique prestomusic.com fait actuellement une promotion très intéressante sur l’ensemble de la collection…

En tout cas on doit un fier coup de chapeau à Cyrus Meher-Homji. On a hâte qu’il continue de nous restituer ce qui nous semble une inépuisable réserve de trésors, corrigeant au passage les erreurs ou les oublis des maisons-mères (Deutsche Grammophon ou Decca) comme il l’avait fait pour Eugen Jochum