Zubin 80

Quelques jours avant l’arrivée de l’OSR à Bombay – une première pour l’orchestre – l’occasion est idéale d’envoyer un sonore Happy Birthday à l’un des plus illustres enfants de la mégalopole indienne : Zubin Mehta.

Né le 29 avril 1936, Zubin est le fils de Mehli Mehta, violoniste et fondateur de l’orchestre symphonique de Bombay. 

Bon sang ne sachant mentir, c’est tout logiquement que le jeune adolescent s’oriente vers la direction d’orchestre et fait ses classes à Vienne auprès du célèbre chef et pédagogue Hans Swarowsky.(https://fr.wikipedia.org/wiki/Zubin_Mehta)

C’est à Vienne qu’il réalise pour Decca, à tout juste 30 ans, son premier enregistrement symphonique, et pas n’importe quoi : la 9ème symphonie de Bruckner. Coup d’essai, coup de maître qui installe durablement Zubin Mehta comme un interprète de prédilection du répertoire viennois, et comme un hôte privilégié des Wiener Philharmoniker.

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Impossible de dérouler ici la carrière, la discographie du chef octogénaire. Disons qu’à titre personnel j’aime beaucoup les premières années d’un musicien incroyablement doué, qui s’est ensuite parfois abandonné à la facilité, à une certaine routine. On écoutera donc avec bonheur ce que Decca a regroupé dans un beau coffret hommage, les années Los Angeles, les premières avec l’orchestre philharmonique d’Israel, dont Mehta est le chef à vie depuis plus de 40 ans !

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J’ai beaucoup aimé ses premiers concerts de Nouvel an à partir de 1990, mais nettement moins la version assoupie de 2015…

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Un souvenir personnel pour finir : l’été 1974 je suis ouvreur au Festival de Lucerne, fonction bénévole mais qui me permet d’assister à tous les concerts, à plusieurs répétitions, et exceptionnellement à une mini-croisière sur le lac des Quatre-Cantons, en compagnie de Zubin Mehta et de sa flamboyante épouse. Trop timide pour l’approcher, mais impressionné par sa belle allure. Impression confirmée le soir par le concert du Los Angeles Philharmonic qu’il dirige et un souvenir exceptionnel du 3e concerto pour piano de Beethoven que joue son ami de toujours Daniel Barenboim. 

Comédies

Suite promise, chose due (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/04/23/william-et-elizabeth/).

Si l’on s’en tient aux seules comédies écrites par Shakespeare sous le règne d’Elizabeth I, leurs avatars musicaux sont nombreux. Après Beaucoup de bruit pour rien et Les joyeuses commères de Windsor, arrêtons nous au Marchand de Venise (1597) et à la musique de scène – Shylock – qu’a composée Gabriel Fauré pour la représentation de la pièce à l’Odéon en 1889.

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En revanche, A Midsummer Night’s Dream / Le songe d’une nuit d’été (1595) a eu une descendance musicale exceptionnelle et inspiré les plus grands compositeurs.

Moins d’un siècle plus tard, Purcell met en scène The Fairy Queen.

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En 1826, Carl Maria von Weber et Felix Mendelssohn livrent, l’un et l’autre, un chef-d’oeuvre, un opéra pour Weber, Oberon, une musique de scène pour Mendelssohn.

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Hommage au passage à Nikolaus Harnoncourt, expert en féerie mendelssohnienne.

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Ambroise Thomas signe, en 1850, un opéra-comique très lâchement inspiré de la comédie de Shakespeare et resté largement méconnu (une seule version discographique de 1956, due à Manuel Rosenthal)

Mais  Benjamin Britten, en 1960, nous offre l’un des plus beaux hommages qui soient au génie de Shakespeare.  J’ai encore le souvenir intact d’une représentation magique à Aix-en-Provence en 1991 (dans la cour de l’Archevêché, sous un ciel d’été et d’étoiles qui constituait le plus beau décor de la mise en scène de Robert Carsen, reprise l’année dernière)

Plusieurs belles versions au disque, dont celle du compositeur lui-même, mais on a une tendresse pour celle de Colin Davis, qui permet de retrouver le contre-ténor Brian Asawa tout récemment disparu

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On aime Brahms

Puisque son nom a été évoqué à propos de la composition du conseil d’administration de l’Ensemble InterContemporain qu’il a fondé (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/04/06/camelia-ou-la-discorde/), rappelons que Pierre Boulez avait quelques détestations.

Si Françoise Sagan lui avait demandé « Aimez-vous Brahms ? » , il aurait répondu vertement par la négative. Liszt, Wagner étaient, pour Boulez, des inventeurs, Brahms un épais conservateur. Ce qui ne devait pas être l’avis de Schoenberg, qui admirait la science de l’orchestration de Brahms, et qui a vêtu d’une riche (trop ?) parure orchestrale son premier quatuor avec piano – avec son finale alla ungarese – .

Le prochain festival de Radio France (#FestivalRF16) consacre toute une journée et une soirée à la musique de chambre de Brahms, avec piano, baryton et choeur si affinités ! (http://www.festivalradiofrancemontpellier.com/index.php/programme#!programmation=dates$byDay/).

On pourra s’y préparer avec la somme réunie par Diapason dans cet indispensable coffret :

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Mais pas de Brahms symphonique cet été.

Je me suis amusé à faire ma propre discothèque idéale de ce corpus important (4 symphonies, 2 ouvertures, 2 sérénades et les Variations sur un thème de Haydn). En privilégiant d’extraordinaires prises de concerts et des approches moins attendues que les « références » toujours citées.

J’ai depuis toujours la fabuleuse 1ère symphonie que Karl Böhm a gravée à Berlin en 1959 (dans une stéréo stupéfiante), mais il existe un « live » du 2 octobre 1969 avec l’orchestre de la Radio bavaroise encore plus extraordinaire. Hallucinée, rageuse (dans les 1er et 4ème mouvements), intensément poétique. On ne sort jamais indemne de cette écoute.

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Pour la 2ème symphonie, c’est encore Böhm cette fois avec les Berlinois, auxquels il ne laisse aucun répit, à l’exact opposé d’un autre grand chef qui butine, musarde, John Barbirolli avec Vienne. C’était en août 1970 au festival de Salzbourg, la prise de son ne respire guère, mais la tension n’en est que plus vive !

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Quant à la 3ème symphonie, depuis que François Hudry me l’avait fait découvrir, je mets au premier rang un chef qu’on n’associe pas spontanément à Brahms (et qui a pourtant réalisé une très belle intégrale – méconnue – chez Decca avec « son » Orchestre de la Suisse romande), Ernest Ansermet, avec l’orchestre de la Radio bavaroise, un « live » de 1966. Tout simplement exceptionnel !

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Pour la 4ème symphonie, on a l’embarras du choix, et j’arrive difficilement à départager Carlos Kleiber et Fritz Reiner (dans une version peu souvent citée, et pourtant admirable de rigueur et d’allure, avec le Royal Philharmonic)

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Pour les ouvertures (Académique et Tragique) ainsi que les Variations Haydn j’aime infiniment le dernier Jochum (avec l’orchestre symphonique de Londres), ça file droit, allègrement.

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Le jeune Istvan Kertesz fait des miracles dans les deux sérénades qui somnolent sous d’autres baguettes plus connues…

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Vus (ou pas) à la télé

Ils ont le même patronyme. L’un est une belle gueule, souvent cantonné aux emplois d’avocat, de magistrat ou de playboy dans les séries qui l’ont rendu populaire à la télévision, l’autre avait fière allure aussi, mais il n’a laissé de traces que dans le coeur des mélomanes.

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François-Eric Gendron (https://fr.wikipedia.org/wiki/François-Éric_Gendron) est bien le fils de son père, le violoncelliste Maurice Gendron (1920-1990)

Il y a quelques semaines, Decca publiait un magnifique coffret, préparé par Jean-Charles Hoffelé qui signe le livret, qui regroupe la quasi-totalité des enregistrements de ce grand musicien, un peu oublié depuis un grave accident de voiture à la fin des années 1970.

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Un travail extrêmement soigné qui restitue parfaitement la grandeur d’un artiste qui est à peu près à l’exact opposé – tenue, pudeur, aristocratie – de son illustre confrère Mstislav Rostropovitch. 

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On appréciera particulièrement les rééditions des premières gravures avec Ansermet, Dohnanyi, Haitink, ou sous la férule bienveillante de Pablo Casals au pupitre de l’orchestre Lamoureux, mais aussi ces moments magiques de musique de chambre avec le frère (Yehudi) et la soeur (Hephzibah) Menuhin, Brahms, Schubert, et les deux sextuors de Brahms captés lors du festival de Bath (naguère parus chez EMI)

On a tout de même souri à la lecture du texte de Monique Gendron, la veuve du violoncelliste, qui contient une étrange coquille, passée inaperçue aux yeux des relecteurs : on a bien compris que ce coffret est là pour perpétuer – et non perpétrer, comme écrit ! – la mémoire de Maurice Gendron. Le problème c’est que la traduction anglaise reprend perpetration ! Le crime orthographique ainsi perpétré est par avance tout pardonné à ceux qui nous offrent une aussi belle occasion de réentendre un violoncelle chaleureux, accordé au sentiment profond de la musique qu’il révèle.

Bernstein again

On ne pourra pas dire que ses éditeurs historiques ont manqué son centenaire ! Sony d’une part, Deutsche Grammophon d’autre part, n’ont pas attendu 2018 pour fêter Leonard Bernstein (1918-1990), celui dont Artur Rubinstein disait qu’il était « le plus grand pianiste parmi les chefs d’orchestre, le plus grand chef parmi les compositeurs, le plus grand compositeur parmi les pianistes ».

Deutsche Grammophon vient de publier le second volume de la monumentale Leonard Bernstein Collection. Détails ici (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2016/03/18/leonard-bernstein-collection-vol-2-8583363.html)

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Magnifique travail, outre le contenu musical, un livret richement illustré et documenté.

Lenny pour l’éternité !

Admiration

« alors admiration »… comme le chante Alain Souchon. « J’aime admirer », c’est ce que répète Jean d’Ormesson dans Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

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C’est bien cela, le ressort, la raison de mon métier, du métier que j’ai embrassé il y a bientôt trente ans à Genève, à la radio suisse romande, avec l’Orchestre de la Suisse romande : l’admiration pour les créateurs, les compositeurs, les interprètes.

Qu’a-t-on reproché finalement à certains communiqués officiels consécutifs à la disparition de Nikolaus Harnoncourt  ?(https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/08/hommages-dommages/). Des erreurs factuelles certes, mais surtout l’absence d’une expression personnelle d’empathie, d’admiration !

Je n’ai pas honte à l’avouer, j’ai besoin d’admirer. À commencer par ceux que j’aime. L’amour ne dure et ne perdure au-delà de l’attraction initiale que s’il se nourrit de l’admiration pour ce qu’est l’autre, pour qui est l’autre, et qui n’est pas un simple miroir de soi-même.(surtout pas !).

J’ai une chance incroyable de travailler pour ceux que j’admire, pour ces musiciens qu’adolescent je révérais non comme des idoles, mais comme des idéaux.

Je garde à jamais gravée dans ma mémoire ma première rencontre physique avec Armin Jordan, en septembre 1986. Je venais tout juste d’être recruté par la radio suisse comme « producteur responsable de la musique symphonique » (ça ne s’invente pas !), ignorant à peu près tout du milieu de la musique, avec mon seul enthousiasme comme viatique. Lorsque je vis s’approcher de moi un chef que j’admirais depuis longtemps en secret, et qu’il me dit très simplement : « Alors bienvenue ! on va travailler ensemble… » je sus qu’il me faudrait désormais être à la hauteur de ces personnages magnifiques et complexes qui peupleraient mon univers professionnel.

Trente ans plus tard, je n’ai pas changé. Je masque moins mes sentiments sans doute, j’ai dû côtoyer, parfois travailler avec des musiciens pour qui je n’éprouvais aucune admiration – surtout quand la réalité est si contraire aux apparences, quand la personnalité profonde est à l’exact opposé de l’image qu’on veut donner !- mais j’ai eu, et j’ai encore, tant et tant d’occasions de manifester mon enthousiasme, mon admiration, que je ne m’embarrasse plus de précautions et de convenances. Notre vie musicale ne peut pas être un filet d’eau tiède. Comment susciter l’adhésion d’un public de festival ou d’une saison de concerts si on n’est pas porté par un enthousiasme conquérant, une admiration explicite pour les artistes, les musiciens, les créateurs qu’on programme ?

Qu’a fait d’autre Ernest Ansermet, infatigable bâtisseur, créateur de l’Orchestre de la Suisse romande, que de convaincre son public de le suivre dans ses aventures, ses découvertes ?

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Les merveilles d’Alicia

Un week-end frileux, et c’est l’occasion de chercher le soleil dans sa discothèque. De redécouvrir aussi l’art d’un immense petit bout de femme – cela dit avec toute l’affection et l’admiration qu’on lui porte – Alicia de Larrocha.

Je me rappelle – mais le souvenir est vague – l’avoir encore vue en concert à Genève il y a vingt-cinq ans, un concerto de Mozart je crois, mais ce n’est que plus tard en écoutant ses disques que j’ai mesuré la place singulière que la pianiste espagnole occupe dans la discographie.

Bien sûr oui Albeniz et Granados, et à un degré suprême.

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Et bien sûr Falla :

Mais aussi idiomatique qu’elle soit dans son répertoire natal, réduire Alicia de Larrocha à la musique espagnole, c’est aussi stupide que de cantonner les pianistes français à Ravel ou Debussy.

Et quand on écoute des bandes récemment rééditées de Mozart ou Beethoven, on mesure à quel point sont inopérantes les catégories en musique.

71lIBnIKVwL._SL1500_81zcpSxCihL._SL1200_`Je ne suis pas sûr qu’Alicia de Larrocha ait jamais eu l’idée – ni qu’on la lui ait suggérée – de graver une intégrale des concertos pour piano de Mozart, mais les quelques gravures qu’elle a laissées, pour l’essentiel dans les dernières années de sa carrière, sont comme des cadeaux, des perles rares, surtout lorsque Georg Solti ou Colin Davis l’accompagnent presque amoureusement.

Retrouver Alicia c’est aussi réécouter Granados (1867-1918), ses Danses espagnoles, ses Goyescas, où jadis le pianiste français Jean-Marc Luisada s’illustra superbement.

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On l’aura compris, l’art de la pianiste espagnole, c’est un inépuisable pays de merveilles. Assez subtilement résumé par ce coffret de 7 CD, qui ne contient rien du répertoire « naturel’ d’Alicia de Larrocha, mais en dit très long sur un art hautement distingué.

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Up and down

Un résumé de l’actualité de la semaine ? Faite de hauts et de bas, en effet.

On avait apprécié le beau spectacle proposé par le Théâtre des Champs-Elysées (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/17/ceci-nest-pas-un-opera/), on était très curieux de découvrir ce que pouvait donner, installé place des Nations à Genève, l’ancien théâtre éphémère de la Comédie-Française jadis installé dans les jardins du Palais Royal à Paris. Avec un Alcina de Haendel prometteur sur le papier.

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La critique a plutôt aimé (http://abonnes.lemonde.fr/musiques/article/2016/02/19/opera-alcina-dotee-de-nouveaux-charmes_4868196_1654986.html). Seul bémol – et de taille – de ma part, je n’aime pas la vulgarité gratuite de la mise en scène et le surlignage permanent des intentions et des gestes.

Autre sujet qui, malheureusement, reste d’actualité : le nom d’un orchestre (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/09/une-forme-olympique/). Réjouissante séquence hier dans Le Petit Journal de Canal +

http://www.canalplus.fr/c-emissions/c-le-petit-journal/pid6515-le-petit-journal.html?vid=1364380

C’est le nom d’Umberto Eco qui fait l’actualité mortuaire ce matin. Le personnage est sans doute immense, et on attend la déferlante des hommages. Je serais bien incapable d’y ajouter le mien. Je n’ai pas lu Eco (mais n’ayant pas été ministre de la Culture je ne risque pas l’opprobre) ni même vu le film Le Nom de la rose. J’ai tort sans doute.

Un toujours bien vivant, lui, à bientôt 80 ans, le chef suisse Charles Dutoit à qui son éditeur historique Decca rend un hommage justifié, en même temps qu’il célèbre une aventure artistique exceptionnelle de 25 ans entre lui et l’orchestre symphonique de Montréal. Par bien des aspects, Dutoit est l’héritier du grand Ernest Ansermet (1883-1969). Il a rarement suscité l’enthousiasme de la critique européenne, sous des dehors de dandy élégant, le chef n’est pas dépourvu de caractère. Et quand on écoute ses enregistrements à l’aveugle – c’est arrivé plusieurs fois dans des émissions de critique de disques – il n’est pas rare que, dans la musique française en particulier, que ses disques obtiennent le haut du classement.

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35 CD généreusement remplis qui méritent beaucoup mieux qu’un coup d’oreille distrait. Et de nombreuses pépites dans la musique française.

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Sérénades

Quarante-huit heures se sont écoulées sans qu’on ait à déplorer une nouvelle mort illustre….mais la journée n’est pas terminée !

Profitons-en pour faire écho à un excellent dossier du mensuel britannique Gramophone qui, dans le dernier numéro, brosse un panorama de la sérénade au XXème siècle.

Sérénade, j’aime doublement ce mot, parce qu’il évoque, bien sûr, le soir, la nuit, ces pièces de musique qu’on adresse à la personne aimée ou qui embellissent une fête, mais aussi parce que j’y entends le mot de sérénité, l’idée d’un moment paisible, serein, calme.

Musicalement, c’est aussi l’expression d’une certaine sérénité, de quelque chose d’heureux, de divertissant – au sens où l’on entendait le divertissement, le divertimento, au XVIIIème siècle. La période classique regorge de sérénades et autres divertissements (Haydn, Mozart, même Beethoven).

Au XIXème siècle, le genre devient plus rare, mais Brahms, Dvorak, Tchaikovski, Elgar nous ont laissé quelques chefs-d’oeuvre en forme de… sérénades. Quelques (p)références discographiques :

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Gramophone met l’accent sur quelques Sérénades du XXème siècle, qui s’éloignent parfois beaucoup du caractère joyeux et plaisant des modèles classiques.

Dans un ordre qui n’a rien d’historique, ni de musicologique, qui est simplement celui de mes inclinations, d’abord Benjamin Britten et sa lumineuse et parfois irréelle Sérénade pour cor, ténor et orchestre (1943) écrite pour l’ami Dennis Brain, corniste prodige, tragiquement disparu à 36 ans en 1957 dans un accident de la route, et le compagnon et fidèle interprète, le ténor Peter Pears.

Evidemment la version du compositeur fait référence, mais j’ai une tendresse particulière pour la vision de Giulini, servie par le cor merveilleux de Dale Clevenger, qui a tenu le premier pupitre de l’orchestre de Chicago de 1966 à 2013 (!) et la voix idéale de Robert Tear.

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Leonard Bernstein a, lui aussi, intitulé Sérénade ce qui est en réalité un concerto pour violon en cinq mouvements (1954) d’après le Banquet de Platon. La version du dédicataire, Isaac Stern, accompagné par le compositeur est évidemment à connaître, même si d’autres violonistes ont donné plus de force et d’intensité à l’oeuvre (comme Gidon Kremer toujours avec Bernstein, ou plus récemment Hilary Hahn)

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Les Scandinaves ont le privilège d’avoir les nuits extrêmes, les plus longues en hiver, les plus claires en été, et leurs compositeurs ont l’inspiration féconde

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Ralph Vaughan Williams, le grand symphoniste anglais du XXème siècle, qui reste scandaleusement méconnu, voire méprisé sur le Continent, a composé deux versions de sa Serenade to Music, d’abord pour 16 solistes vocaux et orchestre, puis pour choeur, évidemment directement inspirée de la dispute sur la musique du Marchand de Venise de Shakespeare. Dans l’une et l’autre version, c’est une oeuvre puissante, profondément émouvante. Deux très grands disques indispensables : Bernstein et Boult.

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