Pour une fois, je précède un anniversaire, le centenaire de la naissance, le 18 mai 1924, du pianiste Samson François. Je suis tombé, par hasard, avant-hier soir sur LCP (La Chaîne Parlementaire) sur une rediffusion de l’émission Rembobina, animée par Patrick Cohen.
J’ai découvert un talent que je ne connaissais pas à l’ancien matinalier de France Inter, que je saluais parfois chez Carrette à côté de la maison de la radio : une excellente connaissance de la musique, et en l’espèce de Ravel et du héros du jour, le pianiste français mort à 46 ans en 1970. Même Eve Ruggieri, qui m’insupportait par son ton mondain (« Pava-reu-ti ») et ses approximations, m’a agréablement surpris par une vivacité d’esprit intacte à l’âge vénérable qui est le sien. Evidemment nous étions, eux et moi, nostalgiques d’une époque, d’abord les années 70 où la musique classique avait droit à la télévision à des émissions hebdomadaires à des heures de grande écoute, puis des années 80 et 90 avec des « Musiques au coeur » (1982-2009 !) qui ont fait défiler les plus grands interprètes (c’est par cette émission que j’ai eu la révélation de Felicity Lott par exemple).
Le son de Samson
Mais si j’ai été scotché devant mon écran par un artiste que je connaissais finalement trop peu et mal, bien que j’aie acquis en son temps le coffret récapitulatif des enregistrements réalisés pour Pathé-Marconi
Je me rappelle l’émotion qui avait saisi mes professeurs du modeste Conservatoire de Poitiers (lire Retour à Poitiers) à l’annonce de la mort brutale de Samson François en 1970. Je ne sais plus à quelle occasion, en revanche, le directeur de l’époque du Conservatoire, Lucien Jean-Baptiste (pas l’acteur !), m’avait fait écouter dans son bureau le 6e prélude de Chopin – sans doute était-ce au programme d’un examen ? – joué par Samson François, qu’il trouvait exemplaire de poésie.
Je me suis replongé avec autant de curiosité que de délectation dans ce coffret, les Chopin bien sûr, les Ravel si connus, que je m’en veux d’avoir négligés si longtemps, et des Debussy admirables.
Je citais dans mon récent article – Retour à Poitiers – les grands artistes que j’avais eu la chance d’entendre dans ma ville de jeunesse. Malheureusement je n’ai jamais entendu Samson François en concert, et j’ai toujours été réservé sur la légende entretenue à son propos – l’oiseau de nuit, porté sur l’alcool, la cigarette voire d’autres substances – comme s’il fallait absolument expliquer l’originalité d’un génie, comme si on avait oublié que le véritable artiste n’est jamais « conforme ». Merci à Patrick Cohen et Eve Ruggieri de m’avoir permis de le redécouvrir.
Ce n’est pas la première fois que la camarde tire groupé : on apprenait ce vendredi la disparition de deux géants, Robert Badinter et Seiji Ozawa. A leur manière, ils ont servi les mêmes idéaux, et ils auraient pu se rejoindre sur la musique: s’il en avait encore eu la force et la volonté, Ozawa – qui a créé l’opéra de Messiaen, Saint-François d’Assise – aurait pu créer l’opéra de Thierry Escaich – Claude – sur un livret de Robert Badinter, inspiré – il n’y a pas de hasard ! du roman Claude Gueux de Victor Hugo.
La haine et l’hommage
Pas une note discordante dans le déferlement d’hommages à Robert Badinter depuis hier matin, comme si la mort avait la vertu d’effacer le passé, c’est sans doute bien ainsi ! Mais comme l’a très bien rappelé le beau documentaire, rediffusé hier soir sur France 5 – Robert Badinter, la vie avant tout – l’avocat d’assises puis le ministre de la justice qu’il fut successivement a été honni, vilipendé, menacé non seulement par des foules en colère, mais aussi par plusieurs partis, de la droite à l’extrême-droite, qui n’éprouvent aucune honte aujourd’hui à encenser le disparu.
Jeune assistant parlementaire d’un député de Haute-Savoie et membre des instances nationales du CDS, le parti centriste à l’époque dans l’opposition, j’avais été révolté par ces manifestations factieuses et cette haine affichée sous les fenêtres du Garde des Sceaux, et j’avais envoyé au Monde un billet pour dire mon soutien à Robert Badinter. Billet publié à ma grande surprise qui m’a valu quelques jours plus tard une lettre signée de M. Badinter lui-même, à en-tête du Ministère de la Justice, me remerciant avec une extrême courtoisie des mots que j’avais écrits en sa faveur. J’ai cet article et cette lettre quelque part dans mes archives.
Ozawa ou l’occasion manquée
J’invite à relire l’article que j’avais écrit à l’occasion du 80e anniversaire de Seiji Ozawa en 2015 (Seiji80#) notamment sur son abondante discographie heureusement bien rééditée.
L’Opéra de Paris sur son site – Hommage à Seiji Ozawa -rappelle la présence constante et régulière du chef japonais dans la fosse de Garnier ou de Bastille, et bien sûr la création sous sa direction de l’unique opéra de Messiaen, Saint-François d’Assise.
France Musique a, de son côté, rappelé les liens étroits qu’Ozawa avait noués avec l’Orchestre national de France.
Mais je m’en suis toujours voulu, alors que j’étais au coeur du système (comme directeur de France Musique de 1993 à 1999) mais pas en position de décideur, de ne pas avoir insisté tant auprès d’Hugues Gall, nommé en 1993 à l’Opéra de Paris pour en prendre la direction effective en 1995, que des responsables de Radio France, pour que Paris, la France, s’attachent les services d’un chef d’une telle notoriété qui ne demandait qu’à cultiver une passion née dès sa victoire au concours de Besançon en 1959. Au lieu de cela, Ozawa fut engagé à Vienne où il ne fut pas le plus heureux des musiciens.
D’autant que Seiji Ozawa, parmi plein de qualités, aimait et servait la musique française comme peu de ses confrères, comme en témoigne heureusement une abondante discographie pour l’essentiel réalisée à Boston – dont il fut le patron de 1973 à 2002 – et pour une belle part avec l’Orchestre national de France, et dans une moindre mesure l’Orchestre de Paris.
Malheureusement, on a vu ces dernières années des images, des vidéos qui font horreur plus qu’honneur à un homme diminué par la maladie (la même que celle qui a emporté Claudio Abbado), exhibé au mépris de toute dignité, quelles que soient les raisons invoquées.
Je veux garder l’image de l’homme malicieux, toujours en mouvement, qui aimait les musiciens et était profondément aimé d’eux, en me rappelant l’un des premiers disques qu’on m’ait offerts adolescent : sa Shéhérazade avec Chicago.
Lorsque le pianiste américain Abbey Simon est mort, à 99 ans, le 18 décembre 2019 (lire Le pianiste oublié), je relevais notre méconnaissance, de ce côté-ci de l’Atlantique, des artistes qui ont fait ou font l’essentiel de leur carrière dans leur pays natal, les Etats-Unis. Je le rappelais l’été dernier à l’occasion d’une autre disparition, celle d’André Watts. Même si ce dernier a enregistré pour des labels bien distribués en Europe (CBS/Sony, EMI)
Il faut chercher dans le catalogue du label américain Vox, qui n’a jamais bénéficié d’une distribution correcte, pour trouver nombre d’artistes passionnants, et des enregistrements souvent réalisés… en Europe. Ainsi ma récente trouvaille d’un triple album :
Un mot d’abord du pianiste : Grant Johannesen est né, le 30 juillet 1921, dans le berceau de l’église de Jésus Christ des saints des derniers jours à Salt Lake City, les membres de cette « église » étant plus connus sous la dénomination de Mormons. Mort en 2005, Grant Johannesen a enseigné à Aspen puis à Cleveland, et a démontré sa passion de la musique française et son intérêt pour des répertoires que bien peu de ses collègues ont explorés, comme en témoigne ce coffret de 3 CD
Franck: Prelude, Choral & Fugue Fauré: Nocturne N° 7; Impromptus 3 & 5; Ballade pour piano et orchestre op. 19; Fantasie pour piano et orchestre op. 111 (Louis de Froment / Orchestre de Radio Luxembourg) Chausson: Quelques danses Saint-Saëns: Concerto pour piano n°4 (Bernard Kontarsky / Orchestre de Radio Luxembourg) Bourree D’Indy: Chant de Bruyeres Severac: Sous les lauriers roses; Pippermint-Get (Valse brillante de consert) Dukas: Variations, Interlude & Finale sur des thèmes de Rameau Chabrier: Bourrée fantasque; Ballabile; Impromptu Satie: Preludes flasques pour un chien; Croquis et agaceries d’un gros bonhomme en bois; Poudre d’or Roussel: Pièces op. 49 Milhaud: Quatre romances; Hymne de glorification Ravel: Serenade grotesque Debussy: Children’s Corner
Et comme c’est de saison, cette subtile Neige qui danse
J’invite, en particulier, à lire ce que Louis Langrée dit de la vie musicale américaine et du poids de la cancel culture qui a conduit, par exemple, les responsables du Lincoln Center de New York à supprimer Mozart de leur vocabulaire, parce que le nom même est jugé élitiste !! Heureusement la contamination reste limitée en Europe, et le travail exemplaire que font les équipes de l’Opéra Comique est de nature à nous rassurer !
(Louis Langrée dans son bureau de directeur général à l’Opéra Comique devant une affiche-programme de 1950)
L’actualité du chef est aussi ce nouveau disque dont le soliste est Alexandre Tharaud. Pour ne blesser personne, je me contenterai de remarquer que Louis Langrée trouve, dans Ravel et plus encore dans Falla, des couleurs admirables grâce à un Orchestre national en grande forme. Bravo pour le couplage inédit au disque !
Solti suite et fin
Il y a deux ans, j’avais reçu juste avant un séjour involontaire à l’hôpital, le deuxième des coffrets que Decca a consacrés à son chef star, Georg Solti (1912-1997) : Solti à Londres. Après un premier fort volume regroupant les enregistrements faits à Chicago durant un quart de siècle. Cette fois la boucle est bouclée avec un troisième coffret regroupant tout ce que le chef britannique a enregistré ailleurs qu’à Londres ou Chicago, pour la plupart à Vienne. Et ce sont, pour moi, de loin les meilleurs disques de Solti.
Les chauvins y retrouvent le seul disque enregistré avec l’Orchestre de Paris – dont Solti fut brièvement le « conseiller musical », des poèmes symphoniques de Liszt… et les 2e et 5e symphonies de Tchaikovski avec l’ancêtre de l’Orchestre de Paris, la société des Concerts du Conservatoire.
Je ne résiste pas au plaisir de citer encore la version la plus hallucinée des célèbres ouvertures de Suppé, captées en 1957 avec des Wiener Philharmoniker complètement survoltés : ici une Cavalerie légère au triple galop !
Braderie russe
Sur le site allemand jpc.de, je trouve régulièrement, à tout petit prix soldé, des disques dont j’ignorais même l’existence, parce qu’ils n’ont jamais ou très inégalement été distribués en Europe occidentale, publiés par le label Melodia, jadis le seul et unique éditeur officiel de l’URSS. Je viens de recevoir – et d’écouter – quatre albums assez incroyables.
D’abord Evgueni Svetlanov (1928-2002) dont on sait qu’il ne limitait pas son horizon à la seule musique russe, dont il a pourtant enregistré une quasi-intégrale symphonique. Ici c’est Ravel, et beaucoup moins attendu, le grand oratorio d’Elgar, The Dream of Gerontius. Grandiose vraiment !
Autres surprises, un double album consacré à Wagner (édité en 2013 à l’occasion du bicentenaire de sa naissance) et un époustouflant « live » de 1965 où Charles Munch dirige l’orchestre de Svetlanov (le symphonique d’URSS) dans une Mer de Debussy absolument déchaînée (au même programme: la 2e symphonie d’Honegger, la suite de Dardanus de Rameau et la 2e suite de Bacchus et Ariane de Roussel)
(Debussy, la Mer extrait, Charles Munch, Orchestre symphonique de l’URSS, Moscou 1965)
Le bonheur de Mahler
Passant avant-hier chez le libraire de la rue de Bretagne à Paris, je tombe sur un livre de poche au rayon « Musique ». Jamais entendu parler du bouquin à sa sortie en 2021, encore moins de son auteur, Évelyne Bloch-Dano.
« »On ne connaît pas Natalie Bauer-Lechner. Et pour cause : le nom de cette talentueuse altiste a été effacé par l’entourage de Mahler. Avant-gardiste, membre d’un quatuor de femmes réputé, c’est aussi elle qui, la première, a cru en Gustav Mahler. Jusqu’au mariage du compositeur, elle fut sa confidente, la première lectrice de ses compositions… son âme sœur, dans une Vienne aux codes étouffants, ivre d’art et de musique. Évelyne Bloch-Dano nous emmène à la rencontre de trois personnages, un génie, une artiste et une ville, dans une époque euphorique et impitoyable que balaya la Première Guerre mondiale. Le récit d’une intimité hors normes qui a le souffle d’un roman ». (Présentation de l’éditeur)
Un feuilletage rapide donne l’impression d’un ouvrage sérieux, même si écrit comme une biographie romancée. En tout cas, l’idée n’est pas mauvaise de raconter Mahler par le biais de cette amitié particulière avec une authentique féministe, la musicienne Natalie Bauer-Lechner
Il y a quelques jours, je ne sais pourquoi, j’avais cherché à avoir des nouvelles d’un chef d’orchestre que je suis et admire depuis longtemps, le Russe Youri Temirkanov. J’ai la réponse aujourd’hui en apprenant sa disparition à l’âge de 84 ans.
J’avais raconté la première fois, le 23 septembre 1995, que je l’avais entendu dans la ville et avec l’orchestre- où il avait succédé à l’immense Evgueni Mravinski : Première à Saint-Pétersbourg. Ce n’était pas rien que de prendre la suite d’une telle personnalité qui, durant cinquante ans, avait forgé l’un des plus beaux orchestres du monde au prix d’une discipline de fer.
Depuis lors, j’ai vu plusieurs fois Temirkanov diriger, surtout à Paris, avec des bonheurs variables. Tout le monde savait que le chef avait quelques problèmes avec l’alcool – mais il était loin d’être le seul dans ce cas parmi les grands chefs ! Disons, pour simplifier, qu’il y avait des concerts plutôt en service minimum et d’autres où le côté chef besogneux vissé à sa partition cachait bien l’ampleur de la vision et le grand souffle qui traversait son interprétation.
Comme ces deux captations récentes à la Philharmonie de Saint-Pétersbourg, la densité parfois suffocante de la 2e symphonie de Rachmaninov et le tragique tempêtueux qui parcourt une 4e de Tchaikovski au final diabolique. Et quel orchestre fabuleux, malgré les vagues d’émigration qui ont suivi la chute de l’Union Soviétique !
Intéressante aussi cette captation réalisée à Annecy d’une oeuvre – Alexandre Nevski de Prokofiev – où Temirkanov était souverain.
Une discographie éparpillée
On espère, sans trop y croire, que les labels qui ont édité les disques de Temirkanov proposeront des coffrets, des rééditions.
Si on le trouve encore, il faut se précipiter sur les 10 CD édités il y a une vingtaine d’années par Brilliant Classics, des archives « live » de concerts donnés en Union soviétique (en vente sur jpc.de).
Il y a des pépites formidables, qui montrent un chef fringant, dans la lignée de son maître Mravinski – qu’il a côtoyé à Leningrad à l’époque où il était le patron du Kirov, aujourd’hui Marinski.
Les enregistrements de Temirkanov de la « Pathétique » de Tchaikovski ou de la 2e de Rachmaninov sont époustouflants, les Prokofiev tout autant comme une extraordinaire 2e de Sibelius. Notez la présence plus étonnante de Debussy, Beethoven ou Jacques Ibert dans un coffret vraiment indispensable
Tchaikovski: Symphonie n°6; Romeo et Juliette Chostakovitch Symphonien Nr. 1, 5, 13 Chtchedrine: Konzert für Orchester « Chimes »; Suite « Not Love Alone » Prokofiev: Symphonie n° 1; Romeo et Juliette (extraits); Lieutenant Kije Suite Khachaturian: Symphonie n° 2 Scriabine: Poeme de l’Extase Rachmaninov: Symphonie n°2 Ibert: Paris Beethoven: Symphonie n° 8 Rossini: oui.Le Barbier de Séville Haydn: Symphonie n° 104 Dvorak: Symphonie n°9 Ravel: Rapsodie Espagnole Sibelius: Symphonie n°2 Britten: The Young Person’s Guide to the Orchestra Debussy: Nuages; Fetes; La Mer; Petite Suite Enesco: Rhapsodie roumaine n° 1
Kirov Theatre Orchestra, State Academy Symphony Orchestra of USSR, Moscow PO, USSR State SO,
1966-1985
Chez RCA il y a beaucoup de Russes, captés avec Saint-Pétersbourg, le Royal Philharmonic ou même New York, à commencer par deux coffrets indispensables Chostakovitch et Tchaikovski.
On est moins enthousiaste à la série récente de CD parus chez Signum Classics.
En revanche, on ne peut qu’aimer le couplage retenu par Warner pour ce « live » du 23 mai 2005. L’interprétation du grand Dmitri Hvorostovsky – trop tôt disparu il y a six ans déjà (lire Le combat perdu de Dmitri H) est bouleversante, et s’il n’égale pas Kondrachine dans les Danses symphoniques de Rachmaninov, Temirkanov sait en exalter la puissante nostalgie.
En écrivant ce papier, je trouve des raretés sur YouTube comme ces Danses de Rachmaninov captées en 1989 à Philadelphie…
Ou encore une toute récente Shéhérazade de Rimski-Korsakov captée à Tokyo, où le vieux chef inspire manifestement un orchestre en état de grâce
Puisqu’on est en pleine célébration des 150 ans de la naissance de Rachmaninov, ce disque inconnu en France, d’un immense pianiste anglais, Philip Fowke, où Yuri Temirkanov fait mieux qu’accompagner le 2e concerto pour piano, à la tête du Royal Philharmonic (dont il fut le chief conductor de 1992 à 1998)
Petite série estivale pendant que ce blog prendra quelques distances avec l’actualité, quelques disques enregistrés en été, tirés de ma discothèque : épisode 3
J’ai déjà raconté ici mon été 1974 à Lucerne (La découverte de la musique). Etrangement, problème de droits sans doute, il y a assez peu de témoignages discographiques « live » d’un festival qui, depuis sa fondation par Toscanini et Ansermet en 1938, et singulièrement après la Seconde Guerre mondiale, a été et reste l’une des plus grandes manifestations estivales d’Europe avec Salzbourg.
Le label allemand AUDITE a entrepris, depuis quelques années, de publier les belles archives de ce festival, dont celle-ci, en 2021.
Le disque est le reflet de deux concerts donnés en 1988 et 1994, et donne une image de l’art du chef suisse beaucoup plus conforme au souvenir que j’ai de ce qu’il pouvait donner en concert.
Il y a de surcroît ici un inédit dans l’abondante discographie d’Armin Jordan (1932-2006), la deuxième suite de Bacchus et Ariane de Roussel.
Et il y a surtout une fabuleuse version d’une pièce qu’Armin Jordan connaissait par coeur, qu’il est le seul à avoir enregistrée avec trois cantatrices différentes – Jessye Norman, Françoise Pollet, Felicity Lott, excusez du peu ! – le Poème de l’amour et de la mer de Chausson.
Je suis friand de mémoires de musiciens, de compositeurs, de leurs témoignages, de leurs lettres : Mozart, Berlioz, Debussy, Honegger, liste non limitative
Dans le numéro de juillet de Diapason, Ivan Alexandre et François Laurent se sont amusés à sélectionner quelques-uns de ces écrits dont la première caractéristique n’est pas vraiment la bienveillance. Quand les compositeurs ne s’aimaient pas, ils ne l’envoyaient pas dire, et quand ils avaient un talent de plume, ça donne des formules parfois assassines, toujours réjouissantes.Et révèle souvent les aspects cachés de certaines personnalités.
Le gentil Mendelssohn
De qui l’élégant et aimable Felix Mendelssohn peut-il parler dans une lettre du 28 mars 1831 :
« Il est d’une vanité incommensurable et traite avec un superbe dédain Mozart et Haydn, de sorte que tout son enthousiasme m’est suspect/…./ Cet enthousiasme purement extérieur, ces airs désespérés qu’on prend auprès des dames, ces génies qui s’affichent en grosses lettres, tout cela m’est parfaitement insupportable » ?
Réponse ci-dessous *1
Il faut croire que l’orchestre dont Felix Mendelssohn fut le premier directeur musical, celui du Gewandhaus de Leipzig, n’a plus à l’égard de ce compositeur d’une « vanité incommensurable » les préventions de son chef, comme en témoigne cette étonnante captation de la Symphonie fantastique, réalisée en 2018, où pour une noble cause des musiciens de Dresde et de Leipzig avaient été réunis sous la houlette d’Herbert Blomstedt.
Le haineux Wagner
Sans aucune référence à un récent épisode politique, comment ne pas trouver complètement injuste et déplacé ce commentaire :
« Dans la musique instrumentale de Haydn, nous croyons voir le démon enchaîné de la musique jouer devant nous avec la puérilité sénile d’un vieillard de naissance » (1870)
C’est peu dire qu’on ne partage absolument pas ce jugement qui n’honore pas son auteur… Richard Wagner !
Rappelons tout le bien qu’on a dit de la réédition du legs discographique du quatuor Pražák :
Pauvre Boris
De qui cette réflexion ? : « J’ai étudié à fond Boris Godounov… Je méprise sincèrement la musique de Moussorgski : c’est la parodie la plus méchante et la plus vulgaire de l’art musical »
L’auteur de ce jugement a-t-il été dérouté par la modernité de Boris ? Qu’aurait-il pensé de cette mise en scène (qui date de 2018) filmée à Saint-Pétersbourg et qui résonne étrangement avec l’actualité russe de ces dernières semaines ?
Réponse *2
Bruckner le détraqué
« La musique de Bruckner n’a ni queue ni tête et cela ne souffre aucune discussion, pas plus que sa personne. C’est un pauvre détraqué que les moines de Saint-Florian ont sur la conscience » (12 janvier 1885)
Ce n’était manifestement pas l’avis de Karajan qui s’est rendu plusieurs fois à l’abbaye bénédictine de St.Florian. Ici une captation réalisée en 1979 de la Huitième symphonie – la plus longue – de Bruckner
Réponse *3
Encore une dernière, la plus célèbre sans doute de ces « vacheries » que la petite histoire de la musique a retenues :
« Monsieur Ravel refuse la Légion d’honneur, mais toute sa musique l’accepte »
Pierre Boulez est lui-même cité à plusieurs reprises dans l’article de Diapason. Il est très présent dans ce remarquable et dejà ancien ouvrage de l’ami Alain Surrans, l’actuel directeur de l’opéra de Nantes et Angers.
Réponse *1 : Mendelssohn parle de… Berlioz qui lui-même n’a jamais été avare d’une vacherie à l’égard de ses contemporains
Réponse *2 : Celui qui parle de vulgarité à propos de Moussorgski n’est autre que son contemporain Tchaikovski
Réponse *3 : On savait que Bruckner avait subi plus de quolibets que d’encouragements de la part du monde musical, on ignorait que Brahms eût la dent aussi dure contre lui !
Je ne l’ai pas connue personnellement, je ne me souviens pas de l’avoir entendue en concert, et pourtant c’est l’une des musiciennes que j’admire depuis longtemps.
La chanteuse Rachel Yakar est morte ce 24 juin. Personne ne lui a rendu plus bel hommage qu’Ivan Alexandre dans Diapason :
Chérie des pionniers « baroques », mozartienne de style et de cœur, la soprano lyonnaise fut aussi la voix intime de Strauss, Debussy ou Messiaen. Carrière éclatante d’une artiste sans fard.
La maturité venue, son aigu ardent quasi sans vibrato, son style direct et son profil altier lui ouvrirent le royaume des sorcières. Médée de Clérambault pour Reinhard Goebel, Armide de Lully pour Philippe Herreweghe, Circé de Leclair pour John Eliot Gardiner, Melissa de Handel pour Roger Norrington : cris et chuchotements à la demande générale. Quelle ironie ! Sorcière, Rachel ? La plus tendre, la plus maternelle des sopranos. La plus aimée des collègues. La plus courue des professeurs. Un ange sur la terre.
Née à Lyon mardi 3 mars 1936, tentée par le dessin et la peinture puis absorbée par la musique, Rachel Yakar étudie dans les années 1950 au Conservatoire de Paris et, comme Régine Crespin ou Nadine Denize, fréquente le 5, quai Voltaire, où Germaine Lubin rentrée d’exil forme une génération fastueuse. « Lubin n’était pas la femme à poigne qu’on prétendait. Exigeante, oui, mais généreuse et attentionnée. » Bonne école.
Presque aussitôt après ses débuts à Strasbourg, elle passe la frontière et intègre en 1964 – à l’instant où Carlos Kleiber s’en va ! – la troupe du Deutsche Oper am Rhein. Entre Duisbourg et Düsseldorf elle sera deux décennies durant Gilda de Rigoletto comme Antonia des Contes d’Hoffmann, Liù de Turandotcomme Mimi de La Bohème, la Comtesse de Figaro comme la Maréchale du Chevalier à la rose, Marguerite de Faust comme Anne du Rake’s Progress… rôles qu’elle reprendra partout en Europe. Notamment à Munich (Don Giovanni, titre de ses débuts à Glyndebourne en 1977) ou au palais Garnier qui la découvre en 1970 – Gilda de Verdi puis Micaëla de Bizet.
Sculptrice du verbe, dessinatrice du chant, mélodiste et bête de scène, elle marque à cette époque des rôles délicats : la tragique Jenufa, la virtuose Celia de Lucio Silla, la malheureuse Elvira de Don Giovanni, la périlleuse Fiordiligi (premier Mozart / Da Ponte enregistré avec « instruments historiques », au festival de Drottningholm), Mélisande dont elle incarne l’idéal à la fin des années 1970 et qu’elle immortalise sous la baguette d’Armin Jordan (Erato), Madame Lidoine des Carmélites… tout en se distinguant loin du théâtre avec Michel Corboz (Messe en si mineur de Bach en 1979 et Paulus de Mendelssohn sept ans plus tard, joyaux purs et simples) ou dans les mélodies de Fauré, Duparc, Poulenc, Messiaen (Harawi absolu).
Quelques silhouettes de Wagner (Freia à Bayreuth dans le Ring selon Boulez & Chéreau) lui font vite comprendre que la clameur n’est pas son fort. C’est au contraire par les champs baroques qu’elle devient semeuse. Poppée pour l’éternité dans le cycle Monteverdi que le Dr Drese, alors patron de l’Opéra de Zurich, confie au duo Harnoncourt-Ponnelle. Ce 8 janvier 1977, la scène où, quittant le lit de Néron (Eric Tappy), elle tisse fil à fil une toile sans issue, comble d’érotisme et de pureté, sonne la fin des à-peu-près. L’art des Anciens a trouvé sa muse. Nikolaus Harnoncourt ne la lâche plus (lien réciproque : elle adore ce maître de l’infime détail qui laisse au chant toute latitude) ; Gustav Leonhardt lui fait enregistrer Campra, Grétry, Rameau (Pigmalion, autre bijou) ; elle est des premières Indes galantes au disque (Emilie avec Jean-Claude Malgoire), du premier opéra de Handel sur instruments d’époque (Admeto par Alan Curtis), d’Hippolyte & Aricie à Aix (fière rivale de Jessye Norman), de Scylla & Glaucus à Lyon… jusqu’aux adieux à la scène dans sa ville natale : Clymène de Phaëton avec Marc Minkowski et Karine Saporta pour l’inauguration de l’Opéra Nouvel en 1993.
C’était il y a trente ans. Pour quelques saisons encore elle enseignait au Conservatoire de Paris. Peu à peu retirée à Loix dans l’Île de Ré, elle ne se voulait plus Mademoiselle Yakar mais Madame Lecocq, épouse qu’on dirait aujourd’hui fusionnelle du ténor Michel Lecocq. Joyeuse et intarissable quand il s’agissait de parler musique, elle souffrait depuis longtemps quand ses grands yeux noirs se sont fermés au matin du 24 juin. Condoléances muettes à Michel qui ne doit plus savoir où regarder, à leurs proches, et à vous qui savez quelle fontaine d’amour vient de disparaître. Un amour qui s’entend et qui – disques, bandes, DVD, mémoires (dûment consignés pour sa famille) – n’est pas près de finir. (Ivan A.Alexandre, Diapason)
J’ai heureusement nombre des enregistrements auxquels elle a participé, dont ceux-ci que je chéris particulièrement, comme cet inoubliable Pelléas et Mélisande dirigé par Armin Jordan (lire Etat de grâce)
J’avais deux raisons d’être à l’Opéra Comique ce lundi soir : le souvenir d’un bicentenaire qui m’avait coûté pas mal d’efforts en 2013, Louis Langrée à la manoeuvre. Je voulais vérifier ce que je pensais de Grétry – dont on avait – plutôt mal -célébré les 200 ans de la mort dans sa ville natale, Liège – et d’une oeuvre dont je ne connaissais que quelques extraits, Zémire et Azor.
A Paris, la rue Grétry débouche sur la place Boieldieu où se dresse l’Opéra Comique.
Il est des soirs où l’on se félicite en secret de ne pas devoir écrire de critique. J’aurais sans doute écrit – mais moins bien que lui – quelque chose comme le papier d’Emmanuel Dupuy dans Diapason : À l’Opéra Comique, un trop sage Zémire et Azor. Mais je n’aurais pas pu dire que Grétry ne m’a jamais passionné, quelques efforts que j’aie faits en 2013, pour essayer de comprendre son succès.
Il a fallu toute la conviction, la subtilité de la direction de Louis Langrée, pour donner un peu de relief à des airs et des situations bien conventionnels, à quelques passages d’orchestre plus relevés. Et ce n’est pas l’absence de mise en scène de Michel Fau qui nous aura fait changer d’avis.
Le seul avantage est que le spectacle n’est pas long, et que Louis Langrée parvient à nous faire croire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre.
On savait par son biographe, l’ami François Hudry, que Decca avait prévu d’honorer le chef suisse Ernest Ansermet (1883-1969) par une monumentale réédition de son legs discographique à l’occasion des 50 ans de sa mort en 2019. Puis silence radio (lire mon billet de décembre 2021 Disques fantômes). Sur la foi d’une nouvelle date de parution annoncée pour avril 2022, j’avais commandé le premier et plus important coffret de cette édition – Ernest Ansermet, the Stéréo Years – chez l’éditeur allemand jpc.de. C’est finalement un an après la date annoncée que j’ai reçu le précieux coffret.
On n’a pas à regretter le retard pris sur la date initiale de publication, tant l’objet qui nous est livré est à tous égards remarquable.
A la différence d’autres éditeurs (Sony, Decca pour le récent Dorati/Detroit), on a ici des minutages très généreux… et des pochettes d’origine. Sur chaque pochette, figurent tous les détails qu’un mélomane curieux est en droit d’attendre, les interprètes bien sûr, les minutages, les dates et lieux précis d’enregistrement.. et de première publication, les équipes de prise de son, etc… Dans le livret quadrilingue (français, anglais, allemand, japonais), d’excellents, quoique trop brefs à notre goût, textes de François Hudry et Jon Tolansky. Et le tableau extrêmement détaillé de tous les enregistrements réalisés par Ansermet, de leurs dates de publication, etc. Un coffret « mono » doit suivre.
Je connaissais déjà la quasi totalité de ces enregistrements, et en admirais de longue date les prises de son, presque toutes réalisées au Victoria Hall de Genève, par les ingénieurs de Decca de la grande époque. De ce que j’ai pu entendre de ce nouveau coffret, les remastérisations sont impressionnantes, en ce qu’elles gomment les défauts des premières prises stéréo, sans altérer – au contraire – leur parfait équilibre. Et quand Decca annonce toutes les captations stéréo cela comprend aussi des enregistrements qu’on ne connaissait pas en CD, comme une 1ère et une 8ème symphonies de Beethoven captées en mai 1956 (sept ans avant l’intégrale des symphonies)
En terres germaniques
Quant au contenu, il permettra, on l’espère, d’élargir la perception qu’on a de ce grand chef, une fois pour toutes catalogué comme spécialiste de la musique française. On aime tellement enfermer les musiciens dans des cases…
Qu’on écoute seulement ce qu’Ansermet fait de la demi-douzaine de cantates de Bach qu’il a gravées, des symphonies parisiennes de Haydn (la première intégrale en stéréo !), bien sûr des symphonies de Brahms et Beethoven, si proches de conception de son contemporain Monteux…
Les Weber, Mendelssohn, Schumann (magnifique 2ème symphonie) ne manquent ni d’élan ni de saveur.
Maître de ballet
Qui pourrait oublier qu’Ansermet a été, de 1915 à 1923, le chef des Ballets Russes, qu’il a, à ce titre, créé les partitions du Tricorne de Manuel de Falla, de Noces de Stravinsky, qu’il a étroitement connu ceux dont il dirigeait les oeuvres ! Ses enregistrements des trois grands ballets de Tchaikovski, de Coppélia de Delibes, de Glazounov, évidemment de Stravinsky (malgré la brouille qui les a séparés après la guerre, Ansermet refusant de jouer les partitions « révisées » par Stravinsky, qui, ce faisant, régénérait le compteur de ses droits d’auteur!). Dans Tchaikovski en particulier, les tempi d’Ansermet peuvent parfois surprendre, on ne doit jamais oublier que lui savait ce qu’était qu’accompagner des danseurs !
Une curiosité sans limite
On ne peut résumer ici ce que fut l’incroyable carrière du chef suisse, fondateur en 1918 de l’Orchestre de la Suisse Romande qu’il dirigea jusqu’en 1967, ni l’étendue de ses curiosités et de ses répertoires. Mais on en trouve, dans ce coffret, l’éclatant témoignage.
De Sibelius, il a laissé deux symphonies, dont une surprenante Quatrième :
En septembre 1968 pour l’un de ses tout derniers enregistrements, il grave la 3ème symphonie d’Albéric Magnard.
Il n’oublie jamais ses contemporains suisses, Honegger bien sûr (c’est Ansermet qui crée le poème symphonique Pacific 2.3.1, Frank Martin
On l’a bien compris, ce coffret est une malle aux trésors, qu’on n’a pas fini de redécouvrir.
Un mot d’abord pour rappeler la messe qui était dite en l’église Saint-Roch mardi dernier, pour commémorer le décès de Nicholas Angelich le 18 avril 2022. Je n’avais pas pu assister à ses obsèques, en raison d’une réunion – qui s’est avérée inutile ! – à Montpellier, je tenais à être présent à cette cérémonie où j’ai retrouvé quelques amis, mais malheureusement aucun des artistes qui clamaient, sur les réseaux sociaux, leur amitié indéfectible pour le pianiste disparu….Ainsi va la vie. Et Nicholas reste dans nos coeurs et dans nos mémoires.
Très mauvais souvenir encore que ce 24 avril 2020 et l’annulation forcée – et avec le recul prématurée, j’y reviendrai – du Festival Radio France (lire Le coeur lourd):
Hautes études
Ce lundi je n’ai pourtant pas envie de m’attarder sur ces mauvais souvenirs.
Sauf si le mot « études » évoque, pour les apprentis musiciens que nous fûmes, des exercices pénibles, souvent peu gratifiants, mais nécessaires.
Pourtant quand Chopin, Liszt, Debussy s’en mêlent, pour ne citer que les plus illustres, les Études deviennent des chefs-d’oeuvre.
Le numéro de mai du magazine Gramophone consacre un article passionnant aux deux cahiers d’Etudes de Chopin, signé Jed Distler. Passionnant et un peu surprenant dans le choix des versions proposées. Avec quelques oublis étonnants, et, pour moi, la découverte d’inconnues !
J’ignorais- honte à moi ! – jusqu’aux noms de la pianiste française Véronique Bonnecaze
de la pianiste Juana Zayas, née à La Havane le 25 décembre 1940, formée au Conservatoire de Paris, puis aux Etats-Unis où elle semble s’être établie, selon les très maigres informations que j’ai pu recueillir sur Internet.
Sa version des deux cahiers, enregistrée en 1983, est d’ailleurs le Top Choice de Gramophone !
Autre inconnue pour moi, la Japonaise Yuki Matsuzawa, dont Distler loue tout à la fois « technical mastery, tasteful nuance, impeccable timed phrasing » et recommande la version en téléchargement.
Sans dévoiler le contenu de l’article de Gramophone, on retrouve dans l’article de Jed Distler des noms attendus, d’Alfred Cortot à Jan Lisiecki, de Ruth Slenczynska à Maurizio Pollini, pour ne citer que des versions souvent signalées par la critique et qui ne convainquent pas toujours – euphémisme – l’auteur de l’article.
Et puis il y a plusieurs oublis dans la liste de Gramophone, comme le merveilleux Geza Anda, dont la version de l’opus 25 en récital à Locarno en 1965 reste la plus chère à mon coeur.
Jed Distler aurait pu (dû?) rappeler la récente réédition de l’un des tout premiers disques du si regretté Rafael Orozco (1946-1996) – lire Le Chopin de Rafael