Dernier épisode de cette courte série annonçant les anniversaires à célébrer en 2024.
Quand on veut faire bref, on cite Charles Ives comme le premier compositeur américain natif. Historiquement inexact, mais musicalement significatif ! 2024 va permettre de célébrer le compositeur né le 20 octobre 1874 à Danbury dans le Connecticut, mort 80 ans plus tard à New York, le 19 mai 1954.
L’intérêt de Charles Ives pour le mélomane européen est qu’il n’entre dans aucune case, aucune catégorie pré-définie. Et s’il nous fallait simplement des oreilles neuves, débarrassées de références, de comparaisons, pour écouter une oeuvre disparate, audacieuse, singulière. Il n’est que de prendre ses quatre symphonies, elles sont très différentes les unes des autres. On y reviendra.
Clin d’oeil au pays natal de Charles Ives, avec cette oeuvre de jeunesse – il a 17 ans -, ces Variations sur America, l’hymne des Etats-Unis, d’abord destinées à l’orgue, puis orchestrées par un compatriote d’Ives, William Schuman (1910-1982)
A l’autre extrême, la Quatrième symphonie composée entre 1910 et 1916 qui ne fut créée qu’en 1965 par Leopold Stokowski ! Je me rappelle l’avoir entendue une fois à la Philharmonie de Berlin dans une joyeuse mais parfaite cacophonie.
Ici dans un concert donné dans le cadre des Prom’s de Londres, avec un maître de cérémonie particulièrement avisé :
Sur le plan discographique, personne n’égale la quasi-intégrale d’orchestre réalisée par Michael Tilson-Thomas avec les splendeurs des orchestres de Chicago et Amsterdam !
C’est sans doute la mélodie, la chanson, la plus célèbre au monde.
Elle vient de Good Morning to All, une chanson enfantine écrite et composée en 1893 par deux sœurs américaines, Patty et Mildred Hill, à l’époque institutrices dans une école de Louisville (Kentucky). La première attestation écrite de l’association entre la mélodie et les paroles de Happy birthday to you date de 1912, mais ne crédite pas les auteures. Une division de Warner/Chappell Music Inc. dépose une demande de protection juridique de la chanson en 1935 au nom de Preston Were Orem et Ron Forman, histoire de générer de fructueux droits d’auteur (jusqu’à atteindre 2 millions de dollars par an !). Jusqu’à ce qu’un juge fédéral (dans l’affaire Rupa Marya/Warner Chappell Music), le 22 septembre 2015, décide que la chanson faisait partie du domaine public… depuis 1921 !
Ce qui n’a pas empêché maints arrangements (et maints arrangeurs !), le plus célèbre étant celui de Stevie Wonder en 1981.
Ci-dessous quelques exemples, réussis, de variations sur le célébrissime thème.
J’ignore à quelle occasion Rostropovitch dirigea cet « arrangement » dû à John Williams, mais à voir Seiji Ozawa assis sur le tabouret du violoncelliste, on peut supposer que ce fut en 1995, à Tanglewood (l’académie d’été du Boston Symphony), pour célébrer les anniversaires de Seiji Ozawa (1935) , Itzhak Perlman (1950), Leon Fleisher et Yo Yo Ma, tous des habitués du lieu et du festival !
L’arrangement du chef russe Misha Rachlevsky est tout aussi surprenant.
J’ai trouvé quelques sympathiques manifestations de « joyeux anniversaire », les plus émouvantes étant celles qui nous permettent de retrouver le très regretté Mariss Jansons
On admire le travail de l’arrangeur de ce Happy Birthday qui surprend Roger Norringtonau moment où celui qui en fut le directeur musical de 1998 à 2011 commence à répéter l’Héroique de Beethoven avec l’orchestre du Südwestrundfunk de Stuttgart
Ici David Robertson surpris par les musiciens du New York Philharmonic (avec la complicité du violoniste Gil Shaham)
Lorsque Gustavo Dudamel commence à répéter la Cinquième symphonie de Mahler, c’est l’orchestre qui fait une ovation à son cor solo
On admirera autant la prestation, la virtuosité que la tenue du pianiste français Cyprien Katsarisqui nous régale d’extraordinaires variations sur « Happy Birthday » à l’intention de Yehudi Menuhin (pour ses 80 ans ?)