J’ai raconté dans une de mes récentes brèves de blog (Apprentis chefs) ma participation au jury parisien de présélection des candidats au concours international de chefs d’orchestre qu’organise mon ami George Pehlivanian. Première salve vendredi dernier, et seconde hier après-midi toujours dans une salle de l’Ecole normale de Musique de Paris, avec des températures qu’on peut imaginer. J’avais déjà noté la formidable qualité des deux pianistes, David et Manuel, qui ont dû jouer pas loin d’une trentaine de fois des extraits de la 1e symphonie de Brahms dans sa version à deux pianos, et répondre aux indications de ceux qui sur le podium devaient se représenter tout un orchestre devant eux. Avec des bonheurs très variés !
Ce n’est qu’hier qu’ils m’ont signalé constituer le Geister Duo, dont j’avais évidemment entendu parler, mais jamais rencontré.. d’aussi près et d’aussi bien !
Les frères sérieuxou les anti-Labèque
C’est au cours d’une brève pause, justement à propos de Brahms, que j’ai évoqué avec David et Manuel un coffret reçu il y a quelques jours, et dont j’ai commencé par écouter les Danses hongroises... de Brahms.
Alois et Alfons Kontarsky ont longtemps été le seul duo pianistique du label jaune. Et cette réédition est intéressante, ne serait-ce que pour la partie d’oeuvres contemporaines dont ils ont été les créateurs et/ou dédicatoires. Mais dans le répertoire classique, mon Dieu que c’est raide et sérieux !
Je sais maintenant pourquoi je n’ai jamais eu dans ma discothèque leur version des Danses hongroises de Brahms !
Nul besoin d’être un expert ou un critique pour comparer avec deux autres versions françaises.
C’est Christian Merlin qui pour France Musique a le mieux cerné la personnalité d’un chef allemand – Klaus Tennstedt (1926-1998)- dont Warner célèbre le centenaire de la naissance par un coffret qui regroupe les enregistrements de studio.
« L’Allemand Klaus Tennstedt (1926-1998) fut une figure très singulière d’anti-maestro, hypersensible et complexé, qui serait resté un obscur second, relégué dans la province est-allemande, si les Etats-Unis et l’Angleterre n’avaient fait de lui une star, dont l’émotion était l’alpha et l’oméga »
« A Londres, les musiciens et le public l’adulent littéralement, aimant son approche émotionnelle de la musique. Mais ce grand fumeur et buveur, doublé d’un angoissé chronique, ne se ménage pas, et le paie en 1985 d’un cancer de la gorge dont il se remet, avant de connaître toute sorte d’autres déboires de santé qui l’éloigneront progressivement de la scène » (Christian Merlin, France Musique)
Plus qu’aucun autre sans doute, c’est le concert, le « live » qui révèle le talent de ce chef.
Il y a quelques belles surprises dans ce coffret Warner – outre une intégrale Mahler déjà multi-rééditée – comme cette 8e symphonie de Bruckner que je ne connaissais pas.
Je recommande aussi chaleureusement ce coffret publié il y a une dizaine d’années :
Depuis ma dernière chronique – Les raretés du confinement (XI)- les heureux habitants de 19 départements français, dont l’Ile-de-France, ont eu droit à un troisième confinement qui ne dit pas son nom. Et, pour ce qui me concerne, je suis entré en période d’abstinence, abstinence de JT sur le service public (France 2, France 3) : je ne supporte plus ces micro-trottoirs, ces « directs » dans les villes confinées, et, pire, ces sujets anxiogènes, toujours les mêmes – « le gouvernement va devoir donner un tour de vis supplémentaire ». Alors que, dans le même temps, on ne voit ni n’entend jamais un sujet sérieux, qui demanderait, il est vrai, un peu plus de travail et d’investigations, sur la réalité des contaminations en extérieur. Les télés nous montrent à l’envi des rassemblements sur les quais de Seine, à Marseille, tandis qu’on entend les spécialistes, et même le ministre de la Santé, proclamer que le risque de propagation du virus est infime : qu’attend-on pour enquêter sur les suites de ces « rassemblements », y a-t-il eu augmentation consécutive des hospitalisations, des contaminations ? Des faits précis, plutôt que des suppositions et des approximations, n’est-ce pas le minimum qu’on puisse attendre de ceux qui ont mission de nous informer ?
14 mars : le pianiste inconnu
En me replongeant dans l’imposant coffret paru l’été dernier consacré à John Barbirolli (1899-1970) : – voir Sir John) j’ai trouvé cet enregistrement du 5ème concerto de Beethoven, auquel je n’avais pas prêté attention, et ainsi découvert un pianiste, dont – je le confesse à ma grande honte – je n’avais jamais entendu parler de Mindru Katz, roumain et israélien, né à Bucarest en 1925, mort à Istanbul en 1978. Un « Empereur » impérial sous ses doigts !
15 mars : mes premières Danses hongroises
Jean-charles Hoffelé évoquait récemment la noble figure d’un chef allemand que j’aime entre tous depuis longtemps : Hans Schmidt-Isserstedt (1900-1973). Je citais sa lumineuse et parfois oubliée intégrale des Symphonies de Beethoven (Beethoven 250: Schmidt-Isserstedt). J’évoquerai bientôt mes découvertes de jeunesse d’oeuvres de Dvořák et Brahms grâce à lui. Avant-goût avec la première intégrale des Danses hongroises de Brahms qui figura dans ma discothèque d’adolescent.
17 mars : les sérénades de HSI
Grâce à plusieurs rééditions récentes, on redécouvre l’art de l’un des grands chefs allemands du XXème siècle, Hans Schmidt-Isserstedt (1900-1973) – La découverte de la musique: Hans Schmidt-Isserstedt. En 1965, il enregistrait une version lumineuse, pastorale, de la Sérénade pour cordes de Dvořák, à la tête de « son » orchestre de la radio de Hamburg (NDR Orchester):
18 mars : la mort de Jimmy
James Levine était un exceptionnel chef d’opéra, l’incontesté patron et l’âme du Metropolitan Opera de New York pendant 40 ans, mais c’était aussi un formidable chef symphonique. Comme en témoigne une série de symphonies de Sibelius enregistrée avec les Berliner Philharmoniker. (Lire : Dear Jimmy )
Sibelius : Symphonie n°2
Orchestre philharmonique de Berlin dir. James Levine
#JamesLevine encore : Une vie pour la musique Le génie protéiforme du chef lyrique, du maître de l’orchestre symphonique, et un pianiste qui s’amuse avec quelques illustres collègues
20 mars : l’air de Berlin
Je ne me rappelais plus que James Levine avait dirigé l’un des célèbres concerts berlinois en plein air de la Waldbühne en 1999. Ici le bis que tout le monde attend en fin de concert, la marche Berliner Luft / L’air de Berlin de Paul Lincke (1866-1946)
21 mars : Printemps qui commence
Printemps qui commence… sous le signe du confinement pour beaucoup de Français !Printemps qui commence)
« Printemps qui commence » par ma Dalila de coeur, la grande Rita Gorr (1926-2012), voix ô combien troublante et charnelle.
Saint-Saëns : Samson et Dalila, air « Printemps qui commence »
Rita Gorr, mezzo-soprano Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire dir. André Cluytens
21 mars : Grumiaux centenaire
Le violoniste belge Arthur Grumiaux est né il y a cent ans, le 21 mars 1921 – et mort à 65 ans seulement en 1986. Il laisse une discographie considérable (très bientôt rééditée en coffret). Grumiaux a été un des premiers à enregistrer les méconnus concertos pour violon de Haydn.
Haydn: Concerto pour violon en sol Majeur Hob.VIIa/4 1er mvt allegro moderato
Arthur Grumiaux, violon New Philharmonia Orchestradir. Raymond Leppard
22 mars : la mort de Boris
Hommage à l’un des plus grands chanteurs russes, le baryton-basse Evgueni Nesterenko, mort hier, à 83 ans, des suites de la COVID-19.
Inoubliable interprète de Chostakovitch, Tchaikovski et bien sûr de Boris Godounov de Moussourgski, il est ici le Boris d’une célèbre production de 1978 du Bolchoi
23 mars : Divertimento à la hongroise
L’un des chefs-d’oeuvre de Béla Bartók, son Divertimento pour cordes écrit en 1939, avant l’exil du compositeur hongrois aux Etats-Unis, créé le 11 juin 1940 par son commanditaire et dédicataire Paul Sacher et l’orchestre de chambre de Bâle. Ici dans ma version préférée : Antal Dorati dirige le BBC Symphony Orchestra (1964)
Parmi toutes ses qualités, il y avait son goût et sa connaissance de la musique. Le 11 janvier 2019, l’ Orchestre Philharmonique de Radio France jouait sous la direction de Bruno Fontaine la musique composée par Bruno Coulais pour le film-documentaire de Bertrand Tavernier « Voyage à travers le cinéma français«
26 mars : Faust en prime time
Faust de Gounod a ses fans, ce n’est pas mon cas. Trop « grand opéra », trop long, tout est trop dans ces 5 actes. Mais il y avait de quoi se réjouir que France 5 diffuse, un vendredi soir, en « prime time », la toute récente production, donnée sans public, de l’Opéra de Paris. Un chef – Lorenzo Viotti – qui a tout pour lui, le talent, la jeunesse (il vient de fêter son 31ème anniversaire !) et, dans cet ouvrage, la capacité de saisir toutes les atmosphères, et d’alléger un tissu orchestral parfois bien lourd, d’excellents chanteurs (même si, dans ce rôle et ce personnage de Faust, j’attends une voix plus corsée que celle, ô combien lyrique et élégiaque, de Benjamin Bernheim). Une mise en scène dont toute la presse a salué la pertinence et l’inventivité, celle de Tobias Kratzer.
Côté disques, on en reste aux grands classiques Cluytens et Plasson, pour des distributions qui savent chanter le français (les grands chanteurs de la célèbre version de Georges Prêtre sont vraiment trop exotiques dans un ouvrage où la compréhension du texte chanté n’est pas accessoire !)
27 mars : Around Midnight
De toutes les qualités qu’unanimement on s’accorde à reconnaître à Bertrand Tavernier, il y a sa connaissance et son amour de la musique, comme France Musique l’a déjà rappelé et continue de l’évoquer tout ce week-end.
Il y a eu ce film magnifique de 1986 Autour de minuit :