Dans la galerie de portraits que j’ai dessinés dans cette série La musique pour rire, manque une personnalité capitale, l’un de ces personnages comme seul le XXème siècle pouvait en produire : Danny Kaye (1911-1987) né David Daniel Kaminski, issu d’une famille d’immigrés juifs originaire d’Ukraine.
Danseur, acteur, musicien, chef d’orchestre, il était aussi célèbre à New York que le Leonard Bernstein des Young People concerts. L’un et l’autre savaient d’ailleurs manier l’humour, l’autodérision avec le professionnalisme le plus extrême.
Danny Kaye savait vraiment tout faire…
On trouve sur YouTube nombre d’extraits de shows de variété où Danny Kaye côtoie à peu près toutes les célébrités de la chanson et du jazz. A regarder sans modération aucune !
Il y a un an – on était confinés ! – j’écrivais ceci :
Si comme moi vous ne supportez plus d’entendre de mauvaises versions de chants de Noël – comme Jingle bells – dans les rues commerçantes ou les grandes surfaces, revenez à la tradition des Boston Pops et de leur chef légendaire Arthur Fiedler (1894-1979). Comme à cette pièce qui évoque d’abord l’hiver de Leroy Anderson, écrite en 1948 : Sleigh Ride (23 décembre 2020)
Mais puisque Noël va se fêter en blanc dans tous les massifs montagneux de France et d’Europe, arrêtons-nous sur une chanson White Christmas.
L’histoire de ce tube commence mal pour le compositeur Irving Berlin (1888-1989) et sa seconde épouse Ellin McKay : le 25 décembre 1928 ils perdent leur fils Irving jr, âgé seulement de 24 jours. Chaque année ils vont fleurir sa tombe. C’est le jour de Noël 1941, quelques jours après l’entrée en guerre des Etats-Unis, qu’on entend à la NBC Bing Crosby chanter ce qui va devenir un tube planétaire.
Le 29 mai 1942 Bing Crosby enregistre la chanson dans les studios de Decca avec le John Scott Trotter Orchestra et les Ken Darby Singers. Le single se vendra à cinquante millions d’exemplaires, ce qui en fait le titre le plus vendu dans le monde !
On retrouvera Bing Crosby et Danny Kaye en 1954 dans le film éponyme de Michael CurtizWhite Christmas
Le succès planétaire de cette chanson a été amplifié par de multiples reprises, plus ou moins heureuses.
Pas sûr par exemple qu’Elvis Presley soit inoubliable dans cette version :
En revanche, comme toujours, on fond en écoutant Ella Fitzgerald
… ou mon crooner préféré, Dean Martin.
Même Dalida s’y était mise !
On aime beaucoup Jonas Kaufmann, mais on doit bien avouer qu’on n’est pas très convaincu par cette nouveauté
Je vais, pour ma part, en rester à la douce nostalgie des Boston Pops et de leur légendaire conductorArthur Fiedler
et recommander ce disque improbable, qui reste, à tous égards, un disque de démonstration, une modeste mais merveilleuse chorale suédoise, un petit label, une prise de son exceptionnelle.
Et puis si vous voulez accompagner votre réveillon d’une magnifique « playlist », on recommande sans réserve. ceci :
Précisément, pour les premiers concerts Hoffnung, le compositeur britannique Malcolm Arnoldavait écrit une ouverture Leonore 4, qui fait évidemment allusion aux versions successives de l’unique opéra de Beethoven, Fidelio.Un ouvrage qui a donné du fil à retordre au compositeur !
Beethoven s’inspire d’une pièce du Révolutionnaire français Jean-Nicolas BouillyLeonore ou l’amour conjugal qui part d’un épisode de la Terreur: une femme travestie en homme s’était fait engager comme geôlier pour libérer son mari emprisonné à la prison de Tours. La première version de Leonore est créée le 20 novembre 1805 au Theater an der Wien, après un piètre accueil Beethoven remanie son opéra, une deuxième version en est donnée le 23 mars 1806, mais après la deuxième représentation, le compositeur se brouille avec le directeur du théâtre et retire son ouvrage de l’affiche ! Ce n’est qu’en 1814 que l’opéra revient dans sa version définitive sous son nouveau titre Fidelio, avec un livret remanié par Friedrich Treitschke.
Pour ces trois versions de son opéra, Beethoven aura écrit… quatre ouvertures. Le premier essai, Leonore I, ne sera publié qu’en 1807, le deuxième, Leonore II, est joué lors de la création en 1805, le troisième, Leonore III, lors de la reprise de 1806, et enfin en 1814 l’ouverture de Fidelio.
L’ouverture Leonore 4 de Malcolm Arnold caricature très habilement le grand Beethoven !
J’aimais beaucoup l’acteur et humoriste Bernard Haller(1933-2009). Il est resté dans beaucoup de mémoires par cet inénarrable sketch du pianiste qui joue le premier mouvement de la célèbre sonate n°14 dite « au clair de lune » de Beethoven.
Mais c’est de nouveau du côté des Anglo-Saxons qu’on trouve les parodistes les plus inspirés, comme le formidable Dudley Moore(1935-2002). On reviendra sur ce personnage surdoué..
Autre personnalité qui fit l’essentiel de sa carrière aux Etats-Unis, Børge Rosenbaumné à Copenhague en 1909, devenu Victor Borge après son émigration du Danemark en 1940. Comme Dudley Moore, il mérite un billet à lui seul.
Autre phénoménal touche-à-tout, le natif de New York Danny Kaye(1911-1987), qui est souvent apparu notamment dans les Young People Concerts de Leonard Bernstein, dirige ici, très sérieusement, le New York Philharmonicdans la 8ème symphonie de Beethoven.
Comment oublier cette délicieuse Pince à Linge – texte de Pierre Dac et Francis Blanche – musique de Beethoven (!) – chantée par les Quatre Barbus un quatuor vocal aujourd’hui oublié, mais qui a connu ses heures de gloire dans les années 50/60.
L’humour sur le dos de Beethoven n’est pas l’apanage des artistes du passé. On ne compte pas les arrangements auxquels se sont livrés tant de musiciens, d’ensembles d’aujourd’hui….
Conclusion (provisoire) sur Beethoven et l’humour, cette pièce de Beethoven lui-même, ce Rondo capriccio titré Colère pour un sou perdu, où le compositeur semble s’auto-caricaturer.