Champs Elysées

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Deux soirées à une semaine d’intervalle dans une salle – le Théâtre des Champs-Elysées – où j’ai tant de beaux souvenirs.

Le 9 mai c’était la première d’une série de représentations de Pelléas et Mélisande de Debussy, qui s’est achevée hier soir.

IMG_9367(de gauche à droite, Jean Teitgen, Jean-Sébastien Bou, Louis Langrée, Christian Lacroix, Patricia Petibon, Eric Ruf, Bertrand Couderc, Kyle Ketelsen)IMG_9363

Je n’ai aucune objectivité quand Louis Langrée dirige, et singulièrement Pelléas. Depuis une production à tous égards mémorable du Grand Théâtre de Genève, en 2000, avec Alexia Cousin, Simon Keenlyside et José Van Daml’unique opéra de Debussy est pour moi indissolublement associé au chef français qui, comme le souligne Bruno Serrou dans La Croix « exalte avec une impressionnante maîtrise du temps et du son la dimension immémoriale de l’immense partition de Debussy. Il parvient à transcender la déclamation vocale grâce à un flux instrumental digne d’un océan. ».

L’interview de Louis Langrée dans Le Monde (Dans Pelléas, le drame est dans chaque note) est d’une telle évidence, qu’elle rendrait le plus rétif amoureux de la partition de Debussy, qui n’a, lui, rien fait pour séduire l’amateur d’opéra traditionnel : « J’ai voulu que l’action ne s’arrêtât jamais, qu’elle fût continue, ininterrompue. La mélodie est antilyrique. Elle est impuissante à traduire la mobilité des âmes et de la vie. Je n’ai jamais consenti à ce que ma musique brusquât ou retardât, par suite d’exigences techniques, le mouvement des sentiments et des passions de mes personnages. Elle s’efface dès qu’il convient qu’elle leur laisse l’entière liberté de leurs gestes, de leurs cris, de leur joie ou de leur douleur. »

Bref, on l’aura compris, j’ai passionnément aimé toute cette production, ses interprètes, sa mise en scène. Et je suis heureux que Louis Langrée poursuivre cette aventure Pelléas avec l’Orchestre National de France d’abord le 24 mai prochain en concert à l’Auditorium de la Maison de la radio, avec le Pelléas et Mélisande de Schoenberg et le 4ème concerto de Beethoven avec Nelson Freire (http://www.maisondelaradio.fr) et en enregistrant pour France Culture la musique de scène composée par Fauré pour le drame de Maeterlinck.

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Le 16 mai, c’était une autre fête, la réunion de deux belles voix, de deux tempéraments, plus qu’un récital de stars : Aida Garifullina et Lawrence Brownlee

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On avait applaudi la magnifique performance de la première dans Snegourotchka à l’Opéra Bastille (lire Femmes en scène). On se rappelait l’émotion qui avait saisi les milliers d’auditeurs/spectateurs du concert du 14 juillet 2014 sous la Tour Eiffel lorsque Lawrence Brownlee, remplaçant Juan Diego Florez, avait entonné son premier air…

10509504_10152253111387602_4227885483455547857_n(Une photo « historique » de ce 14 juillet 2014 ! De g. à dr. Anne Hidalgo, Bruno Julliard, François Hollande, JPR, Manuel Valls, Mathieu Gallet)

Et pour que le bonheur soit complet, l’Orchestre de chambre de Paris était dirigé par la belle et fougueuse Speranza Scappucci !

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PS. J’en reparlerai, mais la nomination de Françoise Nyssen comme Ministre de la Culture est une excellente nouvelle !

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L’autre Arthur H.

Depuis quand sa 3ème symphonie n’avait-elle pas résonné dans une salle de concert parisienne ? Longtemps, trop longtemps sans doute. Daniele Gatti et l’ONF (Bravo Maestro) ont corrigé – et de quelle manière ! – l’injustice de cette longue absence jeudi soir à l’Auditorium de la Maison de la radio à Paris.

Orchestre National de France / Daniele Gatti / video du concert du 9 juin 2016

J’ai un lien particulier avec Arthur Honegger. Il est mort un mois avant ma naissance, et il y a trente ans, il a peut-être contribué involontairement à me faire engager à la Radio suisse romande. Lors des entretiens préalables à mon recrutement comme producteur, en juillet 1986, le regretté Robert Dunand m’avait collé sous les yeux une partition d’orchestre (pour vérifier mon aptitude à lire la musique du point de vue d’un chef d’orchestre !) : c’était la 3ème symphonie du Franco-suisse !

Puis j’aurai le bonheur de rencontrer la fille d’Arthur, Pascale, infatigable mélomane, à qui me lie une indéfectible amitié doublée d’affection, qui défend et promeut très intelligemment l’oeuvre de son père. Un jour j’aurai aussi la surprise, dans le hall du Victoria Hall de Genève, lors de l’inauguration d’un buste d’Arthur Honegger, de faire la connaissance de son fils Jean-Claude, exact sosie du père !

Je dois reconnaître qu’il n’est pas aisé de programmer du Honegger dans une saison. Comme Hindemith et d’autres compositeurs « non alignés » du XXème siècle, il souffre sinon d’une sorte de mépris, du moins d’une certaine condescendance de la part des tenants d’une modernité plus « radicale ».  Mais dès qu’on parvient à le faire jouer, les auditeurs sont toujours surpris par la puissance d’évocation, l’inspiration, d’une musique il est vrai rétive à tout classement facile. Il n’était que d’entendre les commentaires à l’entracte du concert de jeudi soir. Pendant mes années liégeoises, je serai parvenu à programmer Le Roi David, la très bucolique Pastorale d’été, et cette Troisième symphonie dite Liturgique sous la direction de Louis Langrée. Christian Arming a, lui, eu la chance de diriger cette saison le grand oeuvre d’Arthur H. Jeanne au bûcher.

Deux très grandes versions à recommander de la Troisième symphonie :

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et deux livres indispensables

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Bravo Maestro

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S’il y a un terme qui m’a toujours paru déplacé, voire ridicule, lorsqu’il est utilisé en français, mais qui, hier soir, était pleinement justifié, c’est celui de Maestro. À un chef d’orchestre italien qui nous a enthousiasmé, on peut en effet dire Bravo Maestro ! ou comme on le ferait à La Scala de Milan ou dans les Arènes de Vérone, crier Viva il maestro !.

C’était ce jeudi le dernier concert officiel de Daniele Gatti en tant que directeur musical de l’Orchestre National de France. Réussite complète sur toute la ligne. Le programme d’abord, choisi par le chef, donnant dans la gravité plus que dans la fantaisie, et d’une rareté bienvenue : la Troisième symphonie d’Honegger dite « Liturgique »et la cantate Alexandre Nevski de Prokofiev. On reviendra sur chacune de ces oeuvres.

Si l’heure est aux hommages et aux compliments, il faut reconnaître que ni le chef ni l’orchestre n’ont été épargnés par la critique pendant leur aventure commune de huit saisons. Hier, comme en maintes autres occasions, l’ONF et Daniele Gatti ont prouvé que, dans le répertoire génétique de l’orchestre, ils sont exceptionnels. J’ai rarement entendu Honegger aussi puissant et émouvant, et dans Prokofiev un orchestre scintillant, virtuose, et un Choeur de Radio France à son meilleur dans cette exaltation de la grande Russie.

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La longue ovation d’un auditorium de Radio France comble a salué l’inoubliable performance d’Olga Borodina, du choeur, de l’orchestre et du directeur musical partant.

Daniele Gatti en a manifestement été touché ! Bravo Maestro et à bientôt à Amsterdam !

Un amour de jeunesse

J’ai déjà raconté le choc, le déclencheur que fut le film de François Reichenbach, sorti en 1970, L’Amour de la vie, dont le héros et le personnage principal est Artur Rubinstein. Ce film m’avait tellement bouleversé que j’étais allé le voir trois fois dans une petite salle de cinéma, adjacente à l’Hôtel de Ville de Poitiers.

Depuis, j’avais en vain cherché à le revoir en VHS ou en DVD, et on m’avait dit que pour des raisons complexes de droits (le réalisateur étant mort en 1993), ce document était introuvable.

Dînant jeudi soir avec Daniele Gatti et Nikolai Znaider, la conversation arriva sur Israël, et les souvenirs que nous avions, les uns et les autres, de la découverte ou du retour dans ce pays. Et j’évoquai certains passages de ce film qui m’avaient tant marqué, ce moment magique où Rubinstein répète le 1er mouvement du 3eme concerto de Beethoven avec le jeune Zubin Mehta et l’orchestre philharmonique d’Israël.

Et voilà que je viens de trouver sur Youtube une copie – pas très bonne – de ce film mythique, et que me reviennent comme des vagues de nostalgie et de bonheur mêlés tous  ces souvenirs d’adolescence.

Tout le film est à voir, mais à 1h13′ il y a cette fameuse séquence qui m’a marqué à jamais et fait aimer pour la vie ce concerto de Beethoven : ce moment suspendu, comme seul Beethoven sait les créer, avant l’embrasement final. Et Rubinstein qui demande au chef de le reprendre pour le parfaire….Emotion !

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Extrait de ce DVD précieux :

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