Perdre la face ?

Avec son aimable autorisation, je reproduis ici intégralement le dernier éditorial de Sylvain Fort sur Forumopera. J’y souscris en tous points. A lire et à méditer.

Perdre la  face ou donner un visage ?

Par Sylvain Fort | mer 06 Juillet 2016 |

Notre beau pays ne serait point ce qu’il est sans Commissions, Comités et Missions. C’est ainsi que notre ministre de la Culture installa récemment une mission sobrement dénommée « Musées du XXIe siècle » chargée de réfléchir aux défis que lance aux Musées notre modernité galopante.

Je vous ferai grâce ici des catégories et concepts mobilisés autour de cette mission, certainement fort utile, pour m’arrêter sur une expression qui, lorsque je lus le discours de la ministre prononcé à cette occasion, m’arrêta net.

Se détachant soudainement de phrases délicieusement convenues et de formules patiemment calibrées, une phrase me sauta au visage :

« De l’autre côté, si je puis dire, chaque visiteur vient aussi avec une histoire différente : visiteur fidèle ou à éclipse, visiteur en confiance ou mal à l’aise, visiteur conquérant ou visiteur dont la venue au musée met en péril l’estime de soi : plus d’un Français sur deux hésite à prendre le risque de se mettre en danger, voire, oserais-je dire, à perdre la face en se rendant au musée. »

Me frappa ce : « perdre la face ». L’atténuation rhétorique (« oserais-je dire ») n’y change rien. L’expression est franche et semble injecter dans un propos de circonstance une croyance, une conviction, une conception faite, elle, de chair et de sang. « Perdre la face », c’est donc cette angoisse qui, selon la ministre, hante un Français sur deux qui se rend au musée. On ne saurait douter que la même angoisse prévaut dans le domaine musical (existe-t-il un sondage qui l’atteste ?).

« Perdre la face », cela veut dire : lorsque je vais au musée (ou au concert), je redoute profondément que les gens présents autour de moi ne constatent mes lacunes ; ne percent à jour mon manque de repères culturels ; ne remarquent à livre ouvert que je ne sais rien, ou presque rien. Et que, voyant cela, ils rient de moi. Qu’ils me moquent. Et que je le voie. Que je les aperçoive rire sous cape. Que la dérision dont je suis l’objet me revienne en pleine face, et que dès lors je la perde. Peut-être même s’agira-t-il de ma manière de me tenir. De ma façon de m’habiller. De ma façon de me poser devant une œuvre. Et si par malheur j’applaudissais au mauvais moment ? Et si je riais à contretemps ?  Et si, à ce moment-là, les regards sévères ou ironiques portés sur moi – qui sait ? peut-être des reproches, des insultes – n’anéantissaient définitivement l’estime que je me porte ?

Pour s’épargner cette défaite narcissique, la meilleure solution serait la fuite.

Je donne peut-être l’impression de ne pas croire à ce scénario de la « perte de face ». Qu’on se détrompe, j’y crois beaucoup. Je dirais même qu’il est plus grave encore qu’il n’y paraît. Car pour choisir la fuite, il faut avoir déjà intériorisé profondément l’idée d’aller nécessairement au-devant d’une humiliation. Il faut déjà avoir de soi une estime abîmée. Mettre en doute l’évidence que bien des Français nourrissent à l’égard de la culture des complexes renvoyant au plus intime de leur psyché serait vain. Chercher les racines de cela est intéressant. S’y mêlent sans doute la complexité séculaire des codes sociaux français, l’aristocratisme indécrottable de nos sociétés, la glorification et la mythification chez nous du fait culturel, bref toutes sortes de représentations clivantes et hiérarchiques.

La ministre assurément est dans son rôle lorsqu’elle engage une réflexion sur la meilleure manière de combattre cette fragilité ; il n’est pas certain qu’elle dispose de tous les leviers pour en venir à bout.

A ceux que l’humiliation sociale et culturelle continue de tarauder, à ceux qui s’interdisent les musées et les salles de concert comme on s’interdit d’aller déjeuner dans un grand restaurant, en eût-on les moyens, parce qu’on n’en a pas les codes, il importe de dire et redire quelques vérités simples.

Première vérité, les codes sociaux qui entourent un objet culturel n’ont rien à voir avec lui. La vêture, la posture, l’allure, la parlure sont sans rapport avec ce qui est présenté. Combien nous sommes crédules encore lorsque nous croyons que tel hâbleur d’entracte que réchauffent des écharpes délicates et des velours épais sait mieux que le premier ignorant venu. Nous le savons tous : éblouir, pérorer, prendre la pose sont choses familières au premier mondain, qui se passera dès lors d’entrer dans la vérité de l’œuvre. Pour se laisser impressionner par cette montre surannée et creuse, il faut en effet avoir de soi une estime de soi ténue. J’ai écrit ici plusieurs fois déjà combien est redoutable une salle composée de spectateurs de circonstance se jaugeant les uns les autres et pétrifiés par l’angoisse du faux pas culturel. Je ne sais pas à quelle zone de notre être exactement le chef-d’œuvre s’adresse : ce que je sais, c’est qu’il ne s’adresse ni à la cravate de prix, ni à la robe de taffetas ni aux bijoux onéreux. Bourdieu jadis fit un sort à ces mythologies sociales. Hélas, ses épigones confondirent les codes sociaux et l’objet culturel, rejetant trop souvent les deux d’un même mouvement sous le qualificatif indistinct d’ « élitisme ». Ces Français qui craignent tant de perdre la face nous font grand honneur lorsqu’ils apportent dans les salles de concert ce qui manque parfois aux champions des apparences : leur âme.

Deuxième vérité, il n’y a, il n’y eut, il n’y aura jamais de honte à ne pas savoir. Un homme de haute culture me confiait récemment cette anecdote. Lorsqu’il était jeune homme, il vint assister avec un groupe d’amis fervents au récital d’une soprano qu’ils adoraient. Tous, quoique bien diplômés et faits aux meilleurs codes, se trouvèrent fort sots lorsqu’ils ne surent reconnaître une mélodie française chantée par la dame en bis. Avouer cette lacune ? Jamais ! Mais l’envie de savoir les poignait. Ils déléguèrent donc mon interlocuteur, qui s’approcha timidement de Gabriel Dussurget à la fin du spectale pour lui demander : « Maître, auriez-vous la bonté de me dire de qui était cette mélodie que nous avons entendue à la fin ? ». Gabriel Dussurget en un sourire lui répondit : « C’était, je crois bien, « Mon cœur s’ouvre à ta voix »  tiré de Samson et Dalila de Saint-Saëns. »  Cette mélodie était ainsi un grand air du répertoire lyrique. Des années après, mon interlocuteur se souvenait avec une émotion reconnaissante de ce « je crois » que le fondateur d’Aix avait employé pour donner à sa réponse la tendresse de celui qui sait. C’est que Dussurget venait d’un temps où le savoir n’était point à portée de main, et avait été lui-même un galopin qui avait construit sa culture par des lectures, des rencontres, des amitiés. Plus qu’une culture, il s’était construit un goût. Ce qu’il ignorait, il ne prétendait pas le savoir. Mais ce qu’il savait, il le savait à fond et l’inscrivait dans un paysage personnel dont l’harmonie frappa toujours ceux qui le connurent.

Ne pas savoir, c’est l’état normal. Tout savoir, c’est impossible. On est toujours le béotien de quelqu’un, parût-on ferré à glace sur mille sujets. Il faudrait un jour qu’on interroge des savants, des artistes, des gens de culture, afin qu’ils nous disent non ce qu’ils savent, mais ce qu’ils ignorent : on sera peut-être surpris de l’ampleur de leur ignorance, et peut-être des complexes qu’ils nourrissent secrètement. Il faudrait aussi qu’ils disent par quelle série de hasards leur est venu leur savoir, comme il est le fruit d’influences et d’aléas, de travail et de passion, et non le colis ficelé livré dans leur berceau, comme le répètent mécaniquement les tenants de la reproduction.

Troisième vérité, corollaire des précédentes, le savoir n’existe pas, n’existe que l’apprentissage. Tel est le drame de cette angoisse de perdre la face : cette crainte de l’humiliation stoppe net la curiosité, ou bien en appauvrit la moisson. Nous tous qui allons au musée, au concert, au théâtre n’y allons que par curiosité. Non parce que nous savons, mais parce que nous voulons savoir. Pourquoi, dès lors, faire de la culture un monde impénétrable et codé ? La libido sciendi abat toutes les barrières. Encore faut-il affirmer sans cesse cette primauté de la curiosité sur le savoir constitué. Les encyclopédies sur pattes ne nous intéressent pas ; seuls les esprits en mouvement nous importent. Ainsi, la focalisation sur la pratique culturelle est abusive car il est des territoires plus fermés encore : que comprenons-nous vraiment à ce que nous apprend l’exploration des profondeurs ou des cimes ?  Sommes-nous sûrs d’embrasser les avancées hallucinantes de la biologie et de la physique ? Que captons-nous exactement de ces algorithmes qui encodent nos existences mais restent plus énigmatiques que les rébus de la Sphinge ?  Pourquoi dans ces domaines essentiels au sens de la vie et à la compréhension de notre présence terrestre ne parle-t-on jamais de « perdre la face » ? A mon avis parce que ces savoirs sont en mouvement, ils ne sont pas cristallisés, ils ne sont pas patrimoniaux : aussi l’autorité y est-elle mobile, jamais vraiment établie, jamais certaine. Personne, là, n’a honte d’avouer son ignorance ni de répéter qu’il ne fait que défricher un périmètre limité, quoique infiniment profond.

C’est cette modestie des découvreurs et des explorateurs qu’il faudrait appliquer à l’art : comme spectateurs nous participons à une aventure qui nous embarque mais est sans fin ; nous sommes tous des passagers avec un ticket de seconde classe, la première classe étant réservée aux créateurs, aux génies ; toute hiérarchie, tout code, tout cérémoniel sont la vaine tentative de se rassurer et de cacher les abîmes d’ignorance qui s’ouvrent sous nos pieds à chaque détour. L’expérience de l’art n’est pas conçue pour faire perdre la face à quiconque ; elle est exactement le contraire ; elle est faite pour donner un visage à l’humanité. 

Remaniement, amour et cruauté

Il n’y a que les mauvais esprits qui pourraient oser un parallèle entre l’actualité politique de ce jeudi et le spectacle que j’ai vu hier soir à Montpellier, le dernier opéra de Puccini, Turandot.

La constitution ou le remaniement d’un gouvernement est, de toutes les époques, et sous tous les Présidents de la Vème République, une tragi-comédie humaine. J’en ai connu de ces hommes et de ces femmes qui ont attendu en vain près de leur téléphone (du temps où le portable n’existait pas encore), de ceux aussi qui ont appris leur nomination…ou leur déchéance par la radio ou la télévision. Bref, l’exercice est souvent cruel.

Quant à la nouvelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay, elle a bien d’autres dossiers à traiter, mais je sais qu’elle est attentive aux artistes et à leurs difficultés. On veut espérer qu’elle aidera à la solution d’un problème qui n’aurait jamais dû en être un : l’interdiction faite à Julien Chauvin de redonner à son ensemble la totalité du nom du Concert de la Loge Olympique  (https://www.facebook.com/jeanpierre.rousseau/posts/10153432224667602)

De cruauté mais aussi d’amour il fut question, et de fort belle façon, hier soir à l’Opéra Berlioz de Montpellier.

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(Photo Marc Ginot)

Je pourrais reprendre à mon compte le papier de Michèle Fisaine dans Le Midi libre (http://www.midilibre.fr/2016/02/09/l-amour-est-vainqueur-quand-turandot-triomphe,1283477.php)

Turandot est peut-être, avec La Bohème, l’opéra de Puccini que j’ai vu le plus souvent. Spectaculaire, exigeant de très gros calibres dans les rôles principaux, Turandot, Calaf, et même Liu. Et surtout fabuleusement écrit pour l’orchestre et les choeurs. Je n’ai jamais compris l’opprobre dans lequel certains directeurs d’opéra tiennent Puccini – Gérard Mortier n’a jamais programmé un Puccini à l’opéra de Paris ! -. Le raffinement de l’écriture, les trouvailles et les audaces harmoniques de Puccini ont heureusement fasciné nombre de jeunes compositeurs du XXème siècle.

Pour la splendeur de l’ensemble, j’ai toujours eu une tendresse pour la version de Karajan, même si aucune des chanteuses n’aurait été crédible (audible ?) sur scène.

 

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Second choix, mais avec des voix au bon format :

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Les mots/maux du samedi

Petite revue de détail des mots de la semaine, qui sont parfois aussi les maux de la langue (française).

Un ami s’insurge contre la présentation dans un journal télévisé belge de la mort du cinéaste Jacques Rivette : « J.R. était considéré comme… ». Formule passe-partout qui ne veut strictement rien dire : considéré par qui ? dans quel cadre ? Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, me répondra-t-on. Trop direct, trop plat sans doute, de dire simplement : « Jacques Rivette était l’un des grands cinéastes.. »

Passe encore qu’un journaliste use de cette formule, qui lui évite d’affirmer, de s’affirmer, mais il n’est quasiment pas une « bio » – une notice biographique – d’artiste – Dieu sait si j’en ai vues et j’en subis encore ! – qui ne commence par : « Duchmoll est considéré comme l’un des – au choix, pianistes, chefs d’orchestre, violonistes, ténors, etc. – les plus doués (ou les plus brillants, ou les plus talentueux) de sa génération ». Non seulement cela ne veut rien dire, mais je me tue à expliquer aux agents (et aux musiciens eux-mêmes) que ce type de cliché n’a aucune valeur informative et n’abuse personne, ni auditeurs/spectateurs, ni organisateurs, et qu’il dessert plutôt qu’il ne sert l’artiste.

Autres joliesses (!) entendues dans des réunions où il était question de culture et autres divertissements.

D’abord on n’est pas là pour aborder – ou régler – un problème, mais exprimer, avec la mine de circonstance, qu’il y a un sujet. Si je n’entends pas au mois dix fois par jour c’est un sujet,  c’est que j’ai passé la journée loin de Paris, ou de Montpellier, et de toute réunion !

Tout aussi important, la nécessité pour toute action, culturelle en l’occurrence, de créer du lien. Et même du lien social.. D’ailleurs le simple fait d’en parler en réunion crée du lien !

Autre découverte, l’extension d’un jargon qu’on pensait réservé aux ecclésiastiques (souvenirs d’un temps déjà lointain où j’en côtoyais) à la novlangue politico-bureaucratique : j’entendais jadis un évêque, un prêtre, appeler les fidèles à faire église. J’ai entendu cette semaine, en plusieurs circonstances, tel ou tel intervenant appeler à faire territoire…Je suis resté perplexe, et me suis demandé comment un Desproges ou un Coluche aurait commenté ce nouveau tic de langage, je n’ose imaginer…

Heureusement, pour qui laisse traîner ses oreilles, il y a parfois de savoureuses surprises. Traversant la place de la Comédie à Montpellier hier après-midi, je croisai une jeune femme très volubile au téléphone et compris qu’elle se plaignait de quelqu’un qui lui avait « foutu les nerfs« . J’en suis resté de bonne humeur pendant toute la soirée.

IMG_2095(Montpellier, Place de la Comédie)

 

 

Disques d’été (V) : les amitiés particulières

Lors d’une de ces discussions interminables que certains de mes « amis » affectionnent sur Facebook – toujours à propos des mérites comparés de tel pianiste, tel chef, telle version – le nom d’un chef d’orchestre est venu sur le tapis, d’aucuns regrettant qu’il soit oublié, d’autres relevant que, malgré sa brève carrière, il a laissé un bel héritage discographique.

Thomas Schippers est né à Kalamazoo en 1930 et mort d’un cancer du poumon en 1977.

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Je n’avais pas spécialement prêté attention à sa biographie, ni même à son physique d’acteur hollywoodien, lorsque je suis tombé sur le livret d’un très beau disque :

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Un disque pour l’essentiel consacré à Samuel Barber, Giancarlo Menotti (et très accessoirement à D’Indy). Je m’attendais à lire une analyse très sérieuse de ces compositeurs et de leurs oeuvres, beaucoup moins à tout apprendre de la sexualité des deux compositeurs américains en question et du jeune chef d’orchestre.

Donc si j’ai bien compris, Barber et Menotti ont fricoté ensemble, ils ont eu une « relation », c’est avéré, ensuite Menotti a pris le chef sous son aile, il est même insinué que les deux compositeurs se seraient partagé les faveurs du jeune Thomas… et tant qu’on y est, que finalement le jeune chef ne devrait sa carrière qu’à ses « protecteurs ». En quelque sorte une version gay de « coucher pour réussir »…Etonnant non, cette musicologie qui lorgne du côté de la presse à sensation ?

Il n’y a rien de choquant, de mon point de vue, à évoquer la sexualité des créateurs et des interprètes, dès lors que ce peut être un élément de compréhension de leur personnalité et de leur talent – mais de compréhension seulement, pas d’explication !- En revanche laisser accroire que ceux-là ne devraient leur réussite qu’à leur orientation sexuelle particulière est d’un ridicule achevé. Comme le disait avec une ironie mordante un ancien ministre de la Culture français* : « selon certains, si on n’est pas juif, homosexuel et franc-maçon point de salut » !

Revenons donc à Thomas Schippers et à son vrai et authentique talent, à sa carrière brisée en plein essor. Puisque SONY réédite généreusement en coffrets à tout petit prix des pans entiers de son immense catalogue (les fonds CBS et RCA notamment), pourrait-on suggérer qu’ils rassemblent le legs symphonique du chef américain, pour le moment éparpillé et difficilement trouvable sauf en seconde main.

Grâce à l’amitié (particulière ?) de Leonard Bernstein, Schippers a pu graver de très beaux disques avec le Philharmonique de New York au début des années 60

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Schippers a aussi été l’un des prédécesseurs de Louis Langrée à la tête de l’orchestre de Cincinnati, où il a laissé quelques beaux enregistrements pour le label Vox. A rééditer aussi !

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Mais c’est évidemment comme chef d’opéra que Thomas Schippers reste le plus présent dans la discographie et qu’il donne les plus éclatants témoignages de son talent.

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On consacrera le prochain billet à l’exact contemporain de Thomas Schippers, Lorin Maazel né comme lui en 1930 – leurs années de jeunesse ont plus d’un point commun – et mort il y a un an, le 13 juillet 2014 exactement

*Cet ancien ministre n’est pas Frédéric M. !

Une fête de la musique

Pas question de relancer le débat sur l’utilité, les modalités, les dévoiements de l’idée lancée par Maurice Fleuret, le directeur de la musique du Ministère de la Culture en 1981.

La Fête de la Musique existe, et dans le monde entier. Et chacun la vit comme il l’entend. J’ai quelques raisons d’aimer la proposition de Liège (http://www.oprl.be/news-article.html?tx_ttnews%5BbackPid%5D=18&tx_ttnews%5Btt_news%5D=2059&cHash=cddfebf918)

Mais tout occupé à l’édition 2015 de Montpellier (http://www.festivalradiofrancemontpellier.com), j’ai failli rater une soirée que je ne pouvais pas manquer : la première rencontre entre la pianiste Beatrice Rana et le quatuor Modigliani dans le cadre du 35e Festival d’Auvers sur Oise. Hier soir dans la petite église rendue célèbre par Van Gogh.

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Ma fête de la musique à moi ! Bonheur à l’état pur : j’avais déjà entendu les Modigliani, je les avais invités à Liège en février 2012 (le quatuor de Debussy), mais hier soir menu de fête, l’un de mes quatuors favoris de Mozart, le Köchel* 421 en ré mineur, et le célèbre 12e quatuor dit « Américain » de Dvořák. Il faut un peu de culot, de la part des organisateurs comme des interprètes, pour aligner deux pareils chefs-d’oeuvre dans une première partie de concert. Tout ce qu’on avait envie d’entendre, on l’a eu : tendresse, douceur même, entente fusionnelle dans Mozart, fougue, liberté, romantisme slave assumé dans Dvořák. 

En seconde partie, comme si nous n’étions pas déjà rassasiés, le quintette pour piano et cordes de Schumann – on manque de superlatifs pour le qualifier ! et l’entrée en lice de Beatrice Rana, une musicienne de 22 ans dont j’ai déjà dit et écrit qu’elle a déjà tout ce qui fait d’elle une grande, une très grande artiste. Qui n’a besoin ni d’esbroufe ni de look savamment étudié pour imposer une présence. Au début du Schumann, on la trouvait presque effacée, trop discrète, face à ses compères du Modigliani, et puis on a vite compris que, mine de rien, c’est elle qui menait le train de ces quatre mouvements sublimes et suspendus de musique pure.

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On se dit qu’un éditeur serait bien inspiré d’enregistrer ces cinq là…

En attendant, retour à deux références :

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*Köchel : nom du musicologue qui a, le premier, établi le catalogue (Verzeichnis) des oeuvres de Mozart https://fr.wikipedia.org/wiki/Catalogue_Köchel

Leurs souvenirs

Il doit y avoir une relation de cause à effet : plus le débat intellectuel et politique s’appauvrit, se raréfie, plus on voit fleurir les livres de souvenirs – on n’oserait écrire « mémoires » – de ceux qui ont un jour ou l’autre occupé quelque fonction visible.

Un filon qu’il ne faudrait pas croire inépuisable.

Ainsi de quelqu’un qu’on aime bien par ailleurs, et qui sait se raconter autant que raconter des histoires, Frédéric Mitterrand, on n’a pas vraiment compris la nécessité du dernier opus Une adolescence

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Une fois qu’on a compris que le jeune Frédéric partage son enfance et son adolescence entre deux admirations contradictoires, le général de Gaulle et « tonton François » (sic), on se traîne un peu entre Evian, Sciences Po, les émois bourgeois de la famille Mitterrand. Ni portrait, ni détail croustillant, dont regorgeaient ses précédents ouvrages. Dispensable !

Il court les plateaux de télévision, alors que sa fonction de président du Conseil constitutionnel l’oblige à la réserve, non pour vendre son dernier policier – puisque Jean-Louis Debré s’est adonné au genre, avec plus ou moins de bonheur, mais pour promouvoir ceci :

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De la part de celui qui se dit le visiteur et compagnon quasi quotidien de l’ancien président, on attend évidemment, sinon des indiscrétions, du moins des considérations, des anecdotes personnelles. Rien de tout cela, une compilation sans intérêt de faits, d’écrits maintes fois exposés, édités. Surtout rien qui nous apprenne quoi que ce soit… Inutile !

On n’a pas envie de faire de publicité à quantité d’autres ouvrages parus ces dernières semaines, au mépris de toute déontologie : dès qu’on sort d’une fonction – ministre, membre du CSA, haut fonctionnaire – il faut croire qu’il n’y a rien de plus urgent que de « balancer » sur les petits camarades, l’équipe dont on a fait partie, les responsables qu’on a côtoyés. Pas joli joli !

En revanche, bonne surprise avec La petite fille de la Ve de Roselyne Bachelot. 

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L’ancienne ministre, reconvertie en animatrice de télévision, nous donne un ouvrage beaucoup plus intéressant et pertinent que les quelques anecdotes que la presse en a extraites. Celle que les Guignols ont caricaturée en fofolle gay friendly en rose fuchsia, que l’on croise souvent à l’opéra ou au concert – elle a longtemps rêvé d’un ministère de la Culture qui lui a toujours échappé – nous livre un récit passionnant, pour une fois écrit dans un français de qualité, voire recherché. Roselyne Bachelot qui ne cache pas son âge (69 ans) nous raconte..65 ans de souvenirs. Elle a eu la chance d’être le témoin, enfant et adolescente, puis actrice de la vie politique française sous la IVème puis la Veme République, et livre donc un témoignage précieux parce que personnel et subjectif. Bien sûr, ll y a des traits qui font mouche, des portraits à la pointe sèche, mais l’auteur ne cède pas à la tentation du bon mot pour le bon mot. Elle relate ce qu’elle a vu et vécu, avec un luxe de précisions, avec aussi une vraie réflexion sur les événements et les situations, De Gaulle, l’Algérie, Mitterrand, etc.  Et surtout elle ne prend pas la pose pour l’Histoire, c’est pour cela qu’elle a préféré « souvenirs » à « mémoires ». Et fait oeuvre utile !