Dehors les vieux !

Non, rien à voir avec la campagne présidentielle française… quoique, si l’on se fie aux sondages, ce pourrait être le mot d’ordre de pas mal d’électeurs !

Il s’agit, plus modestement, de l’un de ces débats que le microcosme culturel et musical affectionne, qu’un site spécialisé a relancé de manière spectaculaire hier (Un jeune chef d’orchestre est accusé de discrimination anti-âge)

Résumons pour ceux qui auraient du mal à suivre toute l’histoire en anglais : le jeune chef polonais Krzysztof Urbanski, directeur musical – entre autres – de l’orchestre symphonique d’Indianapolis, décide de se séparer de son basson solo, 62 ans. La raison invoquée ? Trop vieux pour tenir une position de soliste exposé ? Apparemment pas. Une logique budgétaire, les musiciens de moins de 40 ans coûtent moins cher que les plus âgés, c’est tout bénéfice pour un orchestre qui vit de fonds privés (comme tous les orchestres américains).

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C’est évidemment caricatural, mais la discussion relatée dans l’article déjà cité prend une tournure intéressante avec d’autres contributions de musiciens et de chefs plus chenus que notre jeune baguette. Il est beaucoup question de respect, d’arrogance, de comportement – je vous invite à lire tous ces échanges -. Le point de vue de Fabio Luisi, 58 ans, ne manque pas de sel, venant d’un chef d’orchestre jamais en retard d’une ambition ou d’un poste.

Orchestras NEED older musicians, they bring experience, wisdom, knowledge and – yes! – they can also help young music directors to find their real way if they (the music directors) trust them (the older musicians) and learn from their experience. Of course, they know so much, they have played such a huge repertoire with a lot of different conductors – many among them were excellent conductors. Young conductors fear this kind of experience, because it forces them to compare themselves with important musicians – conductors – of the past. Older musicians carry this tradition and they are able to tell if the young conductor has valuable ideas or …. he is just musically arrogant.

Eternel problème dans un orchestre, encore plus complexe aux Etats-Unis où les règles syndicales sont très protectrices des musiciens (juste contrepartie à la toute-puissance de l’argent qui a droit de vie et de mort sur les orchestres).

J’y ai évidemment été confronté pendant mes années à l’Orchestre philharmonique royal de Liège, avec les directeurs musicaux successifs de l’orchestre. Comment faire lorsqu’un musicien, pour une raison ou une autre, qui n’est pas nécessairement l’âge, n’est plus au niveau qu’on attend de lui ? Comment gérer une situation très délicate d’abord sur le plan humain ?

D’abord dire ceci :  un musicien sait quand il n’est plus à son meilleur ou quand il est diminué physiquement (on ne le sait pas, mais beaucoup de musiciens d’orchestre souffrent de pertes ou de troubles de l’audition). Mais à qui le confier ? au chef d’orchestre ? à la direction ? qui risquent d’en tirer prétexte pour le remercier. Et l’amour-propre qui en prend un sérieux coup. D’autant qu’il n’y a pas de règle. Je me rappelle le légendaire cor solo de l’orchestre symphonique de Chicago, Dale Clevenger, en 2006 (il avait 66 ans), absolument éblouissant dans un programme Mahler/Chostakovitch. Un trombone solo de l’orchestre de Liège, resté au sommet de son art jusqu’à sa retraite. Et puis bien d’autres qui accusaient les années, la fatigue, et qu’il fallait traiter dignement.

Dignité, c’est le seul mot qui vaille, le seul comportement acceptable, lorsqu’il s’agit de résoudre les difficultés qui surviennent dans un orchestre. Je pense que nous y sommes arrivés à Liège, que pas un des grands anciens de l’orchestre n’a eu à subir une dégradation  , que la transmission entre aînés et nouveaux arrivés s’est toujours faite en belle intelligence. Je peux attester que jamais rien n’a été imposé, a fortiori brutalement, qu’à chaque fois, et en chaque circonstance particulière, une solution respectueuse, humaine a été trouvée.

Et je confirme, comme Fabio Luisi, et bien d’autres, qu’un bon orchestre est celui qui réunit différentes générations, rassemble dans un même état d’esprit des talents multiples et complémentaires.

Plans B

L’expression fait florès depuis quelques semaines : plan B. 

Comme on le sait, il y a de bons et de mauvais plans. En politique comme en musique.

Plan B comme Böhm par exemple. On avait beaucoup aimé ce coffret qui remettait au premier plan les derniers enregistrements du chef autrichien (Le choc des géants)

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Détails du coffret à lire ici : Faut-il être sexy pour être un grand chef ?.

Deutsche Grammophon récidive avec un nouveau  coffret de 17 CD proposé à tout petit prix.

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D’où vient une relative déception ?  Une étrange sélection de « great recordings« , aucun inédit, certes des enregistrements qui étaient devenus rares dans les bacs des disquaires, et quelques pépites*. Comme cette Première symphonie de Brahms de 1959 avec un Philharmonique de Berlin porté à incandescence (la furie du finale !)

Du coup, rangeant ce coffret dans ma discothèque, j’ai retrouvé, tout près, un autre B. Un très bon plan B comme Boult, l’un des plus grands chefs du XXème siècle. Même si Sir Adrian n’a jamais eu la célébrité médiatique ou discographique de certains de ses contemporains, en dépit de son exceptionnelle longévité.

Comme héraut de Vaughan Williams ou Elgar, il est installé depuis longtemps comme une référence, mais un chef britannique pour de la musique britannique cela va de soi…

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En revanche, a-t-on vraiment porté attention à l’art d’Adrian Boult dans le répertoire classique et romantique ? Ses Mozart, Schumann, Brahms, Wagner, Tchaikovski, remarquablement documentés dans les deux  coffrets réédités par Warner…

La principale caractéristique de cet art si singulier, c’est le refus de l’emphase, de l’empois, la fluidité, la souplesse – particulièrement dans Brahms, où sa Rhapsodie pour contralto est l’une des plus allantes de la discographie

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81qvjlicel-_sl1417_81i-8paqnwl-_sl1232_* Détails du coffret Böhm/DGG (source Amazon.com)

BEETHOVEN
— Symphony 3 « Eroica » Berlin Philharmonic 1961 stereo*
— Symphony 5: Berlin Philharmonic 1953 mono*
— Symphony 7: Berlin Philharmonic 1958 stereo*
— Coriolan Overture: Berlin Philharmonic 1958 stereo*
— Missa Solemnis (Maria Stader, Marianna Radev, Anton Dermota, Josef Greindl, St. Hedwigs Choir) Berlin Philharmonic 1955 mono*
BRAHMS
— Symphony 1: Berlin Philharmonic 1959 stereo*
— Symphony 2: Berlin Philharmonic 1956 mono*
HAYDN
— The Seasons (Gundula Janowitz, Peter Schreier, Martti Talvela, Wiener Singverein) Vienna Symphony 1967 stereo
MAHLER
— Kindertotenlieder (Dietrich Fischer-Dieskau) Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Ruckert-Lieder (Dietrich Fischer-Dieskau) Berlin Philharmonic 1963 stereo
MOZART
— Serenade K.239 « Serenata Notturna »
—— Berlin Philharmonic 1957 mono
—— Berlin Philharmonic 1970 stereo
— Serenade K.250 « Haffner » Berlin Philharmonic 1970 stereo
— Serenade K.320 « Posthorn » Berlin Philharmonic 1970 stereo
— Serenade K.361 « Gran Partita » Berlin Philharmonic winds 1970 stereo
— Serenade K.525 « Eine kleine Nachtmusik » Berlin Philharmonic 1956 mono*
REGER
— Variations & Fugue on a Theme by Mozart: Berlin Philharmonic 1956 mono
SCHUBERT
— Symphony 9 « The Great » Berlin Philharmonic 1963 stereo*
— Symphony 9 « The Great » REHEARSAL Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Rosamunde: Overture & Ballet Music: Berlin Philharmonic 1971 stereo
R. STRAUSS
— Eine Alpensinfonie: Staatskapelle Dresden 1957 mono
— Also sprach Zarathustra: Berlin Philharmonic 1958 stereo
— Don Juan:
—— Staatskapelle Dresden 1957 mono
—— Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Festliches Praeludium: Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Ein Heldenleben: Staatskapelle Dresden mono 1957 mono*
— Rosenkavalier: Act 3 Waltzes: Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Salome: Dance of the Seven Veils: Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Till Eulenspiegels lustige Streiche:
—— Staatskapelle Dresden 1957 mono
—— Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Tod und Verklarung: Staatskapelle Dresden 1972 stereo
INTERVIEW
— « Karl Bohm: Erzahltes leben (A Life Retold) » 1960 mono