La découverte de la musique (XIV) : Saint-Saëns

On va beaucoup parler de Camille Saint-Saëns cette année, et ce n’est que justice ! Le compositeur français, né en 1835, est mort il y a cent ans, le 16 décembre 1921.

Le magazine Classica de décembre/janvier lui consacrait sa une et un important dossier, très documenté

Le prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier lui consacrera tout un ensemble de concerts. On sait déjà qu’il y aura de bonnes surprises discographiques (dans le droit fil de la « résurrection » il y a quatre ans du Timbre d’argent).

Saint-Saëns, je l’ai découvert de deux manières, d’abord au bac, l’épreuve « musique ». Parmi les oeuvres imposées figurait Le rouet d‘Omphale, l’un des poèmes symphoniques de Saint-Saëns. Je me souviens l’avoir analysé de long en large (pour rien, puisque je n’ai pas été interrogé là-dessus), et encore plus, de ne l’avoir jamais entendu en concert. Il est vrai que, dans les cinquante dernières années, il n’était pas de bon ton de programmer un compositeur si souvent présenté comme académique – dans la pire acception du terme – conservateur, voire réactionnaire.

Les versions discographiques ne se bousculent pas non plus. Le beau disque de Charles Dutoit est l’un des rares qui soient consacrés aux poèmes symphoniques de Saint-Saëns.

L’autre découverte, moins originale, à peu près à la même époque est celle du Deuxième concerto pour piano, mais dans une version bien particulière, liée à ma passion adolescente pour Artur Rubinstein (lire Un amour de jeunesse). Je ne sais plus à quelle occasion (une Tribune des critiques de disques sur France Musique ?) j’ai entendu pour la première fois ce qui allait rester ma version de référence, le premier des deux enregistrements stéréo d’Artur Rubinstein du 2ème concerto, en 1958, sous la direction d’Alfred Wallenstein.

Tout l’esprit de Saint-Saëns, de ce deuxième concerto qui selon George Bernard Shaw, « commence comme Bach et finit comme Offenbach » et particulièrement dans le deuxième thème de ce mouvement. Rubinstein y est inimitable.

Depuis lors, j’ai entendu souvent cette oeuvre en concert, mortellement ennuyeuse (oui certains pianistes et non des moindres y parviennent !) ou follement débridée.

Comme cette prestation de Fazil Say, qui aurait normalement dû déboucher sur un disque… qui ne s’est pas fait.

Mais sans aller chercher dans les versions historiques, on peut se féliciter des complètes réussites de Bertrand Chamayou et Jean-Philippe Collard, qui confirment que Saint-Saëns, joué avec le panache, l’imagination et la virtuosité qui sont les leurs, n’a rien d’un vieillard ennuyeux.

La nostalgie des météores

Allez savoir pourquoi, cette semaine se termine dans la mélancolie…

Une visite à ma vieille mère à Nîmes, qui suivait un coup de téléphone où s’entendait toute la lucidité déprimée d’une tête parfaitement alerte dans un corps que les forces abandonnent lentement mais inexorablement ? L’évocation de mon passage dans le berceau familial (lire L’été 69), la vue de la maison abandonnée, mais aussi le rappel de cette amitié d’enfance – presque 90 ans ! – avec Hildegard, la fille de l’hôtel d’en face qui existe toujours ! Quelques heures, un thé, des tartes aux fraises, et une brève escapade en fauteuil roulant au Carrefour Market d’à côté, et tout sembla aller mieux… Jusqu’à la prochaine fois.

Retour aussi à Montpellier, équipe réduite mais à la tâche, heureuse de lire ce qu’Alain Lompech a écrit dans le Classica de septembre à propos des festivals, et de celui de Radio France en particulier :

« Le Festival Radio France Occitanie Montpellier qui avait été l’un des derniers à annuler le 24 avril, sera l’un des premiers à organiser un « festival autrement », plus léger, plus inventif avec la création d’une radio faite par le festival pour commencer puis l’organisation de concerts en plein air dès la sortie du confinement. Pas moins de treize concerts ont ainsi été captés, pas moins de 30 heures de direct ont été diffusées, et pas moins de 60 heures d »émissions originales ont été produites pour pas moins de 480 heures de diffusion ! Voilà qui nous a ramenés aux origines d’une manifestation dont les premières éditions, voici bientôt 40 ans, étaient d’une originalité qui tenait en une formule – faire jouer les tubes du répertoire par les jeunes et les oeuvres oubliées par des grands noms – et doublaient les concerts par des journées entières d’émissions en direct sur l’antenne de France Musique. Heureux temps où l’argent et les moyens techniques coulaient à flots ! Mais la crise nous démontre que, sans grands moyens, un grand festival décentralisé dans la métropole occitane peut inventer de nouvelles méthodes de travail, reprendre une programmation de zéro… Tope là ! » Merci Alain !

Et puis, comme s’il fallait alimenter cette mélancolie, la réécoute, la redécouverte même de deux musiciens, de ceux qu’on porte dans son coeur plus encore que dans sa mémoire, destins brisés, météores qui continuent de briller longtemps après que ces poètes ont disparu : Youri Egorov (1954-1988) et Rafael Orozco (1946-1996)

Sur l’un et l’autre j’ai déjà écrit, tenté d’établir une discographie (Eternels présents, Un grand d’Espagne)

Dans le dernier numéro de BBC Music Magazine, un article rappelle qui était ce pianiste russe, passé à l’Ouest en 1976, mort du SIDA à Amsterdam à 34 ans. Et les enregistrements miraculeux qu’il a laissés pour EMI et dans les archives des radios hollandaises.

Ce Carnaval de Schumann, un remède à la mélancolie ?

Pour ce qui est de Rafael Orozco, la situation discographique n’a guère évolué depuis mon article d’août 2015 !

La bonne surprise – signalée par Alain Lompech (!) et quelques autres mordus sur Facebook – c’est la réédition digitale d’un disque Brahms réalisé pour EMI en 1970, avec la 3ème sonate et quelques intermezzi. Lompech compare le jeune Orozco à Nelson Freire ou Bruno Leonardo Gelber dans la même oeuvre. C’est exactement ça !

Magnifique prise de son (que les sites de téléchargement comme Qobuz ou Idagio restituent parfaitement)

Beethoven 250 (X) : Schmidt-Isserstedt, Mazari

A défaut de concerts publics, on va continuer de célébrer Beethoven, les 250 ans de sa naissance, grâce au disque, grâce à la radio.

Une nouveauté, dans un paysage discographique lui aussi touché par la crise sanitaire, attire l’attention :

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Dans le dernier Classica, Alain Lompech ne tarit pas d’éloges sur le jeune pianiste français Sélim Mazari et sur un premier disque, intelligemment placé dans l’actualité de l’année Beethoven, mais qui expose un répertoire qui n’est pas le plus couru du maître de Bonn.

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Confinement oblige, on a pas mal revisité une discothèque où on fait régulièrement le tri entre l’accessoire, le fugace et l’essentiel.

Pilier de ma discothèque beethovénienne, ce coffret devenu « collector » de deux intégrales idiomatiques : les symphonies captées dans le plus authentique son viennois des années 60 sous la baguette souveraine du grand Hans Schmidt-Isserstedtles concertos sous les doigts certes assagis mais stylistiquement impérissables de Wilhelm Backhaus, et l’archet d’Henryk Szeryng.

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Une tribune de Classica il y a deux ans avait établi la version Schmidt-Isserstedt comme une référence pour la 9ème symphonie de Beethoven.

 

L’orchestre venu du froid

#Confinement Jour 52

Alain Lompech confiné

Reçu hier un numéro de mai, de taille réduite, de Classica. 

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On a bien aimé, entre autres, la sorte de journal de confinement d’Alain Lompech, qui nous raconte ses revisites de sa discothèque, au hasard de ses humeurs vagabondes, sans  logique apparente. J’y reviendrai !

Je me suis complètement retrouvé dans ce récit. Le confinement a eu cette vertu de nous faire redécouvrir les livres, films, disques accumulés au fil des ans, régulièrement triés, rangés, alors que tous n’ont pas nécessairement bénéficié d’une lecture ou d’une écoute attentives. Les fameuses piles « à écouter », « à lire » qu’on remet toujours à plus tard… quand on aura le temps !

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Le jeu du confinement

Sur les réseaux sociaux, il n’est pas de jour qu’un de vos « amis » vous propose un « défi »… pour occuper le temps, distraire (?) les abonnés à ces réseaux. Je n’ai rien proposé de tel à personne, mais j’ai entamé une diffusion quotidienne… des symphonies de Haydn (107 !)

Ainsi aujourd’hui je propose la 33ème symphonie (1765) en do Majeur, dans l’interprétation d’Antal Dorati et du (de la ?) Philharmonia Hungarica

Je varie, selon les jours… et les vidéos disponibles sur YouTube, entre les interprétations de Christopher Hogwood, Derek Solomons, Adam Fischer, Ernst Maerzendorfer, Giovanni Antonini… et Antal Dorati. Je ferai bientôt un point plus complet sur la discographie des symphonies de Haydn.

L’orchestre de la Guerre froide

Je voudrais aujourd’hui raconter l’histoire singulière d’un orchestre apparu il y a 64 ans (1956) et disparu 45 ans plus tard en 2001, la Philharmonia Hungarica

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C’est cet orchestre qu’Antal Dorati avait choisi pour réaliser la monumentale entreprise de l’enregistrement des symphonies de Haydn, longtemps présentée comme la première intégrale au disque (en réalité un autre chef, Ernst Maerzendorfer l’avait précédé à Vienne au début des années 60, mais cette intégrale avait été peu et mal diffusée… jusqu’à ce qu’elle reparaisse en CD il y a quelques mois).

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La Philharmonia Hungarica est constituée, d’abord à Baden au sud de Vienne, de musiciens, essentiellement issus de l’orchestre philharmonique hongrois, qui ont fui Budapest et les sinistres événements de l’automne 1956.

C’est le tout jeune chef hongrois Zoltán Rozsnyai, 30 ans à l’époque, qui rassemble des musiciens exilés sous l’emblème de la Philharmonia Hungarica. Il obtient rapidement le soutien, le patronage, de puissants amis américains – on est au coeur de la Guerre froide – et surtout l’inestimable appui de son illustre aîné, qui a fui l’Europe nazie, est devenu citoyen américain en 1943, Antal Doráti.

C’est grâce à ce prestigieux parrainage que l’orchestre va pouvoir s’établir durablement, s’installant dans la petite ville de Marlen Allemagne de l’Ouest.

L’aventure de l’intégrale des symphonies de Haydn pour le label Decca va donner à cette formation née de la Guerre froide une aura internationale inestimable.

Cette phalange n’est sans doute pas la plus brillante, la plus homogène, la plus parfaite, et comme Dorati ne passait pas pour aimer les longues répétitions, on entend bien, à l’écoute de cette intégrale Haydn, que plus d’un enregistrement eût mérité quelques services de plus, et pourtant il y a dans ces disques de la Philharmonia Hungarica des saveurs, des couleurs, des sonorités si typiquement Mitteleuropa, si authentiquement hongroises. La liberté plus que la discipline, la chaleur – les cordes ! – plus que la barre de mesure.

Ce seront d’ailleurs des qualités qu’on retrouvera, à un moindre degré certes, dans l’intégrale d’Adam Fischer des symphonies de Haydn, avec un orchestre composé tout exprès de musiciens autrichiens et hongrois.

A part Dorati, peu d’autres chefs auront dirigé la Philharmonia Hungarica, en tout cas au disque.

C’est la politique qui avait indirectement donné naissance à cet orchestre, c’est la politique qui va le conduire à sa fin.

Soutenu par le gouvernement ouest-allemand même après la chute du Mur de Berlin en 1989 et la réunification de l’Allemagne, la Philharmonia Hungarica perd peu à peu les soutiens artistiques et financiers qui faisaient sa légitimité historique.

Le 22 avril 2001, l’orchestre donne son dernier concert à Düsseldorf, sous la direction de Robert Bachmann : avec l’ultime symphonie de Bruckner !.

Le vent de l’Histoire a tourné, la Guerre froide est terminée, le souvenir des sacrifices des Hongrois de 1956 a disparu de la mémoire collective.

Reste cette somme incomparable laissée par Antal Dorati et la Philharmonia Hungarica à la postérité.

 

Des ténèbres aux lumières du Nord

Jeudi soir le cadre toujours impressionnant de la Fondation Singer Polignacavenue Georges Mandel à Paris, juste en face de l’appartement où Maria Callas a vécu et fini ses jours.

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Public choisi, dont la moyenne d’âge doit se situer entre 80 et 90 ans. Réuni pour un concert qui paraissait prévu pour la triste circonstance du décès récent du président de la Fondation, l’ophtalmologue et académicien Yves Pouliquen.

Vincent Dumestre proposait une sorte de mix d’un genre très en vogue en France au XVIIème siècle : les Leçons de ténèbres

À l’époque baroque, pendant le Carême, théâtres et salles de concerts étaient fermés en signe de pénitence. Les compositeurs s’exprimaient alors exclusivement dans la musique liturgique, livrant des œuvres d’une grande sobriété en même tant que d’une extraordinaire puissance expressive. Les Leçons de ténèbres sont des partitions composées pour les offices des trois derniers jours de la semaine sainte, qui conclut le Carême avant la fête de Pâques. Les textes utilisés, tirés des Lamentations de Jérémie, se rapportent à la solitude de Jésus avant sa crucifixion. Les musiques bouleversantes composées par Couperin sur ce thème étaient jouées selon le rituel de l’office, qui se tenait à la nuit tombée. Au terme de chaque pièce, un des cierges qui éclairaient l’église était éteint, symbolisant l’abandon progressif du Christ par ses disciples. C’est une fois l’église plongée dans l’obscurité totale que retentissait le terrible Miserereimplorant le pardon divin.

Spécialiste de ce répertoire singulier, Le Poème Harmonique, qui a déjà reconstitué ce cérémonial spectaculaire pour des musiques de Charpentier, Lalande et Cavalieri, s’y replonge avec celles de Couperin, dans un concert à l’atmosphère unique.

GUILLAUME-GABRIEL NIVERS (1632-1714)

  • Antienne Zelus domus tuae (plain-chant)
  • Psaume Salvum me fac Deus (plain-chant)
  • Versicule Dum convenirent

FRANÇOIS COUPERIN (1668-1733)

  • Leçons de ténèbres pour le Mercredy Saint
    • Première leçon à une voix
  • Messe solennelle
    • Gloria « Tierce en taille »
  • Leçons de ténèbres pour le Mercredy Saint
    • Deuxième leçon à une voix
  • Messe solennelle
    • Sanctus « Cromorne en taille »
  • Leçons de ténèbres pour le Mercredy Saint
    • Troisième leçon à deux voix

GUILLAUME-GABRIEL NIVERS

  • Antienne Justificieris Domine

LOUIS-NICOLAS CLÉRAMBAULT (1676-1749)

  • Miserere à trois voix

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Magnifique prélude à une série de sept concerts qui seront donnés en juillet prochain dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier.

Changement de lieu, mais cadre tout aussi somptueux, le lendemain : la Salle Philharmonique de Liège.

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Je lui avais promis l’été dernier, quand il avait joué à Montpellier le concerto pour. clarinette de Magnus Lindberg devant le compositeur, avec l’orchestre philharmonique de Tampere et son chef Santtu-Matias Rouvali.

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Je voulais réentendre Jean-Luc Votano là où je lui avais demandé de créer ce concerto en Belgique, en 2008, avec un. chef – Christian Arming – qui n’était pas encore le directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège

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D’autant que, depuis Montpellier, l’enregistrement du concerto était sorti, chez Fuga Libera, récoltant toutes les récompenses – Diapason d’or de l’année, Classica, Crescendo, prix Caecilia de la presse musicale belge, etc.

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Je ne peux que confirmer ce qu’écrivait Christian Merlin dans Le Figaro :

« Ce ne sont pas seulement les interprètes contemporains qui sont à l’honneur en cette rentrée discographique, c’est aussi la musique de notre temps. À commencer par un prolongement de nos émotions festivalières, puisque l’un de nos grands souvenirs de l’été a été l’exécution éblouissante du Concerto pour clarinette de Magnus Lindberg par Jean-Luc Votano à Montpellier. Le musicien belge en sort maintenant un enregistrement (Fuga Libera) qui permet de mesurer toute la palette expressive de cette oeuvre qui exige énormément du soliste en termes de virtuosité, de théâtralité, d’endurance (une demi-heure de musique !). Dans un couplage original avec le trop rare Karl Amadeus Hartmann, Jean-Luc Votano se confirme comme un clarinettiste inspiré, avec lequel il faut compter dans le paysage international de son instrument. L’occasion est aussi de rappeler l’excellence de la formation à laquelle il appartient, l’Orchestre philharmonique royal de Liège, dirigé ici une dernière fois par celui qui en fut le remarquable directeur musical ces dernières années, Christian Arming. Un disque où les planètes sont alignées » (Christian Merlin, Le Figaro, 17 septembre 2019)

Avec chez Jean-Luc vendredi un sentiment de liberté, d’aisance souveraine dans une partition si difficile. Douze ans après la première belge avec le même équipage, le public de la Salle Philharmonique a fait à ce dernier le triomphe qu’il méritait.

Je reviendrai demain sur la seconde partie du programme, les Danses symphoniques de Rachmaninov.

La reine Beatrice

Alain Lompech (sur Facebook) : Beatrice Rana vient de publier un disque fabuleux… Perlemuterorichtérogilelsien… Elle sait tout de l’art du piano et de la musique… On s’incline… et on applaudit à tout rompre…

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Jean-Charles Hoffelé (sur FB aussi, bientôt dans Classica) : Fabuleux et renversant.

Alain Lompech, encore : Elle est incroyable : la science de l’alchimie sonore et la perfection de l’analyse  plus la domination totale du clavier – alla Richter ou dans un genre différent Lipatti -, plus le son rond, ample, profond qui fait entrer tout le piano en transe sonore…
Ses Goldberg m’avaient bien sûr beaucoup plu, mais beaucoup moins que celles récentes de Gabriel Stern, je l’avais entendue en concert – malheureusement bridée par Krivine dans le 3ème de Prokofiev, entendue en récital… mais là d’un coup, elle ouvre grand ses ailes et, sans jamais faire l’intéressante, se hisse aux premiers rangs des pianistes de son temps…

J’ai téléchargé ce nouveau disque dès vendredi. Je serais bien incapable d’user de tous les qualificatifs que lui attribue Alain Lompech, je les partage complètement. Il faut aussi, et peut-être d’abord, ajouter que le programme de ce CD est d’une intelligence rare, et que c’est, à ma connaissance, la première fois que se côtoient Ravel et Stravinsky dans un disque de piano solo. Oui, tout ici est miraculeux. Finalement conforme à ce que j’ai aimé chez cette pianiste (tout juste 26 ans!) dès que je l’ai entendue en concert.

Le dimanche 26 janvier 2014, Beatrice Rana était la soliste d’un de ces concerts dominicaux qui font la joie d’un public familial à Paris. Fayçal Karoui dirigeait les Concerts Lamoureux et la jeune pianiste italienne jouait le 2ème concerto de Saint-Saëns. Subjugué, je fus immédiatement subjugué : la simplicité, l’absence de posture de la pianiste devant son clavier, une virtuosité et une maîtrise confondantes, sans esbroufe, le chic, l’allure qu’il faut dans cette oeuvre (qui commence comme Bach et finit comme Offenbach selon le bon mot de George Bernard Shaw).

Quelques mois plus tard, je retrouvais Beatrice Rana, complice du Quatuor Modigliani, au Festival d’Auvers-sur-Oise (Une fête de la musique) :

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« En seconde partie… le quintette pour piano et cordes de Schumann – on manque de superlatifs pour le qualifier ! et l’entrée en lice de Beatrice Rana, une musicienne de 22 ans dont j’ai déjà dit et écrit qu’elle a déjà tout ce qui fait d’elle une grande, une très grande artiste. Qui n’a besoin ni d’esbroufe ni de look savamment étudié pour imposer une présence. Au début du Schumann, on la trouvait presque effacée, trop discrète, face à ses compères du Modigliani, et puis on a vite compris que, mine de rien, c’est elle qui menait le train de ces quatre mouvements sublimes et suspendus de musique pure »

Il fallait absolument que j’invite Beatrice Rana au Festival Radio France à Montpellier. Elle y était déjà venue dans la série des jeunes solistes en 2012, mais cette fois je voulais qu’elle ouvre le festival dans la grande salle Berlioz du Corum. Le 11 juillet 2016. Et avec une première pour elle ! Rien moins que les Variations Goldberg de BachC’est à Montpellier qu’elle les donnerait pour la première fois en public, avant une tournée de récitals qui allait déboucher sur le premier disque de l’artiste italienne chez Warner.

Dans Le Monde du 12 juillet 2016, Marie-Aude Roux écrit : « Beatrice Rana n’a certes rien à prouver sur le plan technique. Mais sa maturité sereine et son sens architectonique impressionnent, qui font de cette œuvre monumentale – plus d’une heure et quart de musique – une véritable pierre de Rosette. Le thème initial de l’« Aria » semble en effet se poser comme une énigme. Elégance du phrasé, fluidité du jeu, sonorité d’une rondeur charnelle, Rana prendra le temps de dévoiler une à une les solutions proposées par chacune des variations ».

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Le 16 juillet 2018, Beatrice Rana revenait à Montpellier, encore pour une première pour elle : le 4ème concerto de Beethoven (« Lorsque je joue Beethoven, je ressens une grande responsabilité. C’était le cas pour ce concert ici à Montpellier, je jouais ce concerto pour la première fois, c’était beaucoup d’adrénaline ».

Entre-temps, elle avait publié son premier disque concertant, couplage à nouveau inédit, et toutes les qualités qu’on reconnaît à Beatrice Rana.

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Merci, chère Beatrice, de démontrer que virtuosité, maîtrise époustouflante du clavier peuvent se marier à la musicalité la plus pure, et que vous n’avez besoin d’aucun artifice, de ne cultiver aucun look provocateur ou aguicheur, pour avoir le public à vos pieds. Restez ce que vous êtes, une très belle personne, une très grande artiste !

 

L’autre pianiste italien

Il a un nom et une allure de chanteur de charme napolitain  de l’entre-deux-guerres. Une vie chaotique, une carrière anémique. Une fiche Wikipedia… qui tient en une ligne : Sergio Fiorentino, né le 22 décembre 1927 à Naples, mort dans la même ville le 22 août 1998, est un pianiste et enseignant italien !

Un peu par hasard, j’avais acheté il y a quelques années un coffret… miraculeux.

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71lmlMiLgYL._SL1050_Des enregistrements tout simplement somptueux, admirables, les qualificatifs manquent.  Et je n’en ai jamais parlé sur ce blog ! Pourquoi ?

Jean-Charles Hoffelé me donne l’occasion de me rattraper. Il consacre au musicien qu’Arturo Benedetti Michelangelison quasi-contemporain, désignait affectueusement comme « le seul autre pianiste », une pleine page de sa chronique Quelques années avant J.-C. dans le numéro de juin de Classica

Classica No. 213 - Juin 2019

« Le sort s’acharna contre ce haut jeune homme brun à l’oeil vif, au physique de tennisman, au jeu athlétique, dont la technique éblouissante semblait innée. Ses grandes mains venaient à bout des textes les plus abrupts, ses larges épaules donnaient au piano l’ampleur d’un orchestre/…. /Alors qu’il vient d’avoir 25 ans, New York lui fait fête, l’avenir s’annonce radieux, mais un accident d’avion qui manque de le tuer brise net son élan. Adieu la scène, retour au Conservatoire de Naples qui lui offre une classe/…../ Londres devient son second port d’attache, le disque s’en mêle pour son malheur. Un label désargenté (Concert Artist) capture son art incandescent/…./une vingtaine de microsillons dont il sera spolié, l’éditeur n’hésitant pas à les publier sous des pseudonymes… »  La suite à lire dans Classica ou sur Artamag.

Ecrivant ce billet, je découvre sur Youtube cette extraordinaire interview de Sergio Fiorentino, enregistrée cinq ans avant sa mort… Comme on eût aimé rencontrer, entendre en concert, ce magnifique personnage, qui prouve, une fois de plus, que les plus grands sont les plus simples.

Par chance, les enregistrements de cet immense musicien ressortent, dans des conditions aussi optimales que possible.

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819XMHImaRL._SL1500_Malheureusement dans ce coffret, où l’on a d’abord écouté les Chopin, on est confronté à des prises de son très disparates, voire scandaleuses eu égard aux dates d’enregistrement (début des années 60).

Attention aux prix pratiqués : pour le même coffret (comme ce volume 4), le même distributeur le propose du simple ou double : Amazon Allemagne est à 19,99 €, Amazon France est à 40 € (comme la FNAC)

Les vraies nouveautés ce sont ces coffrets salués par J.C. Hoffelé dans Classica, des rééditions extrêmement soignées d’une intégrale Rachmaninov captée par la RAI en 1987, ainsi qu’un « live » de Taiwan de 1998.

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Les deux coffrets sont disponibles sur le site de l’éditeur : Rhine Classics.

Je les ai moi-même commandés par ce moyen… et reçus en moins de quinze jours !

Et quand Fiorentino évoque (et joue) lui-même Rachmaninov…

peut-on encore douter de la nécessité d’acquérir tous ces précieux témoignages de l’art de l’un des plus grands interprètes du XXème siècle, si scandaleusement oublié…?

Harold en Russie

Sesquicentenaire de sa mort oblige Berlioz fait l’actualité : c’est le 8 mars 1869 que le French revolutionary meurt à Paris…

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Une longue interview de « Monsieur Berlioz » alias Bruno Messina dans Le Monde de ce jour, au titre intrigant : Berlioz a cessé d’être ringard. Singulier, original, révolutionnaire oui, mais ringard vraiment ?

On ne se plaindra pas de l’abondance de nouveautés et de rééditions discographiques (voir Berlioz Complete works).

Par exemple de cette oeuvre si singulière qu’est Harold en Italie, « Symphonie en quatre parties avec alto principal »

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Berlioz l’évoque ainsi dans ses Mémoires

« Paganini vint me voir. “J’ai un alto merveilleux me dit-il, un instrument admirable de Stradivarius, et je voudrais en jouer en public. Mais je n’ai pas de musique ad hoc. Voulez-vous écrire un solo d’alto ? Je n’ai confiance qu’en vous pour ce travail.” “Certes, lui répondis-je, elle me flatte plus que je ne saurais dire, mais pour répondre à votre attente, pour faire dans une semblable composition briller comme il convient un virtuose tel que vous, il faut jouer de l’alto ; et je n’en joue pas. Vous seul, ce me semble, pourriez résoudre le problème.” “Non, non, j’insiste, dit Paganini, vous réussirez ; quant à moi, je suis trop souffrant en ce moment pour composer, je n’y puis songer ». J’essayai donc pour plaire à l’illustre virtuose d’écrire un solo d’alto, mais un solo combiné avec l’orchestre de manière à ne rien enlever de son action à la masse instrumentale, bien certain que Paganini, par son incomparable puissance d’exécution, saurait toujours conserver à l’alto le rôle principal. La proposition me paraissait neuve, et bientôt un plan assez heureux se développa dans ma tête et je me passionnai pour sa réalisation. Le premier morceau était à peine écrit que Paganini voulut le voir. À l’aspect des pauses que compte l’alto dans l’allegro : “Ce n’est pas cela ! s’écria-t-il, je me tais trop longtemps là-dedans ; il faut que je joue toujours.” “Je l’avais bien dit, répondis-je. C’est un concerto d’alto que vous voulez, et vous seul, en ce cas, pourrez bien écrire pour vous”. Paganini ne répliqua point, il parut désappointé et me quitta sans me parler davantage de mon esquisse symphonique. […] Reconnaissant alors que mon plan de composition ne pouvait lui convenir, je m’appliquai à l’exécuter dans une autre intention et sans plus m’inquiéter de faire briller l’alto principal. J’imaginai d’écrire pour l’orchestre une suite de scènes, auxquelles l’alto solo se trouverait mêlé comme un personnage plus ou moins actif conservant toujours son caractère propre ; je voulus faire de l’alto, en le plaçant au milieu des poétiques souvenirs que m’avaient laissés mes pérégrinations dans les Abruzzes, une sorte de rêveur mélancolique dans le genre du Childe-Harold de Byron. De là le titre de la symphonie : Harold en Italie. Ainsi que dans la Symphonie fantastique, un thème principal (le premier chant de l’alto) se reproduit dans l’œuvre entière ; mais avec cette différence que le thème de la Symphonie fantastique, l’idée fixe s’interpose obstinément comme une idée passionnée, épisodique, au milieu des scènes qui lui sont étrangères et leur fait diversion, tandis que le chant d’Harold se superpose aux autres chants de l’orchestre, avec lesquels il contraste par son mouvement et son caractère, sans en interrompre le développement. »

71K0uCc7g9L._SL1200_Dernière nouveauté, Tabea Zimmermann, qui avait déjà gravé Harold deux fois avec Colin Davis

On avait croisé Antoine Tamestit à la Côte Saint-André la veille de son concert avec John Eliot Gardiner. L’altiste français explique, de façon lumineuse, son rapport à l’oeuvre (Bachtrack, 11 février 2019)

« Harold en Italie est parfois mal compris, comme peut l’être la musique de Berlioz. Mais c’est un chef-d’œuvre où le génie inventif et créatif du compositeur se donne libre cours. À mes débuts, cette œuvre n’emportait pas totalement ma conviction. Je la trouvais un peu lourde et longue… le comble pour un altiste soliste français ! Mais les rencontres avec les chefs que sont Marc Minkowski, Valery Gergiev et surtout Sir John Eliot Gardiner ont fait évoluer mon approche : j’ai commencé à l’aborder comme un opéra, où je devrais apprendre à incarner un rôle, celui d’un voyageur inspiré, sensible et profond, à l’image de Berlioz peut-être….

Quand j’ai été conduit à l’interpréter, plusieurs facteurs m’ont fait évoluer : l’entendre jouée sur des instruments d’époque – ce qui provoque un changement profond de toute la couleur et donc de l’expression – a d’abord modifié ma perception. L’effet est réellement différent chez les cuivres mais aussi pour le son des cordes les plus aiguës. Les cuivres naturels et les cordes en boyau pur apportent plus de douceur, ce qui aide l’équilibre général, et donne une sonorité gagnant en couleur ce qu’elle perd en lourdeur. Berlioz maîtrise l’orchestration et provoque des mariages d’instruments inattendus, créant une atmosphère à ce point nouvelle qu’il me semble presque y voir l’apparition de l’impressionnisme…

Ma compréhension du rôle de l’alto solo a, elle aussi, beaucoup évolué. Bien sûr nous n’avons pas là un concerto romantique traditionnel, mais ce que Paganini n’a peut-être pas su comprendre, c’est que l’altiste est Harold (qui est Hector lui-même ?) et doit jouer un rôle prépondérant dans cette fresque dramatique qui retrace le séjour artistique si décisif de Berlioz en Italie. Il m’a fallu du temps pour ressentir les expressions cachées derrière chaque intervention de l’alto, et même ses sentiments pendant les tutti durant lesquels il se tait ! Il évolue de la mélancolie au bonheur, à la joie et même la fierté, en passant par la spiritualité et la foi, l’enthousiasme, l’amour et même l’angoisse et la peur, avant de finir bienheureux au sein d’un… quatuor ! »

Adolescent, j’ai découvert l’oeuvre avec une version vinyle que j’ai toujours trouvée exceptionnelle, idiomatique, alors qu’elle était a priori très éloignée des canons établis par les chefs estampillés « berlioziens »…J’ai longtemps déploré que ce disque soit devenu introuvable. Il n’a été édité qu’assez récemment et un peu en catimini en CD :

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L’alto de Rudolf Barchai (1924-2010) y est incroyablement poétique, il « est » littéralement le personnage de Harold, et la direction de David Oïstrakh continue de m’éblouir à chaque écoute. Dommage que cette version admirable ne soit jamais et nulle part citée comme référence, ni même citée tout court…

 

 

 

Fille de l’Elysée

On me taxera (le mot est à la mode !) d’incorrigible optimisme, de douce rêverie, si, à la veille d’une journée qu’on ne cesse de nous présenter comme celle de tous les dangers, j’ose en appeler à la fraternité, me mettant dans les pas, les vers et les notes de Schiller et Beethoven.

Souvenez-vous, c’était aux accents de la 9ème symphonie de Beethovenque le président de la République tout juste élu était venu saluer la foule qui se pressait dans la cour du Louvre. Les accents seulement, les paroles manquaient. Elles n’en prennent que plus de relief dix-huit mois après : Ô joie…. Fille de l’Elysée

Freude, schöner Götterfunken
Tochter aus Elysium,
Wir betreten feuertrunken,
Himmlische, dein Heiligtum!
Deine Zauber binden wieder
Was die Mode streng geteilt;
Alle Menschen werden Brüder,
Wo dein sanfter Flügel weilt.

Wem der große Wurf gelungen,
Eines Freundes Freund zu sein;
Wer ein holdes Weib errungen,
Mische seinen Jubel ein!
Ja, wer auch nur eine Seele
Sein nennt auf dem Erdenrund!
Und wer’s nie gekonnt, der stehle
Weinend sich aus diesem Bund!

Freude trinken alle Wesen
An den Brüsten der Natur;
Alle Guten, alle Bösen
Folgen ihrer Rosenspur.
Küsse gab sie uns und Reben,
Einen Freund, geprüft im Tod;
Wollust ward dem Wurm gegeben,
und der Cherub steht vor Gott.

Froh,
wie seine Sonnen fliegen
Durch des Himmels prächt’gen Plan,
Laufet, Brüder, eure Bahn,
Freudig, wie ein Held zum Siegen.

Seid umschlungen, Millionen!
Diesen Kuß der ganzen Welt!
Brüder, über’m Sternenzelt
Muß ein lieber Vater wohnen.
Ihr stürzt nieder, Millionen?
Ahnest du den Schöpfer, Welt?
Such’ ihn über’m Sternenzelt!
Über Sternen muß er wohnen.

Joie ! Joie ! Belle étincelle divine,
Fille de l’Elysée,
Nous entrons l’âme enivrée
Dans ton temple glorieux.
Ton magique attrait resserre
Ce que la mode en vain détruit ;
Tous les hommes deviennent frères
Où ton aile nous conduit.

Si le sort comblant ton âme,
D’un ami t’a fait l’ami,
Si tu as conquis l’amour d’une noble femme,
Mêle ton exultation à la nôtre!
Viens, même si tu n’aimas qu’une heure
Qu’un seul être sous les cieux !
Mais vous que nul amour n’effleure,
En pleurant, quittez ce choeur !

Tous les êtres boivent la joie,
En pressant le sein de la nature
Tous, bons et méchants,
Suivent les roses sur ses traces,
Elle nous donne baisers et vendanges,
Et nous offre l’ami à l’épreuve de la mort,
L’ivresse s’empare du vermisseau,
Et le chérubin apparaît devant Dieu.

Heureux,
tels les soleils qui volent
Dans le plan resplendissant des cieux,
Parcourez, frères, votre course,
Joyeux comme un héros volant à la victoire!

Qu’ils s’enlacent tous les êtres !
Ce baiser au monde entier !
Frères, au-dessus de la tente céleste
Doit régner un tendre père.
Vous prosternez-vous millions d’êtres ?
Pressens-tu ce créateur, Monde ?
Cherche-le au-dessus de la tente céleste,
Au-delà des étoiles il demeure nécessairement.

Une 9ème de Beethoven historique, dirigée par Leonard Bernsteinaprès la chute du mur de Berlin. Le mot Freude (joie) avait été remplacé par Freiheit (liberté). Il commence comme le beau mot français de Fraternité.

Le mensuel Classica n’a pas hésité à relever le défi de comparer à l’aveugle des dizaines de versions du chef-d’oeuvre de Beethoven.

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Yannick Millon, Jean-Charles Hoffelé et le compositeur Patrick Burgan, nous livrent d’abord une passionnante analyse de la discographie pléthorique de l’oeuvre, en ne retenant que les versions en stéréo. Et le résultat de leur écoute comparée est pour le moins inattendu, tant il s’éloigne des « références » toujours avancées. Ce classement me plaît beaucoup, notamment la première place : un chef – Hans Schmidt-Isserstedt – auquel je consacrerai bientôt un portrait discographique, un orchestre qui « respire » naturellement Beethoven. Mais la suite est tout aussi captivante.

 

71dBai-6wuL._SL1411_(Decca 1965, Hans Schmidt-Isserstedt, Orch.phil.Vienne, Joan Sutherland, Marilyn Horne, James King, Martti Talvela)

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(Bis 2006, Osmo Vänskä, orchestre du Minnesota, Helena Juntunnen, Katarina Karneus, Daniel Norman, Neal Davies)

81MGY2iBPuL._SL1420_

(Decca 1969, Eugen Jochum, Concertgebouw Amsterdam, Liselotte Rebmann, Anna Reynolds, Karl Ridder, Gerd Feldhoff)

812Brw+ZYOL._SL1395_(Deutsche Grammophon 1962, Herbert von Karajan, orch.phil.Berlin, Gundula Janowitz, Hilde Rössel-Majdan, Waldemar Kmentt, Walter Berry)

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(Deutsche Grammophon 1957, Ferenc Fricsay, orch.phil.Berlin, Irmgard Seefried, Maureen Forrester, Ernst Haefliger, Dietrich Fischer-Dieskau)

71PHDuz6qiL._SL1417_

(Warner 1991, Nikolaus Harnoncourt, orchestre de chambre d’Europe, Charlotte Margiono, Birgit Remmert, Rudolf Schasching, Robert Holl)

71Uh-f6-RoL._SL1500_

(Sony 1961, George Szell, orch. Cleveland, Adele Addison, Jane Hobson, Richard Lewis, Donald Bell)

71PECzzfAiL._SL1400_(Archiv/DGG 1992, John Eliot Gardiner, orchestre Révolutionnaire et Romantique, Luba Orgonasova, Anne Sofie von Otter, Anthony Rolfe-Johnson, Gilles Cachemaille)

 

 

 

La passion Gergiev

S’il y a bien un livre utile, nécessaire, passionnant, c’est bien celui que vient de publier Bertrand Dermoncourt, sobrement intitulé : Valery Gergiev, Rencontre.

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Le chef russe, d’origine ossète – il y tient -, est sans doute l’homme le plus paradoxalement admiré et contesté du monde musical. Je me rappelle les pétitions furieuses, les interpellations adressées à Mathieu Gallet, PDG de Radio France, lui enjoignant de renoncer à faire diriger le concert du 14 Juillet 2017 par Valery Gergiev. Gergiev étant supposé être un proche de Poutine.

Les mêmes bonnes âmes ont-elles interdit, quelques mois plus tard, à Gérard Depardieu, un autre supposé « proche » du maître du Kremlin, de chanter Barbara dans les studios de la Maison de la Radio ?

Qui connaît, en réalité, Valery Gergiev ? Qui peut se permettre de porter un jugement définitif, politique ou musical, sur une personnalité aussi complexe ? Dermoncourt lui-même reconnaît qu’il lui a fallu dix ans pour parvenir à ce bouquin qui donne – enfin – à connaître l’un des plus grands chefs de notre époque.

J’ai eu la chance de l’accueillir à Montpellier, à l’été 2016 (lire La rencontreet de me faire une toute autre idée que les clichés que j’avais moi aussi en tête. Bien sûr, Gergiev n’est pas étranger à la légende qui s’est créée autour de lui, il le reconnaît d’ailleurs dans ce bouquin. Mais comme toujours la vérité n’est jamais univoque, simpliste…

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L’homme et le musicien qu’on découvre au fil de ces entretiens sont vraiment passionnants, la culture de Gergiev – qui passe pour être parfois peu regardant sur les répétitions – est considérable. Il faut lire tout ce qu’il dit des compositeurs qu’il aime et dirige, sur ses aînés, ses confrères, les orchestres qu’il anime. Le propos n’est jamais banal ou convenu dans la bouche d’un homme qui pourrait être revenu de tout, blasé, conforté dans son statut de star, et qui est au  contraire tout mouvement, curiosité insatiable, entreprise.

Valery Gergiev dit vrai quand il affirme qu’il ne cherche ni l’argent ni la gloire.

Reste que, comme tous les grands artistes, il a ses jours sans et ses jours avec, des concerts qui vous marquent à vie- comme le 22 janvier dernier à la Philharmonie : Les rêves d’Anja –, et d’autres qu’on oublie. Comme ses disques.

Un choix très personnel de ceux que j’ai en bonne place dans ma discothèque :

 

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