Hautes figures

Je l’ai lue. Puis je l’ai écoutée. Entendue. Et enfin rencontrée. Il était tellement aisé d’aimer sa pensée et sa personne. Et la voilà partie…
C’est ainsi que Christiane Taubira rend le plus poétique et doux des hommages à Françoise Héritier, l’anthropologue disparue mercredi, le jour de son 84ème anniversaire (lire son papier dans Le Monde Un esprit libre et opiniâtre).

J’avais bien aimé la sensualité et la légèreté qui se dégageaient de ce Goût des mots.

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Françoise Héritier poursuit ici son exploration tout en intimité et en sensualité de ce qui fait le goût de l’existence.
Elle nous invite à retrouver nos étonnements d’enfance, quand la découverte des mots, à travers leur brillance, leur satiné, leur rugosité, s’apparentait à celle de la nature et des confitures.
À travers les mots, c’est le trésor caché s’établissant en nous entre les sons, les couleurs, les saveurs, les touchers, les perceptions et les émotions qu’elle nous convie ici à redécouvrir.
À chacun, à son tour, à partir de quelques mots, de trouver la richesse de l’univers intime qu’il porte en soi. (Présentation de l’éditeur).

L’autre haute figure de notre mémoire vive, qui nous a quittés hier, est Robert Hirsch.

Eric Ruf, administrateur de la Comédie-Française : »Il a incarné cette maison. Si vous demandez aux gens de citer un grand acteur de la Comédie-Française, beaucoup vont vous dire Robert Hirsch. C’était un acteur rare, singulier, capable de tout jouer, il y avait de la folie en lui qui en faisait un caractère comique et tragique en même temps, il était l’acteur protéiforme par excellence. »

C’est d’ailleurs à l’occasion d’un hommage au doyen de la troupe Louis Seigner, que Robert Hirsch livre cette séquence-culte en 1974 :

Cette autre séquence de 1956 démontre l’incroyable versatilité des dons du comédien disparu :

On peut retrouver Robert Hirsch dans une partie des grands rôles qu’il a interprétés au Théâtre-Français dans ces DVD, notamment l’inénarrable Bouzin du Fil à la patte.

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On espère que les chaînes du service public auront à coeur de rediffuser quelques-uns de ces trésors.

Victoires (suite)

De bons amis m’ont reproché l’enthousiasme aveugle dont j’aurais fait preuve dans mon billet d’hier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/23/victoires/). Comme si j’avais perdu tout esprit critique… c’est mal me connaître.

Renaud Machart n’y va pas de main morte dans Le Monde (http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/02/25/aux-victoires-de-la-musique-classique-la-jeune-soprano-qui-ne-voulait-remercier-personne_4871164_1655027.html#xtor=AL-32280515). Il n’a pas tort…

J’ai été triste pour mon cher Menahem Pressler. J’ai eu soudain le sentiment, après l’avoir entendu dans une miraculeuse mazurka de Chopin, que personne ne savait pourquoi il était là. Une Victoire d’Honneur ? mais alors qu’on lui consacre plus qu’une mini-interview bâclée, mal traduite, et manifestement ignorante de la carrière et du rôle de cet artiste dans la vie musicale du XXème siècle. C’était autre chose avec la cérémonie allemande, comparable à nos Victoires, la soirée Echo-Klassik à Berlin le 18 octobre dernier.

On essaiera de faire mieux à Montpellier le 16 juillet prochain…

Heureux d’avoir entendu le poète du piano, Adam Laloum, jouer le mouvement lent du 23ème concerto de Mozart. Comme jadis avec Kempff, la pure beauté naît de l’extrême simplicité.

Et puis heureux évidemment pour les amis justement distingués, Philippe Hersant, qui trace depuis des années, à l’écart des modes et des dogmes, un chemin d’une riche originalité, Bertrand Chamayou, qu’on eût aimé entendre plus longuement que dans ce bref extrait du 1er concerto de Liszt, et, last but non least, Karine Deshayes, rayonnante dans la pleine maturité de ses moyens vocaux et artistiques. Eux aussi, Bertrand et Karine, seront de la fête à Montpellier l’été prochain (tout comme l’Orchestre national du Capitole de Toulouse et Tugan Sokhiev).

 

Victoires

On va tenter de ne pas relancer un débat aussi vieux que ce type de cérémonies : pour ou contre les Victoires de la musique classique – qui ont lieu ce mercredi soir à Toulouse ?

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Juste un point d’histoire, donc un rappel : lorsque France Musique, dont j’avais alors la charge, avait été sollicitée pour diffuser la soirée simultanément avec France 3, il y a une vingtaine d’années, j’avais répondu oui sans hésiter, même si, dans cette grande maison qu’est Radio France, une telle décision devait être avalisée, approuvée par toute une hiérarchie. Je me rappelle les hauts-le-coeur, les mines abattues, de producteurs de la chaîne, mais aussi d’autres collaborateurs, France Musique ne pouvait décemment pas s’abaisser à participer à une opération qui ne visait qu’à soutenir le commerce et l’industrie du disque…Et dont les modalités de vote et de sélection des « nommés » étaient discutables.

Ce sont les mêmes d’ailleurs qui, à la même époque, ne comprenaient pas que je veuille envoyer France Musique (et plus tard d’autres chaînes de Radio France) couvrir un phénomène qui me semblait appelé à se développer considérablement : la Folle Journée de Nantes…

Bref, je n’ai jamais regretté d’avoir poussé la chaîne musicale du service public à s’associer avec le seul prime time de l’année dévolu à la musique classique. Et je regarderai l’émission ce mercredi soir.

Le Figaro d’aujourd’hui consacrait un beau papier à ces jeunes artistes, pour qui une distinction comme Les Victoires de la musique classique a changé la donne. (http://www.lefigaro.fr/musique/2016/02/22/03006-20160222ARTFIG00212-classiques-les-nouveaux-chemins-de-la-reconnaissance.php).

Et tous ceux qui ont été récompensés ces dernières années l’ont mérité, et pour beaucoup, ont réussi à commencer une carrière (quel mot détestable s’agissant d’art) honorable. L’avantage de la jeune génération, c’est qu’elle n’a aucune illusion sur le monde culturel et musical d’aujourd’hui – même si bien des agents sont loin d’avoir évolué dans le même sens ! – et qu’elle connaît les codes, utilise, à bon escient, les modes de communication les plus adaptés à une large diffusion de leur art.

Oui Youtube, les réseaux sociaux, ont révolutionné l’accès à la culture et l’organisation du monde musical. Plus de faux-semblant possible, plus d’entre soi, de pratiques réservées au seul petit milieu professionnel. Instantanément, tel concurrent ou lauréat d’un prestigieux concours peut se faire connaître du monde entier, tel ensemble peut acquérir la notoriété – dès lors que le talent est là – sans passer par la case disque ou tournée de lancement. D’ailleurs, l’enregistrement d’un disque, les engagements, suivent, accompagnent, et ne précèdent plus que rarement le début de carrière.

On ne fait aucun pronostic sur les lauréats de ces Victoires 2016. Parce qu’on connaît tous ces musiciens, qu’on a parfois eu la chance de les repérer, de les soutenir, de les engager au tout début de leur carrière, qu’on aime leur parcours, leur attitude à l’égard des compositeurs et du public.

Beaucoup sont passés à Montpellier dans le cadre du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon ou seront présents dans l’édition 2016 (comme Florian Noack ci-dessus)*.

Une mention particulière pour un très beau disque, auquel j’ai pu contribuer, celui d’un merveilleux altiste, Adrien La Marca (le grand frère Christian-Pierre, au violoncelle, n’est pas mal non plus !). Un programme qui lui tenait à coeur, enregistré finalement à la Salle philharmonique de Liège…(L’album « English Delight », hommage à l’alto et aux compositeurs anglais est un voyage sur quatre siècles, de Dowland, Purcell, Vaughan Williams, Bridge, Clarke, Britten à Jonathan Harvey Chacune de ces pièces est liée à un moment spécial du parcours artistique et musical d’Adrien La Marca)

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  • Le détail de l’édition 2016 (11-26 juillet) du Festival de Radio France Montpellier et de la Région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées (vivement un nouveau nom pour cette grande région !) sera dévoilé le 4 mars prochain.