Le Paris secret des musiciens

Je n’ai jamais rien autant aimé que les longues balades à pied dans Paris (Le coeur de Paris). Sans but précis, le nez en l’air, regardant devantures originales et plaques historiques.

C’est ainsi qu’un jour au bas de la rue de la Roquette, dans le XIème arrondissement, je lis ce qu’était La Descente de la Courtillel’un des cortèges du Carnaval de Paris. Cette descente n’aurait pas duré plus de quarante ans, mais suffisamment pour que Wagner, dans ses années parisiennes, lui consacre une page chorale certes anecdotique, mais qui a immortalisé musicalement cette éphémère tradition populaire.

Et puis, rue du Sentier, au milieu des entrepôts et des grossistes, on tombe sur une Maison Mozartcelle où Wolfgang logea lors de son second séjour parisien et où mourut sa mère le 3 juillet 1778.  Une plaque rappelle ce séjour, mais il n’y a rien à voir.

paris_2_maison_mozartC’est lors de ce séjour que Mozart écrit plusieurs oeuvres dans le goût français de l’époque (la 31ème symphonie, le concerto pour flûte et harpe, et la symphonie concertante pour vents, entre autres)

Le premier séjour, en 1763, du Mozart enfant prodige (il a 7 ans !) a lieu dans un cadre plus somptueux, celui de l’hôtel de Beauvais, rue François Miron (4ème arrt) , alors propriété du comte Van Eyck, aujourd’hui siège de la Cour administrative d’appel de Paris.

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Mais, aussi étrange que cela paraisse, je n’avais jamais trouvé d’ouvrage grand public qui évoque la présence de la musique et des musiciens dans la capitale ! Je m’en étais même étonné auprès de la Maire de Paris il y a trois ans.

Quand un Franz Liszt écrivait : « On ne saurait le nier, Paris est aujourd’hui le centre intellectuel du monde », on ne peut pas dire que Paris ait beaucoup honoré la mémoire de ces dizaines de compositeurs, français ou étrangers, qui y ont vécu, travaillé, aimé. On se rappelle la bien médiocre polémique, qui est devenue l’affaire Dutilleuxsurvenue lorsqu’un élu s’est avisé d’honorer la mémoire du compositeur français, disparu en 2013, après avoir vécu toute sa vie rue Saint-Louis en l’Île.

Voici qu’enfin paraît ce livre tant attendu, qui, sans prétendre à l’exhaustivité, évoque la présence d’une cinquantaine d’illustres compositeurs*, avec une belle documentation photographique et musicologique.

Vous y verrez Mozart enfant s’installant 68 rue François-Miron, Chopin causant avec Liszt au 23 rue Laffitte, Berlioz se disant plaisamment  » fatigué  » par les rossignols qui chantent dans son jardin de Montmartre, Debussy vivant une aventure 22 rue de Londres avec  » Gaby aux yeux verts « … Sans compter des noms méconnus à tort, tels Auber, Cherubini ou Vierne. En tout, vous suivrez à la trace 50 musiciens ayant vécu à Paris et vous retrouverez, classés par arrondissement, les lieux où ils ont composé et fait jouer leurs partitions. Des photos de ces lieux, prises en exclusivité pour ce livre, et un choix de documents d’archives illustrent ici un texte vivant et précis. Chacun des 50 compositeurs est présenté au moyen d’une brève biographie et d’une liste de ses principales oeuvres. Dans ce monde peu ouvert aux femmes, celles-ci n’ont pas été oubliées. Vous découvrirez notamment Hélène de Montgeroult échappant à la guillotine grâce à son piano, Pauline Viardot régnant sur les compositeurs romantiques et Nadia Boulanger favorisant l’essor de la musique américaine du xxe siècle. Toutes et tous ont aimé Paris, s’en sont inspirés et ont contribué à son prestige artistique. Partons à leur rencontre en pensant à ce qu’écrivait Wagner (qui considérait Paris comme sa  » seconde patrie  » malgré les déboires qu’il y connut) :  » La musique commence là où s’arréte le pouvoir des mots.  » (Présentation de l’éditeur)

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Les compositeurs cités sont, classés par arrondissement : 1er Chopin, Méhul, Rameau, Gluck, Enesco, Hélène de Mongeroult / 2ème Offenbach, Bizet, Lully, Liszt / 3ème M.A. Charpentier / 4ème Campra, Vierne, Couperin, Mozart, Dutilleux / 5ème Gossec, Marais / 6ème Poulenc, Massenet, Grétry / 7ème Wagner, Franck, Pauline Viardot, Saint-Saëns / 8ème Debussy, Honegger, Meyerbeer, Stravinsky, Ravel / 9ème Auber, Delibes, Messiaen, Nadia Boulanger, Cherubini / 10ème Messager, Leclair / 12ème Berlioz / 14ème Germaine Tailleferre / 16ème Rossini, Sauguet / 17ème Fauré, Hahn, Gounod, Chausson / 18ème Milhaud, Satie, G.Charpentier / 19ème Boulez / 20ème Bellini.

Les années Herreweghe

Il est tellement discret, et peu soucieux de sa « com », qu’on a loupé son 70ème anniversaire. Pourtant on aurait dû être alerté par la parution, au printemps dernier de cette « Conversation » menée par Camille de Rijck.

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Philippe Herreweghe est donc septuagénaire depuis le 2 mai 2017. On a peine à le croire, tant le chef de choeur et d’orchestre gantois, qui a fait ses débuts à Liège (il a créé et animé l’éphémère choeur symphonique qui devait compléter l’orchestre philharmonique de Liège)  a conservé un air d’éternel adolescent.

Avec d’autres moyens, par d’autres voies moins impérieuses, moins radicales qu’un Harnoncourt, Herreweghe a ravivé, ressourcé notre écoute des grandes partitions baroques et classiques, et quand il s’est aventuré dans le romantisme, d’aucuns lui ont reproché une certaine timidité, une absence d’extraversion, alors que nous aimions cette approche fraternelle, empathique, de l’intimité de Beethoven, Schubert, Mendelssohn ou Schumann.

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Un très beau et copieux coffret, à très petit prix, nous restitue, en 30 CD, près de 30 ans d’aventure discographique partagée entre Philippe Herreweghe et Harmonia Mundi. couvrant quatre siècles de répertoire : de la Renaissance (Palestrina, Hassler…) au XXème siècle (Pierrot Lunaire de Schoenberg, Das Berliner Requiem de Weill), en passant par les Requiem de Fauré, Mozart, Brahms, la Passion selon Saint Matthieu et le Magnificat de Bach, les Nuits d’été de Berlioz, entre autres chefs-d’œuvre.

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Détails du coffret à voir ici : Philippe Herreweghe 70 : Les années Harmonia Mundi